‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 31 sur 407 · FONCTIONS DE LA MOELLE EPINIÈRE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA MOELLE EPINIÈRE

Il avait été reconnu, par les premiers maîtres de la science, que les lésions profondes de la moelle détruisent plus ou moins la sensibilité et les mouvemens volontaires. Walker, le premier, en 1809, attribua l’une des fonctions aux racines antérieures , l’autre aux postérieures. Il établit le premier la division. Son idée était, 4 priori, juste quant au principe, elle fut fausse quant au fait. Il avait dans sa conception, interverti les rôles.

Ch. Bell, le premier, sur un animal récemment mort, expérimenta sur les faisceaux de la moelle. Il eut de la difficulté à léser isolément ces deux parties ; mais il constata que l'excitation de la partie antérieure de la moelle causait des contractions musculaires beaucoup plus constamment que l'excitation de sa partie postérieure. D'où pour lui, la conviction que la colonne médullaire antérieure jouissait de l'influence motrice.

M. Magendie n’obtenant pas des résultats identiques dans ses expériences, laissa la question indécise et Müller a diten 1840, après ses propres insuccès, que l’hypothèse sur les attributs (vrais) des faisceaux n’a pour elle aucune preuve satisfaisante. Rolando, M. Calmeil, etc., etc., ne croyaient point à cette distribution des fonctions.

En 1841, M. Longet entreprit des expériences qui parurent confirmer pleinement l'opinion de Ch. Bell.

M. Cruveilhier qui assista à quelques-unes de ces recherches, admet la même distinction dans la propriété des faisceaux de la moelle. Mais, nous verrons plus loin comment M. Bernard repousse cette idée exclusive, en démontrant péremptoirement

l'existence de la sensibilité récurrente dans les racines rachidiennes antérieures.

M. Longet divisa la moelle en portion caudale et céphalique. La pile, appliquée sur les faisceaux postérieurs du segment caudal, ne produisait aucun effet. Toutefois, immédiatement après la section, et chez les jeunes animaux surtout, il obtenait des contractions attribuées au mouvement réflexe. La même expérience, faite sur les faisceaux antérieurs, produisait des mouvemens énergiques. Un seul faisceau antérieur galvanisé produisait quelquefois des secousses dans les deux membres. Les faisceaux latéraux produisaient des contractions moindres.

Le galvanisme, appliqué aux faisceaux postérieurs du segment céphalique, donnait lieu à de violentes douleurs et à des mouvemens dans la partie du corps festée en communication avec le tronc.

Le galvanisme, appliqué aux faisceaux antérieurs et latéraux, ne donna lieu ni à la douleur ni à aucune contraction dans le tronc et le train antérieur.

Cette expérience, répétée sur les racines, a conduit M. Longet à conclure ainsi qu'il suit :

r° Les racines antérieures et les faisceaux médullaires antérieurs, qui sont insensibles aux irritants mécaniques, suscitent des contractions violentes par l’action du galvanisme appliqué à leurs bouts libres : ces parties insensibles du système nerveux sont exclusivement en rapport avec le mouvement.

2° Les racines postérieures et les faisceaux correspondant de la moelle, qui, mécaniquement excités , sont très sensibles, ne déterminent aucune contraction musculaire, si l’on fait agir le galvanisme sur leurs extrémités libres ; les fonctions de ces racines et de ces faisceaux sont relatives, exclusivement à la sensibilité, et non au mouvement. Ajoutons, avant de passer à l'examen de ces faits, que Bellingeri attribuait aux racines antérieures les mouvemens de flexion, et aux postérieures les mouvemens d'extension. De plus, il dota gratuitement la substance grise de sensibilité, propriété qu'il lui faisait, du reste, partager avec les racines postérieures.

Cette manière de voir si exclusive de Ch. Bell et de M. Longet n’est pas l'expression de la réalité.

Or, voici comment M. Longet croit expliquer l’idée de MM. Magendie et Bernard : « Chez le chien comme chez l'homme j'ai rencontré assez souvent, pour un nerf lombaire ou sacré, trois cordons originels distincts, marchant parallélement dans le canal rachidien : deux appartenaient à la racine postérieure et le troisième à l’antérieure.

« Ge fait me semble d’autant plus grave à noter, qu’en croyant pincer le cordon de cette dernière, on pourrait saisir celui des deux cordons de la racine postérieure qui est le plus en avant, et alors on ne manquerait pas d'y trouver une très vive sensibilité. Je me suis toujours garanti de cette cause d'erreur qui n’avait point encore été signalée, et qui explique sans doute pourquoi M. Magendie a pu dire qu'il avait trouvé les racines antérieures très sensibles. »

Cette prétendue explication est une assertion gratuite qui tendrait à faire rapporter à l'ignorance ou à l’impéritie des expérimentateurs , ce qui n'est dè, d’après M. Bernard, qu’à l’épuisement plus ou moins grand de la sensibilité des animaux sur lesquels on opère.

Voici, d’après M. Bernard, les faits sur lesquels repose la théorie de la sensibilité récurrente.

Les racines antérieures sont spécialement motrices; mais elles

manifestent aux irritations physiques où mécaniques une sensibilité qui est tout à fait particulière, en ce qu'elle semble venir de la périphérie, ce qui l’a fait nommer sensibilité en retour ou sensibilité récurrente.

Cette sensibilité est une propriété caractéristique essentielle des racines antérieures. « En se plaçant dans de bonnes conditions expérimentales, dit M. Bernard, dans son Mémoire à l’Institut ( 1846 ), on la trouve constamment. »

M. Bernard les a répétées, ces expériences, depuis plusieurs années, avec un succès invariable un très grand nombre de fois. De nombreux savans les ont constatées, sans parler de la publicité qu’elles ont reçu dans les cours, au collége de France. Voici les caractères de cette sensibilité.

1° Quand, sur un animal, chien, chat, etc., on pince, avec les. précautions nécessaires, une racine rachidienne antérieure dont la racine postérieure correspondante est restée intacte, on constate que le pincement de cette racine antérieure arrache des cris à l'animal, ce qui dénote la sensibilité de la manière la plus évidente.

2° Si on divise, avec des ciseaux fins, cette racine antérieure, sans intéresser la racine postérieure correspondante, il résulte de cette section deux bouts de nerf qu’on peut facilement isoler pour constater leurs propriétés. On trouve alors que le bout central du nerf, c’est-à-dire celui qui tient directement à la moelle épinière, est devenu parfaitement insensible, tandis que le bout périphérique du nerf, c’est-à-dire celui qui est séparé de la moelle, a conservé toute sa sensibilité.

3° De sorte qu’une racine antérieure étant coupée, sa sensibilité se réfugie dans le bout périphérique, ce qui est l'inverse pour la racine postérieure. En effet, quand on coupe une racine postérieure, c’est son bout central qui reste sensible, tandis que son bout périphérique devient complétement insensible. Tout ceci indique clairement que, dans la racine rachidienne antérieure, la sensibilité se propage d’une manière inverse.

4° Mais cette sensibilité récurrente, d’une racine antérieure rachidienne, n’est pas habituellement diminuée ni modifiée par la section des racines postérieures des paires rachidiennes situées au-dessus ou au-dessous, tandis qu’elle disparaît aussitôt qu’on vient à couper la racine postérieure correspondante, ce qui démontre que la sensibilité dans la racine antérieure est seulement transmise par la racine postérieure correspondante. Il suit de cette opération, qu’alors, parmi les quatre bouts résultant de la section des deux racines rachidiennes, il n’y en a plus qu’un dans lequel la sensibilité soit évidente : c’est le bout central de la racine postérieure.

Cette sensibilité se propage de la périphérie vers le centre, et s'éteint du centre vers la périphérie. La racine antérieure rachidienne tire done sa sensibilité récurrente de sa racine postérieure correspondante; de telle sorte que, par ce seul fait qu'un nerf de sentiment transmettra la sensibilité récurrente à un nerf de mouvement, on pourra conclure qu’il joue, par rapport à lui, le rôle d’une racine postérieure.

Ces faits, M. Magendie les constata en 1839; et M. Bernard a recherché surtout le lien, la subordination de ces phénomènes avec les propriétés des racines.

M. Bernard, outre qu'il dessina nettement ces faits, tels qu'ils viennent d’être exposés, les mit en évidence par le procédé de l’éthérisation.

On voit, à mesure que l'anesthésie se manifeste, les organes nerveux devenir insensibles dans l’ordre suivant : 1° la racine

antérieure; 2° la peau ; 3° la racine postérieure ; 4° le faisceau postérieur de la moelle épinière. Puis quand on cesse l’éthérisation pour laisser l’animal revenir à son état normal , on voit la sensibilité reparaître dans les organes nerveux d’une manière inverse, c’est-à-dire : 1° dans la moelle: 2° dans la racine postérieure; 3° dans la peau; 4° dans la racine antérieure. Enfin quand on épuise l'animal par des pertes de sang considérables , ou par le procédé opératoire qu’on emploie, on voit également la sensibilité s’éteindre, d’abord dans la racine antérieure, puis dans la racine postérieure; et, dans ces cas, on pourra trouver les racines postérieures seules sensibles et soutenir que les antérieures sont insensibles. Mais il reste évident que cette circonstance est le fait de l'opération.

M. Bernard a observé et signalé deux faits exceptionnels, dans lesquels la. racine antérieure, soudée entre deux racines postérieures , recevait la double influence. La section des deux racines put seule détruire la sensibilité récurrente.

On a cherché à expliquer cette sensibilité de la racine antérieure par des anses anastomotiques et récurrentes qui partant des racines postérieures, s’uniraient aux antérieures près du point où naît le faisceau commun.

Cette opinion n’a cependant pu être vérifiée.

Et d’abord, en coupant la racine antérieure près de son origine, on trouve le bout périphérique sensible. Alors pour savoir si le bout périphérique tire sa sensibilité d’anses récurrentes, on coupe le tronc commun à des distances de plus en plus éloignées de son point d’origine, et on trouve le bout périphérique toujours insensible. De sorte que ces anses doivent être de plus en plus éloignées.

Il est donc expérimentalement impossible de trouver le point précis où se fait cette communication périphérique entre les racines.

Un physiologiste, connu par des travaux aussi persévérans qu'intéressans, M. Brown Séquard , a pensé d'expliquer cette sensibilité de la manière suivante :

Les muscles, en se contractant, excitent les nerfs sensibles, ramifiés dans leur intérieur ou au contact de leur surface. C’est donc ‘parce que les racines antérieures sont motrices, que l’on cause de la douleur en les excitant ; c’est-à-dire c’est parce qu’elles font contracter très vivement les muscles, dans lesquels elles envoient des fibres , que cette contraction produit de la douleur.

D’après cette explication, il faudrait admettre, ce qui n’est pas, que les filets nerveux de ces muscles émanent tous d’une même paire; car la sensibilité récurrente disparait ordinairement par la section d’une double racine postérieure.

On voit ainsi comment la racine antérieure est la première à perdre la sensibilité, elle n'en a pas de propre; la sensibilité disparait ensuite dans la racine et le faisceau postérieur de la moelle. La manière dont se manifeste le retour à la sensibilité récurrente est des plus naturelles. Ne trouverait-on pas dans ce fait quelque élément pour préciser le comment de l’action anesthésique, et la nature de ce phénomène singulier.

Du pouvoir réflexe et des mouvemens qui en dépendent.

Sentir, penser, agir, voilà un mode de filiation qui paraissait général. La volonté, comme on le conçoit bien, n’est elle-même qu'une modalité de la pensée. On perçoit une sensation; celle-ci amène un acte de volition qui se manifeste par un mouvement.

Cette idée en supposait une autre, à savoir : l'existence d’une

archée qui, du haut de l’encéphale, oräonne et commande. On ne peut analyser le fait beaucoup plus loin, sans discuter la psychologie et sortir de la physiologie. Mais bientôt on reconnaît qu'une impression, sans se transformer en sensation peut être transmise par les nerfs sensitifs, soit à une partie de l’encéphale, soit à la moelle qui, sous ce rapport, est déjà élevée au rang du cerveau; de cette impression nait une incitation immédiatement réfléchie sur les nerfs moteurs; ce sont là les mouvemens réflexes, sans conscience, comme on dit.

Prochaska les a, le premier, explicitement proclamés en 1800. Et peut-être personne ne les a jamais mieux compris que lui ; car il dit :

La condition générale qui domine la réflexion des impressions sensorielles sur les nerfs moteurs, c’est l’instinct de la conservation individuelle.

Pour peu que l’on reconnaisse que l'instinct est fatal , aveugle, obligé, nécessairement lié à l’individualité qui le manifeste, on y reconnaîtra quelque chose comme une propriété de la matière plus ou moins organisée.

A ce point de vue, on n’aura plus guëre à ajouter à Prochaska , qui émet implicitement cette idée.

Il faut avant d’aller plus loin montrer la généralité et l'étendue déjà reconnue de ce pouvoir réflexe.

Voici ce phénomène d’après Prochaska, et tel que M. Longet l’a reproduit dans sa physiologie.

« Les impressions externes qui se font par les nerfs sensitifs, se propagent avec rapidité en suivant toute la longueur de leur trajet jusqu’à leur origine : dès qu’elles y sont parvenues, elles s’y réfléchissent, d’après une loi constante, et passent dans les nerfs moteurs correspondans, d’où des mouvemens constans et déterminés dans les muscles. »

Il faut ajouter que, sous l'influence de ces mêmes excitations, qui constituent les milieux, les organes excités dans leur ensemble, exécutent les fonctions à l’aide des appareils. Voilà pourquoi l’on respire, pourquoi le cœur se meut, etc., etc., par l'intermédiaire des nombreux centres d’incitation.

Tel est l'instinct dans sa forme la plus simple et tel qu’il est permis de le concevoir physiologiquement.

On part d’une hypothèse, à savoir : que dans les conditions ordinaires de la vie, les mouvements dits volontaires, s’exécutent par l'impression perçue par le moi ou sensOrTium COMInUne , qui devient incitateur des mouvements.

Mais ilarrive que malgré l’absence de l'organe dans lequel doit siéger ce moi, les animaux se meuvent sous l'influence d’excitans.

C’est alors, quand le centre de sensorium commune manque, que la moelle seule est le point de réflexion.

Et en effet, la destruction de la moelle supprime tout aussitôt l’action réflexe.

Ce sont alors des mouvemens sans conscience.

En outre, cette excitation extérieure n’agit, comme tous les excitans possibles, que proportionnellement à sa propre intensité.

Legallois alla au-delà, il localisa la vie du corps dans la moelle. C’est dans la partie grise de la moelle que naissent les nerfs spinaux et le principe qui les anime, la partie blanche les transmet.

Puis, vinrent les observations de M. Lallemand, qui conclut des anencéphales que la respiration, la déglutition, la sensibilité et le mouvement sont indépendans de l’encéphale. La moelle a la puissance nerveuse nécessaire à ces fonctions.

M. Calmeil , après tous ces expérimentateurs et observateurs , avance et cherche à démontrer par des preuves directes, que la moelle épinière des reptiles, des jeunes oiseaux et des jeunes mammiféres , semble également susceptible, après l’enlèvement du cerveau , d’être modifiée par nos irritations, de les sentir, et, par suite, d’ordonner des mouvemens calculés, durables, etc.

Mais on observe aussi des mouvemens reflexes dans le cerveau.

Après la section du nerf optique, Herbert Mayo excita le bout cérébral du nerf, et il survint des mouvemens de la pupille. Or la section de cette paire nerveuse fait apercevoir au malade des masses considérables de lumière. La précédente expérience, ainsi qu'on le voit, fournit un exemple de mouvement invonlontaire réflexe, succédant à une sensation, et dans lequel l’encéphale lui-même sert d’intermédiaire entre l'excitation centripète et l'excitation centrifuge. Bien que le cerveau soit le siége de la conscience, il peut donc aussi produire des mouvemens sans conscience. Le phénomène est le même que les précédens, sauf la différence de siége.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les mouvemens d’une mouche, d’une grenouille, d'un homme même, après la décapitation, lorsqu'on les irrite, ce sont des mouvemens reflexes sans conscience.

Ce phénomène peut encore présenter beaucoup d’autres variétés.

En sortant du bain, un grand nombre de personnes, sans avoir la moindre sensation de froid ont un claquement de dents, un tremblement général.

Dans les cas où l’on a froid, il faut donc expliquer ou interpréter autrement l’action réflexe. Un tremblement pareil s’observe chez des personnes lorsqu'elles urinent le soir au moment de gagner le lit.

Dans tout phénomène réflexe, le sersorium commune assistet-il à une série de phénomènes auxquels il ne peut rien ?

Voilà une question dont il est plus sage de ne pas tenir compte dans l'étude positive des faits. C’est une inconnue dont on parle comme d’une chose connue, et avec laquelle on propage et perpétue l'ignorance sur la réalité des faits.

On a très judicieusement distingué les muscles de la vie organique des muscles de la vie animale.

Mais cette distinction est ou doit être relative. Car on voit les muscles de la vie animale soustraits, à la volonté, dans un grand nombre de cas. La distinction, aujourd’hui certaine, c’est que les muscles de la vie organique ne peuvent, dans aucune condition, obéir à la volonté, tandis que ceux de la vie animale y obéissent dans certaines conditions. Ce n’est pas ici le lieu de définir la volonté pour montrer sa place et sa signification.

Toute stimulation exercée sur la peau, sur les muqueuses, provoque plus où moins les mouvemens réflexes. Mais il paraït, de plus, qu’il y a une relation très intime entre la nature de la cause et la nature de l'effet.

Voici comment M. Longet, d’après tous les travaux des physiologistes, résume l’état actuel de la question sur le pouvoir réflexe.

Whyttse demande pourquoi l’irritation de la muqueuse nasale occasionne l’éternument plutôt que la toux, le hoquet ou le vomissement ; pourquoi le premier de ces mouvemens convulsifs n’accompagne pas les douleurs de dents, les impressions vives faites au visage, aussi bien que celles qu’on dirige sur la mu-

queuse du nez, la même paire nerveuse se distribuant à ces diverses parties ; pourquoi encore une irritation violente du rectum ou de la vessie provoque une contraction continue du diaphragme et des muscles abdominaux, plutôt que des contractions alternatives ou intermittentes, comme il arrive dans la toux, etc. Eh bien ! Whytt attribue ce fait à ce que le cerveau ou la moelle perçoivent des sensations particulières.

La titillation du conduit auditif, à l’aide des barbes d’une plume, suffit souvent pour faire tousser ; mais si ce conduit devient le siége d’une vive inflammation et de douleurs violentes, alors la toux sympathique n’a plus lieu. Le sperme, en irritant les nerfs sensitifs de l’urètre, occasionne la contraction saccadée et convulsive des muscles du périnée, tandis que, ni le passage d’une sonde, ni les injections irritables ne produisent le même effet. Il arrive souvent que tout le corps entre en convulsion, quand on chatouille les flancs ou la plante des pieds; et toute autre manière d’impressionner, normale ou morbide, n’agit pas de la sorte, ajouterons-nous.

La nature spéciale de l'excitation ou de la sensation, en dictant tel mouvement sympathique réflexe plutôt que tel autre, remplit le rôle de la volonté dans la détermination des mouvemens volonaires.

Mais, disons que, dans les mouvemens qui dépendent du pouvoir réflexe, comme dans ceux qui dépendent de la volonté, il existe une coordination remarquable des agens musculaires destinés à leur accomplissement ; et même cette coordination, dans la plupart des mouvemens réflexes, est telle que la volonté est ir7habile à la faire disparaïtre. Aussi, d’après ses expériences, M. Flourens a-t-il admis deux centres coordinateurs, l’un pour les mouvemens volontaires ( cervelet), l’autre pour les mouvemens respiratoires (le bulbe rachidien) et leurs dérivés, tels que éternument, toux, vomissemens, efforts de parturition, expulsion des urines et fèces. De son côté, M. Debrou, frappé de l'insuffisance de la théorie de l’action réflexe, pour expliquer toutes les conditions d’autres mouvemens sympathiques, a proposé de reconnaître, dans la moelle elle-même, un ou plusieurs centres chargés de la coordination de ces mouvemens, et semblables au centre déjà admis pour ceux de la respiration.

Si ce livre était destiné exclusivement à la physiologie, nous montrerions comment on conçoit, d’après ces faits, les sympathies normales et morbides ; et combien il serait facile d’expliquer, non point seulement par l’action réflexe telle que nous l’avons étudiée, mais à l’aide de l’excitation de tous les milieux et de leur influence sur l'organisme, les problèmes les plus embarrassans.

Les fonctions spéciales de la moelle seront traitées ailleurs, et dans leur relation avec les organes et appareils dont elle est l’auxiliaire ou avec lesquels elle coopère.

Il reste à examiner jusqu’à quel point la pathologie confirme les données de la physiologie expérimentale.

Nous allons choisir tous les cas les plus favorables à la doctrine des fonctions distinctes dans les racines, doctrine incontestable au point de vue expérimental.

Nous dirons, en quelques mots, ce qu’il y a de plus net à cet égard, dans le Journalde Physiologie expérimentale, de M. Magendie, dans ? Anatomie pathologique de M. Cruveilhier, dans la Bibliothèque médicale, et dans quelques recueils particuliers.

Dans un cas de division du faisceau antéro-latéral droit, au niveau de la sixième et de la septième vertèbre cervicale, M. Bégin

observa une motilité incomplète au membre supérieur droit, et T, INT,

une abolition du mouvement au membre inférieur. La sensibilité était restée intacte. C’est là une observation qui a été citée comme très-concluante, en faveur de la fonction distincte des faisceaux.

Dans toutes les lésions profondes de la sensibilité, nous voyons la mobilité dégénérée, non pas comme puissance, mais dans son application.

Mais il y a dans certains cas lésion isolée des cordons posté: rieurs. Toutefois, le nombre de ces observations est restreint.

Dans un cas de paralysie incomplète du sentiment et du mouvement avec marche impossible, on trouva les cordons posté: rieurs de la moelle, dans un état pulpeux, avec intégrité en haut de quelques filets blancs. Les cordons latéraux étaient lésés en partie.

Dans ce cas, on a voulu expliquer la conservation d’une certaine partie de la sensibilité, par la conservation des quelques fibres blanches.

Dans un cas de ramollissement de la moelle antérieure et d’intégrité de la partie postérieure, il survint une paralysie complète du mouvement en bas, et conservation parfaite des membres supérieurs.

Comme on découvrit quelques filets blancs, quelques fibres épargnées, c’est à elles que l’on a attribué l'influence sur les membres supérieurs.

Puis, voici deux exemples où certainement la lésion était infiniment moins avancée, et il y eut abolition complète des fonctions.

Paraplégie du mouvement ; membres supérieurs sains. On trouva un abcès dans les cordons antérieurs, au niveau de la dixième vertèbre dorsale.

Paralysie complète du mouvement, avec conservation de la sensibilité. On rencontra une tumeur au niveau de ia deuxième dorsale, comprimant les faisceaux antérieurs, qui sont étranglés.

Et enfin, un troisième cas de paraplégie du mouvement, avec une atrophie des faisceaux antérieurs, au niveau de la dixième vertèbre dorsale.

Dans des cas de lésion faible des racines ou des faisceaux postérieurs, la sensibilité était exaltée.

Ainsi, voici un cas de paraplégie des mouvemens inférieurs, avec exaltation de la sensibilité. On rencontra la moelle altérée au niveau de la septième cervicale et des trois premières dorsales. La lésion était surtout antérieure.

Enfin, nous citerons un dernier cas, c’est celui :

1° D'une insensibilité et immobilité des membres inférieurs,

2° De sensibilité avec immobilité du bras droit.

3° De peu de sensibilité avec immobilité du bras gauche, dans lequel on a trouvé :

Les racines postérieures droites normales ;

Les postérieures gauches un peu altérées ;

Les racines antérieures gauches altérées ;

Les racines antérieures droites annihilées, sauf quelques filets.

Cette altération existait depuis la sixième cervicale à la troisième dorsale. Certes, la lésion postérieure n’était pas en rapport avec la lésion rencontrée dans la sensibilité.

Cette succincte analyse des cas les plus favorables montre, il est vrai, d’une manière générale, une relation assez manifeste de l’effet symptomatique à la cause organique. Mais cette relation, pour que l’on soit en droit de la poser en règle, il faut lui donner une suffisante latitude.

Ce qui prouve que la physiologie normale n’est pas encore

assez avancée pour l'appliquer rigoureusement à la physiologie pathologique. Les faits exprimant alors la multiplicité des côtés d'une question, ne sont pas toujours confirmés par l'autopsie, ce qui montre l'impossibilité de construire aujourd’hui une théorie complète des phénomènes nerveux.

La manière dont on envisage les propriétés de la matière, a donné lieu à plus d’un embarras, de la nature de ceux que nous allons signaler.

Comment concevoir, avec l’idée exclusive de volume, de quantité, d’étendue; comment concevoir l'intégrité d'une fonction, lorsqu'il reste à peine quelques filets intacts ?

Comment concevoir que, parallèlement , l'intégrité d’une assez forte proportion des faisceaux n'ait pu empêcher l’abolition de ces fonctions ?

Parlerait-on des nombreux cas d’apparente intégrité de la moelle, dans des cas de lésions fonctionnelles considérables ?

Citera-t-on des cas de ramollissement complet, avec conservation des fonctions dans une large limite? Tous les pathologistes savent combien ces cas se rencontrent.

D'autre part, il n’y a guere de rapport de situation verticale entre les lésions médullaires ici signalées, et les organes auxquels se distribuent les nerfs qui en émanent.

A toutes les hauteurs, comme on a pu le voir, il a suffi de l’intégrité de quelques filets pour expliquer la persistance de la fonction. Aussi, le point d’origine d’un tronc, au-devant des racines intactes, est de peu d'importance dans ces lésions.

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