‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 28 sur 407 · ANATOMIE ANOMALE DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

ANATOMIE ANOMALE DE LA MOELLE

Vices de conformation de la moelle. Le plus simple est celui qui consiste dans sa canaliculation (syringomryélie), qui peut être unique ou multiple. Cette canaliculation de la moelle, qui, pour nous, n’est simplement que l’exagération de ce que nous croyons être l’état normal, peut se rapporter à des causes différentes : ou bien elle est l'effet d’un arrêt de développement, ou bien celui d’un état pathologique, ou, enfin, elle est purement artificielle et due à la seule insufflation forcée de la substance grise déjà ramollie. Les cas de canaliculation réelle sont assez rares, et parmi les nombreux exemples rapportés par les auteurs, le plus grand nombre est dü à l’une des deux dernières causes que nous venons d'indiquer, et non à l'arrêt de développement. Ce qui distingue la canaliculation due à l'arrêt de développement de celle qui appartient au ramollissement, ou de celle qui est artificielle, c’est la consistance et le poli de la substance grise qui tapisse le canal dans le premier cas, ce qui n'arrive pas dans les autres. Les exemples les mieux caractérisés de persistance d’un ou plusieurs canaux de la moelle par arrêt de développement sont dus à Morgagni, à M. Calmeil, qui en a vu trois, à M. H. Cloquet, qui en a vu deux. J.-L. Meckel et Blaes en ont rencontré chez les mammifères adultes, et M. Calmeil, en particulier, sur un mouton.

Division longitudinale de la moelle. Yes deux bandes verticales médullaires blanches qui doivent former, en se repliant sur ellesmêmes, les deux parties latérales de la moelle, manquent quelquefois de se réunir entre elles, soit en avant, soit en arrière; et de l'absence des réunions commissurales résultent en quelque sorte deux moelles, formées'chacune d’un cylindre isolé. Cette division persistante, ou diastématomyélie, porte sur une partie plus ou moins étendue de l'organe. Zacchias et Manget en ont rapporté chacun une xemple différent.On l'a rencontrée aussi sur divers points de la moelle. Mohrenheim et Grashuys ont vu la moelle bifurquée à sa partie inférieure; Dugès a relaté un exemple analogue, mais portant sur la partie supérieure.

Un vice de conformation moins considérable, puisqu'il ne porte que sur la partie postérieure de la moelle, est celui qui consiste dans l’écartement de ses lames, de manière à faire persister la gouttière postérieure, quand déjà depuis long-temps elle devrait former un canal. Cet état est dû à la présence du liquide qui repousse les lames de la moelle chez les embryons affectés d’hydrorachis. La désunion des lames à la partie postérieure peut être générale, ou partielle et bornée à une petite étendue.

Les arrêts de développement peuvent s'étendre à toute la hauteur de la moelle, ou bien n’atteindre qu'un ou plusieurs points déterminés de sa longueur: c’est ainsi qu’on rencontre l'absence des renflemens ou leur diminution au moins très sensible. Cette variété d’anomalie coïncide presque toujours avec l'absence ou l'arrêt de développement des parties auxquelles ils fournissaient leurs nerfs.M.Serres a vu manquer, avec le renflement lombaire, les membres abdominaux, et avec le renflement brachial, les membres thoraciques.

Anomalies de longueur. Sous le rapport de la longueur, la

moelle subit quelquefois aussi des variations qui sont en dehors de l’état normal : tantôt elle n’atteint pas ses limites naturelles, et d’autres fois elle les dépasse. Keuffel la vue s'arrêter à la onzième vertèbre dorsale; Mayer, de Bonn, a observé un cas où elle se terminait brusquement par un renflement en massue, au niveau de la douzième. Le prexier de ces auteurs l’a suivie jusqu’à la troisième vertèbre lombaire. Morgagni, Meckel, Béclard, M. Cruveilhier l’ont vue se continuer, même après la naissance, jusqu’au bas du sacrum; et ces auteurs ont remarqué que ce mode d’anomalie coïncide très souvent avec l'existence du spina-bifida.

Absence complète de la moelle ou amyélie. Elle n’est pas rare chez les fœtus anencéphales parvenus à terme, mais paraît , au contraire, à tous les auteurs, peu probable avec l’existence du cerveau. Là science jusqu’à présent ne possède aucun exemple bien confirmé de cette dernière anomalie. Morgagni toutefois, en rapportant deux observations de ce genre de Raygeri, dit que, dans ces deux cas, la moelle manquait complétement, bien que le cerveau ne fût que partiellement détruit. Ces deux observations n’infirment pas ce que nous avons dit précédemment, car il régnait là un état pathologique, dont l’action, se manifestant sur les deux organes déjà développés, a pu porter plus spécialement sur l’un que sur l’autre, et amener la destruction de la moelle, quand le cerveau n’était encore que considérablement altéré, mais non tout-à-fait détruit. Le même auteur, avec Brunner, prétend que les cas d'absence de la moelle et du cerveau sont dus le plus souvent à la disparition de ces organes par l'effet d’une hydropisie interne : toutefois il ne faut pas se hâter de rejeter l'opinion qui admet comme cause de l'absence congéniale de la moelle l'arrêt de développement; car, puisque

son action peut se porter sur une des parties de l’organe, on ne

voit pas de raison pour qu'elle ne se manifeste pas dès l’origine des premiers rudimens médullaires. M. Ollivier (d'Angers) a cependant voulu infirmer cette dernière proposition, en disant qu’on n’avait jamais rencontré d'absence complète de la moelle dans les embryons qu’on avait ouverts; mais ce n’est là qu’un argument négatif, qui ne peut servir de base à une loi générale. Jusqu'ici nous n’avons vu, sauf le cas de prolongement de la moelle dans le canal sacré jusqu’à la naissance, que des exemples d’anomalie, qui tous établissent une diminution dans le volume du cylindre médullaire. Il existe un autre ordre de déviation à la forme et à la structure naturelles de l'organe : c’est celui qui constitue la duplicité de l’axe nerveux. Toujours cette anomalie coïncide avec une duplicité corrélative du canal rachidien:il existe, en effet, une bifurcation de l'un et de l’autre qui peut avoir son siége à des hauteurs différentes; la hauteur de l’une de ces bifurcations est mesurée exactement par celle de l’autre. Les deux branches médullaires, qui représentent chacune, dans son canal osseux , une moelle complète, se réunissent inférieurement en une moelle unique là où le canal vertébral devient unique aussi, pour se continuer jusqu’à la partie inférieure de ce dernier. Dans un cas rapporté par Prochaska, il existait au niveau de la réunion des deux embranchemens médullaires un renflement

très marqué.

Page 1