‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 58 sur 407 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA DISTRIBUTION DE LA CINQUIÈME PAIRE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA DISTRIBUTION DE LA CINQUIÈME PAIRE

Par ses trois branches, le nerf trijumeau se distribue à tous les organes des sens, et donne la sensibilité à la peau de la plus grande partie de la face. Il contracte en outre des anastomoses nombreuses avec les différens autres nerfs qui sont en rapport

avec lui.

La branche ophthalmique est spécialement destinée à la membrane muqueuse de la cavité nasale et des sinus frontaux, ainsi qu’au tissu osseux, à l'iris, aux organes sécréteurs lacrymaux , à la conjonctive, à la peau du front, des paupières, du nez et de la joue. :

Sur les côtés du sinus caverneux, elle s’anastomose avec quatre paires de nerfs: avec le grand sympathique, le moteur oculaire commun, le moteur oculaire externe et le pathétique.

Sur son trajet on rencontre un seul ganglion du grand sympathique, le ganglion ophthalmique.

Le nerf maxillaire supérieur fournit cinq branches, qui sont destinées à la glande lacrymale et aux glandules de la muqueuse de la conjonctive, aux dents et aux arcades alvéolaires, et enfin à la peau du nez, des paupières et de la joue.

Au moyen de ces différens rameaux, il contracte des anastomoses nombreuses avec les rameaux lacrymal, temporal profond, et avec le nerf facial et le nerf buccal de la branche maxillaire inférieure.

Un seul ganglion du grand sympathique, le ganglion sphénopalatin, existe sur le trajet de cette branche du trijumeau.

Nerf maxillaire inférieur. Tandis que les deux autres divisions de la cinquième paire naissent exclusivement de sa grosse racine ganglionaire sensitive, la branche maxillaire inférieure, au contraire, est constituée de plus, par la partie motrice ou petite racine qui l’accompagne dans sa distribution. Formée par ces deux élémens, moteur et sensitif, elle est destinée à la peau de l'oreille et du conduit auditif, à la membrane muqueuse de la caisse du tympan et de la trompe d’Eustache ; à la peau du menton, des lèvres, des joues, de la tempe et du cuir chevelu. Elle se distribue encore aux dents, aux gencives et au périoste de l'os

AS

NERF TRIJUMEAU

maxillaire inférieur, à la membrane muqueuse du palais de la partie supérieure du pharynx, de la langue, des joues; aux amygdales ; aux glandes sous-maxillaire et sub-linguale. Enfin, par son élément moteur, elle anime les muscles masticateurs, le mylo-hyoïdien, le digastrique et le muscle interne du marteau.

Dans cette distribution très compliquée, la branche maxillaire inférieure s’anastomose avec le grand hypo-glosse et avec le facial; les communications avec ce dernier nerf sont surtout très multipliées et se font par réciprocité , c’est-à-dire que tantôt ce sont des filets du nerf maxillaire inférieur qui s'unissent au facial, tantôt, au contraire, des filets de ce dernier qui suivent, dans leur distribution, des rameaux du nerf précédent.

On rencontre trois ganglions du grand sympathique, qui sont :

Le ganglion otique, placé sur le tronc lui-même du nerf maxillaire inférieur.

Les ganglions sous-maxillaire et sub-lingual, situés sur le trajet du rameau lingual de la branche inférieure du trijumeau.

Il est remarquable que le nerf de la cinquième paire ne s’anastomose par aucune de ces branches, avec des nerfs sensoriels proprement dits, tels que l’olfactif, l’optique et l’acoustique.

Différence du nerf trjumeau suivant les âges.

Ce nerf offre de très bonne heure un développement considérable. On observe surtout cette augmentation de volume dans le ganglion de Gasser et dans les rameaux qui en émanent. Les ganglions du grand sympathique et leurs anastomoses avec la cinquième paire, sont également plus développés qu’à aucune autre époque de la vie. Cet excès de volume qui porte à la fois sur les ganglions otique, sous-maxillaire et sub-lingual en même temps que sur le ganglion de Gasser, fait penser à Valentin, que ce dernier n’a pas seulement la signification d’un ganglion cérébro-spinal, mais qu'il participe en même temps à la nature d’un ganglion sympathique.

Les branches du nerf trijumeau augmentent de volume, à mesure que les parties auxquelles elles se distribuent se développent ; la branche ophthalmique est d’abord la plus volumineuse, ensuite vient la branche maxillaire supérieure, et enfin la branche maxillaire inférieure.

La petite portion motrice non ganglionaire se sépare plus tard, et une portion de ses fibres reste étrangère à la formation de la cinquième paire, pour aller constituer une partie du nerf facial. C’est à cette séparation, suivant Valentin, que se rattache la formation de la corde du tympan.

Les filets destinés aux dents forment déjà des plexus, avant que les organes auxquels ils se distribuent soient développés.

Anatomie comparée du nerf de la cinquième paire.

Chez les animaux, le nerf de la cinquième paire offre un développement qui est en rapport d’une manière générale, avec le perfectionnement des organes sensoriaux; mais d’un autre côté, ces diverses branches subissent des changemens de volume qui sont relatives à la prédominance de certaines parties de la face, les unes sur les autres.

T. III

Poissons. Le nerf trijumeau est d’un volume considérable. Il prend naissance sur les parties latérales de la moelle allongée, au delà des lobes optiques et des lobes cérébraux postérieurs, en offrant dans ses racines originaires un grand nombre de variétés. Seulement au nombre de deux, l’une inférieure, l’autre supérieure, chez les pétromyzons, elles sont beaucoup plus nombreuses chez l’accipenser. On a observé également des origines multiples chez les poissons osseux; toutefois, il ne faut pas confondre avec les racines de la cinquième paire, ainsi que le font remarquer Stannius et Siebold, la racine du facial qui émerge dans le voisinage, à côté du nerf acoustique.

Toutes les racines du nerf trijumeau ne concourent pas à la formation du ganglion de Gasser, celle qui correspond au nerf facial en est constamment exclue. Les branches terminales du nerf sortent du crâne, tantôt par une seule échancrure, tantôt par plusieurs ouvertures pratiquées dans le rocher, et elles se comportent d’une manière différente dans leur distribution, chez les divers ordres de poissons.

Chez les myxinoïdes, le nerf trifacial, d’après Müller, se distribue non-seulement à la peau de la face et de la tête, sur les tentacules, le tube nasal, sur la muqueuse de la langue, de la cavité buccale et du pharynx, mais aussi aux muscles de la région nasale à ceux des cartilages buccaux et du museau, et enfin à ceux de la bouche, de la langue et de l’os hyoïde. Chez les pétromyzons, il se distribue aux mêmes parties, mais de plus, aux muscles de l’œil, d’après Schlemm et Dalton. Dans les plagiostomes, Schwann décrit trois branches au nerf de la cinquième paire ; la première se distribue à l'organe de la vision; la seconde aux muscles de la mâchoire, aux lèvres et au museau, et la troisième aux muscles de la mâchoire et à la peau autour de la bouche. Chez les chimères, d’après Siebold et Stannius, il existe une branche qui correspond au nerf ophthalmique, une seconde qui est destinée aux parties membraneuses du museau, et aux canaux muqueux de cette région, et enfin une troisième qui se rend également au museau, puis à la peau, aux muscles des cartilages labiaux, aux lèvres et à la muqueuse buccale. Dans ces poissons, il existe encore une quatrième branche qui dépend du trijumeau, mais qui, en même temps, tient lieu du nerf facial, en ce que ses rameaux sont destinés aux muscles du sac branchial, aux muscles et à la peau de la lèvre inférieure, à la langue et à la muqueuse buccale, à la vouüte palatine et aux dents. Dans les esturgeons, on trouve, d’après les mêmes auteurs : 1° Une branche ophthalmique, avec un rameau ciliaire, pour l'orbite et les parties environnantes ainsi que pour l’organe olfactif. 2° Deux branches pour le museau et les barbillons. 3° Un nerf maxillaire supérieur. 4° Un nerf maxillaire inférieur, qui fournit en même temps des rameaux aux muscles dela mâchoire inférieure. ° Un nerf palatin. 6° Des nerfs temporaux, et 7° un nerf operculaire qui correspond en partie au nerf facial et qui, dans son trajet et sa distribution, est l’analogue du même nerf chez les poissons osseux.

On remarque quelquefois des ganglions sur le trajet des branches de la cinquième paire.

Dans tous les cas, il existe généralement chez les poissons osseux des nerfs ciliaires, des nerfs palatins qui correspondent aux filets qui, chez d’autres animaux, naissent des ganglions du grand sympathique.

On rapporte encore au nerf trijumeau un tronc appelé trone latéral, qui perce ordinairement la voûte crânienne, se dirige au-dessus et en arrière, et s’étend jusqu’à la queue. Mais ce

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rameau, ainsi que celui destiné aux opercules, pourraient être considérés comme des dépendances d’autres nerfs qui se con-

fondraient avec le facial.

Reptiles. Là nous trouvons encore une sorte de fusion entre le nerf de la cinquième paire et le facial. Il résulte de cette fusion un nerf intermédiaire, qu’on a encore nommé rameau Jugulaire.

Toutefois, la première branche du nerf trijumeau se distribue surtout à la paupière supérieure, à la muqueuse du nez et aux muscles des narines. Chez les grenouilles il envoie un rameau ciliaire. Les branches maxillaires inférieure et supérieure sont souvent réunies en un seul tronc à leur origine. La première se distribue principalement à la paupière inférieure et à la peau de la région malaire. La seconde, qui est plus considérable, se rend dans la peau de la région maxillaire et dans les muscles masticateurs, de plus, elle fournit un nerf alvéolaire et se termine dans le muscle mylo-hyoïdien.

Le rameau jugulaire, qui résulte de la fusion du facial avec une partie du trijumeau, reçoit, chez tous les batraciens anoures, un filet anastomotique, provenant de la première branche du pneumo-gastrique.

Enfin, il existe un ganglion de Gasser chez les reptiles; mais bien que les ganglions du sympathique n'aient pas été décrits sur le trajet du nerf trijumeau, cependant, Bojanus indique sur le nerf maxillaire supérieur, chez la tortue, lexistence d'un ganglion ou plexus sphéno-palatin.

Oiseaux. Le nerf de la cinquième paire naît par deux racines ; la grosse portion est longée à son origine, par un cordon qui fait relief à la moelle allongée. La petite se continue avec la colonne antérieure de la moelle épinière.

Le ganglion de Gasser, très développé, est rougeâtre, oblong et situé sur le trajet de la grosse racine, tandis que la petite portion se jette dans la branche maxillaire inférieure.

La branche ophthalmique, chez les oiseaux, fournit des filets à la conjonctive, à la membrane nictitante, à la glande de Harder et à la peau du front. Dans l'orbite, ce nerf s’anastomose avec le grand sympathique, et par une particularité spéciale aux oiseaux, il pénètre jusque dans le bec, en envoyant un ou plusieurs filets à la membrane palatine, et se prolongeant dans la substance cellulaire de l’inter-maxillaire jusqu’à l’extrémité du bec.

Le ganglion ophthalmique est très développé ; en arrière il reçoit un rameau de communication avec la branche ophthalmique et le moteur oculaire commun, et en avant il fournit des nerfs ciliaires nombreux.

La branche maxillaire supérieure pénètre dans l'orbite, passe sous le globe de l'œil, communique par un nerf vidien avec le grand sympathique, donne des filets à la glande lacrymale et à la conjonctive, un rameau malaire à la peau du dessous de l'œil. S'engageant ensuite dans un canal de l’os inter-maxillaire, il fournit des nerfs palatins postérieurs qui se terminent dans les papilles de la membrane palatine, et parviennent quelquefois jusqu’à l'extrémité du bec.

Il n'existe pas de ganglion sphéno-palatin sur cette branche de la cinquième paire.

Le nerf maxillaire inférieur fournit dans la fosse temporale, des rameaux musculaires pour le palais, la mâchoire inférieure et l’os tympanique ; il fournit des filets à la glande buccale, à la peau et à la muqueuse qui recouvre la mâchoire, enfin, il

se termine par un rameau sous-maxillaire externe, et un autre pour le muscle mylo-hyoïdien.

Jamais il n’existe de nerf lingual, non plus que des ganglions sous-maxillaires et sub-linguaux, sur son trajet.

Mammifères. Le trijumeau est encore le plus volumineux de tous les nerfs crâniens bien que cependant, il ait un volume relativement moindre que dans les trois autres classes d’animaux vertébrés. Relativement à ses origines et à sa distribution, ce nerf diffère peu de celui de l’homme. Seulement ses diverses branches acquièrent quelquefois un volume énorme, à cause du développement spécial des organes auxquels elles se distribuent. C’est ainsi que chez les mammifères qui ont le museau très proéminent, ou chez lesquels existe une trompe, comme chez l'éléphant, le nerf maxillaire supérieur acquiert une grosseur disproportionnelle à celle des deux autres branches du nerf. Il en est de même chez ceux qui comme le phoque, etc., présentent des moustaches très développées.

Le nerf lingual est en outre une branche de la cinquième paire qui est spéciale aux mammifères.

On rencontre généralement sur le trajet des branches du trijumeau, les ganglions du grand sympathique, que nous avons signalés chez l'homme. Toutefois, ils présentent de grandes variétés dans leur développement absolu ou relatif.

Fonctions du nerf de la cinquième paire.

Les observations pathologiques sur l’homme et les vivisections sur les animaux s'accordent parfaitement, pour établir que le nerf de la cinquième paire est exclusivement destiné à la sensibilité par ses branches ophthalmique et maxillaire supérieure et qu’il préside à des usages mixtes de mouvement et de sentiment, par sa branche maxillaire inférieure. Il faut ajouter de plus, qu’il joue le rèle d’un nerf de sensation spéciale dans la langue, et probablement aussi dans les fosses nasales. Enfin, sa paralysie est accompagnée de désordre très manifeste dans les phénomènes de la nutrition.

Les propriétés du nerf trijumeau sont celles des racines rachidiennes sensitives pour ses branches supérieure et moyenne, et celles des racines sensitives et motrices pour la branche maxillaire inférieure. En effet, ces branches sont très sensibles, et leur irritation détermine une vive douleur; mais leur galvanisation ne produit aucune contraction directe dans les muscles, excepté pour la branche maxillaire inférieure qui possède des fibres motrices analogues à celles d’une racine antérieure.

C’est d’après les expériences de MM. Charles Bell, Magendie, Eschricht, etc., qu'ont été établies les fonctions du nerf trijumeau. .

Lorsqu'on le coupe dans le crâne chez un animal vivant, les effets de sa paralysie se manifestent immédiatement dans les points où il se distribue, et d’une manière si nette et si tranchée, que c’est, pour ainsi dire, le scalpel à la main, qu’on peut les décrire.

La sensibilité est alors éteinte dans tous les tégumens de la face, de même que dans la conjonctive et les membranes muqueuses buccale etnasale, dans le côté correspondant à la section du nerf. On peut alors brûler, pincer, tirailler ces parties sans que l’animal en éprouve aucune douleur.

La partie postérieure du cuir chevelu et le pavillon de l'oreille seuls ont conservé leur sensibilité, parce que ces régions reçoivent leurs nerfs de sentiment d’une autre source, du plexus cervical.

NERF ABDUCTEUR. 225

Le sens de la gustation se trouve instantanément aboli dans les deux tiers antérieurs de la langue, qui correspondent à la distribution du nerf lingual. Ce sont alors particulièrement les saveurs acides qui cessent d’être perçues, tandis que les saveurs amères continuent à être appréciées par le glosso-pharyngien, qui se distribue spécialement à la partie postérieure de la muqueuse linguale et à celle des piliers du voile du palais.

Le sens de l’olfaction paraît avoir subi une altération profonde après la paralysie de la cinquième paire, toutefois il est difficile, ainsi que nous l’avons déjà dit, de déterminer si ce sens est complétement perdu, ou seulement considérablement diminué.

Il n’en est pas de même pour les sensations visuelle et auditive.

Au moment même de la section de la cinquième paire, on observe chez certains animaux, tel que le lapin, ainsi que l’a signalé M. Magendie, une saillie du globe de l’œil et une contraction énergique de la pupille. Mais ces phénomènes ne sont que momentanés, et on constate que la vue n’est point abolie : si la cinquième paire a été coupée des deux côtés, l’animal voit encore très bien pour diriger ses mouvemens, et la lumière du soleil, brusquement introduite dans l’œil, détermine une contraction de l’ouverture pupillaire. On constate également l’intégrité du sens de l’ouie.

Les désordres de mouvemens qui suivent la section de la cinquième paire, ne s’observent que dans les parties où se distribue la branche maxillaire inférieure. Ce sont particulièrement les muscles masticateurs, tels que le temporal et les ptérygoïdiens qui sont paralysés. Il en résulte que les mouvemens d’élévation de la mâchoire ne s’exercent plus qu’à l’aide des muscles du côté opposé, ce qui produit une déviation de la mâchore qui se trouve entraînée dans ce sens.

Lorsque l’animal mange, ses arcades dentaires ne se rencontrent plus exactement, ce qui rend la mastication très difficile. M. Cl. Bernard a observé que chez les rongeurs, tels que les lapins, l’usure des dents antérieures se fait d’une manière irrégulière et en biseau.

Si le nerf de la cinquième paire est paralysé des deux côtés, la mastication devient complétement impossible, la bouche reste ouverte, et la mâchoire inférieure, cessant d’être maintenue par les muscles élévateurs, reste pendante.

Tels sont les phénomènes immédiats qui suivent la paralysie de la cinquième paire, mais bientôt il en survient d’autres secondairement, qui sont relatifs à la nutrition des parties. On voit en effet la conjonctive se dessécher d’abord, la cornée transparente devenir terne et inégale à sa surface ; sa courbure est plus prononcée. En même temps, les vaisseaux capillaires de la membrane muqueuse oculaire deviennent plus visibles, ils s’engorgent et offrent tous les caractères de l’inflammation, sauf toutefois la douleur, puisque les parties sont complétement insensibles. À mesure que cet épaississement et cette vascularisation de la conjonctive se manifestent, la cornée s’altère et se ramollit de plus en plus. Dès le lendemain de l'opération, déjà elle est recouverte plus ou moins complétement par un leucoma. A la surface des membranes muqueuses du nez, de la bouche, de l'oreille moyenne, on remarque des désordres de nutrition analogues à ceux observés à la conjonctive, et dans le tissu cellulaire sous-cutané de la face on voit survenir un œdème et une injection des vaisseaux capillaires. Avec le temps, tous ces symptômes augmentent d'intensité ; la conjonctive sup-

pure, les paupières sont collées; la cornée transparente s’ulcère, se perfore et donne issue au cristallin et aux humeurs de l’œil qui ont conservé toute leur transparence et n’ont subi aucune altération apparente dans leurs propriétés. Chez l'animal devenu aveugle, le globe oculaire se fond et se réduit à une sorte de tubercule.

Un écoulement purulent a lieu par la narine correspondante à la paralysie de la cinquième paire. Il existe aussi des ulcères au côté correspondant de la commissure des lèvres chez les lapins. Cela tient à ce que ces animaux, en mangeant, mordent de ce côté leurs lèvres insensibles, et ces morsures se transforment en ulcération.

Si les sens de l’olfaction, de la vue et de l’ouïe ne sont pas abolis immédiatement après la section de la cinquième paire, on comprend cependant qu'ils doivent l'être nécessairement d’une manière secondaire, par suite de la perforation de la cornée transparente et de l’altération des membranes muqueuses nasale et auditive.

Le nerf de la cinquième ‘paire agit encore sur les sécrétions des glandes, ainsi que sur certains organes spéciaux annexés aux appareils des sens. Mais il semble que cette influence se transmet à l’aide des ganglions du grand sympathique qui se trouve sur le trajet des rameaux du trijumeau. C’est ainsi, par exemple, que les actions directes ou reflexes, qui agissent pour faire sécréter la glande sous-maxillaire, passent nécessairement par le ganglion de ce nom. S’il a été enlevé préalablement, l’excitation cesse d’agir sur la sécrétion de la glande. Relativement au ganglion ophthalmique, M. Bernard a observé qu’il était la source de la sensibilité spéciale de l'iris et de la cornée transparente.

Ces faits, sur lesquels nous reviendrons à propos du grand sympathique, prouveraient que les ganglions modifient d’une certaine manière les propriétés des filets nerveux qui les traversent.

Les phénomènes secondaires, c’est-à-dire ceux d’altération de la nutrition, ne se montrent pas constamment dans les paralysies de la cinquième paire chez l’homme.

M. Magendie a remarqué que lorsque la cause de la paralysie siége entre le ganglion de Gasser et le cerveau, les phénomènes surviennent plus tardivement; M. Bernard a vu, qu’en paralysant la cinquième paire par la section de ses racines dans la moelle allongée, ils ne se manifestaient pas. De sorte que la présence des troubles de nutrition caractériserait les paralysies ayant leur siége dans la périphérie du nerf, et leur absence celles siégeant dans la portion cérébrale ou originaire du nerf.

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