‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 3 sur 407 · COUP-D'OEIL · texte numérisé non relu

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ouche avec une pointe d’aiguille, fait déjà preuve de sensibilité par des contractions, à une époque où le cerveau est encore fluide.

Le second mémoire de Malpighi, et qui est son œuvre originale, a pour objet l'étude microscopique de la substance corticale du cerveau (1). C’est la base de toutes les recherches modernes sur l'anatomie de texture de la matière grise. Malpighi annonce en commençant l'existence de glandules, phrase qu’on lui a tant reproché comme se retrouvant dans presque tous ses travaux; mais C’est, aussi, que celte apparence se présente soustoutes les formes dans l’examen microscopique de la plupart des tissus. « Dans le cerveau des grands animaux à sang chaud, j’aitrouvé, « dit-il, la substance corticale formée de l’agglomération d’une « multitude de petites glandes (2). » À ces organules, dans les profonds détours de la substance grise, se rendentles racines blanches des nerfs, si mieux l’on n’aime dire qu’elles en naissent; mais tel est leur mutuel agencement que, de leur masse, semble formée la substance corticale. Ces glandules sont ovales, mais comprimées qu’elles sont de tous les côtés, elles laissent voir des angles légèrement obtus. Voici nettement exprimés l'existence des corpuscules de la substance grise dans leurs formes irrégulières et leurs rapports avec les fibres blanches ; tout ce qui suit n’est pas moins remarquable. Les glandules sont environnées par les capillaires sanguins de la pie-mère qui pénètrent profondément dans la substance grise. « De chacune d’elles émerge en dedans une fi- « brille blanche nerveuse, comme le permettent de voir la blan- « cheur et la diaphanéité de ces corps; de sorte que de la con- « texture de cette multitude de fibrilles en un faisceau procède la « substance blanche (3). »

Malpighi émet une opinion aussi arrêtée sur les racines des nerfs, qu’il fait arriver aux glandules de la substance grise. Plusieurs origines des nerfs, dit-il, naissent de la tige intérieure (crànienne), et les autres de la moelle elle-même qui descend au-dessous; mais la moelle spinale n’est qu’un faisceau nerveux, et celuici parvenu au cerveau se partage en deux portions qui tapissent les ventricules et arrivent à la substance grise dans laquelle s’implantent les racines nerveuses. Il en est de même des nerfs qui sortent du pont de Varole, lesquels suivis dans l’épaisseur du cervelet montrent leur origine des glandules de la matière grise. « Et « comme dans les ventricules et dans les parties principales de la « moelle d’où s'élèvent des renflemens, on trouve en abondance « de la substance corticale; qu’en les coupant (en travers), on ob- « serve (sur les plans de section) la continuation des fibres ner- « veuses : nécessairement il faut bien en conclure que les nerfs « naissent de l’intérieur des glandules (4). » A voir des détails si précis, ne croirait-on pas lire les recherches toutes récentes de quelque micrographe de nos jours ?

Enfin, ce qui achève de prouver l'exactitude et la sévérité des observations de Malpighi , c’est que, tout en acceptant le fait physiologique de deux courans nerveux, ascendant pour les impressions et descendant pour les mouvemens, il se refuse à recon-

(1) De cerebri cortice, Manget, Biblioth. anatom., t. IL, p. 321-325.

(2) In sanguinorum igitur perfectorum animalium cerebro corticem affusum minimarum glandularum proventum, et congeriem esse deprehendi (loc. cit., p. 321).

(3) Pars interior (glandulæ) à se promit fibram albam nerveam, prout videre nobis permittunt corporum horum luciditas et albido, ita ut ex multiplicium fibrularum connexu, e fasciculo, alba medullaris cerebri substantia emergat.

(4) Et quoniam in ventriculis, et ad principium spinalis medullæ copiosus cortex observalur, ubi prominentiæ interiores assurgunt, hisque satis nervorum conlinuatæ fibræ observantur, necessarid consendum nervos etiam ab interioribus hisce glandulis promi (Loc .cit., p. 324),

HISTORIQUE

naître anatomiquement, dans les corps striés et les couches optiques, la double série de faisceaux ascendans et descendans établie par Willis ; « car, ditil, les fibres nerveuses parallèles, amenées « dans les ventricules, et nées concurremment à leur origine de « la moelle allongée, n’offrent point de trajets divers, de telle « sorte que les unes aboutissent à des parties supérieures et les « autres à des parties inférieures; mais toutes également, à ce « qu'il m'a semblé, issues des glandules corticales, se portent « finalement en bas (1). »

Avec ces deux grands anatomistes, Willis et Malpighi, nous venons de voir se produire la plupart des idées originales dont la science est encore aujourd’hui occupée à poursuivre le développement. La meilleure preuve que toutes ces idées si fécondes étaient nouvelles alors, c’est qu’on les voit repoussées par les anatomistes contemporains, et qu’il leur a fallu plus d’un siècle et demi d’incubation pour que, à l’aide de nouvelles recherches, elles aient pu, sous d’autresnoms, reparaître et $e constituer dans la science.

Au reste, pour donner une idée de l'accueil qu’avaient pu recevoir, à leur apparition, parmi les savans les plus recommandables, les recherches qui avaient pour objet l’anatomie du cerveau, il suffit de citer à ce sujetle discours critique prononcé par N. Sténon(2) dans l’assemblée scientifique tenue chez Thévenot, l’une de celles qui, deux ans plus tard, devaient former le noyau de l'Académie des sciences ; discours si fameux alors, et dont le succès, continué à travers le dix-huitième siècle, n’est pas encore épuisé. « Au lieu, dit:il, de vous promettre de contenter votre « curiosité touchant l’anatomie du cerveau, je vous fais ici une « confession sincère et publique que je n’y connais rien. Je sou- « haiterais de toutmon cœur d’être le seul qui fût obligé à parler « de la sorte; car je pourrais profiter avec le temps de la con- « naissance des autres, et ce serait un grand bonheur pour le « genre humain, si cette partie qui est la plus délicate de toutes, «et qui est sujette à des maladies très fréquentes et très dange- « reuses, étaient aussi bien connue que beaucoup de philosophes « et d'anatomistes se l’imaginent..….Il est très certain que c’est le « principal organe de notre äme et l'instrument avec lequel elle « exécute des choses admirables ; elle croit avoir tellement pé- « nétré tout ce qui est hors d’elle, qu'il n’y a rien au monde qui « puisse bornersa connaissance, cependant quand elle est rentrée « dans sa propre maison, elle ne saurait la décrire, etne sy « connait plus elle-même. » Tout le reste continue sur ce ton d’inexorable négation et de spirituelle ironie. Sténon refuse de reconnaitre dans les « raies de même nature » du corps strié, la distinction de faisceaux ascendans et descendans établie par Willis, critique à outrance les figures qu’il a données, et montre combien est chimérique son essai de localisation des facultés intellectuelles. Il combat les hypothèses de Descartes sur la glande pinéale, par les recherches de Sylvius (François Lebois), sur cet organe et l’aqueduc qui porte son nom. Puis successivement il réduit à néant les opinions des anatomistes sur la structure des parties « la mollesse de la substance leur étant tellement obéis- « sante, que, sans y songer, les mains forment les parties selon

(1) Nunc parallelæ in ventriculis deductæ nervorum fibræ, in principio autem elongatæ medullæ concurrentis non diversas exbibet vias, ita ut aliæ in supernas, aliæ in infernas destinentur partes, sed omnes æqui, prout mihi videre licuit, a corticalibus glandulis exortæ deorsum tandem protrahuntur (oc. cèt., p. 325).

(2) Publié en latin : De cerebri anatome dissertatio, 1668. Manget. Biblio. anatom., t. Il, pag. 326-334 ; et en français dans Winslow : Exposition anatomique de la structure du corps humain, Paris, 1732, page. 641-658.

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