‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 5 sur 407 · T, JAI · texte numérisé non relu

T, JAI

NERVEUX CENTRAL. b9

tiques dans les détails et l'harmonie de leur organisation spéciale, plus prochainement soumis, dans leur enchainement et leur équilibre, aux nécessités de leur propre organisme. Après avoir trop accordé à la philosophie scientifique allemande , prenons garde aussi de lui trop refuser. Rien de plus clair que ces doubles rapports. D'un côté, s’il est bien vrai que chaque animal est ce qu’il est pour lui-même à tout âge, il ne l’est pas moins qu'il affecte d’abord, en tant qu’animal, une organisation générale, et c’est par là qu’il ressemble aux autres : voilà pour l'unité de composition. D'un autre côté, il paraît logique et tout naturel que l’animal d’un degré supérieur, en se développant, passe par une série d'états plus simples pour arriver au plus complexe, et que ces états simples offrent des ressemblances avec ce qui s'arrête au-dessous : voilà la variété. Tout animal est à-la-fois semblable et différent d’un autre. Il ne s’agit que de ne rien exagérer, et, en se tenant également éloigné des deux opinions extrêmes, de ne pas prendre les différences spécifiques pour des oppositions, ni les analogies générales pour identités. Dans le milieu, dans l'harmonie seulement est le vrai. Je le répète donc, il suffit, pour les faire accepter, que les rapports entrevus par Kielmaier et appliqués par Tiedemann soient vrais dans leur ensemble, et l'élan qu’ils ont imprimé à toutes les études d'application n’a fait qu’en démontrer de plus en plus toute la valeur scientifique.

M. Serres (1), dans son travail sur l’anatomie du cerveau, reproduit la plupart des idées d’Oken et Tiedemann, mais enrichies d’une foule d'observations nouvelles, et avec cette précision dans les faits, cette élévation et cette clarté dans les vues qui distinguent à un si haut degré ses ouvrages, et en font la base de l'anatomie philosophique ou transcendante, cette brillante création de nos jours dont il a été peut-être l'interprète le plus habile en même temps que l’un des plus laborieux coopérateurs.

A cette même époque, déjà si fertile, se rapportent les premières expériences décisives sur la spécialité de fonctions des nerfs moteurs et sensitifs. Qnoique nous ayons à revenir ailleurs avec les détails convenables, sur cet important sujet, nous ne pouvions guère, néanmoins, nous dispenser de le mentionner dans cet en semble. Avec le peu que l’on savait à cet égard, depuis Galien, il est remarquable de voir, sans autre antécédent, Boerhaave (2) poser le principe d’un double système nerveux dans la moelle. Mais quoique rappelée par Lamarck, cette vue, que rien n’appuyait, pouvait demeurer stérile, si Z'alker (1809) n’avait pas prononcé hardiment que l’un des faisceaux de la moelle, avec les racines qu’il supporte, était destiné au sentiment et l’autre au mouvement. Dans cette localisation d’une moitié à l’autre de la moelle, il avait le choix, et s’il s’est trompé en attribuant la fonction sensitive au faisceau antérieur et la fonction motrice au faisceau postérieur. Mais il aurait été plus heureux à opter que cela ne prouverait pas davantage, puisque sa détermination que rien ne pouvait guider restait arbitraire.

Le mérite de Charles Bell a été de faire, comme de droit, l'expérience juge des faits. Aussi, dès 1811, avait-il reconnu que c’est aux racines antérieures que se rapporte le mouvement. Plus tard il en vint à conclure, mais sans pouvoir le démontrer, que c’est aux racines postérieures qu'est affectée la sensibilité. Enfin, par une longue suite d'expériences auxquelles ont pris part un grand nombre de physiologistes, et particulièrement

(1) Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes des animaux vertébrés, appliquée à la physiologie et à la pathologie du système nerveux. Paris, 1824-26.

(2) De morbis nervorum, L. 11, in-8, 1761.

MM. Magendie, Backer, Muller, Valentin, Longet, etc., cette distinction des racines antérieures motrices et des racines postérieures sensitives, est désormais solidement établie.

Mais pendant que se continuaient ces recherches sur la physiologie des nerfs spinaux, commençaient, sur les fonctions des parties différentes du système nerveux, de nouvelles séries d’expériences qui ne devaient pas être moins fécondes. Quelques-uns des physiologistes nommés ci-dessus, et plus particalièrement M. Magendie, poursuivaient la détermination des fonctions si variées des nerfs encéphaliques. MM. Ælourens, Magendie, et Bouillaud, chacun à part soi, portaient aussi leurs recherches sur les fonctions, bien plus difficiles à connaître et à localiser, des centres nerveux encéphaliques; et M. Flourens, en particulier, arrivait aux résultats les plus extraordinaires par l’ablation, sur des animaux de classes différentes, des hémisphères cérébraux et du cervelet.

Enfin, aujourd’hui, loin que le zèle pour ces recherches ardues se ralentisse, partout en Europe de jeunes physiologistes et, parmi nous, MM. Longet, Nonat, Cl. Bernard et tant d’autres viennent s’adjoindre aux maîtres pour éclairer de plus en plus, par la voie expérimentale, les fonctions encore si obscures et si différentes des organes nerveux, sur tous les points des deux grands appareils de la vie animale et de la vie organique.

Reprenons, pour terminer, les travaux qui ont signalé, pendant ces dernières années, les progres de l’anatomie du système nerveux central.

Les ouvrages les plus récens, sur la structure des centres nerveux, montrent que l’ardeur des anatomistes n’est pas moindre que celle des physiologistes. Vu l'impossibilité de faire comprendre, sans le secours du dessin, tant de détails variés, tous ces ouvrages sont iconographiques.

M. Arnold (1), dans son atlas, a figuré avec exactitude la plupart des recherches qui avaient signalé la période précédente.

M. Leuret (2), dans un ouvrage qui est encore en cours de publication, a entrepris un grand travail sur l’encéphale, et, en particulier, sur les circonvolutions cérébrales. Jusqu'à présent, il n’y a de connu que la partie qui a rapport au cerveau des animaux. Le fait qui nous semble le plus important est la spécialisation, à la face interne des hémisphères cérébraux, d’un groupe de circonvolutions intermédiaires des deux masses antérieure et postérieure. Pour parler pertinemment de cet ouvrage, il faut attendre qu'il ait paru au complet. En attendant, les premières conclusions de l’auteur paraissent pour le moins très singulières, car, selon lui, les circonvolutions ne seraient pas en rapport avec le degré d’élévation du mammifère dans la série des animaux de sa classe, et le cerveau de l’homme lui-même, par le nombre et le volume des circonvolutions, ne se distinguerait pas nettement de celui de quelques animaux, en particulier le singe et l'éléphant. Sur certains points, la manière dont l’auteur procède dans cette détermination, semble un peu arbitraire. J'aurai, du reste , l'occasion de revenir plus amplement sur ce sujet en son lieu.

M. Gerdy (3) a publié sur la structure du cerveau un travail qui renferme des idées assez originales. Selon lui, le pédoncule cérébral, noyau primitif de l'hémisphère correspondant, se com-

(1) Tabulæ anatomicæ , fascic. 1, continens icones cerebri et medullæspinalis. Zurich, 1838, in-fol.

(2) Anatomie du système nerveux considéré dans ses rapports avec l’intelligence. Paris, 1839, L. 1, in-8, avec atlas in-fol.

(3) Recherches sur l’encéphale. Journal des connaëss. medico-chirurgic. 1835. Mém. avec figures,

pose de deux faisceaux superposés, sus-pédoncule et sous-pédoncule, séparés par une lame grise, et qui, parvenus dans l’hémisphère, sont successivement entourés de huit anneaux formés par diverses parties. Voici le résumé de ses idées, que M. Gerdy donne lui-même à la fin de son mémoire.

« Il résulte des dispositions que nous venons de décrire que, sous le rapport de la forme, le cerveau se réduit à deux pédon-

cules divergens qui représentent trois reliefs annulaires sur leur circonférence , et qui sont lâächement entourés par cinq « autres anneaux, dont plusieurs les unissent en même temps « l’un à l’autre, ainsi que les lobes qui recouvrent et enveloppent « entièrement ces pédoncules à leur extrémité cérébrale.

« En effet, la couche optique forme, avec l’origine du nerf « optique, un premier anneau qui entoure chaque pédoncule en « dedans, en haut, en dehors et en bas. Le tænia en forme un « deuxième qui, commençant en dedans, remonte en dehors, se

« prolonge en arrière et finit en bas et en avant.

« Le cendré supérieur (partie supérieure et postérieure du « corps strié) forme le troisième. Le quatrième est formé par le plexus choroïde ; le cinquième par le bord latéral de la voûte, « son pilier antérieur et la frange qui en est la suite. Le corps « calleux ou le plafond commence le sixième, qui est continué « en arrière eten bas par la corne ou renflement de l'angle pos- « térieur du corps calleux ; le raphé constitue le septième avec « le filetsus-optique et le dentelé. La circonvolution ovalaire ou

« annulaire est le huitième.

« Ajoutez à tout cela l’ensemble des circonvolutions de chaque « lobe pour couvrir les pédoncules réunies au moyen des com- « missures, et surtout du corps calleux, et vous aurez l’idée la « plus vraie, la plus simple et la plus générale que vous puissiez « vous former de l’ensemble des nombreuses parties du cerveau « et de leur coordination systématique naturelle. A voir se ré- « péter la disposition annulaire que je viens de signaler, on di- « rait que les pédoncules sont comme le noyau ou la forme « primitive d’un cristal générateur, et que toutes les parties du « cerveau se sont successivement formées autour de ces deux « noyaux, qui en sont le fondement; à voir ensuite la forme « conique des pédoncules, on dirait que le cerveau, réduit sur « la ligne médiane à ses commissures, ne se renfle latéralement « à la ligne médiane, pour former ses lobes, que parce que la « partie renflée du cône pédonculaire est elle-même tournée en « dehors.

« Nous verrons, ajoute l’auteur, que le cervelet et le mésocé- « phale sont formés d’après un même principe général, et que « les faisceaux longitudinaux et centraux du mésocéphale y sont « encore entourés par des parties annulaires qui semblent s'être « primitivement développées autour des faisceaux longitudi- « naux. »

On a fait à cette systématisation de M. Gerdy des reproches assez fondés, par exemple, de faire figurer, avec une même signification, des anneaux formés de parties très différentes appartenant soit aux ventricules, soit aux circonvolutions, d’y avoir admis des amas de substance grise au même titre que la blanche, et surtout le plexus choroïde, dont la texture n’offre rien de commun avec celle des deux substances ; mais à part ces objections, qui n’ont trait qu’à quelques-uns des organes classés, il y a quelque chose de vrai dans cette disposition concentrique des organes nervenx autour des pédoncules cérébraux, dont la forme générale de l'hémisphère lui-même n’est que la représentation d'ensemble ; et si cette image anatomique, qui concentre

mieux toutes les parties vers une tige commune, n’ajoute aucun fait en physiologie, elle semble mieux disposer néanmoins à comprendre l’unité des fonctions.

Mais les travaux les plus importans de ces dernières années sont ceux de MM. Foville et N. Guillot. Tous deux sont le résultat de recherches persévérantes poursuivies pendant une longue suite d'années; tous deux sont riches d'observations nouvelles sur les centres nerveux de l’homme et des animaux. Les recherches de M. Foville, dirigées en vue de leurs applications à la physiologie et à la médecine, ont pour objet spécial le cerveau de l'homme, et n’empruntent à l'anatomie comparée que comme auxiliaire. Au contraire, c’est l'anatomie générale des centres nerveux dans tous les vertébrés, en remontant des classes inférieures vers l’homme, qui est l’objet du travail de M. Guillot. Mais ce qui, indépendamment de leur importance commune et de la différence de leurs points de vue, en rend l'étude parallèle encore plus profitable et plus curieuse, C’est la différence du genre d’esprit des auteurs qui les dispose à employer plus particulièrement des modes opposés d'investigation; d’où il résulte que les mêmes questions, envisagées sous des aspects variés , se présentent avec des solutions différentes, entre lesquelles l'esprit de l’auteur, éclairé par ces débats, mais laissé à son indépendance, peut se frayer, pour des recherches ultérieures, une moyenne ou une tierce opinion.

M. Foville, si connu par ses études sur l’anatomie du cerveau, auquel il se livre depuis plus de vingt ans, et dont il a successivement consigné les résultats dans plusieurs mémoires à l’Académie des sciences et à l'Académie de médecine (1), vient de commencer la publication d'un grand ouvrage qui donne, avec l'état de la science, l’ensemble de ses propres travaux (2).

M. Foville étudiele cerveau par des moyens variés, et entre autres durci par divers réactifs. Deux moyens lui serventareconnaitre la continuité des faisceaux de la moelle avec le tronçon nerveux encéphalique : l'étude des surfaces et la séparation des parties. Mais il avoue que la combinaison des deux substances grise et blanche, pour s'unir aux renflemens encéphaliques, et surtout la circonstance des entrecroisemens , ont rendu jusqu’à présent les difficultés insurmontables.

Voyons succinctement en quoi consistent, à ce qu'ilme semble, les idées les plus originales et les faits les plus nouveaux de l’ouvrage de M. Foville, combinés avec tout ce que l’on sait sur la structure générale des organes encéphalo-rachidiens.

L’axe cérébro-spinal, dans son prolongement céphalique, à parür de la moelle, s’étend jusqu’à l’espace perforé latéral de Vicq d’Azyr, appelé par l’auteur, en raison de sa forme, le quadrilatère perforé. Une commissure centrale non interrompue réunit toutes les parties des deux substances, de bas en haut, dans toute la longueur de l’axe cérébro-spinal, du renflement lombaire au troisième ventricule. Dans le cervelet, le corps rhomboïdal, dans le cerveau, les couches optiques et les corps striés, sont les principaux moyens d’union des parties périphériques avec la commissure centrale.

(1) Recherches sur lPanatomie du cerveau. Mem. à l’'Acad. des sciences, avec rapport de M. de Blainville. Procès-verbal du 23 juin 1828. — Mem. de L Acad. de med., t. 1x, Paris, 1841. — Recherches sur la structure de l’encéphale. Mem. à V'Acad. des sciences, avec rapport de M. de Blainville. — Compte-rendu de l’Acud., séance du 11 mai 1840. — Recherches sur les entrecroisemens, etc. Bulletin de l’Acad. de med.,t. VII, 1842.

(2) Traité complet de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal. Première partie : ANATOMIE. 1 vol. in-8 avee atlas. Paris , 1844. C’est la seule qui ait encore paru.

L’axe cérébro-spinal, de même que tous les tissus, engraisse et maigrit suivant l’état d’obésité ou de marasme dans l’homme et les animaux. Celui du marsouin est tellement infiltré de graisse qu'il flotte sur l'eau.

Les organes cérébraux, ou les ganglions sans appareil extérieur de M. de Blainville, suivant que l’affirme ce savant professeur, tiennent, comme les nerfs ou les prolongemens périphériques, à la région correspondante de l’axe nerveux céphalique. Cependant il existe quatre paires de nerfs qui ont une double racine : l'olfactif, l'optique, l’acoustique, et le trijumeau. Ces nerfs, tous sensoriaux, dit l’auteur, ne tirent pas seulement leur origine de l’axe nerveux. Les deux premiers procèdent en outre du ganglion cérébral et les deux derniers du cervelet. Il y a donc proprement deux nerfs cérébraux et deux nerfs cérébelleux.

La continuité des deux substances peut se démontrer dans toute l'étendue de la masse nerveuse cérébro-spinale.

A partir de la moelle, indépendamment de l’entrecroisement bien connu des pyramides antérieures de la moelle, M. Foville en a trouvé un autre plus profond entre les deux moitiés de la moelle allongée jusqu’à la bifurcation en arrière du troisième ventricule. Le corps restiforme est la prolongation du faisceau postérieur de la moelle. L’olive et les filets entre lesquels elle ressort font suite au faisceau latéral. La pyramide antérieure n’est que partiellement le prolongement direct du faisceau antérieur de la moelle. Son sommet se décompose en petits faisceaux qui s'entrecroisent pour se continuer d’un côté à l'autre; jusqu'ici on n’est pas fixésur ceque deviennent les parties entrecroisées. Comme on le voit, cette lacune jette une grande incertitude sur tout ce que l’on sait de la structure du système nerveux central.

Dans le prolongement céphalique, ou le tronçon nerveux, les

faisceaux postérieurs, dont une partie considérable se porte au

cervelet, se prolongent sous les tubercules quadrijumeaux, les couches optiques et le quadrilatère perforé. Les faisceaux antérieurs gagnent le centre de la base du cerveau; les faisceaux latéraux arrivent à la couche noire du pédoncule. Il serait trop long et inutile de suivre le développement de ces faisceaux dans les masses encéphaliques, et de voir comment, à leur entrée, ils s’entourent d’un système d’anneaux à la manière de M. Gerdy. En résultat général, partout les fibres blanches aboutissent à la substance grise.

La continuité de cette substance grise est également suivie par M. Foville. À partir des trainées centrales de la moelle, où il croit sa structure entièrement fibreuse, cette substance, devenue périphérique au calamus scriptorius, se continue à tout le quatrième ventricule et parfois à l’infundibulum; puis du quatrième ventricule en arrière aux corps rhomboïdaux et aux lamelles du cervelet; au-dessus, aux tubercules quadrijumeaux; sur les côtés aux couches optiques et aux corps striés; enfin, en avant, aux quadrilatères perforés , où elle s’adjoint à la couche verticale grise du cerveau.

Quant au cervelet, dit l’auteur, si on veut le considérer comme un ganglion nerveux, « on voit ce ganglion, élevé « sur les dépendances des nerfs auditif et trijumeau, et sur les « développemens du faisceau postérieur de la moelle, se rattacher « au faisceau antérieur par des faisceaux fibreux issus de l’inté- « rieur de sa substance. Les divers élémens du pédoncule céré- « belleux, aboutissant, les uns au faisceau postérieur, les autres « à l’antérieur, peuvent être comparés aux deux ordres de racines « des nerfs spinaux, séparément fixées au faisceau postérieur et « au faisceau antérieur de la moelle. »

Le ganglion cérébral s'élève naturellement de tout le prolongement pédonculaire, couche optique, corps strié et surtout du lieu de sa terminaison, le quadrilatère perforé, que l’auteur considère comme la partie fondamentale du cerveau.

Effectivement, le rôle qu’il lui fait jouer est très important, et, comme il le dit, capital, puisqu'il croit y voir dans une triple coïncidence : « 1° le terme des prolongemens qu’envoient au « cerveau les faisceaux postérieurs de la moelle, avec lesquels « se combinent les racines sensoriales des nerfs spinaux, les nerfs « acoustique et trijumeau; 2° le lieu de concordance des deux « nerfs qui naissent du cerveau, lolfactif et l’optique; 3° l’a- « boutissant et le point de départ des circonvolutions cérébrales « disposées en quatre ordres, dont les deux premiers naissent du « quadrilatére perforé ou de ses limites, et les deux derniers, sans « yatteindre, y convergent du moins par l’intermédiaire des au- « tres. » Dans la signification comparative des circonvolutions entre l'homme et les animaux, M. Foville s'éloigne beaucoup des conclusionsdonnées parM. Leuret.Non-seulement iln'yapas, pour lui, de cerveau d'animal qui puisse être rapproché de celui de l'homme, mais, d'accord avec la remarque que j'ai consignée dans le discours préliminaire dela superaddition graduelle des organes nerveux, à mesure que leurs fonctions deviennent plus élevées, l'adjonction les uns aux autres des quatre ordres de circonvolutions semble correspondre au degré d’élévation de l'animal dans l'échelle instinctive, sinon psychologique. Les rongeurs ne posséderaient que la circonvolution du premier ordre. Celles du second ordre s’y adjoindraient chez les carnassiers et aussi chez les rauminans, mais avec plus d’accidens dans le cours des lignes circonvolutionnaires. L’éléphant lui-même n'irait pas au-delà. Dans cette écheile ascendante, il faudrait arriver jusqu’aux singes pour trouver les premiers rudimens des circonvolutions du quatrième ordre; mais encore la limite de l’animal serait-elle bien précise, si comme le dit l’auteur, lencéphale de l’orang-outang ne s'approche de l’encéphale humain qu’à un degré correspondant à la ressemblance de la forme générale de son corps avec celledu corpsde l'homme. Ces résultats, qui concordent si bien avec la différence de masse et de configuration relative du cerveau de l’homme et des animaux, et sous ce rapport, plus logiques et satisfaisans, semblent par cela même, il faut l'avouer, avant toute vérification, beaucoup plus probables que ceux obtenus par M. Leuret. Nous verrons plus tard ce que fournit l’examen des pièces à cet égard.

Pour terminer, il reste à montrer comment M. Foville comprend la structure générale du ganglion cérébral. Laiïssons le luimême en donner le résumé.

« Le cerveau est composé de deux élémens principaux : l’un « central, unique, symétrique, creusé de ventricules. C’est le « noyau cérébral, qu'on peut considérer comme un segment « amplifié de l’axe nerveux, dont la moelle épinière est la partie « la plus simple.

« L'autre, périphérique, divisé en deux moitiés séparées, s0- « lides. C’est l'hémisphère, qu’on peut considérer comme un « énorme ganglion rattaché à l’axe central, et duquel se séparent « les nerfs cérébraux.

« Dans chacun de ces élémens, le noyau cérébral et l’hémis- « phère se prolongent les trois faisceaux distingués dans chaque « moitié de la moelle épinière.

« Toutes les surfaces libres du noyau cérébral, c’est-à-dire la « surface des ventricules, celle de l’espace perforé, la surface « extraventriculaire du corps calleux, sont formées de couches

« fibreuses ou de masses grises, rattachées aux prolongemens « encéphaliques du noyau postérieur.

« Toutes les surfaces libres de l'hémisphère, c’est-à-dire la « surface des circonvolutions, appartiennent à la membrane cor- « ticale, dans laquelle se continuent également, contribuant à la « constituer ce qu’elle est, des émanations du faisceau postérieur.

« Les surfaces libres du noyau cérébral, les surfaces libres de « l'hémisphère, s'unissent les unes aux autres; c’est avec elles « aussi que se combinent les nerfs cérébraux, et nous avons fait « voir d’ailleurs qu’il en est de même pour le cervelet.

« Les prolongemens du faisceau antérieur et du latéral occu- « pent toujours une situation profonde dans le cerveau.

« Dès que la région fasciculée du pédoncule cérébral à franchi « l'anneau dont l'entourent la couche et le tractus optique à son « entrée dans le noyau cérébral, il ne faut plus chercher ses pro- « longemens à des surfaces libres.

« Qu'on les étudie dans le noyau cérébral ou dans l’hémis- « phère, ils sont toujours enveloppés par les développemens du « faisceau postérieur; ils peuvent approcher des surfaces par « leurs dernières ramifications, mais jamais ils ne s’épanouissent « dans ces surfaces.

« Les prolongemens cérébraux du faisceau postérieur occupent « dans cet organe la situation qu'occupent, dans le corps, la peau « et les membranes muqueuses animées par des nerfs du faisceau « postérieur, et auxquelles ne parviennent jamais des nerfs du « faisceau antérieur.

« Les prolongemens cérébraux du faisceau antérieur, contenus « dans l'intervalle des épanouissemens membraneux du faisceau « postérieur, occupent dans le cerveau la place qu’occupent dans « le corps le système musculaire animé par des nerfs issus du « faisceau antérieur. »

Ce tableau général de la structure de l'organe nerveux central, des rapports des deux substances et des prolongemens des faisceaux distincts de la moelle dans l’encéphale, qui semble y montrer des fonctions analogues, si cette continuité de matière pouvait rigoureusement se démontrer en anatomie, offrirait déjà une signification assez large en physiologie, en ce qu’ elle tracerait, d’une manière générale, les voies que parcourent les deux courans centripète et centrifuge à leur nœud de jonction vers les centres cérébraux des perceptions et des volitions. Et quoique cette donnée ne püt projeter aucune lumière sur le problème si obscur et si complexe des fonctions cérébrales, du moins serait-ce déjà quelque chose que de connaître les trajets de communication de l’organe nerveux central avec l’organisme. Quant à la dernière corrélation établie par M. Foville , entre la position relative des deux genres de faisceaux et le mode de superposition des nerfs spinaux, antérieurs et postérieurs , dans les organes chargés des fonctions sensitives et motrices, dans l’état actuel de la science on n’y voit guère qu'un rapprochement ingénieux plutôt qu'une conception scientifique. En effet, comme on l’a toujours bien compris, il est tout simple que les organes, et, par conséquent, les nerfs sensitifs, sentinelles de l’organisme, destinés à faire connaître les qualités des corps extérieurs, se développent en surfaces au-dehors, et que les organes contractiles se groupent au-dedans à l'entour des leviers intérieurs de sustentation qu’ils doivent faire mouvoir; mais on ne voit pas pourquoi des situations analogues s’offriraient dans l’encéphale; et pourtant si cette corrélation, déjà évidente quant à la situation relative des deux substances blanche et grise, pouvait également être mise hors de doute, en ce qui concerne les masses médullaires qui font suite aux fais-

SUR LE SYSTÈME

ceaux antérieurs et postérieurs de la moelle, un fait aussi remarquable mériterait d’être bien constaté, car il devrait avoir une signification importante, qui, peut-être, à une époque plus ou moins éloignée, pourrait se révéler dans un état plus avancé de la science.

Comme on le voit, le grand travail de M. Foville, déjà si remarquable par la quantité de faits intéressans dont il est rempli, ne l'est pas moins encore par les efforts intelligens de l’auteur pour les grouper et les systématiser en un ensemble anatomique et physiologique, auquel l'anatomie pathologique doit venir aussi s'adjoindre par ses preuves négatives.

M. Natalis Guillot, auquel la science est redevable d’un certain nombre de travaux très positifs, sur divers points d’anatomie, de texture, normale et pathologique, avait aussi déjà publié anciennement un mémoire sur les vaisseaux sanguins de la substance cérébrale (1). L'ouvrage neuf et original qu’il vient de nous donner sur l’organisation du centre nerveux (2), loin d’appartenir, comme tous les autres , aux écoles de Gall et de Tiedemann, porte un caractère tout différent. Son objet essentiel est de rechercher au plus près quele permetlobservation, lastructure réelledes organes encéphalo-rachidiens, abstraction faite de toute idée préconçue, et en évitant d’altérer la substance nerveuse par aucun moyen chimique ou mécanique.

« Je me suis étudié, dit-il, autant qu’il m’a été possible de le

faire, à traduire simplement la nature. Une théorie de plus « n’eût point augmenté la richesse de ses détails et l'intérêt qui « Jui appartient.

« Nulle autre matière ne doit, mieux que la matière nerveuse, « se prêter à la hardiesse de toutes les imaginations; en raison « du peu de solidité des élémens qui la composent, tout en elle « change rapidement après la mort, et les contacts même les plus « légers en altèrent les formes ou les font disparaître ; aussi com- « bien ne faut-il pas douter de la certitude des résultats obtenus « par quelques observateurs, lorsqu'ils veulent étendre l’encé- « phale, soit avec la pression des doigts, soit à l’aide de divers « artifices plus ou moins grossiers, dans l’intention de suivre ce « qu’ils nomment des fibres, et dans le but d’en déplisser, comme « on le dit, les expansions? N'est-ce pas une vicieuse manière « d'étudier une organisation que de commencer par la rendre « méconnaissable ?

« Il est malheureusement peu de savans, même parmi les plus « expérimentés, qui n’enseignent encore sous nos yeux comme « les meilleurs, parmi les procédés à suivre, ceux qui, précisé- « ment, sont les plus capables de faire disparaître le caractère de « la structure des parties.

« Rien ne doit plus conduire au doute, ou servir à propager « l'erreur, que ces préparations grossières qui modifient complé- « tement la matière, lors même qu’elles ne la détruisent pas ab- « solument : tel soutient que l’encéphale est lamelleux, le fait « bouillir dans le vinaigre, et démontre les lamelles séparées « comme les feuillets d’un livre; tel prétend qu’il est fibreux, le « plonge et le fait macérer dans l'alcool et y découvre des appa- « rences de fibres; tel autre voudrait assurer qu’il est granuleux, « pourrait le faire bouillir dans l'huile, et verrait certainement la « matiere se séparer en granulations irrégulières. Autant de pro-

(1) Essai sur les vaisseaux sanguins du cerveau. Journ. de Physiol. expérim. L. IX, p. 29, 189.

(2) Exposition anatomique de l’organisation du centre nerveux, dans les quatre classes d'animaux vertébrés. Couronné par l’Académie des Sciences de Bruxelles, in-4 avec 18 planches dessinées par l’auteur. Paris, 1844.

T. III

« cédés différens, autant d'erreurs produites, ou pour le moins « autant de doutes jetés à la discussion. »

Privé de tout moyen d'étude auxiliaire, M. Guillot y supplée par des précautions, et « dissèque la substance nerveuse dans le « plus court délai après la mort de l'animal auquel elle appar- « tient, et sous une température assez élevée pour ne produire « dans les formes aucune altération immédiate. »

Avec cette réserve si sage, mais si sévère, il semble que l’auteur, dans l'étude de tissus si mous et à peine distincts, dut manquer de ressources pour observer des faits nouveaux. Aussi n’est-ce pas, comme pour la plupart des ouvrages que nous avons vu précédemment, par l’abondance des détails de texture, d’arrangement et d’intrication que se caractérise l’ouvrage de M. Guillot; tout, au contraire, en raison de la différence et de la simplicité relative de ses moyens d'investigation, ses résultats, à cet égard, sont bien plutôt négatifs de tout ce qui a été dit. Ses recherches étant faites parallèlement dans les quatre classes d’animaux vertébrés, portent principalement sur la détermination, la forme, le volume, les connexions mutuelles et le mode de développement des masses organiques principales; et les faits, très nombreux sous ce rapport, en même temps qu’ils précisent mieux l’organisation de l’ensemble, dont ils montrent les différences d’une classe à une autre, ont souvent pour résultat d’infirmer les opinions établies, mais sans leur en substituer de nouvelles, que la prudente modestie de l’auteur lui interdit de chercher.

La nouveauté du système d'organisation de la masse encéphalo rachidienne, conçu par M. Guillot, se résume et s'annonce dans la classification de son ouvrage.

Le système nerveux central se compose de trois sortes d’appareils, primaire, secondaire et tertiaire, formés de parties distinctes par le siége, la composition, la forme, le volume et la direction. L'appareil primaire est nommé spécialement par l’auteur appareil fondamental parce qu’il constitue la partie essentielle du système nerveux central, et, comme tel, sauf d’importantes modifications d’une classe à une autre, appartient indistinctement dans son ensemble à tous les vertébrés. Les deux'autres appareils, au contraire, n'apparaissent qu'à mesure que l’organisation se complique en s’élevant dans l'échelle des vertébrés. L'appareil secondaire par une série de phases graduées à partir des poissons et des reptiles; etlappareil tertiaire chez les mammifères auxquels il est spécialement dévolu.

La manière de voir de l’auteur différant beaucoup des opinions reçues , il a dü, pour des idées nouvelles, se créer un nouveau vocabulaire, dont j'aurai soin de traduire au fur et à mesure la signification. Ainsi, l’une des opinions le plus anciennement établies, est celle qui considère la substance blanche comme formée de fibres. Or, pour éviter tout ce qui rappelle l’idée de fibres dont l’existence lui paraît le plus souvent artificielle, et le résultat des préparations chimiques que l’on a fait subir à la substance nerveuse, M. Guillot, à la dénomination de faisceaux, substitue celle de stratifications.

Pour donner une idée générale plus précise du travail de M. Guillot, je vais, autant que possible, le laisser parler lui-même, en empruntant à différens points de son ouvrage, et surtout parmi les soixante-et-quatorze propositions où il en a tracé le résumé terminal. J'insisterai particulièrement sur les observations qui ont rapport aux mammifères.

« L'appareil fondamental (partie centrale deM. de Blainville), « constitué par l’axe cérébro-spinal et ses prolongemens cérébel- « leux et cérébraux, est la base constante, générale, nécessaire,

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