‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 4 sur 407 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

« que l’esprit se l’est imaginé auparavant. » Sa verve contre les phrénotomistes spéculateurs est intarissable : « Ils vous feront « même, s’écrie-t-il, passer en un besoin, la substance du cer- « veau pour une membrane. » Et pourtant un peu plus tard, (1670), ce germe d’une opinion si célèbre de Gall, aurait bien pu séduire Sténon lui-même, qui, le premier, a remarqué sur un veau, le déplissement des circonvolutions causé par un hydrocéphale (1). Enfin l'auteur termine par d’excellens conseils, pour diriger les anatomistes dans les recherches sur le cerveau, qu'il avait beaucoup étudié lui-même. Pour reconnaître la structure et les rapports des deux substances du cerveau, il pense qu’il convient d’en suivre partout les fibres sans rien déchirer; mais il avoue que cette recherche n’est pas facile. Il est à remarquer que nulle part il ne cite Malpighi et ne fait allusion à ses recherches. Cette circonstance explique une difficulté historique. C’est eu vain que le discours de Sténon porte, dans Manget, la date de 1668. Comme il fut prononcé chez Thévenot, avant la fondation de l'Académie des sciences (1666), il faut s’en rapporter à Cuvier, qui le fixe à 1664, c’est-à-dire un peu avant le travail du célèbre professeur de Bologne, qui ne fut publié que l’année suivante.

J'ai un peu insisté sur ce discours, non-seulement à cause de l'excellent esprit critique qui y règne, mais aussi en raison de la vogue satirique qu’il a obtenue, et de l'immense influence qu'il a long-temps exercée; influence bonne et mauvaise, comme toutes les œuvres des hommes. Ce qui montre dans quelle réserve doit se tenir la critique, même la plus judicieuse; car si celle de Sténon a été utile pour refréner l'esprit de spéculation, il semble bien aussi qu’elle ait eu le résultat funeste d'arrêter l'esprit bumain dans son essor; puisque, à partir de cette époque ou, au moins, de l'ouvrage de Vieussens qui en a été le dernier représentant, la science, jusque-là si active , est demeurée stationnaire, et, l’on pourrait même dire, a suivi une marche rétrograde, à tel point que les idées générales d'organisation déjà entrevues , et qui devaient êtreles plus fécondes, frappées de ridicule par l’anatomiste danois, sont restées stériles jusqu’à nos jours.

Raymond Vieussens estle dernier deces grands phrénotomistes de la fin du dix-septième siècle, et son ouvrage montre qu'il avait su mettre à profit les recherches de ses devanciers (2). Il dissèque le cerveau par la méthode de Varoli, et partant des pyramides antérieures, en suit les faisceaux amplifiés à travers la protubérance annulaire, les pédoncules du cerveau, les couches optiques et les corps striés, jusque dans le centre ovale. Ses figures 14, 15 et 16, ont pour objet de montrer cette continuité. Mais si j'ai bien compris l’idée générale qu'il s'était faite de la structure du cerveau, ce n’est pas pour rien qu’il avait nommé centre ovale toute la masse intérieure de substance blanche de lhémisphère. Au lieu de ne voir, comme Reil, dans les fibres verticales, qu’un faisceau continu divergeant de la pyramide antérieure à la substance grise hémi-sphérique , selon Vieussens, à ce qu’il me semble, les corps striés et les couches optiques se trouveraient l'intermédiaire de deux séries de fibres blanches parallèles, rentrantes ou sortantes, dont les unes convergeraient du milieu du centre ovale vers la moelle, en passant par les corps striés et les couches optiques, et les autres divergeraient de ces deux corps vers la face interne de la couche grise corticale.Au reste, toute la doctrine de Vieussens me paraît se résumer dans la phrase sui-

(1) De vitnlo hydrocephalo. Manget, Bibl. anat , 1. IL, p. 375-8. (2) Nevrographia universalis. Lugduni, 1684.

vante : « En outre les tractus blancs situés au milieu des corps « striés proviennent de la région moyenne du centre ovale, et ne « se terminent pas, comme les tractus médullaires des corps « striés supérieurs antérieurs, et des corps striés inférieurs (cou- « ches optiques), en dedans des confins du cerveau. Bien au « contraire, dès qu'ils émergent de la substance grise, à laquelle « ilss’insèrent, ils se dirigent, par un trajet légèrement flexueux, « vers la région antérieure de la moelle spinale : de sorte qu'une « partie gagne la moelle épinière ; et une autre les origines an- « térieures des nerfs spinaux (r). » En dernier lieu, afin de relier entre eux les faisceaux des deux hémisphères, il prend pour point de départ le corps calleux, et il en montre les prolongemens dans la substance blanche, où il essaie de leur trouver une continuation avec les faisceaux pédonculaires nés de la pyramide. C’est toute cette masse centrale de la substance blanche, avec ses divers prolongemens ventriculaires et périphériques , formés de fibres ou de stries, tant de continuité que de liaison , qui constituaient ce qu’il entendait par son centre ovale. En outre il a décrit la petite lamelle coupée de stries horizontales, qui ferme en bas l’aqueduc de Sylvius, et que l'on appelle encore aujour-

* d'hui la valvule de l’ieussens.

A l'exposé anatomique de l’anteur succèdent des hypothèses physiologiques sur la localisation dans les diverses parties de son centre ovale, des principales facultés de l'esprit, comme on les a comprises de tout temps. Enfin il croit à la structure glanduleuse de la substance cérébrale. Évidemment dans ce travail, Vieussens se montre à-la-fois le continuateur de Willis et de Malpighi, et le prédécesseur de Gall et des micrographes modernes. Comme anatomiste, il a fait faire un progrès remarquable à l'anatomie du cerveau, aprés Willis, et s’est aussi montré supérieur à ce dernier dans les dessins qu’il a donnés du squelette nerveux. Toutes les figures en sont remarquables par ses connaissances précises sur les distributions des nerfs et leurs anastomoses; celle surtout du grand sympathique (pl.23), où l’on a lieu de s'étonner de voir si bien connus dans leurs détails , ce nerf, le pneumo-gastrique et le spinal, avec leur anastomose à leur sortie du crâne. On regrette seulement de les voir ainsi détachés des organes qui les supportent; car jusqu’à cette époque, et même encore assez long-temps après, c'était toujours isolément, et, en quelque sorte, sur un fond d’air, que l'on représentait les nerfs; méthode vicieuse dont Scarpa et Fischer ont fait justice, mais que pourtant l’on retrouve encore employée dans des ouvrages tout récens.

Après Vieussens, pendant un siècle, on ne trouve plus guère que des observations de détail, de nouveaux essais de systémations psychologiques ou tout au plus d’incomplètes monographies de quelques parties des centres nerveux. Parmi les principaux anatomistes de cette longue période, se distinguent Æidley (1701), dontlenomestresté aux anastomoses sanguines circulaires de la base du crâne; Pourfour du Petit (1710), qui a publié trois lettres sur la structure du cerveau, où se remarquent, entre autres observations originales, l’existence de filamens nerveux carotidiens qui se rendent au corps pituitaire; Zwänger (1710),

(1) Præterea tractus albi, quibus striata corpora media constant, è media ovalis centri regione educuntur, nec quemadmodum tractus medullares stratorum corporum supernorum anteriorum , et stratorum corporum infernorum intra cerebri confinia terminantur. Quin è contra ubi è cinerea cui interseruntur, substantiâ emerserunt, non nihil flexuoso ductu, ad anticam spinalis medullæ regionem tendunt : adeo ut partim in medullam spinalem, et partim in antica spinalium nervorum principia abeant. (op. cit.,

auteur d’un essai de localisation des instincts et des facultés intellectuelles ; Santorini (1739), auquel, selon Cuvier, on doit la découverte de l’entrecroisement des fibres de la moelle au-dessous des pyramides antérieures; l’immortel Morgagni, qui, dans ses adversaria (1745), continue les recherches sur les fibres du cerveau, tandis qu’il a tant contribué à éclairer l’anatomie pathologique de cet important viscère dans son principal ouvrage ; Gunz (1750), le premier, peut-être, qui ait étudié avec quelque détail les circonvolutions cérébrales; Zarin, qui a décrit à la face inférieure du cervelet, sous le nom de /frænula nova, les deux petits voiles de substance nerveuse, intermédiaires de la luette aux lobules des touffes de Riel, et auxquels la reconnaissance des anatomistes, a conservé le nom de valpules de Tarin ; Albinus (1754-68), qui a étudié les substances cérébrales dans le même temps que J. F. Meckel (1753-57), faisait ses recherches sur le cerveau des nègres et la différence de couleur de leur substance médullaire. A la même époque, Cotugno s’est rendu célèbre par ses idées sur le liquide nommé depuis cérébro-spinal, vaguement connu de tout temps, mais dont il s’est approprié la découverte en montrant ses voies de communication, et par le

rôle qu'il lui fait jouer chez le vieillard. Walacarne (1776), au- :

quel on doit la première description un peu détaillée du cervelet et de la moelle épinière, a démontré aussi la communication du liquide cérébro-spinal des quatrième et troisième ventricules. A. Monro (1783) a immortalisé son nom par un seul fait, en montrant ces orifices de communication, tant cherchés par les modernes quoique déjà connns de Galien, des ventricules latéraux avec le troisième ventricule, auxquels on a conservé le nom de trous de Monro.

Vicq-d'Azyr (1781-90), si connu par son travail sur le cerveau, a dûü sa célébrité bien plus à la belle exécution de ses planches, jusque-là sans rivales, qu'aux observations dont il a enrichi la science.On lui doit pourtant un certain nombre de faits de détails bien observés , entre autres le quadrilatère perforé et le triangle interpédonculaire de même nom. Ses figures ont beaucoup perdu de leur intérêt vu sa manière d'étudier le cerveau par des coupes. Toutefois on peut toujours les consulter avec fruit à cause de la vérité avec laquelle y sont rendus les détails, tant des surfaces ventriculaires que des plans de section, sur des cerveaux dont la substance est dessinée fraiche et n'a subi aucune altération par des réactifs. La planche 22 est surtout remarquable. La coupe en est si heureuse, qu’elle montre positivement la continuité des faisceaux antérieurs, à partir de la pyramide à travers la protubérance, le pédoncule cérébral, en dehors du noyau de matière noire, la couche optique et le corps strié; continuité que l’auteur qualifie seulement de rapports entre ces parties. Rien n’est plus satisfaisant que cette vue des fibres offertes sans préparation et telles qu’elles se présentent dans la substance normale. L'ouvrage de Vicq-d’Azyr, par le soin même que l’auteur a mis à son exécution, prouve à quel point étaient oubliées les idées de ses prédécesseurs sur la structure des masses encéphaliques.

T. Sœæmmerring, dans une suite de travaux (1776-1808), a contribué aux progrès de la science. C'est lui qui, aux deux substances blanche et grise, a, par ses observations, ajouté la substance jaunâtre de la couche grise des circonvolutions intermédiaires, et la matière noire du noyau des pédoncules cérébraux. Le premier il a déterminé le poids de l’encéphale humain, et

(1) Traité d'anatomie et de physiologie, in-folio, 1786.

démontré combien la supériorité relative de sa masse comparée à celle de la moelle épinière et des nerfs, et au poids du corps en son entier, l'emporte dans l’homme par rapport aux animaux mammifères. Du reste, s’étayant des résultats négatifs de l’anatomie pathologique, qui montre souvent des désordres considérables dans la substance nerveuse sans trouble apparent des facultés intellectuelles, par un abus de déduction, il avait cru pouvoir en inférer que la sensorium commune doit avoir pour siége un fluide; et de là, comme il l’a fait, il n’y avait qu’un pas à revêtir de cette noble fonction le liquide ventriculaire, c’est-à-dire à retomber dans toutes les anciennes réveries des esprits animaux.

Notre Bichat, dont le jeune et vigoureux génie a tant fertilisé l'étude de tous les tissus, ne s’est pas montré moins original en ce qui concerne le système nerveux (1). Sa distinction en deux systèmes nerveux de la vie animale et de la vie organique est restée comme l’un des aperçus de la science les plus féconds en anatomie physiologique, humaine et comparée. Et si, ce qui est tout simple, la base de cette théorie avait été, comme on l’a dit, entrevue bien avant lui, du moins faut-il reconnaitre qu’il se l’est justement appropriée par la manière nette et lucide dont il l’a conçue, et par les développemens aussi vrais qu’étendus qu’il lui a donnés en anatomie, en physiologie et en pathologie. Finslow avait dit que les ganglions « diffèrent plus ou moins en volume, « en couleur et en consistance, comme autant d'origines ou de « germes dispersés de cette grande paire de nerfs sympathiques, « et par conséquent comme autant de petits cerveaux (2). » Mais il ya loin de ce premier germe d’idées sur les ganglions, demeuré dans la science après Winslow, qui, du reste, consacre, en qualité d’une paire de nerfs distincte, le grand sympathique, à la signification plus précise et si différente que Bichat a su donner aux ganglions, et surtout à l’aspect neuf et original sous lequel il envisage le grand sympathique. Faisons-le parler lui-même :

« Aucun anatomiste n’a encore considéré le système nerveux « des ganglions sous le point de vue sous lequel je vais le pré- « senter. Ce point de vue consiste à envisager chaque ganglion « comme un centre particulier, indépendant des autres par son « action, fournissant ou recevant ses nerfs particuliers comme le « cerveau fournit ou reçoit les siens, n'ayant rien de commun, « que par les anastomoses, avec les autres organes analogues; en « sorte qu'il y a cette remarquable différence entre le système « nerveux de la vie animale, et celui de la vie organique, que le « premier est à centre unique, que c’est au cerveau qu’arrive « toute espèce de sentiment, et que c’est de lui que part toute « espèce de mouvement; tandis que dans le second, il y a autant « de petits centres particuliers et par conséquent autant de petits « systèmes nerveux secondaires qu’il y a de ganglions.

« On sait que tous les anatomistes, même ceux qui, sans attri- « buer à leur expression aucun sens rigoureux, ont appelé les « ganglions de petits cerveaux, les ont pris pour des dépen- « dances, pour des renflemens des nerfs dans le trajet desquels « ils se trouvent; et comme la plupart occupent le grand sympa- « thique, ils les ont présentés comme un caractère distinctif de ce « nerf. Mais d’après l’idée générale que je viens de donner des gan- « glions, ilest évident que cenerf n’existe réellement pas, et que le « filet continu qu’on observe depuis le cou jusqu’au bassin, n’est « autre chose qu’une suite de communications nerveuses, une sé-

(1) Anatomie générale. T. 1, Paris, 1801.

(2) Exposition anatomique de la structure du corps humain, in-4° p. 462. — Paris, 1732.

« rie de branches que des ganglions placés les uns au-dessus « des autres, s’envoient réciproquement, et non un nerf partant « du cerveau ou de l’épine. »

Bichat expose ensuite les motifs qui lui ont fait penser que le grand sympathique n’est qu’une série d’anastomoses, et dont les principaux sont les interruptions fréquentes qu'il offre accidentellement, entre ses diverses portions comme anomalies chez l'homme, à l'instar de l’état normal chez certains animaux; puis il ajoute pour conclure :

« Ces diverses considérations me rendirent très probable lopi- « nion où j'étais depuis quelque temps, que le nerf grand sym- « pathique n’existe point réellement (bien entendu, dans la pen- « séede l’auteur, en qualité d’un nerf spécial, distinct des autres « et continu avec lui-même); que le cordon qu’il offre n’est « qu'une suite de communications entre de petits systèmes ner- « veux placés les uns au-dessus des autres ; que ces communica- « tions ne sont qu’une chose accessoire qui pourrait peut-être ne « pas exister, comme on le voit constamment entre le ganglion « ophthalmique et le sphéno-palatin, entre celui-ci et le cervical « supérieur, comme beaucoup d'animaux en fournissent aussi « des exemples. Dès-lors je commençai à regarder chaque gan- « glion comme le centre particulier d’un petit système nerveux « tout différent du cérébral, et distinct méme des petits systèmes « nerveux des autres ganglions. En considérant les fonctions « des nerfs partant de ces centres, je me convainquis de plus en « plus qu’ils n’appartenaient nullement au système cérébral. Er « effet ces nerfs ont des propriétés toutes différentes des leurs, « comme nous le verrons. »

Si je ne me trompe, ces idées de Bichat, comme on en pourra juger plus loin, ont été les sources les plus fécondes de la grande généralisation de Gall sur les systèmes nerveux partiels, principe elle-même de sa distinction entre les organes cérébraux.

C’est véritablement J. C. Reil qui renoue la chaîne des grands phrénotomistes interrompue depuis Vieussens. Ses nombreuses recherches sur la structure des centres nerveux (1) ouvrent l'ère nouvelle à laquelle appartiennent les travaux de tous les anatomistes de nos jours. Mais avant d’entrer dans l'exposé des travaux modernes sur la structure des centres nerveux, il est bon d'établir sur quels fondemens ils s'appuient.

La substance nerveuse encéphalique, dans l’état frais, ne présente qu’une masse pulpeuse presque homogène. Donner à sa texture une évidence qui permette d'établir une distinction nette entre ses parties, est précisément le problème sur lequel se sont établis, entre les anatomistes, des débats qui durent encore. Les uns ne voyant dans le résultat de l’action des divers agens chimiques qu'une coagulation artificielle de la matière morte, destructive de l’organisation normale , s’abstiennent scrupuleusement de toute préparation chimique, et veulent que l’on se borne à étudier la substance nerveuse telle qu’elle est au plus près de l'état de vie. Ce genre d'étude, emprunté de Malpighi, est le seul convenable pour les recherches de structure intime sous le microscope, mais il n’est d’aucun secours pour reconnaître la disposition , l'agencement, les connexions mutuelles et le mode de continuité des parties. Les autres anatomistes, précisément pour acquérir ces importantes notions sans lesquelles il n’existe point proprement d'anatomie des organes nerveux, font subir à la substance nerveuse une altération préalable par son immersion plus ou moins prolongée

(1) Reils archiv., t. VITE, IX et XI.

T'ATIT.

dans des solutions minérales, acides, alcalines, salines, ou dans des liquides variés, l'alcool, l'huile, ou même l’eau pure, et ajoutent souvent encore à leur effet la puissance du calorique par la coction. Jusqu'à quel point peut-on se fier aux résultats de ces actions chimiques ? C’est précisément la question qui partage les anatomistes. Assurément le tissu ainsi préparé a subi de graves modifications. Mais si, comme nous verrons plus loin que Gall s’en est fait, avec raison, un argument, le résultat univoque de ces procédés si divers, est de montrer une disposition fibreuse, en admettant que la substance nerveuse ainsi préparée ne soit pas précisément la texture, au moins en paraît-elle bien l’image , d'autant plus que cette disposition, partout évidente pour les nerfs, est celle aussi qui se présente d’elle-même dans la substance encore vivante sur certaines parties des centres nerveux. Ces préliminaires posés, il va nous être facile de comprendre, mais en ne les acceptant que sous toutes réserves, les résultats des recherches des anatomistes de nos jours sur la texture des centres nerveux.

Reil, pour ses recherches, faisait durcir la substance nerveuse en mettant les organes à macérer dans l’alcool, et augmentait la coloration de la substance grise par l’action d’un alcali, soit dissous dans le bain alcoolique, soit à part dans une solution aqueuse, où il laissait ensuite digérer la masse encéphalique. Ce mode de préparation est encore aujourd’hui le plus communément usité.

Reil commence ses études par le cervelet. Il établit le premier ce fait, justifié par toutes les observations ultérieures de l’anatomie comparée , que dans la série animale le noyau rudimentaire de cet organe est formé par la partie médiane, le ver ou la double éminence vermiforme, des deux côtés duquel se groupent successivement des masses nouvelles, les lobules, par une série d’additions à mesure que l’on s'élève dans l'échelle des vertébrés; si bien que, dans les hauts mammifères, et surtout dans l'homme, les hémisphères , par leur développement, deviennent les masses principales, dont la partie intermédiaire vermiforme , relativement exiguë et resserrée, ne semble plus que la commissure médiane. Trois faisceaux de substance composent la masse médullaire du cervelet, et en forment le pédoncule à la sortie de cet organe. De ces faisceaux, le premier fait suite à la partie postérieure de la moelle épinière; le second, le plus considérable, et qui est propre au cervelet, contourne en demi-cercle la moelle allongée, pour s’unir transversalement à son congénère, d’un hémisphère à l’autre, et former en commun proprement le pont de varole de la protubérance annulaire ; le troisième se rend du cervelet aux tubercules quadrijumeaux. À l’intérieur les deux masses médullaires s'unissent horizontalement par une commissure médiane dans l'épaisseur de l’éminence vermiforme. Entre les faisceaux du centre médullaire de chaque hémisphere s’interpose le corps ciliaire, frangé ou rhomboïdal, environné circulairement d’une lamelle dans laquelle pénètrent ses denticules, et qui se mêle aux faisceaux médullaires périphériques dont les subdivisions lamellaires, doublées par la substance grise, constituent les lobules. Toutefois, à l’extrémité des prolongemens fibreux arborisés, règne circulairement une lamelle blanche qui double la couche grise et en permet le déplissement isolé en une membrane commune, séparée artificiellement des faisceaux qui rayonnent du centre médullaire. Enfin, Reil complète son travail sur le cervelet par la description des lobes et lobules, auxquels il a imposé les noms qu’ils portent, et dont il a prouvé l'existence constante dans leur siége, leur forme principale et

leur volume, sauf les irrégularités individuelles que l’on y observe dans leurs subdivisions.

Le cerveau, d’après Reil, est formé de deux élémens fibreux de direction opposée ou de deux portions, verticale et horizontale.

La portion verticale se compose originairement, de chaque côté, de trois sortes de faisceaux, un antérieur et deux postérieurs. Le premier, né de la pyramide antérieure, traverse la protubérance et entre dans le pédoncule cérébral. C’est à ce pédoncule aussi qu’arrivent les deux faisceaux issus de la face postérieure de la moelle, qui tapissent le quatrième ventricule et passent au-dessus de la protubérance. Réunis dans le pédoncule cérébral, les trois faisceaux s’épanouissent dans la couche optique et le corps strié en un cône fibreux d’où irradient, dans toutes les directions, les fibres qui vont former, par leur épanouissement, les circonvolutions cérébrales.

La portion horizontale se compose du corps calleux et de la voûte. Reil, qui en suit les prolongemens dans les hémisphères, a cru y voir trois sortes de terminaisons. Quelques fibres qu'il aurait poursuivies, se porteraient dans les circonvolutions antérieures et postérieures; d’autres lui paraissent s’anastomoser avec les fibres verticales du cône fibreux; mais la masse principale des fibres horizontales lui semble aller évidemment à la rencontre des fibres verticales, et leur contact donne lieu à un entrecroisement confus et inextricable, dans lequel, et surtout au-delà duquel on ne peut plus rien détailler, quant au mode partiel ou commun de terminaison à la périphérie.

Tel est en résumé, sur la structure de l’encéphale, le travail déjà très avancé de Reil, dont il est évident que Gall et Spurzheim, ses contemporains, au point de départ, n’ont été ultérieurement que les continuateurs immédiats. Ses descriptions sont accompagnées de planches où les faits d'observation anatomique sont fidèlement représentés. Quant aux nerfs, Reil pense qu’ils procèdent tous de la substance grise, et indique même pour chacun d'eux, le noyau gris auquel il croit pouvoir en rapporter l’origine.

Mais Reil ne s’est pas borné à des travaux anatomiques. Avant leur publication il s'était déjà rendu célèbre par ses opinions physiologiques sur la substance nerveuse qui, quoique spéculatives, indiquaient néanmoins la tendance de ses recherches. Dans le mémoire qui ouvre son recueil (1), il pose en principe que la vie et ses phénomènes dépendent de la matiere organique et de la différence originaire du mélange et de la forme de ses élémens. Et comme la matière seule est accessible aux sens, il veut que l’on y trouve virtuellement la cause de la vie à l’exclusion de tout principe immatériel. Cette opinion, fractionnée de la théorie atomistique, qui rapporte uniquement les forces de la matière à son arrangement physique et à sa composition chimique, assurément n’était pas nouvelle; c’est au contraire la plus ancienne, car elle remonte au plus près à Empédocle, selon les vers que nous en a conservé Plutarque; et elle n’était point ignorée puisque, transmise d’âge en âge par l’école d’Elée, les Stoiciens, les Épicuriens, et par Asclépiade de Bythinie, elle s’est infusée par toutes les voies dans la philosophie moderne. Ce qui, sur cette question, appartenait personnellement à Reil, c’était, par une contradiction si fréquente dans les théories abstraites, tout en rejetant un agent immatériel, dominateur de l'organisme, dont nous ne pouvons, dit-il, avoir aucune idée instinctive, ni fournir aucune preuve, d’avoir recours néanmoins à certains principes

(1) ‘Archiv. für, t. I, cah. 1. — Halle 1795.

subtils qui, dans des termes plus vagues, ne sont au fond, pas autre chose, et dont pourtant il reconnaît l’intervention nécessaire pour l’organisation de la matière vivante et l’explication des phénomènes de la vie. Et encore, après l’admission de ces principes non définis, n’ose-t-il pas en faire dériver les idées. Il est vrai qu’elles se prêtent peu à n’être que des produits chimiques. Mais alors aussi, dans cette théorie, elles se trouvent des effets sans cause, des actions sans organes, et ne se rapportent plus à rien. Descartes, certes, a fait plus sagement, qui, admettant un premier moteur, le réserve, comme cause secondaire, et, sans plus s’en inquiéter, ne pouvant le comprendre, passe outre librement pour procéder à son explication physique des phénomènes. Tout ce mémoire de Reil, si peu digne de lui, où, comme dans toutes les mauvaises causes, l’aigreur de la forme concorde avec la faiblesse du fond, ne doit être considéré que comme un tribut payé par la jeunesse de l'auteur aux opinions peu raisonnables de son temps. Mais il ne nous dispense en rien de la reconnaissance qu’on lui doit pour ses recherches anatomiques ultérieures, où il s'est montré si habile phrénotomiste et observateur si exact et si consciencieux.

En 1810 parut le premier ouvrage de Gall et Spurzheim, présenté deux ans auparavant sous forme de mémoire, à l’Académie des sciences. Depuis, tout ce travail est reproduit dans leur grand ouvrage in-folio, mais non pas avec autant de détails de structure (1). J’élague toute la partie de phrénologie si prématurée, de ces œuvres auxquelles le nom de Gall est resté plus spécialement attaché, pour ne parler que de ce qui a trait à l'anatomie et à la physiologie générale du système nerveux. Gail et Spurzheim ,dans l'étude du cerveau, débutent par celui de l’homme et motivent cette détermination sur un argument qui, n'étant que la contre-partie de celui de Willis semble bien en avoir été inspiré.

« D'après, disent ces auteurs, la connaissance que nous avons « des animaux, nous ne découvrons en eux aucune qualité , « aucun mode d’action dépendant du cerveau dont le type ne « se retrouve pas en nous, c’est pourquoi nous sommes fondés « en quelque manière, à regarder les cerveaux des animaux « comme des fragmens du cerveau de l’homme, et à chercher « dans le cerveau humain toutes les parties disposées dans Les di- « verses classes d'animaux. En Ôtant et retranchant quelques « parties du cerveau de l’homme, nous le ravalons au niveau « du cerveau des animaux, et en ajoutant de nouvelles parties « à celui-ci, on peut l’élever à la perfection du cerveau humain « (in-4°, 1810, t. I, p. 270). » En la retournant on trouve ici en entier l’idée fondamentale de Willis qui veut que l’on commence l'étude du cerveau par les animaux chez lesquels cet organe présente, en abrégé, les rudimens de celui de l’homme. Mais il y a plus, c’est que cette méthode de Willis, déguisée d’abord, reparaît à découvert chez Gall et Spurzheim, pour établir la classification de leur ouvrage et les diriger dans leurs études sur le système nerveux. Également dans cette illusion que s'était faite Willis, ou plutôt dans cette espérance qu’il avait léguée à l'avenir, de déterminer par l'anatomie comparée, les facultés et les usages de chaque organe, on ne peut s’empécher de reconnaître l’idée mère dont toutes les recherches phrénologiques ultérieures de Gall et Spurzheim n’ont été que le développement.

(1) Recherches sur le système nerveux en général et celui du cerveau en particulier. In-4. Paris, 1809-10. — Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, par Gall et Spurzheim, — 4 vol. in-folio. Paris, 1810-1819.

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Comme l'avaient dit leurs devanciers, et surtout Reil, qui insiste beaucoup sur ce fait fondamental, Gall et Spurzheim s’efforcent de prouver que toute la substance blanche est formée de fibres, et opposent, à cet égard, aux partisans de l’opinion contraire, un très bon argument. « Si les fibres, disent-ils, sont le « produit d’une coagulation qui aurait lieu après la mort, com- « ment arrive-t-il que des agens aussi opposés que le sont l’eau, « dans l'hydropisie du cerveau, l'esprit de vin, le vinaigre, la « liqueur de Monro, les acides minéraux, l'huile chaude et « même la gelée (solution de gélatine), agissent tous d’une ma- « nière uniforme? » Pourquoi les fibres se présentent-elles toujours coagulées de même dans les mêmes parties; perpendiculaires du fond au sommet dans les circonvolutions, ailleurs horizontales, ailleurs encore rayonnées ou entrecroisées (1)?

Pour éviter des répétitions inutiles dans l'analyse des travaux anatomiques de Gall et Spurzheim, je vais puiser également dans l'un et l’autre de leurs deux ouvrages, mais en suivant l’ordre adopté dans leur grand traité, où leurs idées sont présentées dans tout leur développement.

Ce beau travail est le premier qui s'élève à la hauteur d’une conception générale du système nerveux. Nous pouvons même dire à l’avance, ce qui sera démontré plus loin, que c’est par là qu'il se montre le plus original. Mais d'accorder à Gall et Spurzheim un point de cette importance, c’est en faire un très grand éloge. Et il faut avouer qu’il est bien justifié par les hautes vues d’ensemble dont ils ont enrichi l'étude du système nerveux; par les résultats de si haute portée, fondamentalement vrais dans leurs aperçus généraux, si ce n’est dans leurs applications de détail, qu'ils en ont su tirer; enfin par la forte impulsion qu'ils ont donnée à la science, en lui ouvrant une mine nouvelle d’observations philosophiques et pratiques, si vaste et si féconde que, dans l'impossibilité d’en suivre toutes les issues et d’y porter la lumière sur les limites obscures de la science matérielle et de la métaphysique, il n’est probablement pas donné à l'esprit humain de l’épuiser jamais.

J'ai dit que la méthode suivie par Gall et Spurzheim dans leur ouvrage est celle indiquée par Willis. Or, cet anatomiste luimême, n’en avait été que le propagateur et non l'inventeur, car on en retrouve les germes partout avant lui, jusque dans Aristote, le fondateur des sciences naturelles. Pour ce qui est de Gall et Spurzheim, soit qu’ils l’aient ou non connue à l'avance, il est évident qu’elle se déduisait naturellement de l’ensemble de leur travail, et, par les développemens qu’ils ont su lui donner, ils se la sont appropriée d'autant plus légitimement qu'elle n’a plus chez eux qu’une valeur secondaire.

Quand on se pénètre intimement de la signification générale des travaux des hommes puissans, qui ont imprimé un grand mouvement dans l’une des directions de l'esprit humain, on ne tarde pas à y saisir une idée forte, principe d’activité de son auteur, d’abord vaguement entrevue par lui, mais qu'il a poursuivie d’instinct, et qui peu-à-peu se dessine et se déduit ensuite clairement de toutes les parties de son ouvrage. Or, une idée de cette nature, qui ne pouvait ressortir que d’un génie vigoureux comme celui de Gall, et dont j'avoue que je n’ai reconnu aucune trace avant lui, domine tout l’ensemble de ses travaux avec Spurzheim, et se retrouve amplement développée dans les corollaires anatomiques de leur ouvrage. S'ilm’est permis d’en donner la formule, voici, d’après Gall, comme je la conçois. Le système nerveux

(1) Loc. cit., t. 1, page 237.

général, représentant ce que nous nommons aujourd'hui l'organisme, se compose, dans tout le règne animal, d'autant de systèmes partiels qu’il existe de fonctions spéciales. Reliés en un ensemble, mais distincts entre eux, inégaux de développement et, jusqu’à un certain degré, indépendans les uns des autres en anatomie, physiologie et pathologie, ces systèmes partiels, et, par eux, les fonctions qu’ils opèrent, établissent aux divers âges de la vie, dans toute la série animale, les variétés qui distinguent, sous tous les aspects, les classes, les espèces et les individus.

A cette formule, queje résume de leurs propositions principales, Gall et Spurzheim appliquent, dans sa plus grande généralité, la méthode de Willis, qui veut que l'on procède de l’animal à l’homme. En les suivant dans l’ordre de leur exposition, rien n’est donc plus facile que de comprendre cette œuvre remarquable des deux anatomistes allemands, dont toutes les recherches ultérieures ne sont que la continuation.

D’après leurs observations, aux degrés les plus inférieurs de l’échelle animale, où manquent la moelle épinière et l’'encéphale, les centres nerveux se composent de petits amas gélatiniformes d’où irradient des filamens nerveux qui se distribuent dans toutes les parties. Ces systèmes nerveux sont ceux des entrailles (viscères) « et comme les fonctions des entrailles se continuent « dans les animaux supérieurs, nous devons retrouver dans leurs « entrailles et dans leurs vaisseaux, les systèmes nerveux des en- « trailles et des vaisseaux des animaux inférieurs. » D’où il suit que les appareils nerveux des invertébrés sont, chez les vertébrés, « les types des plexus nerveux du bas-ventre, de la poitrine, « et de la série plus ou moins interrompue des ganglions du nerf « sympathique. »

A l’examen critique, cette première conclusion n’est pas rigoureuse. Chez les animaux inférieurs les systèmes nerveux n’exercent pas seulement des fonctions viscérales, mais aussi des fonctions de relation, puisque aucun animal n’en est privé. Ces systèmes ne sont donc pas exclusivement les types des systèmes nerveux viscéraux et du grand sympathique des animaux supérieurs. Et comme ils sont doubles et représentent à-la-fois les appareils d'incitation de la vie organique et de la vie animale, ce sont avant tout des systèmes nerveux complets dans leur genre, mais différens. Toutefois, ce qui reste vrai, c'est que, si rien ne prouve que les nerfs viscéraux puissent exister indépendamment de quelque rudiment d’appareil de relation, du moins, et c’est sur ce fait que Gall et Spurzheim ont pour objet de s'appuyer, ils forment des organismes sans la moelle épinière et l’encéphale. Ainsi, au lieu de considérer, avec les anciens anatomistes , le grand sympathique comme né de la moelle et du cerveau, il faut, à l'exemple de Winslow, Sæmmerring, Bichat et Cuvier, y reconnaître un système nerveux essentiel et primitif. De même que Bichat aussi, Gall et Spurzheim, qui englobent les nerfs viscéraux avec le grand sympathique, en font un appareil complexe dont les parties, pourvues de ganglions d’origine d’où naissent leurs filets, composent autant de petits systèmes chargés de fonctions différentes et reliés seulement les uns aux autres par des rameaux de communication. C’est, pour les appareils nerveux dela vie organique, l'expression de l’idée générale sur laquelle ils insistent, de considérer les systèmes partiels comme les parties distinctes d’un ensemble sans commencement ni fin (t. 1, p. 289, in#°, 1810).

La structure générale des appareils nerveux du grand sympathique va se reproduire pour ce que Gall et Spurzheim nomment les systèmes nerveux de la moelle et de l'encéphale. Dans les uns

comme dans les autres les fibres de la substance blanche et les nerfs vont naître des ganglions de la substance grise ; d’où le nom de substance nourricière ou de matrice des nerfs que Gall et Spurzheim ont cru pouvoir lui imposer.

La moelle épinière se compose de deux moitiés, dont chacune est formée d’une chaîne de ganglions de substance grise d’où émergent les nerfs. Ces ganglions, plus gros ou plus petits, suivant qu’ils donnent naissance à des nerfs plus ou moins volumineux, sont unis entre eux par des fibres blanches fasciculées en un cordon longitudinal à l’intérieur duquel un canal règne dans toute sa longueur. Les deux moitiés latérales sont unies sur le plan moyen par des commissures. De même que les racines des nerfs spinaux proviennent des ganglions de la substance grise, c’est aussi à des amas de même substance que doiventleur origine les nerfs encéphaliques.

De cette structure générale de la moelle il n’y avait qu'un pas pour s'élever à l’idée générale, admise déjà pour le grand sympathique, d’un amas, disposé dans un ordre quelconque, de ganglions, origines des nerfs et organes essentiels d’autant de systèmes attribués à des fonctions différentes. Et cette conception entrevue, il ne s'agissait plus, pour obtenir une systématisation générale, que de faire entrer dans cette analyse ganglionaire les parties dont se compose l’encéphale.

Mais pour apprécier les idées de Gall et Spurzheim, il faut les suivre dans leur filiation commeils les ont présentées. Dans leur point de départ habituel des animaux inférieurs, c’est, disent-ils, chez les vers et les chenilles qu’ils ont trouvé les élémens de la structure de la moelle et de l’encéphale des animaux vertébrés. Laissons-les parler eux-mêmes :

« Dans ces animaux on trouve autant d'origines particulières « de nerfs ou de ganglions, que le corps de l'animal a d’anneaux « ou de segmens différens, et de même autant d’amas de sub- « stance grise, qui forment chacun un ganglion d’où sortent les « nerfs destinés aux différentes parties des segmens. Tous ces « nœuds ou ganglions sont, comme les ganglions des viscères, « unis entre eux par des branches nerveuses. Il en résulte un « cordon nerveux garni de nœuds qui s'étend d’une extrémité à « l’autre.

« Les systèmes nerveux de la moelle épinière des poissons, des « amphibies et des oiseaux, sont organisés d'aprés les lois que « nous venons d'exposer; il n’y a aucune différence essentielle; « seulement les ganglions sont ordinairement plus rapprochés, « de sorte qu’en les considérant rapidement ils semblent ne for- « mer partout qu’un cordon à-peu-près également gros, et ne « se renfler en nœuds distincts que dans les endroits où naissent « des nœuds plus forts, par exemple les nerfs des extrémités.

« Mais lorsqu'on examine la chose avec plus d'attention, on « voit clairement que dans l'intervalle d’une paire de nerfs à une « autre, il y a toujours, alternativement, des rétrécissemens et « des renflemens plus ou moins sensibles... Ces renflemens sont « dus à des amas de substance grise placés çà et là pour donner « naissance aux nerfs qui se détachent des renflemens.

« La nature a suivi exactement la même marche dans les sys- « tèmes nerveux de la colonne vertébrale des animaux mammi- « fères et de l’homme, chez lesquels les renflemens sont aussi « rangés très près les uns des autres, et moins sensibles que chez « les insectes, mais cependant toujours visibles.

L’objection qui a été faite à cette théorie, et qui se présentait d'elle-même, c’est que, si déjà, comme il a été dit plus haut, les systèmes nerveux des animaux inférieurs sont les types de ceux de la

poitrine ou du bas-ventre, reconnus comme formant un système différent de ceux de la moelle épinière et du cerveau, on ne voit pas comment la chenille, qui appartient aux invertébrés, deviendrait aussi le type de la moelle épinière et du cerveau, qui caractérisent les vertébrés.

Pour expliquer cette contradiction, ce qui me semble le plus probable, c’estquecettedoctrine, que leurs auteurs ont cru deleur intérêt de présenter comme si elle avait été uniquement déduite & posteriori des faits d'observation, en procédant du simple au composé, l'avait bien été aussi un peu à priori, en alliant à leurs observations positives, en grand nombre, les emprunts fréquens faits à leurs devanciers, Malpighi, Vieusssens et peut-être Reil entre autres, en généralisant le tout plus complétement et beaucoup mieux, et le coordonnant en un ensemble. C’est ce qui résulte de la structure qu’ils assignent aux organes encéphaliques.

Reil avait reconnu les deux grands organes encéphaliques, le cervelet et le cerveau, formés de deux courans de fibres opposées, les unes verticales et rugueuses nées de la moelle; les autres horizontales, partant du plan de la suture médiane, et il nous montre ces deux séries de faisceaux allant à la rencontre l’une de l’autre pour s'épanouir à la surface périphérique de la substance grise. La structure générale est la même pour Gall et Spurzheim; mais, outre ce qu’ils ajoutent aux détails, l’idée théorique qui préside aux trajets des fibres et aux rapports des deux substances donne à l’ensemble une signification différente. Selon eux, au cerveau comme au cervelet les deux séries de fibres ont une destination analogue dont la substance grise périphérique est l'intermédiaire. A cette surface grise aboutissent les faisceaux verticaux, rayonnés et divergens; et de cette même couche procèdent les faisceaux horizontaux, rentrans ou convergens. Tout ce qui a rapport aux ganglions et aux fibres de renforcement et de liaison, n’est plus que secondaire sous cette disposition générale.

Pour le cervelet, Gall et Spurzheim reconnaissent que les descriptions de Malacarne et Chaussier sont assez exactes, « mais isolées, sans aucune vue élevée, sans distinguer ce qui est essentiel, de ce qui est accidentel et individuel. » Les deux auteurs s'appuient des recherches de Reil, qui concordent, disent-ils, avec les leurs. D’après eux, de chaque côté, les premieres racines du cervelet sont au corps restiforme et aboutissent au corps dentelé, frangé ou rhomboïdal. « Ce corps est un appareil préparatoire destiné à renforcer les filamens qui y entrent par d’autres qui s’y engendrent. » Le corps frangé est le véritable ganglion du cervelet, d’où irradient, en couches, en feuilles, de nouveaux faisceaux vers la circonférence. La partie médiane, formée par le faisceau principal, émané du ganglion, est le noyau primitif, essentiel et fondamental du cervelet, autour duquel, à mesure que l'on remonte dans la série animale, sadjoignent successivement d’autres faisceaux, pour former les hémisphères du cervelet. En opposition à ces faisceaux rayonnés ou divergens de la racine centrale vers la substance grise de la circonférence, de celle-ci procèdent des faisceaux transversaux, rentrans ou convergens, postérieurs et médians, qui se portent vers le bord externe antérieur et s'unissent d’un côté à l’autre en une couche fibreuse, épaisse et large, pour former le pont de varole ou la partie superficielle de la protubérance annulaire qui n’est autre que la commissure du cervelet.

Le cerveau est une agglomération d’un certain nombre d'organes résultant de l'épanouissement de plusieurs faisceaux d’origine.

«Tous ces faisceaux, disent les auteurs, sont composés graduel-

gg ait ié . ; — Nil d'u éd dé dé RSS SAS ÉÉ RR L

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« lement de fibres produites dans la substance grise du grand « renflement. On doit donc les considérer comme les premiers « rudimens ou du moins le commencement visible du cerveau. « Ces faisceaux sont les pyramides antérieures et postérieures, « les faisceaux qui sortent immédiatement des corps olivaires, « les faisceaux nerveux longitudinaux qui aident à former en « partie la quatrième cavité ventriculaire, et encore quelques « autres qui sont cachés dans l’intérieur du grand renflement. »

Les pyramides font suite aux fibres d’entrecroisement de l’extrémité supérieure de la moelle et sont en communication avec les corps olivaires par des fibres qui les contournent. Le faisceau des pyramides entre dans la protubérance annulaire où il est un peu étranglé, puis s’y partage en plusieurs faisceaux, tous placés dans une grande quantité de substance grise. Celle-ci forme un ganglion d’où sortent beaucoup de nouveaux faisceaux qui se joignent aux premiers et les renforcent. Les uns sont disposés en couches ; d’autres s’entrecoupent à angle droit avec les faisceaux transversaux de la commissure du cervelet..….. « D’où il résulte « que la protubérance est un véritable ganglion où les faisceaux « primitifs pyramidaux sont renforcés et deviennent les grands « faisceaux fibreux (crura cerebri). Ces grands faisceaux con- « tiennent une quantité considérable de substance grise et s’y « renforcent par de nouvelles fibres. Ils s’épanouissent enfin dans les circonvolutions inférieures, antérieures et extérieures des lobes antérieurs et moyens. »

Du corps olivaire naît un autre faisceau, qui monte, comme celui de la pyramide, entre les fibres transversales de la commissure du cervelet. Mais les nouveaux faisceaux de renforcement y sont moins considérables. Ils augmentent surtout dans le grand faisceau fibreux (pédoncule), et composent un ganglion, la couche optique. Au-delà ils forment les circonvolutions postérieures et toutes celles du bord supérieur de chaque hémisphère vers la ligne médiane du cerveau.

« Les couches optiques et les corps striés sont donc aussi de

« vrais ganglions où les filets nerveux, déjà formés, reçoivent un « degré considérable de renforcement et d'augmentation, et se « préparent, par degrés, à atteindre leur entier perfectionnement « pour former leurs circonvolutions respectives. »

Après avoir suivi les appareils de formation ou les filets nerveux rentrans et divergens, jusque dans la substance grise, à la surface externe des circonvolutions , il s’agit de montrer la substance corticale ou grise de la surface du cervelet et du cerveau comme l’origine des appareils de réunion.

« Le système rentrant contient des fibres plus nombreuses et « des faisceaux plus forts que le système sortant... Les filamens « du système rentrant se réunissent au-delà du tissu en filets « plus gros, et, à mesure qu’ils se portent vers l’intérieur, ils « forment des faisceaux et des couches qui se rapprochent de la « ligne médiane entre les deux hémisphères, sortent par le bord « interne de l'hémisphère en couches nerveuses blanches, se joi- « gnent aux faisceaux et aux couches des systèmes congénères de « l'hémisphère opposé, et forment ainsi les différentes réunions, « jonctions et cormmissures. »

C’est en raison du principe que la substance blanche naît partout de la grise, que Gall et Spurzheim font marcher les fibres horizontales en sens contraire de Reil, de la périphérie vers le plan moyen. Ainsi des diverses circonvolutions des lobes moyen, postérieur et antérieur, naissent les fibres rentrantes qui s’entrecroisent avec les fibres sortantes du système divergent, et, en décrivant des courbes sur certains points pour intercepter entre

elles les cavités cérébrales, ou les ventricules, vont s’unir sur le plan médian avec celles du côté opposé, pour former le corps calleux, la voûte, la harpe et les diverses commissures.

Dans ce système, la substance grise périphérique étant l’organe essentiel, aboutissant des fibres sortantes ou divergentes , et point de départ des fibres rentrantes ou convergentes, les circonvolutions se trouvent formées de ces trois élémens disposés en deux lamelles blanche et grise, accolées avec un tissu intermédiaire, et qui se continuent de l’une à l’autre par une courbe en anse à leur sommet commun. C’est du noyau continu d’entrecroisement des fibres que partent les auteurs pour expliquer la structure des circonvolutions.

« Dés que les faisceaux nerveux sortans et divergens se sont « entrecroisés au bord externe des grandes cavités avec les filets « rentrans, en y formant le tissu dont nous avons parlé, ils s’é- « cartent toujours davantage les uns des autres, se prolongent et « forment, comme tous les autres systèmes nerveux, une expan- « sion fibreuse. Les fibres de chaque faisceau n’ont pas toutes la « même longueur; un grand nombre, et surtout celles qui sont « situées du même côté, se terminent immédiatement au-delà « des parois extérieures des cavités; les autres continuent à se « prolonger, mais à des distances inégales, les unes à côté des « autres : celles qui sont situées au-dedans s'étendent le plus loin. « C’est ainsi que se forment à l'extérieur les prolongemens de « chaque faisceau, et, de deux en deux faisceaux, des intervalles, « renfoncemens et sinuosités.

« Toutes ces fibres sont recouvertes à leur extrémité périphé- « rique de substance grise qui doit affecter la forme de l’expan- « sion nerveuse périphérique. Lorsque l'on coupe perpendicu- « lairement et en travers l’un de ces prolongemens, on voit que « la substance blanche fibreuse est plus large à la base des cir- « convolutions, et devient toujours plus étroite en allant à la « partie supérieure. Cela vient de ce que les fibres nerveuses de « chaque côté se perdent dans la substance grise, tandis que « celles du milieu se prolongent seules jusqu’à lextrémité.

« Les fibres de chaque prolongement ou de chaque circonvo- « lution forment deux couches particulières qui se touchent dans la ligne médiane, et sont légèrement agglutinées l’une « contre l’autre par le moyen d’un névrilème muqueux ou d’un

tissu cellulaire très fin. »

A ce tableau de l’organisation générale des centres nerveux s’ajoutent une foule d'observations et d’aperçus qui tendent à relier toutes les parties avec l’ensemble. L'une de ces idées, neuve alors, et encore bien loin d’être acceptée aujourd’hui, consiste à faire de ce que l’on nomme si improprement les glandes pinéale et pituitaire, de véritables ganglions.

Conformément à l'observation déjà faite un siècle avant par Pourfour du Petit et confirmée depuis, la glande pituitaire, suivant Gall et Spurzheim, est véritablement traversée par des filamens blancs. « C’est la partie moyenne de la couche de substance

Le

« grise où de nouveaux filamens nerveux prennent naissance. » La glande pinéale aussi est l’origine de quatre filamens nerveux, dont deux de chaque côté. C’est ainsi, du moins, qu’ils considèrent les quatre pédoncules dont les antérieurs vont à la couche optique et les postérieurs aux tubercules quadrijumeaux.

En parcourant ce grand travail, pour nous surgissent de tous côtés des réminiscences de travaux antérieurs. Mais en se reportant à l’époque de la première publication de l’ouvrage de Gall et Spurzheim, toutes ces idées étaient tellement oubliées qu’elles furent d’abord repoussées comme d’étranges nouveau-

tés. Gall allègue, avec raison, que tous les écrivains influens d’alors, Sabatier, Portal, Chaussier, Boyer, Fodera, Dumas, et il ajoute même Cuvier, ignoraient la structure fibreuse de la sub-

stance blanche et regardaient encore la moelle comme un prolongement du cerveau. Les recherches de Vieussens étaient tel-

lement oubliées, et celles, toutes récentes, de Reil étaient si peu connues, que Walter, de Berlin, et Ackermann, de Heidelberg, pour repousser la méthode de démonstration de Gall et Spurzheim et la réduire à une rêverie dont l'antiquité aurait déjà fait justice, invoquaient l'autorité de Galien, et s'étayaient de son opposition contre les premiers inventeurs de cette méthode, Praxagoras et Philotime. Au reste, il n’est pas sans intérêt de citer à ce sujet le rapport rédigé par Cuvier sur le mémoire original présenté par Gall et Spurzheim à l Académie des Sciences (x). A cette époque Gall était déjà très connu, non pas tant par l'éclat de ses recherches sur le système nerveux, que par la hardiesse de sa théorie phrénologique, antérieure à son travail sur l'anatomie du cerveau, et à laquelle pourtant ce dernier était destiné à servir de base quoiqu'il n’en füt peut-être au fond que le prétexte. Le rapport de la commission se borne, comme de raison, à juger la partie anatomique, mais il sy montre peu favorable aux auteurs qu'il semble craindre de fortifier au profit de leurs opinions physiologiques.

Cuvier reconnaît que l’entrecroisement des fibres est facile à voir dans la corne inférieure des ventricules latéraux, entre les fibres divergentes du corps canelé et les fibres convergentes du corps calleux. L'idée générale des deux séries de fibres rentrantes et sortantes lui paraît la découverte la plus originale des auteurs. Mais cette théorie, déduite de l'observation, leur est commune avec Reil. Un autre fait, également vérifié par l’illustre rapporteur, et qui est bien plutôt le propre de Gall et Spurzheim, est le renforcement, si nettement spécifié, des faisceaux verticaux dans la protubérance et le pédoncule cérébral. Cuvier admet encore que les nerfs remontent de la moelle et ne descendent pas du cerveau. Il ne nie pas aussi positivement qu'on l’adit depuis, lesrenflemens de la moelle et même la commission aurait vu cette disposition, assez évidente, sur une moelle de veau préparée par Gall et Spurzheim. Elle reconnaît aussi que les circonvolutions cérébrales sont formées de l'adossement de deux lames, mais avec l'intermédiaire d’une substance médullaire amollie pour moyen d’union. Si l'illustre rapporteur accepte, dans la signification que leur nom indique, les commissures cérébrales et cérébelleuses, c’est, avec raison, en qualité d’un fait déjà adopté. Enfin, il n’est pas moins fondé lorsqu'il dit que la fameuse dénomination de matrice des nerfs, appliquée à la substance grise, n’est qu’une autre expression de l'opinion alors généralement reçue. Telle est, en peu de mots, la substance du rapport académique. Quant aux idées générales sur la structure du système nerveux, pas un mot. Le ton peu encourageant qui règne dans cet écrit est celui d’une réserve prudente à l'égard d’un athlète que l’on sait qui ne se laissera pas facilement terrasser. On l'avait bien jugé; et il y a paru de reste par la réponse immédiate qu'il a faite au rapport, et par la persévérance que lui et son collaborateur ont apporté depuis, et jusqu’à leur dernier jour, à professer et à répandre partout , dans les deux mondes, leurs opinions et leurs doctrines.

Un reproche essentiel que Cuvier adresse à Gall et Spurzheim, et sur lequel il insiste avec raison, c'est de n’avoir pas déclaré

(1) Mémoires de la classe des sciences physiques et mathématiques de lInstitut de France. Paris , 1808.

les emprunts faits à Vieussens. Mais en tant que de leur faire leur procès, il y avait bien autre chose à dire de plus grave et de plus fondé. Évidemment, en recueillant nos souvenirs, ils ont emprunté à tous leurs devanciers leurs germes d’idées les plus féconds, qu’ils ont fertilisés d’abord, puis développés à l'excès, bien au-delà des limites d’une observation rigoureuse, et jusque dans leurs conséquences possibles. À Willis, qu'ils ne citent nulle part, ils doivent la méthode qu'ils ont suivie dans leurs études, en remontant de l’animal à l’homme, et l’idée générale qu'ils ont étendue immodérément par cette méthode , de considérer les centres nerveux comme formés d’organes doués de fonctions spéciales. A Malpighi, dont ils n'ont pas craint de dire qu’il n’a vu dans le cerveau qu’un paquet d'intestins difformes et impurs; à ce Malpighi, toujours si riche de faits originaux, ils ont pris ses observations les plus positives et sa théorie des rapports des deux substances, dont la dénomination de matrice des nerfs, appliquée à la substance grise, n’est que l'expression exagérée. À Bichat, qu’ils ne citent que vaguement, ils ont emprunté ses aperçus féconds sur la spécialité de fonctions et la demi-indépendance mutuelle des fractions diverses du grand sympathique. Enfin, entre leurs travaux et ceux de Reil, leur compatriote, qu’ils ont dù connaître des premiers, on ne peut s'empêcher de remarquer la plus grande analogie, touchant la distinction des fibres verticales et horizontales, qu’ils ont présentée sous une autre forme; et il en est de même aussi d’une quantité de faits de détail sur la structure des centres nerveux. Toutefois, comme ces travaux ont paru dans les mêmes années (1807-8-9), il est impossible de savoir si, pendant leur élaboration, les uns ont été inspirés des autres, ou s’ils ne font que traduire cette coincidence si commune dans l’histoire des sciences, où l’on voit les mêmes découvertes apparaître de plusieurs côtés à-la-fois, lorsqu’elles ne sont plus que la systématisation des idées générales de l’époque. Somme toute, en voyant avec quelle soigneuse érudition Gall et Spurzheim rapportent, des auteurs, les opinions qu’ils peuvent combattre avec avantage, il est difficile de croire qu'ils n’aient pas connu celles, mieux fondées, qui contiennent les germes de leurs doctrines. S'il faut le dire nettement, dans leur oubli à l'égard de Willis, Malpighi et Bichat, on est induit à penser qu’ils ont agi sciemment. Et si, comme l’affirme Cuvier long-temps après (1), Gall a été obligé de reconnaître les emprunts qu'il avait faits à Vieussens, en se hâtant de faire cet aveu qui masquait les sources nombreuses et, philosophiquement, bien plus fécondes, où il avait tant puisé, cet homme si plein de finesse, se montrait bien plus malin que la savante commission qui avait à le juger.

Au reste, si je rapporte ces faits, c’est par respect pour la vérité dans l'histoire. Loin de moi l’idée de vouloir porter atteinte à la gloire de Gall. Dans le monde intellectuel comme dans le monde physique, les hommes qui empruntent tant sont ceux qui ont de grands besoins, qui consomment beaucoup et savent le mieux se procurer des ressources. Or, par la sagacité avec laquelle Gall a su choisir parmi les idées d’autrui, par la manière dontil les a si largement fécondées et par la signification générale qu’il leur a donnée, on peut dire qu'il se les est acquises légitimement et que, au besoin, il aurait bien pu s’en passer ou les tirer de son propre fonds. Mais, pourtant, à chacun sa part, et précisément parce qu'il avait beaucoup fait, il aurait dû peu lui en coûter de recon-

(1) Histoire des sciences naturelles, professée au collége de France en 1830-31. — Paris, 1841, t. IN, p. 390.

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naître les droits de ses prédécesseurs, En lui rendant justice, on aimerait à voir qu’il l'eût rendue aux autres. La conscience scrupuleuse et la probité scientifique siéent si bien au génie!

Quant à nous, en signalant les torts de Gall et Spurzheim, sachons aussi reconnaître leurs droits. S'ils n’ont pas été justes envers leurs devanciers, on ne l’a pas été non plus d’abord, et peut-être même aujourd’hui ne l’est-on pas assez envers eux. Supposé qu’ils ne se soient mutuellement rien emprunté avec Reil, assurément il y a loin des germes d'idées et de travaux qu'ils ont pris dans Willis, Vieussens et, comme tant d’autres, un peu partout, aux magnifiques développemens de détails et d’ensemble qu'ils leur ont donnés et à la vaste conception qu’ils en ont tirée. L'immense succès populaire des phrénologistes a couvert la gloire plus modeste, mais plus solide, des anatomistes. Rien n’est moins connu aujourd'hui que leurs thèses ou corollaires anatomiques, et cependant c’est dans ces propositions, toutes empreintes de la grandeur et de l'originalité de Gall, que se révèle la haute portée de son esprit et le secret de la vive impulsion qu'il a donnée à la science. En voici les principales :

« Les systèmes nerveux (organes) du cerveau sont de même que tous les autres, renforcés et perfectionnés graduellement.

« Dans ces appareils de renforcement et de perfectionnement, les fibres cérébrales sont juxtaposées ou entrelacées en forme de ganglions.

« Aucun système particulier du cerveau ne peut être dérivé d’un autre système cérébral, de même que, dans tous les autres systèmes nerveux , aucun ne peut être dérivé d’un autre.

« Tous les systèmes particuliers du cerveau sont mis en communication avec les systèmes voisins par des branches communicantes, ainsi que les autres systèmes nerveux le sont entre eux.

« Tous sont doubles comme ceux de la colonne vertébrale et des sens. Les parties doubles du cerveau et du cervelet sont de même que celles de la colonne vertébrale et des sens, réunies entre elles par des appareils de réunion.

« De même que les systèmes nerveux de la poitrine et du basventre, loin d’être constamment en raison directe les uns des autres, sont tantôt plus gros, plus petits, plus simples, plus composés dans les animaux; de même aussi les systèmes nerveux cérébraux sont tantôt plus gros, plus petits, plus simples, plus composés.

« De même que les systèmes nerveux de la poitrine et du basventre diffèrent en grosseur, forme, couleur, contexture, con- - sistance; de même aussi les systèmes cérébraux différent en grosseur, forme, couleur, contexture, consistance.

« Comme tous les autres systèmes aussi, les systèmes cérébraux se développent et diminuent à des époques différentes entre les animaux divers et les individus d’une même espèce. » (Peut-être cette dernière assertion , qui concerne les individus, n'est-elle pas aussi vraie que le reste, si, comme il me semble, elle met l’exception à la place de la règle.)

« Chaque système nerveux peut être malade séparément ; d’un côté et pas de l’autre. »

De ces propositions se déduisent naturellement des applications sans nombre. qui n’embrassent pas moins que le champ tout entier de la physiologie générale, de la psychologie, de la pathologie et même de la thérapeutique. Mais leur mérite essentiel et le principe de leur fécondité, c'est d’abord d’être vraies en anatomie. Jamais, sous ce rapport, l'esprit de généralisation ne s'était élevé aussi haut. Dans leur enchainement et leur ex-

pression d'ensemble, se dessine clairement l'intention des auteurs de les faire servir de base à leur grande théorie phrénologique. Mais tant de travaux qu’elles ont enfantés depuis, dont plusieurs sont conçus dans des intentions différentes et même contraires de celles de Gall et Spurzheim , montrent bien que là ne se bornait pas leur portée. Quant à la théorie elle-même, trop chargée de détails à sa naissance, ou visant trop à une précision impossible, si, à l'examen, elle n’a paru à beaucoup d’excellens esprits que le développement hypothétique, excessif et prématuré d’une idée préconçue, du moins le fondement anatomique que les auteurs lui ont donné a-t-il persisté inébranlable, quelque profonds changemens que ses applications pratiques soient appelés à recevoir du temps et de l'observation.

En somme, au point de vue philosophique de l’anatomie, ces conclusions de Gall et Spurzheim, ou plutôt les observations nombreuses dont elles sont l'expression générale, me paraissent la partie la plus originale et la plus importante de leur ouvrage; car elles ne résument pas seulement l'esprit qui les a guidés dans leurs travaux, mais elles renferment aussi les principes féconds et vrais qui ont présidé depuis à toutes les recherches ultérieures; et les résultats univoques qu’en ont obtenus des observateurs d'opinions très différentes, n’ont fait qu’en prouver plus complétement, de jour en jour, la profonde sagacité.

Je viens de donner l’analyse sommaire des travaux de Gall et Spurzheim ou, je dirai plutôt de Gall seul, car ce n’est pas pour rien que, dans ce qui concerne les idées philosophiques, ceux qui les ont bien connus tous les deux s'adressent plus personnellement à Gall. Mais je ne terminerai pas sans mentionner une opinion qui me paraît importante, parce qu’elle fixe le point culminant de toute la philosophie scientifique du xvin° siècle, et qu’elle domine encore aujourd’hui la science de lorganisme. Cette opinion de Gall, qui se révèle sur divers points de son grand ouvrage, est clairement exprimée dans la proposition suivante :

« Beaucoup de phénomènes ont lieu sans le système nerveux, « beaucoup d’autres ne reçoivent de ce système que des modi- « fications, d’autres enfin le reconnaissent pour cause unique; « par conséquent on ne peut considérer le système nerveux « comme la cause première et unique de toutes les actions des « corps organisés, de toute irritabilité, de toute vitalité, à moins « qu'un naturaliste ne soit assez heureux pour démontrer qu’il « ya de véritables systèmes nerveux dans les zoophytes, et assez « hardi pour élever les fibres des plantes au rang de fibres ner- « veuses (In-f°, t. 1, page 7).

Voici nettement résolue l’une des questions les plus délicates et les plus graves de l’organisme. Les hommes de la trempe de Gall sont commodes et sûrs; car, en même temps qu'ils pensent à tout, avec l'assurance de la force ils disent aussi tout ce qu’ils pensent. En somme, dans cette opinion, qui semble formulée sous la prévention théorique de l’irritabilité de Haller, et de la tonicité ou contractilité de tissu de quelques anatomistes, le système nerveux n’exerce que certaines fonctions et n’appartient qu'aux animaux supérieurs ; il n’existe pas chez les animaux les plus inférieurs : d’où il suit que les fonctions essentielles à tout être animal pour l'entretien de la vie, les seules existantes chez les derniers animaux, et qui jouent encore un si grand rôle chez les animaux les plus élevés, sont entièrement indépendantes du système nerveux. Mais une pareille conclusion, je l'avoue, me paraît étrange et, qui plus est, insuffisante, et elle doit le paraître aussi à beaucoup d’autres, si, comme je le crois, je ne

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suis pas le seul qui ne comprenne la vie que par l'intermédiaire d’un appareil matériel de manifestation , d’une organisation appropriée, toute spéciale, j'ai presque dit d’un système nerveux. De deux choses l’une : ou tous les tissus sont doués de la vie au même titre, et alors, par une triple difficulté, on ne voit pas comment ils s’approprient la matière physique et organisée, -comment ils s'associent en un organisme, et pourquoi, à un certain degré de l’échelle animale, le système nerveux deviendrait nécessaire à une organisation qui, déjà, fonctionnerait d’ellemême dans ses parties et dans son ensemble; ou bien il y a un tissu qui est spécialement le siége de la vie, et ce tissu, qui préside à toutes les fonctions des parties et de l’ensemble, et se modifie dans chaque organe pour sa fonction spéciale, n’est autre que le système nerveux. Pour s’en faire une idée juste, à tous les degrés de la hiérarchie animale et fonctionnelle, il suffit, comme le démontre l'observation, de le voir s'élever graduellement de ses premiers rudimens à ses organes les plus parfaits et de ses actions les plus simples aux plus complexes; des animaux inférieurs et des fonctions les plus humbles, aux animaux supérieurs et aux fonctions les plus nobles. Évidemment c’est parce qu’on ne voit pas le système nerveux dans beaucoup d'animaux qu’on n’en tient compte ou même qu’on le nie et que l’on cherche à comprendre sans lui l’organisme. Mais il est facile d’apercevoir que cette réserve, si sage en principe, ne fait que compliquer la difficulté; comme aussi, à mesure que la science augmente ses moyens d'investigation, elle est, à cet égard, de moins en moins en accord avec les faits, accord pourtant qui est la base de sa prétention à une rigueur positive. S'il fallait nier l’action des nerfs sur tous les points où la substance nerveuse west pas visible, à part les organes propres qui en sont formés, il faudrait donc récuser cette action partout à la périphérie, c’est-à-dire, dans lintimité des tissus, même chez les grands animaux et chez l’homme. Ce parti pris de n’admettre les nerfs que là où on les voit, partagé par des anatomistes d’ailleurs du plus grand mérite, témoin Bichat, Gall et tant d’autres, est le propre des observateurs qui n’ont jamais fait de l'anatomie qu’à l’œil nu. Le grand Bichat se rit de l'atmosphère nerveuse de Reiïl et demande si elle s'étend entre des nerfs qui sont parfois à un pouce (3 cent.) de distance l’un de l’autre. Mais, sous le microscope, il n’y a pas d’extrémités de nerfs écartés de 3 cent. Ou on ne les voit point parce qu'ils s’évanouissent dans des tissus incolores, ou leurs derniers filets microscopiques ne sont séparés que par des centièmes de millimètre. Assurément je ne dis pas qu’une atmosphère nerveuse existe, et je crois même cette hypothèse inutile, car, pour moi, l’impossibilité de voir la substance nerveuse, après l’évanouissement des derniers filets de nerfs, ne prouve nullement son absence. Logiquement, ce serait bien plutôt le contraire qu’il faudrait conclure, les filets conducteurs supposant une surface nerveuse périphérique dont ils sont les moyens de communication avec l’extrémité centrale. Ce dont il faudrait bien se convaincre, c’est que pour les nerfs comme pour les aqueducs sanguins, pour les surfaces nerveuses d'incitation comme pour les surfaces d’élaboration matérielle, la profondeur intime des tissus où s’opèrent les fonctions ne se voit point, quoique les moyens de celles-ci se prouvent par leurs effets. Les fonctions ne s’exécutant qu’à l’état moléculaire ou atomique, dans l’infiniment petit, bien au-delà de la portée du microscope dans ses plus forts grossissemens, comme la molécule ou l'atome, insaisissable à nos moyens d’observation, ne sera jamais qu’un être de raison, jamais aussi on n’a vu ni ne verra comment s’exercent les mutations, les élabo-

rations et les incitations nerveuses à l’aide desquelles elles s’accomplissent. Le mécanisme matériel de la vie n’est pas chose accessible aux sens. Et comment saisirait-on les transformations de la matière organisée en liquides et en tissus vivans, puisqu'on ne peut rien voir aux transmutations de la matière brute elle-même? Or puisque, néanmoins, l’on conclut de la circulation générale et de ses organes, le cœur et les vaisseaux, aux élaborations organiques et à leurs appareils indéterminés , il faut bien aussi conclure des centres et des conducteurs nerveux à leurs épanouissemens périphériques invisibles et aux actions qu’ils opèrent. Et de ce que la fonction prouve le nerf, ce n’est, à ce qu’il me semble, que par une timidité non réfléchie que l’on refuserait des nerfs aux animaux inférieurs. comme on en refuse aussi aux tissus les moins vivans. Cela est si vrai, qu'à mesure que l’emploi du microscope permet d'atteindre plus loin dans l’organisation, on trouve visiblement des nerfs là où on n’en soupçonnait pas. Les anatomistes, il y a un demi-siècle, n'étaient pas encore en mesure de prévoir les résultats auxquels on est arrivé sur l’ensemble et les détails du système nerveux des invertébrés, comme aussi sur les nerfs des tissus blancs des animaux supérieurs. Déjà M. EÉrenberg est parvenu à reconnaitre des rudimens de nerfs dans les microscopiques rotifères; or, l’activité des fonctions, la multiplicité des appareils de nutrition, de mouvement et mème de sens très visibles, de la plupart des infusoires et des diverses sortes de microscopiques, ne permettent pas de mettre en doute, chez ces petits êtres, un système nerveux même assez complexe.

Quant aux animaux amorphes où l’on ne connaït encore rien de semblable, du moins la science paraït-elle bien près de résoudre cette difficulté, si, comme on est induit à le croire, d’après des observations qui se multiplient de jour en jour, ces êtres, et les éponges elles-mêmes, ne sont que des agglomérations d’animalcules parfaitement réguliers , qui, par leurs systèmes particuliers, se trouveraient dans les mêmes conditions que tous les autres microscopiques. Resterait donc, aussi Gall y avait-il songé, resterait le règne végétal. Certes, on ignore absolument par quels agens la vie opère chez les végétaux. Mais par cela seul qu'il s y exerce des fonctions bien connues, absorptions, digestion, respiration, circulation, calorification, nutritions, émonctions, génération, élaborations organiques de toute sorte, analogues à celles des animaux, et qui, de même que chez ces derniers, loin de pouvoir être uniquement le résultat des lois physiques, ont précisément pour effet d'utiliser leur action et de se préserver de leurs influences destructives par mille moyens variés; comme les végétaux, de même que les animaux, forment des races, des espèces, et des individus qui ont des âges, un état embryonaire, une croissance, un état stationnaire et un déclin, compris dans une durée déterminée; qu’ils ont aussi une organisation anatomique très précise, qui passe par des phases intermédiaires d’une espèce inférieure à une autre supérieure, ou d’un âge à un autre dans les individus, d’où il résulte une physiologie, une pathologie et même une thérapeutique, auxquelles on a pu conclure par celles des animaux, jusqu’au point d’y prévoir et même d'y reproduire des phénomènes analogues ; enfin, comme les végétaux naissent, vivent et meurent, en un mot, qu’ils sont incontestablement doués de la vie, avec toutes les conditions qui la caractérisent, on ne voit pas pourquoi ils ne seraient pas pourvus d’un appareil organique qui en fût le siége. La physiologie expérimentale, appelée au secours de l’histologie végétale, pourrait seule trancher cette difficulté; mais sans rien préjuger sur une question aussi délicate, au point de vue purement logique,

SUR LE SYSTEME et par une solidarité qui se prouve d’elle-même entre des êtres si parfaitement analogues, sans qu’on puisse anatomiquement le démontrer, on serait bien plus fondé à supposer une sorte de système nerveux rudimentaire, de forme et d’organisation quelconque dans les végétaux, rien qu’en leur qualité de corps vivans , qu’à le dénier à des êtres que l’on est contraint d’accepter pour des animaux.

Je termine cette discussion, qui m’a paru nécessaire, en raison de l’immense portée de la question qui s’y agite et parce que sa solution négative, qui domine encore aujourd’hui dans la science, était le seul point qui ne me parüt pas en harmonie avec le reste, dans l'œuvre du savant qui a élevé le plus haut les doctrines physiologiques à notre époque.

Nous voici arrivés à la série des travaux des auteurs vivans. Comme leur exposition détaillée, les examens comparatifs et les discussions qu’elle entraîne sont précisément l’objet de la science contemporaine, et doivent entrer dans le cours de notre narration avec chacun des sujets auxquels ils se rapportent; il nous suffira, pour faire apprécier les droits de chacun des auteurs originaux, de montrer, par les idées plus ou moins neuves qu’il a émises on dont il s’est fait le propagateur, l'esprit dans lequel il a dirigé ses recherches et les conclusions qu’il a cru pouvoir en déduire. Dans cet examen sommaire, il ne sera question que des travaux qui ont pour objet le système nerveux en général, et, plus particulièrement le système nerveux central, ceux qui concernent les nerfs en particulier devant être rapportés en leur lieu.

Au premier rang des travaux de généralisation, inspirés de Gall et qui ont mis son œuvre en progrès, se distingue le discours de M. H. D. de Blainville(1). La presque impossibilité d'analyser ce travail, qui n’est déjà lui-même qu’un résumé succinct de recherches très étendues, me mettra presque toujours dans lobligation de faire parler l’auteur.

M. de Blainville débute précisément par deux propositions générales qui nous offrent l'expression systématisée ou la formule scientifique de l'opinion de Gall sur laquelle j'ai tant insisté. Si je la reproduis, néanmoins, c’est pour constater l'état actuel de la science et montrer, par l'un de ses plus actifs coopérateurs et de ses plus habiles interprètes, le dernier résultat philosophique auquel elle soit parvenue.

« Le système nerveux doit étre considéré comme ajouté à l’or- « ganisation, lorsqu'elle est assez élevée pour que l'animal aper- « çoive les corps extérieurs; mais non pas comme la partie prin- « cipale, essentielle, autour de laquelle se grouperaient les « organes propres à lui faire apercevoir le monde extérieur.

« On peut lui donner le nom de système animal, de système « excitant, car c'est lui qui augmente l’activité des fonctions « d’où résulte la vie, sans cependant la produire (r) ».

De la première proposition il résulterait que le système nerveux n’est pas le siége exclusif de la vie. Il ne pourrait donc être nommé, comme il est dit après, le système animal, puisque ce ne serait qu’un appareil d’excitation, surajouté à un certain degré de la série, au-dessous duquel en seraient privés des êtres innombrables, non-seulement en individus, mais en espèces, que pourtant l’on est forcé de reconnaître pour des animaux. Et remarquons que, si le système nerveux n’est qu'un appareil excitant, qui augmente l'activité des fonctions, avant qu'il soit besoin d'augmenter les fonctions, il y a donc, au préalable,

(1) Considérations générales sur le système nerveux. Journal de Physique et de Chimie, page 200. Paris, 1821. — Réimprimé dans les Annales d’Anatomie et de Physiologie, L. II, page 349. Paris, 1839.

D LU 1) Ut

NERVEUX CENTRAL. b1

quelque autre chose qui les établit d'abord dans les animaux supérieurs et qui en est l’unique instrument dans les animaux inférieurs. Or cette autre chose d’indispensable, douée des fonctions attribuées à un degré plus élevé au système nerveux, et qui viendrait ici en superfétation compliquer la question au lieu de la résoudre, qu'est-ce que ce pourrait être, sinon la partie invisible ou les rudimens non reconnaissables du système nerveux lui-même? J'ai dit, dans le discours préliminaire (p. 28-30), ce que je pense de la destination affectée au système nerveux , comme agent général de l’organisme. Quant à la persistance du système nerveux et à son existence virtuelle prouvée par les fonctions, dans linfiniment petit, là où sa substance ne peut être anatomiquement démontrée, je ne puis que renvoyer à la discussion sur la proposition de Gall, où je me suis assez étendu à ce sujet pour n'avoir point à y revenir.

Suivant M. de Blainville, « on doit considérer le système ner- « veux commesubdivisé en autant de parties qu’il y a de grandes « fonctions dans l'animal; en sorte qu’il peut être défini : un plus « ou moins grand nombre d’amas ou de centres de la même sub- « stance nerveuse, pour lesquels on peut généraliser le nom de « ganglions, de chacun desquels partent deux ordres de fila- « mens de longueur, grosseur et structure différentes; les uns « excentriques, centrifuges ou sortans, allant se perdre dans « l’organe qu’ils doivent animer, ce qui forme la vie particulière; « les autres centripètes ou rentrans , en se joignant à d’autres « filets provenant d’autres ganglions, ou en se terminant à une « masse centrale, établissent la vie générale, les sympathies et « les rapports. »

De ces principes, où l’on reconnaît l’école de Bichat et de Gall, l'auteur dérive les cinq propositions suivantes, qui témoignent de l'addition d’une quantité de faits nouveaux propres à confirmer les idées générales :

« 1° Le système nerveux d’un animal sera d’autant plus com-

plet, que celui-ci aura un plus grand nombre d’organes coo- «pérans aux deux grandes fonctions de la composition et de la « décomposition ;

« 2° Les filets de communication entre deux ganglions ou cen- « tres nerveux seront d'autant plus nombreux, d’autant plus « gros, et même d’autant plus courts, que les fonctions auront « plus de rapports entre elles ;

« 3° Dans les animaux qui offrent une masse centrale, plus les « filets de communication seront nombreux, courts et gros, et « plus on pourra concevoir de perfection dans l’action de cette « masse centrale;

« 4° Le système nerveux est d'autant plus abondant et d'autant « plus nécessaire à l’action d’un organe, que sa fonction est plus « éloignée du terme des deux grandes fonctions, la composi- « tion et la décomposition, au point qu’elles peuvent avoir lieu « sans lui; tandis que la perception des corps extérieurs, de leurs « qualités, et la contraction de la fibre musculaire, le demandent « impérieusement ;

« b° D'ou il suit que la disposition du système nerveux dans le « corps de l'animal dépend de la forme de celui-ci, et que, par « conséquent, les caractères tirés de cette disposition générale du « système nerveux, sont parfaitement traduits par la forme géné- « rale du corps. »

Dans le tableau tracé par M. de Blainville de l’organisation du système nerveux, il convient d'élaguer les conditions spéciales qui appartiennent aux animaux inférieurs pour nous en tenir à celles qui sont propres aux animaux vertébrés ou ostéozoaires.

b2 COUP-D'OEIL HISTORIQUE

Dans les animaux pairs ou symétriques, le système nerveux revêt la même disposition et conséquemment se compose de deux moitiés identiques, droite et gauche, réunies par des filets transverses ou des commissures ; où, sil y a des parties impaires, elles sont médianes et symétriques.

Toutefois, cette classification n’est pas si rigoureuse qu'il n’y ait aussi des parties non exactement symétriques, d’où ia distinction en nerfs de la vie animale et nerfs de la vie organique.

Le système nerveux des animaux pairs se compose de quatre parties.

La première, ou la partie centrale, renferme les organes connus sous les noms d’ercéphale, de cerveau et de moelle épinière.

La deuxième partie, appelée par l’auteur ganglionaire, se compose d’un nombre très variable de ganglions, pairs et symétriques, « que l’on peut subdiviser en deux sections, suivant « qu'ils appartiennent aux organes des sens spéciaux ou à l’or- « gane sensitif général et à la locomotion. »

La troisième partie, ou la véscérale, appartient à la rentrée qui forme le canal digestif (et aussi le canal respiratoire). On y trouve les ganglions cardiaque et semi-lunaire.

La quatrième partie renferme ce que l’on nomme le grand sympathique. Elle n'appartient qu'aux animaux les plus élevés, où elle sert « à établir les rapports, les connexions entre le « système viscéral et le système central, au moyen du système « ganglionaire. »

Les deux parties les plus fixes du système nerveux sont la viscérale et la ganglionaire, dont les autres ne semblent être que le développement ou l'extension : la portion sympathique de la viscérale et la portion centrale de la ganglionaire. En redescendant la série animale, la décroissance s’offrirait dans cet ordre : la sympathique, d’abord, puis la centrale; aux degrés les plus inférieurs, les deux parties viscérale et ganglionaire se confondraient en une seule dans les actinozoatres (échinodermes , acalèphes, zoophytes), passé lesquels (dans les animaux amorphes), le système nerveux disparäîtrait.

C’est dans les vertébrés, mais principalement chez les mammiféres, que les quatre parties du système nerveux sont les plus distinctes.

En ce qui concerne la partie centrale, des deux substances qui la composent, la grise est la plus vasculaire et, probablement, la plus active. Centrale et environnée par la substance blanche, dans la moelle, elle devient, au contraire, presque entièrement périphérique dans le crâne.

Les deux moitiés du système central sont unies par des commüssures. La principale est celle que l’auteur nomme de continuité. « Elle réunit les deux substances grises fondamentales, qui « peuvent ainsi être presque considérées comme n’en formant « qu'une; en effet elle existe dans presque toute la longueur du « système central; elle est évidemment formée par la substance « grise elle-même qui se continue d’un côté à l’autre; on la voit « très bien dans toute l’étendue de la moelle épinière; elle n’est « pas moins évidente au pont de varole; c’est elle qui réunit « les deux couches optiques, et la plus grande partie de la « substance grise, qui forme le quatrième ventricule , lui ap- « partient.

« Les autres commissures de la partie centrale sont toujours « superficielles et appartiennent à la substance blanche : aussi « peut-être n'est-ce, pour ainsi dire, qu’une sorte d’entrecroise- « ment. Il paraît qu’elles n’existent pas dans toute la longueur

« des cordons, et que leur étendue est proportionnelle à leur « écartement. »

De ces commissures, la supérieure, postérieure ou dorsale, occupe le sillon correspondant de la moelle et forme ce que l'on doit nommer ventricule médian prolongé. La valvuie de Vieussens appartient à cette commissure, et il se pourrait, dit l’auteur, que l’on püt mettre dans la même catégorie les deux commissures antérieure et postérieure, et le corps calleux.

La commissure antérieure, inférieure ou ventrale, ne commence qu'aux pyramides. Peut-être pourrait-on y adjoindre le pont de varole.

Vers les vertèbres céphaliques commence la séparation des deux moitiés de la partie centrale; d’abord à la face dorsale, à partir du calamus scriptorius, puis à la partie inférieure; « il en résulte les pédoncules du cerveau, dont la plus grande « partie va ou vient des hémisphères, tandis que le reste se con- « tinue pour former le lobe olfactif. Mais par cette disposition « de la substance blanche, qui a passé presque tout entière en « dessous, il s’en est suivi que la substance grise a été mise à dé- « couvert en dessus, et c’est ce qui a produit la disposition par- « ticulière des couches optiques, des tubercules géniculés exter- « nes ou internes, et même de la substance grise qui bouche le « troisième ventricule, dont les éminences mamillaires ne sont « qu’un développement. »

Trois faisceaux de substance blanche, émanés de chaque moitié de la moelle, composent, selon M. de Blainville, les commissures longitudinales du système nerveux central. L’inférieur, continué dans la pyramide et le pont de varole, et long-temps distinct du pédoncule cérébral, va se terminer dans le lobe antérieur du cerveau ou dans le lobe olfactif. « Le supérieur, superficiel, se « joint au cervelet et va, au côté externe des corps géniculés in- « ternes, se perdre aussi dans l'hémisphère. Quant au faisceau « profond, on peut le suivre jusque dans le corps mamillaire, où « il commence par passer dans les couches optiques; il faut « aussi regarder comme lui appartenant, les faisceaux qu’on « nomme les rênes de la glande pinéale et qui s’'épanouissent « sur les couches optiques; ils viennent, en effet, se réunir en « avant au pilier antérieur de la voûte qui est également né « dans le corps mamillaire, et que nous verrons former une com- « missure longitudinale du ganglion des facultés intellectuelles.»

Nous verrons plus tard jusqu’à quel point les travaux subséquens des autres phrénotomistes se rapprochent ou different de cette manière de considérer les trajets et les connexions des faisceaux qui forment, par leurs intrications, la structure du système nerveux central.

Le système nerveux ganglionaire comprend deux divisions, suivant que les ganglions sont avec ou sans appareil extérieur. Laissons l’auteur établir lui-même cette distinction.

« On arrive mieux à concevoir ce que nous entendons par la, « en se rappelant ce que nous disons des appareils des sens. Dans « chacun d’eux, le système nerveux qui l'anime est avec l'appa- « reil dans un rapport inverse, c'est-à-dire que le premier devient « de plus en plus prédominant sur le second, à mesure que la « propriété des corps par laquelle il doit nous les faire aperce- « voir, est pour ainsi dire de moins en moins corporelle; en « sorte que, lorsque le système nerveux doit nous faire aperce- « voir des sensations de rapports ou qui ne sont plus immé- « diates, alors il n’y a plus eu d’appareil extérieur et le sys- « tème nerveux est resté seul, mais avec un développement « considérable. »

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SUR LE SYSTÈME

A la section physiologique des ganglions sans appareil extérieur appartiennent les masses olfactives, les hémisphères proprement dits, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet. Leur principal caractère est d’être réunis d’un côté à l'autre par une commissure transverse.

Les masses olfactives, nommées à tort nerfs olfactifs, sont de véritables ganglions, plus ou moins séparés des hémispheres. Pourvu d’une couche de substance grise périphérique, le faisceau longitudinal inférieur de substance blanche qui s’y termine est leur moyen de liaison avec la partie centrale, tandis que la commissure antérieure est leur commissure transverse.

Les hémisphères, situés à la région supérieure de la partie centrale et parfois confondus avec les masses olfactives, représentent une membrane à deux couches de substance différente, dont la blanche double en dedans la grise périphérique. Repliée sur elle-même en circonvolutions, et arrondie dans son ensemble, elle ressemble, pour chaque hémisphère, à une vésicule, remplie intérieurement de substance blanche fibreuse. Deux ordres de fibres y forment trois commissures : l'une transversale, le corps calleux, formée par la jonction des fibres transverses d’un côté à l'autre; deux longitudinales, dont la supérieure ne constitue que la voûte à trois piliers, tandis que l’inférieure n’est autre que le faisceau qui passe sous le pédoncule cérébral. Dans la ligne de rencontre des fibres transverses et longitudinales, leur entrecroisement en X forme un raphé assez étendu. Aux circonvolutions inférieures, l’auteur rapportele corps strié, d’où naissent, selon lui, les fibres blanches du pédoncule, et non celles des hémisphères; la cloison transparente, diverticulum du corps strié ou plutôt de la circonvolution interne et antérieure du lobe antérieur ; les pieds d’Hippocampe et V'ergot du cog qui ne sont que des saillies de circonvolutions.

Les tubercules quadrijumeaux pairs et symétriques, sans connexions avec les nerfs optiques, se distinguent par une commissure transverse épaisse, un faisceau d’origine de la partie centrale et deux faisceaux de commissure longitudinale, antérieure et postérieure.

Le cervelet constitue le dernier ganglion. Au centre, le corps dentelé est la continuité de la substance grise. Le pont de varole forme la commissure transverse; le pédoncule du cervelet est une sorte de diverticulum de la partie centrale; les prolongemens fournissent les commissures longitudinales avec la moelle et les tubercules quadrijumeaux.

Les ganglions avec appareil extérieur sont « ceux desquels il « part des nerfs ou filets sortans, qui vont se rendre dans un or- « gane des sens plus ou moins spécialisé. Ils sont plus ou moins « appliqués contre la partie centrale et toujours en rapport, « par ce qu’on nomme leurs filets d’origine, avec la substance « grise. Ils offrent encore cette différence avec ceux sans appa- « reil extérieur, qu’ils sont toujours sans commissure trans- « verse.

« Ils peuvent être plus ou moins renfermés dans la cavité for- « mée par la série des vertèbres; et ils sont en aussi grand « nombre qu'il y a de ces vertèbres complètes; enfin ils sont pro- « portionnels au développement des appendices qui sy ajou- « tent, etc., ou de la modification de l’enveloppe extérieure à « laquelle les filets se rendent. »

Quoiqu'on les étudie d’avant en arrière, leur direction réelle est d’arrière en avant, pour les ganglions de la tête et une partie du cou, tandis qu’elle est d’avant en arrière pour tous les autres, de manière à figurer deux queues de cheval de direction opposée.

Quatre ganglions appartiennent à autant de vertébres céphaliques.

Le premier ganglion est l’olfactif, appliqué contre la masse du même nom, quoiqu'il s’en distingue. Les nerfs qui en émanent vont à la membrane pituitaire.

Le ganglion de la seconde vertèbre céphalique ou sphénoïdale antérieure, est celui de la vision. Il offre des nerfs de deux origines différentes. A l’origine supérieure se rapportent le nerf optique, formé principalement par les tubercules géniculés, et le pathétique; les nerfs, moteur commun et moteur oculaire externe, proviennent de l’origine inférieure.

La troisième vertèbre céphalique ou sphénoïdale postérieure a aussi une double origine. L’inférieure est le trijumeau dont le ganglion semble à l’auteur être le corps olivaire; la supérieure est la septième paire dans ses deux portions les nerfs facial et acoustique.

Les nerfs de la quatrième vertèbre céphalique, ou de Foccipitale, ont de la ressemblance avec les nerfs vertébraux, aussi naissent-ils de la moelle épinière elle-même (bulberachidien). A lorigine supérieure serapportent le pneumo-gastrique etle glosso-pharyngien, et à l’inférieure l’hypoglosse et l'accessoire de Willis. Ces nerfs appartenant à l'enveloppe rentrée qui forme les appareils respiratoire et digestif, leur structure est intermédiaire entre celle des nerfs de la vie animale et de la vie organique.

Au reste, dans cette énumération de quatre ganglions correspondant à autant de vertèbres céphaliques, on voit que la théorie allait au-delà des faits, car il n’y a que le ganglion olfactif qui soit précisément déterminé; l’auteur y supplée pour les trois autres en accouplant les nerfs qu’il pense leur appartenir.

La dernière fraction du système nerveux ganglionaire se compose des ganglions vertébraux, trop connus dans les appareils qu’ils forment pour qu'il soit besoin d’y insister.

« Le système nerveux viscéral, dit l'auteur, n’a plus cette ré- « gularité, celte symétrie que nous avons vue dans les deux pré « cédens; on peut même assurer qu’il n’a pas non plus la même « importance. Il paraît pouvoir être indifféremment situé au- « dessous ou au-dessus du canal intestinal. »

Deux centres ganglionaires y sont affectés. Le premier est le ganglion cardiaque , situé à la partie supérieure du principal tronc des vaisseaux centrifuges. Le second est le ganglion ou le plexus semi-lunaire, constamment placé au-dessous de l'aorte abdominale. De chacun de ces ganglions procèdent des filets sortans qui vont aux viscères, et des filets rentrans qui communiquent avec les cordons du grand sympathique.

« Le système nerveux sympathique ou intermédiaire est réel- « lement placé entre le système viscéral et le système ganglio- « naire. Toujours situé au-dessus du canal intestinal comme « celui-ci, sa structure et sa disposition ont quelque chose d’in- « termédiaire à ce qui se voit dans ces deux systèmes. »

Etendu d’une extrémité à l’autre du système ganglionaire, il commence par le ganglion nasal du canal incisif, ganglion de la première vertèbre céphalique. Le ganglion ophthalmique est celui de la seconde vertèbre; le ganglion de Meckel celui de la troisième; le ganglion de M. Jacobson est plutôt celui de la quatrième vertèbre que ne serait le ganglion cervical supérieur.

A la région cervicale, il existe, comme aux régions dorsale, lombaire et sacrée, autant de ganglions que de vertébres; mais ces ganglions sont situés dans le canal de l’artére vertébrale, et le filet situé entre les ganglions cervicaux, n’est que leur moyen de communication. Sur les vertébres coccygiennes, les deux cor-

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dons latéraux du grand sympathique se terminent par des ganglions médians. Peut-être, à l'extrémité céphalique, faut:l considérer comme appartenant au grand sympathique le corps dit glande pituitaire, qui répète également cette situation médiane.

Aprés l’œuvre de Gall, dont il est la continuation, ce travail de M. de Blainville est l’un de ceux qui ont eu le plus de retentissement. L'analyse, au moins dans les divisions sommaires, s’en trouve dans presque tous les ouvrages qui ont été publiés depuis. Pour en apprécier convenablement toute la valeur, il faut se reporter au point de vue de l’époque déjà éloignée de son apparition où il venait préciser les idées de Gall. Aujourd’hui, après un quart de siècle écoulé, il peut être utile de le comparer avec les progrès modernes de Ja science, dans lesquels son auteur luimême réclame une large part.

Le caractère de ce travail et qui, indépendamment du mérite personnel et de la haute position scientifique de son auteur, en a fait le succès, est, en dehors de toute hypothèse, d’asseoir la physiologie du système nerveux sur son anatomie. L'idée générale qui me semble y dominer a été de classer et de localiser, par ganglions distincts, les différens appareils fonctionnels du système nerveux. De là une foule de rapports heureux et vrais, auxquels l’éminent esprit philosophique de l’auteur et ses profondes connaissances en analomie comparée, lui ont permis de donner une application très générale. Pour la première fois, les nerfs viscéraux constituent, suivant l’idée de Bichat et de Gall, des systèmes partiels bien distincts. Et s'ils sont loin encore d’être suffisamment connus pour l'anatomie, du moins ils sont classés pour la physiologie, car l’auteur les sépare du grand sympathique qui forme ainsi un appareil de communication, isolé de ces appareils et du système cérébro-spinal, et intermédiaire de celui-ci à ceuxlà. Le ganglion cérébral aussi s’abstrait rationnellement des autres, et on comprend qu’il doive former un appareil distinct.

Enfin de ce travail, que l’auteur a continué de développer d’une année à l’autre et d’élucider dans ses cours, résulte une systématisation de l’appareil nerveux central beaucoup plus complète et mieux arrêtée que celles que l’on avait eues jusqu'alors. C’est M. de Blainville qui a réinstitué la partie fondamentale des anciens anatomistes, ou proprement l’axe cérébro-spinal formé de deux cônes nerveux réunis par un sommet commun, et d’où procédent des nerfs dirigés en sens contraire : l’un postérieur ou inférieur, formé par la moelle épinière; l’autre antérieur et supérieur, constitué par la tige céphalique prolongée jusqu'aux lobes olfactifs, et d’où s'élèvent les ganglions encéphaliques. Voilà pour les idées générales sans préjudice des faits de détails.

Toutefois, comme cet essai de systématisation, après un quart de siècle, est resté dans l’enseignement et n’a pas encore été remplacé par quelque autre aussi général et plus précis : dans l’intérêt de la science et pour l'instruction commune, il n’est pas inutile de montrer les objections qu’il soulève et que l’on aurait même pu lui adresser à l’époque de sa publication.

En premier lieu, la classification générale ne paraît pas offrir toute la précision et la clarté désirables. Si, comme il est dit, la partie centrale du système nerveux renferme les organes désignés sous les noms d’ercéphale, de cerveau, etc., on s'étonne de les retrouver dans la partie ganglionaire. Les deux sections empiétant l’une sur l’antre, pour une masse considérable d'organes, ne sont, sous ce rapport, que deux aspects d’un même sujet, tandis que, pour le reste, elles se composent chacune d’organes différens.

Si je comprends bien l’idée de M. de Blainville, ce qu’il appelle

HISTORIQUE

la partie centrale, moelle épinière et encéphale, ne se composerait, pour ces organes généraux, que des deux portions fasciculées qui en formeraient les commissures longitudinales et transverses, entre les faisceaux desquelles se logeraient les ‘organes, encore si complexes, qu’il nomme ganglions. Une autre observation a rapport à la dénomination de ganglionaire, donnée à la seconde section et qui pourtant ne lui est pas particulière puisqu’elle peut également s'appliquer à l'ensemble etsurtout aux deux dernières parties, la viscérale et la sympathique, principalement formées de ganglions. Sans doute les faits compris dans chaque section se distinguent et sont vrais en eux-mêmes; mais pour la clarté de l’ensemble, on aimerait que la classification eût été prise autrement et de manière à ce que les sections, caractérisées d’abord par des dénominations précises, ne se confondissent pas ensuite les unes dans les autres par leurs organes.

Quant à la distinction des ganglions avec ou sans appareil extérieur, qui embrasse tout le système nerveux cérébro-spinal , moins les commissures longitudinales et transverses réservées pour la partie centrale, outre que, avec cette soustraction purement théorique, on ne voit guère les délimitations anatomiques des ganglions, la classification elle-même ne semble plus aujourd’hui coïincider avec les faits nouveaux de la science. C'est assurément d’après une vue élevée que M. de Blainville a pu dire, en général, qu’il ny a plus d’appareil extérieur spécial, lorsque les ganglions nerveux n'ont plus pour objet de nous donner la notion des qualités physiques des corps extérieurs. Mais de ganglions de cette nature, il ny en a pas d’autre, à ce qu’il me semble, que l'hémisphère proprement dit, l'organe simple ou multiple, suivant l'hypothèse que l'on adopte, mais, en tous cas, très vaste et très volumineux des facultés intellectuelles. Des quatre ganglions indiqués, il n’en est pas un, suivant M. Foville, et d’après les observations plus récentes de l’auteur lui-même, qui ne tienne, par deux ordres de racines, à la partie correspondante de l'axe cérébro-spinal. Conséquemment à l’analyse, aucun de ces amas organiques groupés en ganglions distincts, ne saurait être réputé ez masse sans appareil extérieur. L’olfactif, s’il a une liaison quelconque avec le nerf et l’organe de ce nom, se retranche de lui-même. Le cerveau et le cervelet, toujours indépendamment des fibres de commissures de la partie centrale, ne présentent pas moins de difficultés. Si, comme l’affirme M. Foville, il existe deux nerfs à communication, ou, suivant l’expression usitée, à racines ou origines immédiatement cérébrales, l’olfactif et l'optique, et, d’autre part, deux nerfs qui auraient des racines cérébelleuses, acoustique et le trijumeau, n’aurait-on pas ici des ganglions caractérisés sans appareils extérieurs qui seraient précisément pourvus d'appareils extérieurs très précis et très vastes? Enfin, dans la même catégorie se rangeraient les tubercules quadrijumeaux , qui, outre leurs faisceaux de liaison bien connus, semblent, d’après de nombreuses expériences, exercer une si grande influence sur la vision. Pour conclure, disons qu’au point où elle est déjà parvenue, l’histologie cérébrale, aidée de la physiologie expérimentale, est bien prés de montrer rigoureusement les ganglions des sens en euxmêmes, et, indépendamment de leurs fibres de liaison, bornés, où au moins circonscrits à l'extrémité de la tige céphalique de l’axe cérébro-spinal, formant la base de l’encéphale ; c’est-à-dire, en leur qualité de sentinelles de l’organisme, placés au plus près de l’organe des perceptions, mais sans toutefois se confondre avec lui. Pour dire toute ma pensée, je ne crois à aucun ganglion absolument sans appareil extérieur, pas même le ganglion céré-

SUR LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL. bb

bral, ou plutôt, celui-ci moins que tout autre, dans ce sens que l'organe complexe intellectuel, centre commun à double effet, c’est-à-dire par les deux courans centripète et centrifuge, aboutissant et point de départ de tous les organes nerveux avec lesquels il communique par leurs filets de liaison, les conducteurs communs, les aurait tous à-la-fois, et au mème titre, pour appareils extérieurs, puisque, tout en s’en isolant par ses fonctions propres , soit isolément, soit d'ensemble, il les tient néanmoins tous également sous sa dépendance, et résume, à lui seul, l’ensemble de l'organisme.

En résumé, si, avec tant d’obscurités qui règnent encore ‘dans l'anatomie des centres nerveux, on ne peut se flatter d'y établir prochainement une classification générale assez précise pour étre durable, pourtant, afin d’asseoir les progrès obtenus et de faciliter de nouvelles études, il serait à désirer que l’on pût essayer d’une classification nouvelle, ou du moins que celle dont je viens de donner l'analyse fût révisée par son auteur luimême, de nos anatomistes généralisateurs le plus capable et le mieux en position de nous donner un travail en rapport avec l’état actuel et les aperçus les plus nouveaux de la science.

M. Laurencet (1), encore très jeune, s’est inscrit dans la science par uné théorie de la continuité des fibres du système nerveux central d’une grande hardiesse d’hypothèse en anatomie et en physiologie, mais d’un aspect neuf dans son ensemble:et probablement susceptible à l'avenir d’applications étendues, pour un état plus avancé des études de l’organisme.

Pour saisir promptement la méthode de M. Laurencet, il faut se placer avec lui à un point de vue général de configuration du système nerveux, déjà depuis deux siècles introduit hypothétiquement par quelques anatomistes dans la science. D'après ce principe, auquel adhère M. Laurencet, il faut considérer le systèmenerveux « comme composé de deux grands arbres confondus « par leurs racines dans l’encéphale, par leurs rameaux dans « les organes, et adossés par leurs troncs le long du rachis, ab- « solument comme Bichat représente les deux grands arbres vas- « culaires à sang rouge et à sang noir. L’un deux envoie ses « branches dans l’encéphale, et l'autre dans toutes les parties. » Ilen résulte, suivant l’auteur, deux courans, l’un centripète, celui de la sensibilité, qu’il compare au cours du sang noir; l’autre centrifuge ou du mouvement, qu'il assimile à celui du sang rouge. Puis il ajoute : « Le fluide, dans les nerfs, comme « le liquide dans les vaisseaux, est porté d’un point à un autre, « d’où il est renvoyé au premier. Le mot cérculer est juste pour « tous les deux. L’anastomose, en forme d’anse, des nerfs anté- « rieurs et postérieurs, décrite par MM. Prévost et Dumas, « dans les organes, et l’anastomose semblable des mêmes nerfs « que nous aurons lieu d'observer dans les encéphales des quatre « classes, nous feront voir que le cercle sur lequel a lieu le cir- « cuit dont nous venons de parler, n’est pas moins fermé dans « l’appareil nerveux que dans l'appareil sanguin, par ses deux « extrémités (p. 18). »

Considéré en général, le système nerveux, dans tous les vertébrés, se compose de deux moitiés symétriques. Les faisceaux de chaque moitié inscrivent un cercle dont l'arc inférieur est tracé par la moelle épinière et les épanouissemens périphériques des nerfs, et l'arc supérieur par l’épanouissement des fibres en forme de membrane dans l’encéphale. Mais les anses encéphaliques ,

(1) Anatomie du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, etc.

TTIL.

nées de la moelle épiniére et qui y retournent , affectent des trajets différens dans l’encéphale des divers animaux, suivant qu'il y existe ou non des commissures médianes ( protubérance et corps calleux). Dans l'absence des commissures chez les vertébrés inférieurs, poissons et reptiles, le cercle inscrit par les fibres est droit, c’est-à-dire se complète par lui-même de chaque côté du corps, sans échange de l’un à l’autre; tandis que chez les vertébrés supérieurs, les mammifères, qui ont un pont de varole etun corps calleux , et même peut-être les oiseaux , auxquels l’auteur reconnaît certains élémens de commissures, les cercles s’entrecroisent obliquement d’un côté à l’autre du corps en deux points, de telle sorte que « les fibres qui s'étaient croisées au collet du bulbe « rachidien, se décroisant au corps calleux ou dans la protubé- « rance, repassent au côté du corps qu’elles avaient abandonné, «et viennent compléter (par l'échange des deux côtés) le cercle « qui se continue sans croisement et en ligne directe chez les « animaux inférieurs. »

Du reste , l’auteur admet dans la moelle huit faisceaux, dont quatre de chaque côté, en avant le pyramidal antérieur et lolivaire, et en arrière , le pyramidal postérieur et le moyen de l'infundibulum. Voici le résumé tracé par lui-même, de la marche qu'il leur fait suivre, et qu’il essaie de faire comprendre par un dessin (fig. 11).

« Le faisceau pyramidal et la division olivaire montent, le « premier à travers et le second par dessus les fibres transverses « de la protubérance ; réunis au côté externe de la face anté- « rieure du pédoncule, ils s’étalent en une membrane fibreuse « doublée d’une couche pulpeuse (troisième espèce de substance « admise par l’auteur), et d’une couche corticale, dont toutes « les sinuosités et les replis composent les divers accidens qu’on « trouve au-dedans ou au-dehors du cerveau. Parmi les premiers « on remarque surtout le corps strié qui est une projection de « la substance corticale des circonvolutions du repli antérieur de « la membrane, sur la base même de son épanouissement; après « s'être ainsi répandu au-dehors, le réseau des hémisphères, « simple et uni chez les animaux inférieurs, et plissé chez les « animaux supérieurs , concentre son extrémité dans l’étendue « du corps calleux et de ses replis. Aux bords de cette commis- « sure s'arrête, de chaque côté, le feuillet cortical; au milieu « d’elle se terminent, à la surface supérieure , les couches pul- « peuses dont la jonction donne lieu à ce raphé, ressemblant à « la callosité d’une cicatrice. Quant à la couche fibreuse qui « occupe la face inférieure des corps calleux, une assez forte « portion, qui est la postérieure, se recourbe immédiatement « dans la corne d’Ammon; tout le reste , après s'être croisé d’un « côté à l’autre, dans le corps calleux, descend, avec la précé- « dente portion, par le septum lucidum, au trigone qui ne fait « avec le corps frangé, la couche fibreuse de la corne d'Ammon, « et la cloison des ventricules, qu’une seule lame médullaire. « Arrivée aux piliers antérieurs, une division de ces fibres des- « cend immédiatement à travers la couche optique au faisceau de « linfundibulum, au moyen, et celui-ci dans le restiforme. Une « division moindre constitue les corps géniculés, les tuber- « cules quadrijumeaux, les processus ad cerebellum , et enfin le « cervelet lui-même au bas duquel elle se continue dans la py- « ramide postérieure du côté opposé, en se croisant avec sa « pareille, au-devant des faisceaux antérieurs de la protubérance « annulaire. Les prolongemens de cette commissure contiennent « un renflement nommé le corps ciliaire, festonné ou rhomboiï-

« dal, production si analogue à celle du corps olivaire, qu’elle

« me porte à croire que les fibres qui descendent du cervelet, « sont exactement les mêmes que celles de lolive, qui étaient « montées au cerveau où elles s'étaient épanouies conjointement « avec celles des pyramides » (p. 151-53).

Ce dernier trait accuse une incertitude de l’auteur. Mais il en avoue bien d’autres en toute candeur, et dans le cours de son travail il signale les points nombreux sur lesquels il reste dans le doute. Ce n’est que par l'imagination qu'il invite son lecteur à se représenter les deux systèmes ascendans se repliant pour se continuer avec le double système descendant; les fibres de la pyramide antérieure dans celles du faisceau de l’infundibulum après s'être croisées dans le corps calleux, et les fibres du faisceau olivaire dans celles de la pyramide postérieure, sans s’être croisées dans le corps calleux ; et encore, pour celles-ci, n'est-ce qu’à titre d’une simple opinion de sa part et pour compléter l’antagonisme avec la décussation commune de la moelle, qu'il les fait se croiser au contraire dans la protubérance cérébelleuse, d’où elles redescendent du cervelet à la pyramide postérieure. Une dernière proposition, et qui résume toute la théorie, consiste à montrer le système nerveux comme un appareil circulaire composé de fibres microscopiques concentriques les unes aux autres, et dont chacune inscrit un cercle aussi complet que celui qui résulte de leur ensemble. Pour plus de précision, au lieu d’un cercle, disons que le système nerveux dans son ensemble, et chaque fibre en particulier représenterait, dans cette théorie, une ellipse très allongée à double courant moteur et sensitif, juxtaposés à la moelle et développés en une anse commune à chaque extrémité centrale et périphérique.

Comme on le voit, dès le début de ce travail, on se trouve en plein dans le champ de l'hypothèse. L'auteur, appliquant aux découvertes récentes de Charles Bell l’ancienne théorie du fluide nerveux, adopte franchement l'opinion d’une circulation nerveuse à double courant centripète et centrifuge. Il en résulte que la théorie anatomique, au lieu de s'offrir comme lexpression généralisée des faits d’organisation qu’il aurait observés sur la nature et dont il l'aurait tirée, semble bien plutôt n’être qu’une déduction de l’idée première physiologique qu’il se serait efforcé de confirmer par ses recherches ultérieures sur la structure. Mais comme c’est là le côté faible de sa théorie, c’en est aussi le côté fort. Si la circulation d’un fluide nerveux ne peut pas être prouvée, du moins l'existence d’un double courant des forces nerveuses, qu’il ait lieu par déplacement de matière ou par une simple vibration ou impulsion, n’est pas douteuse, et il est évident que les fibres nerveuses en sont ou les aqueducs ou les conducteurs. Resterait à déterminer jusqu’à quel point les fibres circulaires ou plutôt elliptiques de M. Laurencet, pourraient d’abord se démontrer en anatomie et suffiraient à expliquer les faits en physiologie. Sous ce double rapport s’élèvent de nombreuses objections. A partir de la moelle, tige commune où les faisceaux moteurs et sensitifs sont accolés longitudinalement, à chaque extrémité, périphérique et encéphalique, les anses, motrices dans une moitié de leur trajet, sont sensitives dans l’autre. Mais on ne voit pas dans quel rapport le sommet de l’anse encéphalique peut être avec la substance grise, que la physiologie actuelle, d'accord avec l’observation microscopique, montre comme l’aboutissant et le point de départ des unes et des autres. On ne comprend non plus la continuité directe des faisceaux antérieurs et postérieurs, amplifiés jusqu’à former une masse si considérable dans l’encéphale, surtout dans l'opinion de l’auteur qui n’admet point, comme Gall, de nouveaux faisceaux de renforcement. Enfin,

pour si vague et confuse qu’elle püt être, entre ses extrémités rétrécies au bulbe rachidien et ses immenses épanouissemens dans le cervelet et le cerveau, on voudrait voir, au moins à-peuprès, cette continuité sur tous les points, de manière à ne laisser aucun doute sur la réalité des anses, quelles que pussent être leurs modifications sur l'étendue de leur parcours. Pourtant, ces objections posées, on ne peut méconnaître tout ce qu’il y a d’ingénieux et de véritablement original dans ce système d’anses elliptiques à double courant nerveux circulatoire ou vibratile, et si, anatomiquement, cette théorie offre des obscurités, des hiatus et des lacunes, et ne peut pas se démontrer positivement dans la continuité, les rapports et le développement relatif des fibres, du moins l’idée fondamentale, sauf toutes modifications ultérieures, en paraît vraie et féconde, et, comme telle, mérite d’être conservée dans les archives de la science, pour servir de point de départ à de nouvelles investigations.

Rolando (1), dans une suite de recherches sur la moelle épinière, le cervelet et le cerveau, publiés pendant une période de vingt années, s'est montré, sur l'anatomie des centres nerveux, l’un des auteurs les plus originaux. Le caractère essentiel de ces travaux, fondés sur des études approfondies, consiste dans la recherche et l'analyse d’une multitude de faisceaux très diversifiés de forme, de volume, de trajet et de connexions. Mais comme ces détails, par leur nouveauté même et leur signification partielle apparente, s’éloignent, sur beaucoup de points, des idées généralement admises sur la détermination, les connexions mutuelles, le mélange ou la fusion des parties dont se composent les centres nerveux, sans toutefois se relier eux-mêmes en un système clairement défini, il en résulte qu’il est très difficile de les comprendre dans leurs rapports pour en former un ensemble, et presque impossible d’en extraire une analyse sommaire qui offre quelque signification générale.

Dans le mémoire de Rolando sur la moelle allongée, se trouvent consignées différentes observations dont voici les principales.

L’entrecroisement de fibres admis par plusieurs anatomistes au-dessous des pyramides n'existe pas réellement. Ce n’est, comme le pense Girardi, qu’une simple apparence qui a toujours lieu lorsqu'on sépare des fibres étroitement unies et parallèles. Les fibres ne forment point une véritable tresse, car les cordons, au lieu de s’entrecouper, ne font que passer mutuellement les uns sur les autres dans une direction oblique, sans se porter du côté opposé. Dans les quadrupèdes on ne trouve plus rien qui puisse simuler un entrecroisement. Mais si Rolando ne croit point à l’entrecroisement médian des pyramides, il dit avoir reconnu, et figure de chaque côté (tab. 11, fig. 1) un entrecroisement de fibres des faisceaux antéro-latéraux qui enveloppent, dans leur écartement , le corps olivaire, en reçoivent des filamens ou racines, se croisent de nouveau au-dessus de ce corps, puis, écartés des faisceaux des pyramides , traversent la protubérance annulaire et vont se perdre sous les pédoncules des hémisphères. À ces faits principaux s’ajoutent diverses observations plus ou moins importantes sur les pédoncules du cervelet, les plans des fibres dela protubérance et les origines de quelques-uns des nerfs. Rolando blâme, avec raison, la qualification de matrice des

(1) Saggio sulla vera stuttura del cervello, etc. Sassari, 1809. — Recherches anatomiques sur la moelle allongée, lu à l’Académie des sciences de Turin (29 décembre 1822). — Osservazioni sul cervellelto. 4 maggio 1823, Mem. della real. Acad. del. scien. di Torëno, t. xxix. — Della strultura degli emisferi cerebrali. Torino, 1830.

nerfs donnée à la substance grise; car une substance ne naît pas d’une autre; mais, par une exagération opposée, il est loin de lui accorder toute l'importance qu’elle mérite, lorsqu'il dit que dans la moelle épinière et la moelle allongée, elle sert principalement à isoler les faisceaux des fibres médullaires , sauf à lui accorder une plus grande importance au cervelet, où elle doit servir à la séparation du fluide nerveux. Rien de plus commun, dans l’étude des sciences, que de rencontrer des contradictions de ce genre, même chez les hommes les plus distingués.

Déjà, il y a long-temps, Rolando avait été amené, à la suite de ses recherches sur le cervelet, à cette opinion singulière, empreinte des préoccupations et de la tendance de l’époque, qui lui avaient fait considérer cet organe, à structure lamellaire, comme une pile galvanique. Mais les ouvrages, sans contredit, les plus importans de Rolando, sont ceux qu’il a publiés sur le cerveau.

Comme énoncé général de l'opinion du célèbre professeur de Turin sur la structure du cerveau, nous ne pouvons mieux faire que de citer d'abord le résumé succinct et clair ou, en quelque sorte, la formule qu’en avait donnée , d’après ses premiers ouvrages, l’un de nos plus illustres anatomistes. « Suivant M. Rolan- « do, dit M. de Blainville (1), les hémisphères sont composés « de fibres nombreuses, qui, sorties de leurs pédoncules, s’élè- « vent, et s’écartent en traversant une partie de la substance grise « qui constitue les corps striés. Elles se dispersent en partie dans « la pulpe médullaire, forment le corps calleux, la voûte a trois « piliers, le septum lucidum duquel part de tous côtés l'expan- « sion excessivement mince qui recouvre la saillie des corps « striés dans les ventricules, tandis qu’une partie de ces fibres, « retournant en arrière, forme les deux piliers postérieurs de « la voûte, les cornes d’Ammon et la queue des corps canelés.

« D’après cela il lui semble qu'il n’y a ni corps striés, ni « même de couches optiques proprement dites, mais que ces « proéminences sont formées par l’entrelacement et le passage, « 1° des fibres supérieures des pédoncules du cerveau, 2° de « celles qui semblent venir des lémisphères et avoir des rela- « tions avec les tubercules quadrijumeaux , et enfin 3°, de celles « qui se portent transversalement, remontent et s’épanouissent « comme une membrane sur les couches optiques, avec une « direction de dedans en dehors, 5e rassemblent ensuite en un « cordon arrondi qui contourne les pédoncules, et vont, après « s'être entrecroisées , former les merfs optiques. »

L'ouvrage le plus récent de Rolando (1830), enrichi de ses observations alors les plus nouvelles, donne aussi l’idée d’une structure encore plus complexe. Les études de l’auteur portent naturellement sur deux groupes d’organes essentiels. Les parties profondes ou centrales, sur lesquelles il a fourni de si nombreux détails, dont l'examen et la systématisation sont au nombre des difficultés de la science actuelle; et les parties superficielles périphériques, ou les circonvolutions qu’il a, le premier, parmi les phrénotomistes modernes, étudié avec soin, dans leurs qualités diverses, le siége , le nombre, le volume, la configuration, les subdivisions et les rapports d’origine, de subordination et de continuité, entre elles ou avec les parties centrales.

Les recherches de Rolando ont été faites, en grande partie, sur le cerveau du fœtus. D’après lui, la substance des hémisphères, étudiée de l'extérieur à l’intérieur, renferme plusieurs

(1) Rapport à l’Académie des Sciences; sur un mémoire de M. Foville. Procès-verbal de la séance du 23 juin 1828,

couches de fibres, de directions variées, qui avaient échappé à l’attention des anatomistes. Les parois des ventricules latéraux sont formés de fibres qui leur sont propres et ne rejoignent pas celles des circonvolutions. Deux plans de fibres existent dans le corps calleux : l’un superficiel, dont les fibres horizontales, nées du raphé médian, vont contribuer à former les circonvolutions de la face interne des hémisphères ; l’autre , profond, procède de la couche optique. Le corps strié se compose de deux parties, c’est-à-dire qu’il existe deux corps striés, externe et interne, séparés l’un de l’autre par deux couches de fibres, l’une qui va des thalami au corps calleux, et l'autre des pédoncules au cerveau. Le corps strié externe est formé par un entrelacement très complexe de fibres médullaires ; l’évterne est une éminence pyriforme, composée de substance grise. Nous connaissons déjà les principaux rapports des faisceaux médullaires qui forment le septum lucidum, la voûte et la corne d’Ammon ; et il serait trop long de reproduire, sur la contexture et les rapports des parties centrales, une foule d’autres détails qui seront mieux placés dans les descriptions particulières.

Le sujet d'observation le plus général et le plus nouveau a rapport à la formation des circonvolutions que l’auteur nomme, d’après Malacarne, processus entéroides. Les origines ou les racines des circonvolutions de chaque hémisphère semblent naître de dix processus des masses centrales. Les fibres de ces processus sont toutes de longueur différente, mais déterminée pour chacune d’elles suivant le plus ou moins d’éloignement du centre de leur extrémité périphérique. Les plus courtes vont aux circonvolutions inférieures de revêtement à la base du cerveau, les plus longues aux circonvolutions supérieures du sommet des hémisphères. De l’insula de Reil, située au fond de la scissure de Sylvius, procède la circonvolution marginale de cette scissure, la première qui apparaisse dans le fœtus. La portion transverse ou supérieure donne naïssance à quatre processus presque verticaux, en deux couples de circonvolutions inégales : une longue médiane, adossée à sa pareille, et une courte. Les antérieures vont former les circonvolutious frontales, et les postérieures les circonvolutions occipitales. Un cinquième processus, sous-jacent à la scissure, est l’origine des circonvolutions de la face externe. D'autre part, trois processus procèdent des pédoncules, dont un pour les circonvolutions internes, et deux prolongés en haut pour donner naissance aux circonvolutions antéro - postérieures du sommet de l’hémisphère; celles-ci sont partagées par les deux grandes circonvolutions médianes, externes et verticales , élevées de la circonvolution marginale vers le bord interne et supérieur de l'hémisphère, et séparées par la grande scissure verticale qui coupe transversalement l'hémisphère en deux moitiés, antérieure et postérieure, et à laquelle M. Longet donne lenom de scissure de Rolando. Enfin, sur la face interne, les circonvolutions appartiennent à deux groupes : l’un, le processo cristato, étendu de la racine interne du nerf optique au crochet de Vicq d’Azyr, environne circulairement, de chaque côté, le corps calleux; l'autre, formé par les circonvolutions internes placées au-dessus de celles du corps calleux, et qui s’unissent avec celles du pédoncule, provient de la bande médullaire des stries longitudinales de Reil, sous-jacente au processo cristato. Tout ce travail de classification des circonvolutions cérébrales, intéressant en luimême , l’est plus encore, comparé avec les recherches récentes qui ont été faites ultérieurement sur le même sujet.

Avec l’époque de 1830, à laquelle nous sommes parvenus, expire, à proprement parler, l’histoire du système nerveux cen-

tral. Il nous est impossible d’aller plus avant sans entrer en plein dans les travaux de la science actuelle, qui sont précisément notre sujet, et, comme tels, doivent entrer dans nos descriptions particulières. Dans la période qu’embrassent les derniers travaux dont je viens de donner l'analyse, il s'en est trouvé bien d’autres etdu plus grand intérêt, dont, forcé de me restreindre et pour ne pas rompre le fil des idées sur la texture, je n'ai pu parler; les uns parce qu’ils ne sont que le développement de ceux que j'ai fait connaître, les autres en ce qu'ils s’écartent, par leur objet spécial, du sujet que j'avais à traiter. Néanmoins, comme la plupart d’entre eux ont beaucoup concouru à éclairer la structure des centres nerveux, s'ils n’ont pu trouver ici place dans l’ensemble, successivement, à l’occasion des faits qu’ils contiennent, ils se trouveront rapportés plus tard dans les descriptions des diverses parties.

Parmi ces ouvrages d'anatomie, il y en a quatre des plus importans, qu’il convient de signaler.

Desmoulins (1), Vun des premiers qui aient généralisé l'étude du système nerveux, se distingue par une foule de recherches originales et d’aperçus aussi féconds qu’ingénieux.

M. Herbert Mayo a donné une traduction anglaise du travail de Reil, qui lui paraissait ce que l’on avait dit de plus vrai et de plus avancé sur la structure des centres nerveux. Mais dans cette translation il s’est associé au mérite de l’œuvre originale qu'il a enrichie de planches magnifiques, dont plusieurs, ajoutées à celles de Reil, sont bien propres à répandre ses idées qui s'y trouvent

plus clairement exprimées.

Une série de recherches, un peu différentes par son objet, et:

qui appartient à cette époque, est celle dont, par rapport au système nerveux central, Tiedemann a été le plus actif investigateur.

Guidé par l'inspiration de quelques hommes célèbres dans des genres différens, réunis dans une même pensée, Tiedemann , dès 1816 (2), et ultérieurement dans une suite d'ouvrages, a ouvert à la science une voie nouvelle et si féconde qu’elle se mêle aujourd'hui à toutes les études de l'organisme. Un travail de cette importance, et dont les applications de détail se retrouveront à toutes les pages dans l’histoire du développement des organes nerveux, mérite bien que l’on s’y arrête un moment.

L'idée mère de ses illustres compatriotes , élaborée par Tiedemann, qui commande et résume son œuvre, est assurément l’une de celles qui ont été le plus anciennement entrevues, quoique sous un point de vue très différent et complétement erroné. Nous avons reconnu à quelle précision de résultats étaient arrivés, dans l'antiquité, les anatomistes alexandrins sur l'anatomie et la physiologie du système nerveux. Mais la Grèce savante n'avait pas seulement créé les méthodes d'observation; à elle aussi appartiennent les grandes vues qui dominent l’ensemble des organismes. Outre la belle théorie d'Empédocle sur l’analogie de formation des végétaux et des animaux par un œuf, confirmée par tous les travaux d’embryogénie générale de nos jours, ce n’est pas sans surprise que, trois siècles avant l’école d'Alexandrie, à l’époque reculée de Thalès, on voit Anaximandre de Milet, son ami, affirmer que les créations animales ne sont que successives ou engendrées les unes des autres, et que l’homme a été primitivement poisson, puis reptile, puis mammifére, avant d'arriver

(1) Anatomie des systèmes nerveux chezles animaux vertébrés. Paris, 1827.

(2) Series of engraving intended to illustrate the structure of the brain, and spinal chord in man. London, 1827. In-fol.

(3) Anatomie und Bildungsgeschichte der Gehirns im fœtus der menschen, etc. Nuremberg, 1816. Traduit en français, par Jourdan, Paris, 1823.

à son état parfait. D'où l’on aurait pu dés-lors inférer que les êtres vivans, se transformant les uns dans les autres, sous une loi générale, des animaux inférieurs à l'homme, n'auraient été, chacun dans son organisation , à des termes fixés de la série, que des expressions différentes, en progrès les unes sur les autres, d’un type commun à tous, et, en quelque sorte, des points d'arrêt sur la route de la vie. Sans doute, Anaximandre n’avait point entrevu cette conséquence rigoureuse du principe qu'il avait posé, conséquence plus vraie que le principe mal entrevu auquel elle survit; mais, du moins, s’y trouvait-elle virtuellement comprise.

C’est cette même théorie, célèbre dans l'antiquité, que l’on voit reproduite, après tant de siècles chez les modernes, sous les formes les plus ridicules par de Muillet (1735), puis Robinet, Rodig; et de nos jours encore, d’une manière un peu moins déraisonnable, par Lamarck. Or, pour si erronée que püt être dans sa hardiesse et prise dans un sens absolu, cette hypothèse d’une transformation des animaux les uns dans les autres, du moins en ressortait-il clairement, à ce qu’il me semble, l’idée d’une organisation commune à tous, et principe de leur développement.

Mais ce travail devait être repris d’après des bases toutes différentes, en combinant avec les idées générales de Leibnitz les faits d'observation de la science moderne,

Linné, le premier, avait entrevu, dans les végétaux, la transformation de certaines parties les unes dans les autres. Le poète Goëthe (1790) dans son essai sur les métamorphoses des plantes et, plus tard , dans une éxtroduction générale à une anatomie comparée, avait cherché à établir une théorie de compensation entre les parties, d’où il résultait qu’un organe ne se développe en excès qu'aux dépens d’un autre. Et si, à l'examen de détail, on pouvait taxer d’exagération et de singularité les idées du savant littérateur allemand, du moins les admirables expériences d'économie rurale, alors toutes récentes, et démontrées sur la plus vaste échelle, des cleux grands observateurs anglais Bakewell et Arthur Young, sur l’art de modifier le développement relatif des organes et des tissus dans les animaux et les végétaux, prouvaient que ces idées n'étaient pas sans quelque fondement. Mais c’est un professeur de Tubingen, Kielmaier, génie original jusqu’à présent peu connu de nous, qui est le véritable auteur de la théorie de l’évolution et le chef de cette école célèbre des naturalistes allemands , dont M. Magdeleine de Saint-Agy, le savant et laborieux continuateur du cours de Cuvier, avec une clarté dont il faut lui savoir gré, vient, tout récemment, de nous offrir les éminens, mais bizarres et si obscurs travaux, dans une exposition détaillée qui manquait à notre littérature scientifique. Kielmaier, avec une abondance de preuves où se révèle la sagacité de son esprit, enseigna que les animaux , dans leur formation , passent par des états successifs correspondant au type de chaque classe inférieure, et ne seraient ainsi que des organisations spéciales, arrêtées à des points différens d’une série commune. Il disait aussi, mais sans y attacher trop d'importance, qu'une polarisation se manifestait chez les êtres vivans comme dans les corps bruts; qu’on en pouvait signaler les effets entre les parties d’une extrémité du corps à l’autre et entre les deux sexes. Évidemment ce sont là les idées originales qui ont servi de base à toute la nouvelle école allemande. Schelling, élève de l’anatomiste de Tubingen, s’en est emparé pour sa théorie de l'absolu, et l'on sait quels développemens Ofer a donné à cette théorie dans son grand système scientifique , conception étrange, où les échappées les plus téméraires se mêlent

SUR LE SYSTÈME

aux idées les plus vraies et aux vues les plus élevées; mais pourtant œuvre de maître, à laquelle se rallient un grand nombre de travaux remarquables, et dont en particulier les savans en Europe, et surtout en France, ont déduit la loi d’unité de composition organique.

En somme, cette unité de plan dans la formation des êtres animés, entrevue non comme déduction de la théorie ancienne, depuis long-temps oubliée, mais directement, en qualité d’expression générale des faits, est précisément la donnée originale de Kielmaier et Oken. Mais l’idée attachée à la transformation organique est beaucoup plus restreinte et très différente. Au lieu que, pour leurs devanciers, par une supposition extravagante, elle était censée s’opérer en entier, successivement d’une classe et d’une espèce inférieure à une autre d’un degré au-dessus; dans la théorie moderne, elle ne s'exerce plus que chez les individus à leur état embryonaire , et alors ce sont toutes les espèces inférieures dont les détails d'organisation viennent se succéder rapidement par autant de phases ou de degrés intermédiaires pour arriver au développement complet de l'espèce relativement supérieure dont l'individu fait partie. Assurément, dans les observations de détail, on peut faire bien des objections à cette loi générale de formation et lui trouver des exceptions nombreuses fondées sur les modifications que nécessite la destination propre de chaque espèce. Mais il suffit qu’elle soit vraie dans la plupart de ses applications pour que l’on puisse s’en servir comme d’un utile instrument scientifique. Or, il faut dire que, sous ce rapport, elle s’est montrée encore plus féconde que ne l'avaient pu espérer ses fondateurs. Non-seulement elle a guidé avec succès les observateurs dans l’anatomie de développement et l’histologie générale, mais elle n’a pas jeté moins de lumière sur l’histoire des anomalies et la tératologie, et je crois avoir démontré, dans le discours préliminaire, toute l’étendue de ses applications à l'anatomie pathologique et à la physiologie de l’âge avancé, la loi de destruction des organismes se montrant la répétition, en sens contraire, des actes de leur loi de formation , dérivée elle-même de l’unité de composition organique.

Or, la part de Tiedemann, au début de ces grandes recherches a été précisément de montrer par les faits, quant au système nerveux central, dont le développement relatif influe tant sur celui des autres organes, la valeur de cette théorie, qui n’était encore que spéculative. En faisant marcher parallèlement et en éclairant l’une par l’autre l'anatomie comparée et l’embryogénie, il a pu démontrer assez positivement que le système nerveux, pour sa formation, dans l’homme, passe graduellement par divers états intermédiaires qui représentent l’état permanent du méme système à divers degrés de la série animale, le passage d’une classe à une autre signalant, dans un temps très court, la période correspondante d'évolution de l’état embryonaire. Maintenant, que cette théorie sembie trouver de nombreux démentis à l'observation de détail, que les organes en voie de formation ne se présentent pas rigoureusement, pour un âge déterminé, dans les mêmes conditions de forme , de volume, de complication, et même dans les rapports qui caractérisent la classe animale correspondante : ces résultats, assurément, ne suffisent pas pour infirmer la règle générale, si nous nous rappelons qu'avec la loi d'unité de composition, principe des ressemblances entre les animaux, marche parallèlement la loi de variété, principe de leurs différences; car, les classes et les espèces animales étant parfaitement distinctes, si néanmoins elles sont analogues dans leur conformation générale, elles ne peuvent pourtant pas être iden-

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