‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 6 sur 407 · COUP-D'OEIL · texte numérisé non relu

COUP-D'OEIL

« du centre nerveux de tous les animaux vertébrés. L'existence « peut en être facilement démontrée dans toutes les espèces ; il « n’en est pas une d’entre elles dans l’organisation de laquelle « on ne puisse le reconnaître, quelle que soit la forme ou le « rapport des parties.

« C’est constamment, et sans aucuneexception, sur cet appareil « que viennent se terminer ou bien que naissent les origines des « cordons qui constituent le système nerveux périphérique. »

Il se distingue des deux autres par deux caractères : la direction de ses stratifications (faisceaux), longitudinale ou parallèle à l’axe du corps; et leur grande longueur d’une extrémité à l’autre du système nerveux central ; une portion formant la moelle épinicre, tandis que l’autre se développe dans l’encéphale.

Il se compose « de stratifications de substance blanche , d’ac- « cumulations isolées de substance grise, et d’une lamelle intermé- « diaire qui réunit dans le cräne les régions antérieures aux ré- « gions postérieures. »

Les stratifications de matière blanche peuvent être divisées en antérieures et en postérieures (faisceaux antérieurs et postérieurs), dans chacune desquelles divisions on peut reconnaitre deux portions latérales, et une double portion médiane, les commissures, que l’auteur nomme les axes médians.

« Les divisions antérieures et postérieures sont rapprochées « dans toute l'étendue du prolongement rachidien; elles s’écartent « au contraire dans les régions intracrâniennes ; et, en se sépa- « rant, les unes se portent vers les régions cérébrales, les autres « se dirigent vers les régions cérébelleuses.

« Les portions latérales et les portions médianes de chacune « de ces divisions restent unies intimement dans la plus grande « partie du prolongement rachidien; dans les régions encépha- « liques elles éprouvent les modifications suivantes.

« Les portions médianes (axes médians ou commissures) s’ar- « rêtent en avant et en arrière à des hauteurs variables : lorsque « ces portions cessent d’être appréciables, les stratifications laté- « rales se séparent et se prolongent plus ou moins, à droite et à « gauche, pour aller former les hémisphères du cervelet et du « cerveau.

« L’extrémité supérieure de l'axe ou portion médiane qui « réunit les stratifications postérieures de l'appareil fondamental « sur la ligne médiane, disparaît ordinairement dans le voisinage « de l'extrémité inférieure du ventricule cérébelleux, près de la « pointe du calamus scriptorius. Elle ne paraît jamais subir aucun « accroissement dans le point de cette terminaison.

« L’extrémité supérieure de l’axe ou portion médiane qui « réunit les stratifications postérieures de l'appareil fondamental ‘« des animaux mammifères sur la ligne médiane , disparait dans « des régions plus élevées que la portion précédente.

« Dans les animaux de la classe des poissons, des reptiles et « des oiseaux, cet axe antérieur ne subit aucun accroissement au « lieu de la terminaison. Chez les mammifères, au contraire, le « développement de cette portion des stratifications antérieures « est d'autant plus considérable qu’elle s'approche davantage du « lieu où elle se termine. Il en résulte de grands changemens « dans le centre nerveux des mammifères (Page 523-5). »

Lesstratifications de l'appareil fondamental, étendues au-dessus et au-dessous du niveau où s'arrêtent les parties désignées par l’auteur sous le nom d’axes médians, c’est-à-dire les commissures de l'axe cérébro-spinal , ne sont jamais dans un rapport égal de développement. Chez les poissons et les reptiles, la portion supérieure , ou l’encéphale proprement dit, cerveau et cervelet, est

HISTORIQUE

extrémement faible, si on la compare à celle prolongée au-dessous c'est-à-dire à l’axe cérébro-spinal lui-même, dans ses deux parties céphalique et rachidienne. Chez les mammifères, au contraire, c’est l’axe cérébro-spinal qui est extrêmement faible comparé à l'énorme développement de l’encéphale.

« Tant que les stratifications latérales de l'appareil fondamental sont réunies par les portions médianes (dans l’axe cérébrospinal), elles semblent se confondre intimement, et les séparations que l’on peut établir entre elles n’ont point toujours toute la netteté désirable; mais, dès que les parties médianes sont éteintes dans les régions supérieures du centre nerveux, soit antérieurement (à la bifurcation des pédoncules cérébraux), soit postérieurement (au calamus scriptorius), il est facile de voir que les portions latérales suivent en s’écartant plusieurs directions dans l'intérieur des masses encéphaliques de tous les animaux, et forment quatre divisions assez nettement arrêtées. »

Ces divisions sont semblables d’un côté à l’autre, et forment deux moitiés parallèles et symétriques ; mais elles sont dissemblables de chaque côté par leurs stratifications, dont l’antérieure ou inférieure se dirige vers le cerveau, et la postérieure ou supérieure se rend au cervelet. Néanmoins, le cervelet n’est pas seulement formé par les stratifications postérieures. Il s’y adjoint les lamelles blanches transversales, dites le pont de varole, qui émanent de la portion médiane des stratifications antérieures. Cette distinction d’origine des lamelles ou stratifications superficielles de la protubérance, fait, suivant M. Guillot, que le plan transversal qu’elles forment doit être retranché du nombre des commissures.

Sur les stratifications antérieures et postérieures de la substance blanche de l’appareil fondamental, sont déposés deux groupes d’accumulations de substance grise. Le premier groupe constitue, dans la moelle, une longue colonne de matiere grise, autour de laquelle convergent toutes les extrémités centrales du système nerveux périphérique. A l'autre groupe appartiennent, dans l’encéphale, divers amas de matière grise. Ces amas, au cerveau, sont au nombre de trois, que l'auteur distingue par des noms numériques d’avant en arrière : le premier ou la couche grise périphérique; le second ou le corps strié; et le troisième ou la couche optique.

L'appareil fondamental est complété par une bandelette de liaison du cerveau et du cervelet, dont M. Guillot, le premier, constate l’existence et qu’il nomme lamelle intermédiaire. Cette lamelle est curieuse à étudier dans sa composition organique et ses rapports.

Située sur le plan moyen, à la base de l'encéphale, étendue entre les stratifications antérieures et postérieures , elle naït en arrière de la substance blanche du cervelet avec laquelle elle se confond. À mesure qu’elle se dirige en avant, elle forme la valvule de Vieussens, glisse sous les tubercules quadrijumeaux, se continue à la glande pinéale par ses pédoncules postérieurs, et, à partir de celle-ci, se termine, par ses pédoncules antérieurs, dans l’une des masses grises cérébrales. Dans ce petit système de matière blanche, formé par la lamelle intermédiaire, et dont la glande pinéale est comme le centre, le point de départ en arrière, et le trajet sont les mêmes dans tous les vertébrés, sauf entre les classes les modifications de texture des parties composantes. Mais un fait très remarquable , c’est la différence de terminaison de l'extrémité antérieure. Toujours elle a lieu sur l'une des masses grises cérébrales, mais elle différedans chaque classe, par unesorte de raccourcissement relatif d’avant en arrière, à mesure que l’on

SUR LE SYSTÈME

s'élève des vertébrés inférieurs aux supérieurs. Chez la plupart des poissons , l'insertion antérieure se fait sur la première masse grise cérébrale (la couche périphérique), représentée dans leur cerveau rudimentaire par un globule terminal. Elle a lieu sur la seconde masse grise (le corps strié), chez quelques poissons et beaucoup de reptiles ; enfin cette implantation s’effectue sur la troisième masse grise (la couche optique) chez quelques reptiles, les oiseaux et les mammifères.

Une autre observation intéressante de l’auteur, a rapport aux connexions des masses grises. La premiere, réduite à un globule, est simplement antérieure et terminale, et se confond en arrière avec la seconde chez certains poissons ; mais chez d’autres la seconde masse grise, isolée dela première, se place au-dessus et non en avant de la troisième. La succession d'avant en arrière est déjà plus prononcée chez les reptiles où la masse périphérique commence à s’étaler en avant. Ces connexions des trois masses grises, dans les deux classes inférieures, si différentes de celles que l’on observe dans les deux classes supérieures, sert d’argument à M. Guillot pour combattre la théorie de l’évolution à l’état embryopaire, les rapports des masses grises dans l’encéphale du fœtus des mammiferes ne pouvant, à aucun âge, présenter rien de semblable à la disposition permanente qu'ils offrent dans les poissons et les reptiles.

Enfin, la considération de l’importance relative des deux substances et des divers organes de matière grise fondée sur la vascularité relative, si faible dans la substance blanche, si abondante, au contraire, dans la substance grise, fournit à l’auteur des aperçus intéressans sur le degré d’activité probable des divers organes.

Quant au mode de terminaison ou d’épanouissement des prolongemens des stratifications, ou, comme l’on dit, des faisceaux dans les hémisphères, M. Guillot ne s’écarte pas de lopinion commune. « Je crois, dit-il, comme tous les anatomistes, que les « pédoncules cérébraux sont épanouis dans les hémisphères, au- « delà des couches optiques et des corps canelés, jusqu'aux « circonvolutions. Mais je pense en même temps que ces expan- « sions forment dans le cerveau un ensemble parfaitement con- « tinu, et sans aucune division exactement appréciable. »

Les deux derniers appareils établis par M. Guillot n’appartiennent plus qu’à l’encéphale, et, suivant l’auteur, « malgré leur « importance, ne paraissent servir qu'à l'augmentation de la « puissance nerveuse, en ajoutant par leurs perfectionnemens « aux nombreux accroissemens de forme et de volume que pré- « sente l'appareil fondamental, à mesure qu’on l’observe dans « les espèces animales les plus rapprochées de l’homme par leur « organisation. »

L'appareil secondaire se compose de parties horizontales dont la direction coupe en travers, à angle droit, celle des stratifications longitudinales de l’appareil fondamental. Ces parties ne sont autres que celles connues sous le nom de commissures cérébrales. L'auteur leur donne pour caractère de relier, d’un côté à l’autre, les organes de substance grise d’une même paire, en n’étant elles-mêmes composées que de substance blanche. Et parce qu’il est formé de substance grise, M. Guillotne croit pas pouvoir considérer comme une commissure le petit amas médian du troisième ventricule, dit la commissure grise ou molle, qui unitles couches optiques; car, dit-il, ce serait le seul exemple de ce genre. Mais cette opinion est arbitraire; il faut bien accepter cette commissure grise, puisque, de l’aveu même de l’auteur, son existence est constante. Et même, il faut le dire, dans l’absence complète, au cerveau, de l'union médiane de la substance grise

périphérique , qui se présente partout au cervelet, c’est un fait remarquable et qui doit avoir une signification, que cette union par de lamatière grise des deux tiges céphaliques, analogue à celle de la tige centrale avant sa bifurcation. Au reste, la distinction des moyens de liaison correspond à celle des organes de matiére grise. La commissure postérieure réunit les organes de la troisième série (couches optiques), qui, avec l’amas gris intermédiaire, auraient ainsi un double lien. La commissure antérieure appartient aux organes de la deuxième série (les corps striés); enfin le corps calleux ou mésolobe est la vaste commissure de la première série ou de la couche grise périphérique, qui représente en réalité l'hémisphère cérébral.

L'appareil secondaire, ou de liaison, se développe peu-à-peu à mesure que l’on monte l'échelle des vertébrés. Il n’en existe qu’un fragment dans chacune des trois classes inférieures : entre les organes de la première série (couche périphérique) chez beaucoup de poissons; entre ceux de la deuxième série (corps striés) chez quelques poissons et chez les reptiles; c’est spécialement entre les organes de la troisième série (couches optiques), que la liaison s’effectue chez les oiseaux. Les mammifères sont les seuls chez lesquels l'appareil secondaire, en atteignant la troisième série, se maintienne aussi dans les deux autres, si bien qu'il s'y présente au complet.

L'appareil tertiaire, comme une nouvelle addition à celui qui précède, n'appartient qu'aux mammifères. La direction des organes quile composent est oblique eu égard à celle des deux autres appareils. Ces organes , composés des deux substances blanche et grise, sont : les tubercules mamillaires, la voûte, la cloison transparente, les hippocampes et le corps fimbrié. Les amas de matière grise des tubercules, de la cloison et de l'hippocampe sont toujours appréciables dans tous les mammifères. Mais, dit l'auteur, « celui du corps fimbrié ne peut être démontré que dans « certaines familles. 11 n’en existe aucune trace dans les ron- « geurs : les animaux carnassiers paraissent également en être « dépourvus. Les ruminans et les solipèdes semblent être les pre- « miers mammifères dans l'appareil tertiaire desquels apparaît, « pour la première fois, le corps fimbrié. Mais , nulle part, le « volume de cette masse de matière grise n’est aussi appréciable « que dans l’espèce humaine. Cet organe, remarquable par les dé- « coupures légères qui le distinguent, est pénétré par un fort « grand nombre d’artères, ce qui semble annoncer en lui une « importance dont il serait intéressant de découvrir l’objet. »

Tel est succinctement le travail de M. Natalis Guillot. Par exception, je m'y suis un peu plus étendu parce qu’il est original dans sa forme et son objet, et ne peut être considéré comme une continuation de l’œuvre de Reil et de Gall, dontil offre plutôt la critique. C’est une distinction heureuse que celle de ces trois appareils du système nerveux central dans leurs développemens relatifs et leurs rapports, si, comme la conscience et la sagacité bien connues de l’auteur ne permettent pas d’en douter, elle se déduit positivement de l'observation, et marque graduellement par la superaddition des parties les unes aux autres, les progrès de l’organisation , en remontant des vertébrés inférieurs vers les mammifères et l’homme. Quant au point de vue de la structure générale des hémisphères encéphaliques, si cet ouvrage n’ajoute pas beaucoup à ce que l’on savait, et, au contraire, dans les détails au moins, se montre plutôt négatif que confirmatif des opinions reçues, c’est bien plus le résultat de l’extrême réserve de l’auteur, que de la nature des faits en eux-mêmes. Rien n’oblige à ne pas continuer d'étudier la substance nerveuse par tous les

moyens possibles, sauf, à l’exemple de M. Guillot, à se tenir en défiance contre ce que peuvent avoir d’artificiel les résultats obtenus, et à en référer, comme moyen de vérification et contre-preuve, à l’étude minutieuse des tissus intacts dans l’état normal et patholo. giqueà divers âges, non moins chezles animaux que chez! homme.

Enfin, nous ne pouvons terminer ce rapide examen des derniers travaux de notre époque sur le système nerveux, sans mentionner au moins les recherches microscopiques sur la structure intime de la substance nerveuse, auxquelles ont pris part en Europe un si grand nombre d’anatomistes, et, en particulier, MM. Prévost et Dumas, Dutrochet, Raspail, Milne Edwards, Schvann, Henle, Valentin, Purkinge, Erenberg, N. Guillot, Mandl, etc. Nous verrons plus tard que l’examen détaillé de ces recherches ne fera que confirmer et développer les premiers travaux de Malpighi.

Je viens de tracer l’histoire abrégée des travaux les plus remarquables sur le système nerveux central. Assurément, c’est une étude d’un vif intérêt que celle des phases parcourues par cette fraction si importante de la science de l’organisation, depuis l'antiquité jusqu’à nos jours. De tant de milliers d’observateurs, de plusieurs centaines d'ouvrages , à peine s’élève-t-il quinze ou vingt noms qui résument dans cette direction tout le travail de l'esprit humain. Et, après tant de recherches, les résultats en sont encore si peu concluans, que, loin de s’entendresur la texture des centres nerveux, on n’est pas même fixésur les moyens qui peuvent diriger dans son étude. Dans l’absence d’une organisation nettement arrêtée, j'ai tâché de faire surgir toutes les grandes idées originales qui peuvent y conduire. Elles sont en petit nombre, et les

plus fécondes se montrent, dans leurs germes au moins, les plus anciennes. Tour-à-tour on les voit naître, se transmettre, s’éteindre, se raviver et reparaître à divers âges, approuvées ou combattues suivant les opinions régnantes. Mais, invariablement, leur marche ascendante ne s’effectue que par une série d’oscil- Jations entre l'observation des faits et la théorie spéculative, alternativement en progrès l’une sur l'autre.

Dans ce tableau si vaste pour Pétroitesse de mon cadre, où j’avais tant à choisir pour beaucoup élaguer, n’ayant pas plus l'espoir que la prétention d’être complet, je me suis efforcé, du moins, d’être impartial et vrai. Toutefois je suis loin de croire que les observations et les idées que j'ai mises en saillie, soient, dans la science du passé, les seules qui aient une valeur. Dans tous ces auteurs que j'ai lus, il s'en trouve bien d’autres, les unes que j’ai délaissées parce qu’elles m'ont parues de moindre importance, d’autres, probablement en grand nombre, qui peut-être pourraient être fécondes, mais que je n’ai pas remarquées parce que je n’en aurais pas aperçu la signification ; car on n’est frappé que des idées qui touchent ou correspondent à ce que l’on sait ou ce que l’on croit. Je ne puis donc qu’engager x scruter de nouveau les ouvrages de tant d’observateurs, qui ont écritsur ces difficiles matières, dans des conditions si différentes. Pour qui sait y lire, les auteurs qui ont travaillé d’après la nature sont, comme les faits eux-mêmes, une source inépuisable d'observations utiles, où le passé, l’héritage sans cesse accru des générations nouvelles, apparaît dans sa signification légitime, comme une mine à exploiter au profit de l'avenir.

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