‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 70 sur 407 · NEUVIÈME PAIRE DE NERFS · texte numérisé non relu

NEUVIÈME PAIRE DE NERFS

NERE GRAND HYPOGLOSSE.

Origine.

Le nerf grand hypoglosse prend naissance sur les côtés de la

NERFS CRANIENS.

moelle allongée, entre l’olive et la pyramide, par des filets généralement au nombre de onze, d’après Valentin, mais pouvant quelquefois s'élever jusqu’à douze ou quinze. Ce nerf provient, par conséquent, d'un point qui répond à peu près à l’entrecroisement des pyramides de la moelle. Toutes les racines de l’hypoglosse se dirigent vers le trou condyloïdien, les supérieures constituant un petit faisceau qui traverse isolément la dure-mère; les inférieures forment également un faisceau distinct, quis’engage par un orifice particulier de la dure-mère, dans le trou condyloïdien; enfin, les origines moyennes, tantôt se réunissent à l’un des faisceaux précédents, tantôt s’isolent, pour former un troisième faisceau indépendant, pénétrant également dans le trou condyloïdien.

Quelquefois, par exception, un des faisceaux de l’hypoglosse reçoit, d’après Valentin, un filet anastomotique de la racine postérieure du premier nerf cervical. Meyer dit également avoir aperçu un ganglion rudimentaire sur un des faisceaux de l'hÿpoglosse; cette disposition, revue par Bach, n’a point été retrouvée par Valentin, ni par la plupart des anatomistes.

Trajet, rapports et anastomoses.

Une fois sorti par le trou condyloïdien antérieur, le nerf hypoglosse se distribue aux muscles de la région sous-hyoïdienne et à tous les muscles de la langue. Il se dirige d’abord en bas , en avant et légèrement en dehors, et il se trouve placé d’abord au côté interne et postérieur de l'accessoire, du pneumo-gastrique et de la veine jugulaire interne : puis il croise obliquement le pneumo-gastrique qu'il contourne, ainsi que l'artère carotide au niveau du deuxième nerf cervical. Ensuite il se dirige en bas et en avant. vers l’os hyoïde, parvient vers la grande corne de cet os et se porte vers la langue où il se termine.

Dans ce trajet, le nerf hypoglosse décrit une grande courbe dont la concavité regarde en haut. Ses rapports, au-dessous du pneumo-gastrique, sont en dedans les muscles stylo-pharyngien et stylo-glosse, puis le nerf lingual et l'artère linguale qu’il accompagne ; seulement l'artère s’en sépare au moment où il s'engage sous le muscle hyo-glosse. Le nerf alors chemine entre les muscles mylo-hyoïdien et hyo-glosse, au-dessous du canal de Wharton, et il pénètre ensuite dans l'épaisseur du muscle génio-glosse où il se divise en un très grand nombre de rameaux terminaux.

Les anastomoses du nerf hypoglosse sont nombreuses, et elles ont lieu de la manière suivante :

1° Avec l’anse des deux nerfs cervicaux supérieurs. On voit ordinairement un filet de l’hypoglosse se porter vers un autre filet, provenant des deux nerfs cervicaux. Il résulte de là un tronc commun qui se dirige en arrière et en bas, pour se porter vers l’anse de l’hypoglosse.

2° Avec le pneumo-gastrique. Valentin décrit deux anastomoses, l’une inférieure, l’autre supérieure. La première a lieu à l'endroit où le grand hypoglosse passe sur la face externe du pneumo-gastrique, par une ou deux branches assez fortes, qui descendent obliquement de l’hypoglosse, pour se rendre à la partie inférieure du ganglion plexiforme du vague. La seconde consiste en un ou plusieurs filets qui descendent d’arrière en avant et de dehors en dedans, percent également la gaine celluleuse du vague sur divers points, et se jettent dans son ganglion

plexiforme.

NERF GRAND HYPOGLOSSE.

3° Avec le grand sympathique. Cette anastomose se fait au moyen d’un filet grêle, se dirigeant en bas et en dedans du tronc de l’hypoglosse vers le ganglion cervical supérieur, ou vers son rameau carotidien.

4° Avec le nerf lingual. Au niveau du muscle hyoglosse sur sa face externe, il existe un échange de filets constant, entre le nerf lingual et le nerf hypoglosse.

Branches de l'hypoglosse.

1° Rameaux vasculaires supérieurs et inférieurs. Valentin décrit sous ce nom des filets de l’hypoglosse qui se rendent, pour les supérieurs, à l’artère carotide interne et à la veine jugulaire. Les vasculaires inférieurs émanent de la partie antérieure et inférieure de l’hypoglosse, se mélangent en s’anastomosant avec des filets pneumo-gastriques, d’où résulte une espèce de plexus qui entoure l'artère carotide interne. A ce plexus, arrivent quelquefois deux filets qui proviennent de la branche descendante de l’hypoglosse..

2° Branché descendante de l'hypoglosse. Elle prend naissance sur laconvexité que forme le tronc de l’hypoglosse; elle se détache de sa partie inférieure et se dirige en bas, jusqu’à la partie moyenne du cou, en s’anastomosant en arcades, avec la branche descendante interne du plexus cervical.

À son point de départ, la branche descendante de l’hypoglosse est constituée par deux rameaux, dont l’un marche d’arrière en avant dans le sens du tronc nerveux, et l’autre d’avant en arrière, et semblant provenir de la périphérie du nerf. Ainsi formée, la branche descendante est située au devant de la carotide primitive, en arrière et en dehors des muscles sous-hyoïdiens. Au niveau du tendon du muscle scapulo-hyoïdien, elle s’anastomose avec les branches descendantes des troisième et quatrième paires cervicales. [’adjonction de ces différens nerfs constitue une anse plexiforme, qui est placée entre le sterno-mastoïdien et la veine jugulaire interne, et qui fournit, par sa convexité, cinq ou six filets destinés au muscle sous-hyoïdien. On constate que l’hypoglosse, par sa branche descendante, s’anastomose avec les quatre premiers nerfs cervicaux. De la convexité de l’anse décrite plus haut, part un certain nombre de filets qui peuvent être distingués en supérieur, moyens et inférieur.

Le filet supérieur qui est grêle se porte en dedans, dans la moitié supérieure du muscle scapulo-hyoïdien, et en partie dans le sterno-hyoïdien.

Les filets moyens, généralement au nombre de trois, se distribuent, le premier, à la moitié inférieure du muscle scapulo-hyoïdien, le second, à la partie moyenne du muscle sterno-hyoïdien et le troisième, au muscle sterno-thyroïdien.

Le filet inférieur, plus volumineux que les deux autres, se porte en bas en longeant le bord externe du muscle sterno-thyroïdien, pénètre avec ce muscle dans la poitrine, et se répand dans son extrémité inférieure. D’après Valentin, ce filet irait plus loin se réunir au nerf diaphragmatique et mériterait, d’après cela, le nom de nerf diaphragmatique accessoire. M. Sappey dit ne pas avoir rencontré cette disposition, qu’il regarde comme exceptionnelle.

Si la branche descendante de l’hypoglosse présente une distribution qui est constante, elle peut offrir cependant un assez grand nombre de variétés anatomiques dans ses anastomoses qui sont de peu d’importance.

TNIITS

3° Rameau thyro-hyoïdien. X naît au-dessus de l’artére thyroïdienne supérieure, se porte en bas jusqu’au muscle thyrohyoïdien, et, arrivé au niveau de ce muscle, il se partage en plusieurs branches, ordinairement au nombre de trois, qui se distribuent dans ce muscle, en s’anastomosant entre elles, ainsi qu'avec des ramifications du nerf laryngé supérieur et laryngé inférieur (Valentin).

4° Rameaux destinés à l'artère linguale. X naissent vis-à-vis du précédent ou un peu plus en arrière que lui de la partie supérieure du nerf grand hypoglosse. Ils se dirigent obliquement de bas en haut et d’arrière en avant vers l'artère linguale, et se jettent dans le plexus nerveux, situé au côté externe de cette artère. Valentin signale l’existence d’un renflement ganglionnaire pouvant exister quelquefois sur le trajet de ces nerfs.

5° Rameaux destinés au muscle hyoglosse. Is sont au nombre de quatre ou cinq et naissent du côté inférieur et interne de l’hypoglosse, se dirigent obliquement de haut en bas, d’arrière en avant, s’anastomosent quelquefois entre eux dans leur trajet, et se distribuent dans la partie inférieure du muscle hyoglosse.

6° Rameau destiné à la glande sous-maxillaire. Né par plusieurs racines du grand hypoglosse, il se porte en haut et en avant, au-dessous et au côté interne du tendon du muscle digastrique; il se bifurque plusieurs fois, pénètre dans la partie antérieure de la glande sous-maxillaire dans laquelle il se distribue en s’anastomosant avec les filets que le nerf de la cinquième paire envoie à cette glande.

7° Nerf génio-hyoïdien. W se dirige d’arrière en avant et pénètre dans la partie inférieure du muscle génio-hyoïdien, en s’anastomosant sur la ligne médiane avec le filet pareil de l’hypoglosse du côté opposé. Quelquefois il fournit encore un filet au muscle mylo-hyoïdien.

8 Nerf stylo-glosse. N pénètre dans le muscle du même nom, en s’anastomosant préalablement avec des filets de la troisième branche du trijumeau, et avec les filets nerveux de l'artère linguale.

9° Rameaux destinés au muscle génio-glosse. Xs sont en grand nombre, s'anastomosent fréquemment entre eux en formant des anses dont les ramifications se terminent dans les muscles géniohyoïdien et lingual. Ces filets s’anastomosent également avec leurs homonymes du côté opposé.

10° Branche terminale de l'hypoglosse. Après avoir fourni tous les filets précédemment indiqués, et être parvenus à la partie inférieure de la substance charnue de la langue, l’hypoglosse donne une branche qui se dirige jusqu’à la partie la plus antérieure de la langue, en distribuant de nombreux filets aux muscles génio-glosse, hyoglosse et lingual. Ces filets se dirigent de bas en haut, s’anastomosent fréquemment entre eux en arcades, et pénètrent dans la substance musculaire de la langue.

On voit, en résumé, que le nerf grand hypoglosse donne des rameaux dans les muscles de la langue, dans ceux qui s’attachent à l’os hyoïde, le stylo-glosse, génio-glosse, dans les glandes sousmaxillaire et sub-linguale, et autour des vaisseaux sanguins; il

se réunit à des branches des nerfs cervicaux, pour consutuer des

248 NERFS RACHIDIENS.

‘ merfs qui se jettent dans les muscles sterno-hyoïdien et omoplate-hyoïdien. Il s’anastomose avec les nerfs trijumeau,pneumogastrique, accessoire de Willis, les premier, second et troisième nerfs cervicaux, et avec le nerf grand sympathique. Enfin, d’après Valentin, il s’anastomoserait encore avec le nerf diaphragma-

tique.

Anatomie comparée.

Poissons. On considère comme analogue au nerf hypoglosse un tronc qui existe chez beaucoup de poissons, et qui naît de la moelle épinière par une ou deux racines. Bien que ce nerf sorte de la cavité crânienne entre l'occipital basilaire et l’arc de la première vertèbre, il doit, suivant Siebold et Stannius, être considéré comme un nerf rachidien, à cause de son mode de distribution. En effet, il fournit une ou deux branches dorsales et une branche antérieure plus forte; cette dernière s’accolle à celle du nerf rachidien qui vient immédiatement après et forme avec elle des filets qui se rendent à la nageoire pectorale, et se prolongent inférieurement pour se ramifier dans le muscle sternohyoïdien.

Reptiles. Le nerf hypoglosse naît par une seule racine de la face latérale de la moelle allongée, au-dessous de celle du pneumo-gastrique, et il sort du crâne par un trou particulier deloccipital. Chez les reptiles nus, le nerf hypoglosse ne prend pas encore son origine du cerveau. Chez la plupart des batraciens anoures, il est remplacé par le premier nerf rachidien. Chez les pipas il provient, comme chez la plupart des poissons, de quelques branches du plexus brachial. Dans les salamandrines, il est remplacé par les deux premiers nerfs rachidiens. Chez les céciliens, il naît d’un ganglion; à sa formation concourent le nerf pneumo-gastrique et les trois premiers nerfs rachidiens. Enfin, chez les proteus, il provient en partie du pneumo-gastrique, en partie du premier nerf rachidien.

Les rameaux qui correspondent à l’hypoglosse s’anastomosent avec des branches du pneumo-gastrique etse répandent dans la plupart des muscles de l’hyoïde et de la langue, particulièrement dans les muscles sterno-hyoïdien, génio-hyoïdien, styloglosse, et dans la substance de la langue elle-même.

Oiseaux. Le nerf grand hypoglosse naît par deux racines comme un nerf rachidien, sur la limite de la moelle allongée et de la moelle épinière. Après avoir traversé le trou condyloïdien pour sortir du crâne et s'être anastomosé avec des filets grêles

du grand sympatique, et parfois aussi, avec lepneumo-gastrique, il se divise en deux branches, dont l’une se rend dans les muscles et à la face inférieure de la langue, et l’autre (la branche descendante) descend sur les côtés de la trachée-artère, à la rencontre du nerf récurrent, etse ramifie sur l’œsophage ainsi que dans les muscles de la trachée (notamment dans les muscles sterno-tra-

chéens et furculo-trachéens).

Mammifères. Chez plusieurs espèces, le nerf grand hypoglosse se distingue par la présence d’une racine postérieure pourvue d’un ganglion. Mayer l’a observé chez le bœuf, le cochon et le chien. Du reste, les autres différences entre l’hypoglosse de l’homme et des mammifères offrent peu d'importance.

Fonctions du nerf hypoglosse.

La physiologie et la pathologie démontrent ce que l'anatomie aurait pu faire prévoir d’après l’origine de l’hypoglosse, c’est-àdire qu'il est spécialement moteur. Toutefois, si l'on irrite ce nerf sur son trajet, l’animal manifeste des signes évidens de douleur. Cette sensibilité du nerf grand hypoglosse peut provenir, d’une part, de ses anastomoses avec des filets de nerfs sensitifs, et d'autre part, de la sensibilité récurrente qu'il possède, à l’égal de tous les nerfs moteurs.

La section des nerfs grands hypoglosses est accompagnée de la paralysie des muscles de la langue. Cet organe reste immobile dans la mastication et dans l’exercice de ses autres fonctions. Mais si la langue vient à sortir de la bouche, elle ne peut plus y rentrer, et reste entre les dents qui la mordent et la déchirent à chaque mouvement de mastication, elle se gonfle alors et devient douloureuse, parce que la paralysie du nerf hypoglosse n’a amené aucune diminution dans la sensibilité tactile et gustative de l'organe.

Lorsque le nerf hypoglosse vient à être comprimé ou détruit chez l’homme par une cause quelconque, il en résulte des désor-

: dres analogues. Si les deux nerfs sont paralysés, les mouvemens

de Ja langue sont complétement abolis, tandis que sa sensibilité générale et spéciale est conservée. Si un seul nerf est paralysé, les mouvemens ne sont perdus dans la langue que du côté correspondant, et sa pointe est déviée du côté opposé. Un fait qui existe chez les hémiplégiques, c’est que la paralysie est croisée pour le nerf hypoglosse, de telle sorte que ce n’est pas la moitié de la langue correspondante au côté du corps paralysé, qui a perdu la faculté de se mouvoir, mais celle du côté opposé.

NERFS RACHIDIENS.

On comprend sous le nom de nerfs spinaux ou rachidiens, ou encore, nerfs vertébraux, tous ceux qui naissent de la moelle épinière, au-dessous du trou occipital et qui sortent par les trous de conjugaison de la colonne vertébrale.

Il existe, par conséquent, autant de nerfs rachidiens qu'il y a de trous de conjugaison. On en compte trente-et-une paires, que l’on distingue, suivant les régions, de la manière suivante :

1° Nerfs rachidiens cervicaux, au nombre de huit paires. > Nerfs rachidiens dorsaux, au nombre de douze paires. 3° Nerfs rachidiens lombaires, au nombre de cinq paires. 4° Nerfs rachidiens sacrés, au nombre de six paires.

Tous ces nerfs sont spécialement destinés à fournir le sentiment et le mouvement au tronc et aux membres.

NERES RACHIDIENS. 249

Constitution anatomique des nerfs rachidiens.

Tous les nerfs rachidiens ont ce caractère commun, qu’ils sont constitués par deux racines, l’une antérieure, l'autre postérieure.

Chacune de ces racines a une origine spéciale et des fonctions distinctes, toutes deux se réunissent ensuite pour former le tronc mixte du nerf rachidien proprement dit.

Chez l’homme il n’y a pas d'exception, et toutes les paires rachidiennes présentent cette double origine. Chez un singe (grand papion), M. Bernard a constaté que la première paire des nerfs cervicaux n’offrait pas de racine postérieure, Il s'agirait de savoir si ce fait tenait à une anomalie, ou s’il constituerait une particularité anatomique propre à cet animal.

1° Racines antérieures. Ainsi qu'il a déjà été dit (voyez description de la moelle épinière), les racines antérieures des nerfs rachidiens prennent naissance sur les parties latérales de la face antérieure de la moelle, suivant une ligne que l’on désigne sous le nom de sillon collatéral antérieur, et qui sert de limite entre le faiscean antérieur et le faisceau latéral de la moelle épinière.

Chacune de ces racines est formée par quatre ou six filets qui s’insèrent sur la moelle par deux ou trois petites radicules. Dans la région dorsale, ces filets originaires sont plus petits, et plus espacés, que dans les autres régions.

L'origine réelle de ces filets est difficile à suivre dans la moelle, et il est impossible d'établir nettement leur continuité avec la substance grise médullaire.

Aussitôt après sa naissance, la racine antérieure se dirige en dehors, vers le trou de conjugaison correspondant, dans lequel elle se réunit, comme nous le verrons bientôt, avec la racine postérieure.

2° Racines postérieures. Ces racines émergent du sillon collatéral postérieur de la moelle, suivant une ligne qui sert de limite entre le faisceau postérieur et le faisceau latéral médullaire. Chacune d’elles prend naissance par six ou huit filets qui semblent sortir directement de la substance médullaire, à laquelle ils adhèrent fortement. Lorsqu'on les arrache, on remarque à leur implantation une série de points grisâtres creusés en fossettes, qui démontrent que ces filets radiculaires sont en continuité directe avec la substance grise médullaire inférieure. Après leur origine, chacune des racines postérieures se dirige de concert avec les antérieures, vers le trou de conjugaison, pour constituer le tronc du nerf rachidien mixte.

Caractères des racines rachidiennes.

Les racines antérieures et postérieures, comparées entre elles, offrent des différences caractéristiques. Suivant les régions où on les examine, elles en offrent encore d’autres qui sont relatives à leur volume, à leur trajet, etc.

Toute racine antérieure se distingue par l’absence de ganglion sur son trajet, tandis que les racines postérienres en présentent constamment un auquel on donne le nom de ganglion intervertébral. Dans le canal rachidien, chacune des racines est séparée l’une de l’autre à son origine, par l'épaisseur du faisceau latéral de la moelle, puis le ligament dentelé se trouve interposé entre elles. La pie-mère spinale leur constitue une enveloppe qui les accompagne jusqu’à leur sortie du canal fibreux de la dure-mére; là ces deux membranes se réunissent pour se confondre avec

le névrilème des nerfs rachidiens. L’arachnoïde qui les entoure leur fournit également une gaine infundibuliforme, qui se réfléchit au moment où ces nerfs percent la dure-mère.

Sous le rapport de leur volume, les racines postérieures sont généralement plus fortes que les antérieures ; il existe toutefois une exception pour la racine postérieure de la première paire cervicale qui est plus grêle que l’antérieure.

Beaucoup d’anatomistes ont voulu établir un rapport entre les volumes proportionnels des racines dans les diverses régions.

Suivant Blandin, les racines postérieures sont, pour le volume, aux racines antérieures, :: 2 : 1 dans la région cervicale; :: 1:1 dans la région dorsale; et :: 1 1/2 : 1 dans les régions lombaire et sacrée. M. Cruveilhier donneune estimation un peu différente, et suivant lui, les racines postérieures seraient, relativement aux antérieures, :: 3 : 1 à la région cervicale; :: 5 1/2 : 1 dans la région dorsale; :: 2 : 1 dans la région sacrée.

Dans leur trajet intra-rachidien, toutes les racines ne présentent pas une même longueur ni une même obliquité. Les racines du premier nerf cervical sont légèrement ascendantes, tandis que celles du second et du troisième sont transversales. Plus bas, elles deviennent descendantes et obliques, de telle sorte, qu’elles ont à parcourir toute la hauteur d’une vertébre pour arriver à leur trou de sortie. Dans la région dorsale, cette obliquité devient plus grande et enfin, dans la région lombaire, elle est tellement considérable que les racines rachidiennes deviennent verticales et se réunissent en un faisceau, au-dessous de la terminaison de la moelle, auquel on donne le nom de queue de cheval. Indépendamment de cette obliquité de haut en bas, les racines rachidiennes se dirigent encore vers le trou de conjugaison, suivant une ligne oblique, d'avant en arrière pour les racines antérieures, et d’arrière en avant pour les racines postérieures.

Arrivées dans le trou de conjugaison, les deux racines se réunissent et se confondent intimement. Cette union a lieu immédiatement après la formation du ganglion qui existe sur la racine postérieure, et elle est tellement intime, qu’il est impossible de dire si les filets qui naissent après, proviennent plutôt de la racine postérieure que de la racine antérieure.

Avant leur union, pour former le tronc du nerf rachidien, les racines qui le constituent ne fournissent jamais de filets, ni ne contractent jamais d’anastomoses entre elles. Toutefois, si les racines antérieure et postérieure ne s’anastomosent pas l’une avec l’autre, on voit assez souvent les racines du même ordre s'anastomoser entre elles, et cela se remarque spécialement pour les racines postérieures. On voit en effet souvent le filet le plus inférieur d’une racine s’écarter subitement, pour venir se réunir avec le filet le plus élevé de la racine inférieure. Il arrive quelquefois aussi qu’il existe entre deux racines un filet intermédiaire qui se bifurque pour se porter vers l’une et l’autre. Ce mode d’anastomose se remarque très bien entre les racines postérieures de la région cervicale. Quelquefois, dans la région lombaire ou sacrée, où les deux racines s’unissent dans le canal vertébral, on peut observer une fusion entre deux ganglions intervertébraux, et alors, cela amène une communauté de fonctions dans la production de la sensibilité récurrente, ainsi que M. Bernard l’a observé deux fois sur le chien. Il serait intéressant de savoir si les filets de communications qui existent entre les racines postérieures de la région cervicale ont le même effet.

250 NERFS RACHIDIENS

Fonctions et propriétés des nerfs rachidiens.

Une des vérités les mieux établies en physiologie, est l’indépendance des fonctions des racines rachidiennes, qui sont destinées, les antérieures au mouvement, et les postérieures au sentiment. Chez tous les animaux vertébrés, les expériences ont démontré que la section ou la lésion des racines antérieures, entraîne immédiatement la perte des mouvemens avec conservation de la sensibilité, tandis que la destruction des racines postérieures abolit seulement la sensibilité.

Mais si ces fonctions distinctes des racines ont été parfaitement établies par les expériences de Charles Bell et Magendie, Müller, etc., ainsi que par les faits pathologiques, il existe encore la question de savoir si les propriétés des racines rachidiennes offrent la même différence que leurs fonctions. Ch. Bell avait admis, à priori, que les racines antérieures motrices sont complétement insensibles , et que les postérieures sensitives sont seules douées de sensibilité aux irritations mécaniques. MM. Magendie et Bernard ont démontré qu’il n’en est point ainsi et que les racines antérieures possèdent une sensibilité spéciale, à laquelle M. Magendie a donné le nom de sensibilité récurrente. Voici quels sont les phénomènes qu’elle présente :

1° Quand, sur un animal, chien, chat, etc., on pince avec les précautions nécessaires, une racine rachidienne antérieure dont la racine postérieure correspondante est restée intacte, on con : state que le pincement de cette racine antérieure arrache des cris à l'animal, ce qui dénote sa sensibilité de la manière la plus évidente.

2° Si on divise avec des oiseaux fins cette racine antérieure, sans intéresser la racine postérieure correspondante, il résulte de cettesection deux bouts de nerf qu’on peut facilement isoler, pour constater leurs propriétés. On trouve alors que le bout central du nerf, c’est-à-dire celui qui tient directement à la moelle épinière, est devenu parfaitement insensible, tandis que le bout périphérique du nerf, c’est-à-dire celui qui est séparé de la moelle, a conservé toute sa sensibilité.

3° De sorte qu’une racine antérieure étant coupée, sa sensibilité se réfugie dans le bout périphérique, ce qui est l'inverse pour la racine postérieure. En effet, quand on coupe une racine postérieure, c’est son bout central qui reste sensible, tandis que son bout périphérique devient complétement insensible. Tout ceci indique clairement que dans la racine rachidienne postérieure et dans la racine rachidienne antérieure, la sensibilité se propage d’un manière inverse.

4 Mais cette sensibilité récurrente d’une racine antérieure rachidienne n’est pas habituellement diminuée ni modifiée par la section des racines postérieures des paires rachidiennes, siluées au-dessus ou au-dessous, tandis qu’elle disparaît, aussitôt qu'on vient à couper la racine postérieure correspondante, ce qui démontre que la sensibilité, dans la racine antérieure, est seulement transmise par la racine postérieure correspondante.

I] suit de cette opération qu’alors, parmi les quatre bouts résultant d: la section des deux racines rachidiennes, il n’y en a plus qu’un dans lequel la sensibilité soit évidente: c’est le bout central de la racine postérieure.

Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur les caractères de cette sensibilité des racines rachidiennes antérieures, qui se propage de la périphérie vers le centre, et s'éteint du centre vers la périphérie, contrairement à la sensibilité des racines postérieures.

Il resterait donc établi en principe, que dans l’état physiologique, la racine antérieure rachidienne tire sa sensibilité récurrente de sa racine postérieure correspondante, de telle sorte que par ce seul fait, qu’un nerf de sentiment transmettra la sensibilité récurrente à un nerf de mouvement, on pourra conclure qu'il joue, par rapport à lui, le rôle d’une racine postérieure, puisqu’en effet, c’est là le caractère physiologique essentiel d’association des racines des paires rachidiennes entre elles.

On pourra donc, à l’aide de ces caractères, juger la question d'association de certains nerfs crâniens, qu’on considère comme formant entre eux une paire rachidienne, tels sont, par exemple, le pneumo-gastrique et le spinal. Pour cela, on le comprend, il faut rechercher si la sensibilité récurrente du spinal provient du preumo-gastrique, de même que la sensibilité récurrente d’une paire rachidienne antérieure provient de sa racine postérieure correspondante. Si le pneumo-gastrique fournit la sensibilité au spinal, on pourra dire qu'il remplit, relativement à lui, le rôle de racine postérieure. Dans le cas contraire, la question devra être jugée en sens inverse, puisque la propriété essentielle qui caractérise l’association des deux racines d’unepaire rachidienne, ne se rencontrera pas entre le spinal et le pneumo-gastrique.

Or, M. Bernard a constaté que la sensibilité récurrente du spinal, qu'il a trouvée excessivement nette et évidente chezle chien, le lapin, le chevreau,ne subit aucunediminution parla section du preumo-gastrique, ce qui prouve péremptoirement que ce n’est point ce nerf qui fournit la sensibilité récurrente au nerf spinal.

On peut donc conclure que, sous le rapport de la sensibilité récurrente, le nerf spinal ne peut pas du tout être considéré comme l’analogue de la racine antérieure d’une paire rachidienne, dont le pneumo-gastrique représenterait la racine postérieure.

Müller, à l’aide du galvanisme appliqué aux racines rachidiennes, a donné des caractères physiologiques très précieux pour les distinguer entre elles. Lorsqu'on coupe une racine antérieure, et que l’on excite successivement les deux bouts de la section, on constate que le bout périphérique seul détermine des mouvemens limités aux muscles où ce nerf se rend. Lorsqu’on applique la même expérience aux bouts périphériques des racines postérieures, on observe qu’il n’en résulte aucune espèce de mouvement. Les bouts centraux des nerfs coupés se conduisent également d’une manière différente sous l'influence du galvanisme.

Le bout de la racine antérieure, complétement insensible, ne réveille aucun mouvement, tandis que celui de la racine postérieure, douée d’une grande sensibilité, détermine des mouvemens généraux réflexes, plus ou moins considérables.

En résumé, d’après tout ce qui a été dit précédemment sur les propriétés des nerfs rachidiens, et plus haut, sur celles des nerfs crâniens en particulier, il résulte, ainsi que l’a fait remarquer M. Bernard, qu’on peut distinguer les différens nerfs entre eux par leur seule propriété aux excitants mécaniques et galvaniques. Il faut, dans ces expériences, préalablement séparer le nerf de son centre, et agir successivement sur les deux bouts divisés.

Relativement aux caractères de sensibilité, voici ce que l’on observera :

1° Si l’on trouve le nerf complétement insensible dans ces deux bouts, on a affaire à un nerf de sensibilité spéciale, les nerfs optiques, acoustiques sont en effet dans ce cas.

2° Si l’on trouve le bout central seul sensible, on a affaire à un nerf de sensibilité générale. Toutes les racines postérieures

Page 1