‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 94 sur 407 · PORTION SACRÉE DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

PORTION SACRÉE DU GRAND SYMPATHIQUE

Placée au devant du sacrum, depuis la base de cet os jusqu’au

NERF GRAND SYMPHATIQUE.

coccyx, cette portion du grand sympathique comprend en général quatre ganglions dont le volume va en diminuant de haut en bas. Ces ganglions, comme toujours, communiquent entre eux par des rameaux inférieurs et supérieurs qu’ils s’envoient. Par leurs rameaux externes ils s’anastomosent avec les nerfs rachidiens correspondans, et par leurs rameaux internes ils vont aux viscères et aux corps des vertèbres sacrées. Enfin, des rameaux antérieurs vont concourir à la formation du plexus hypogastrique.

Le plexus hypogastrique situé dans l’excavation du bassin, sur les côtés de la vessie et du rectum chez l’homme, du rectum et du vagin chez la femme, offre une forme très irréguliere. Il y a deuxplexus hypogastriques, l’un à droite, l’autre à gauche, et ces deux plexus communiquent ensemble par de nombreux filets.

Ainsi qu'il a déjà été dit, le plexus hypogastrique est constitué par des nerfs provenant de trois sources principales; 1° du plexus lombo-aortique ; 2° de la portion sacrée du grand sympathique; 3° de filets provenant des 3°, 4° et 5° paires sacrées. De chacun des plexus sacrés, partent plusieurs plexus secondaires qui se rendent aux organes du bassin, et suivent généralement les divisions artérielles. Ces plexus secondaires sont : le plexus hémorroidal moyen, le plexus vésical, le plexus prostatique, les plexus des vésicules séminales et des canaux déférens chez l’homme, et le plexus vaginalet utérin chez la femme. Nous ne reviendrons pas non plus sur ces plexus, qui ont été décrits avec les organes auxquels ils se distribuent.

Nous n’entrerons pas ici dans l'exposé des fonctions du grand sympathique, qui exigent pour être bien comprises, une sorte de comparaison du genre d'influence des deux systèmes nerveux, cérébro-rachidien et ganglionnaire. Cet exposé sera mieux placé dans le tome vu, à propos des considérations d’ensemble qui se rapporteront aux systèmes nerveux généraux et

spéciaux :

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ORGANE DES SENS

Les sens nous informent des états divers de notre corps, par la sensation spéciale que nous transmettent les nerfs sensoriels (Müller). L'état du corps se modifie par des causes intérieures ou extérieures. L'origine de ces modifications dépend-elle toujours du milieu qui nous entoure ? En tous cas, cette influence est quelquefois assez éloignée pour mériter qu’on la néglige. On ne se préoccupe alors que de l’effet produit. La modification que perçoit le corps est ce que l’on nomme une sensation. Or, il est démontré que toute sensation se rattache à un changement de l'état antérieur, par cette simple raison, que nous ne percevons pas des phénomènes absolument continus. Tel est, par exemple, le cas des actes nutritifs, etc. De plus, la perception de ces phénomènes est considérée, dans la généralité des cas, comme la manifestation d’un état morbide. — On a défini la sensation, la perception non raisonnée des modifications spéciales, que les agens extérieurs impriment aux nerfs de sentiment. Cette définition exclut les sensations qui naissent au dedans de nous, sans concours direct du monde extérieur.

Pour M. Gerdy, il y a des sensations perçues et des sensations non perçues. Les sensations perçues se divisent en cinq groupes :

1° celles qui sont produites par des excitations physiques, sensations physiques ; 2° celles qui se développent sous l'influence de l’activité de nos organes, sensations d'activité ; 3° impressions Où sensations de fatigue ; 4° d’autres sensations naissent du repos : ce sont des besoins physiques ; 5° d’autres se développent sans causes précisément connues, et sont en apparence, des sensations spontanées morbides. MM. Ch. Robin et Bérard ont admis dans leur récent Traité les deux espèces de sensations dont nous avons montré l’existence, à savoir: des sensations naïssant des agens extérieurs, et des sensations naissant directement dans la profondeur de nos organes. — Les premières seules doivent nous occuper; les secondes font l’objet d'étude des fonctions générales de l’organisme.

Les sensations spéciales sont transmises par cinq organes ou mieux, Cinq appareils d'organes. On sait que Buffon imagina un sixième sens, celui dé la volupté ; Ch. Bell, un autre pour les notions de pesanteur; Carus, pour les notions de température. Jacobson suppose un sens destiné à discerner les poisons, chez certains animaux; Spallanzani admet un sens chez les chauvessouris, pour la connaissance de leurs routes aériennes.

Or, le mot sens répond à l’idée d'organes propres et spéciaux à telle ou telle sensation, et à ce titre, la plupart des sens in-

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novés sont l'expression des cas particuliers, des sensations reconnues, et n'ont pas d’organes spéciaux qui perçoivent et transmettent des sensations spéciales.

Nous aurons à étudier, dans chaque appareil de sensations, trois espèces d'organes.

1° Des organes extérieurs, qui recueillent et subissent les impressions de tout ce qui nous entoure.

2° Des organes de transmission, qui dirigent leur action de la périphérie au centre.

3° Des organes centraux, centres de perception qui transforment la perception externe en sensation. — Il y a un quatrième acte, celui qui établit un rapport entre la cause de l'impression et la sensation perçue; cet acte a-t-il dans les centres nerveux un organe spécial, ou bien est-il l'effet de l’ensemble des actes cérébraux? C’est là que nous nous arrêterons.

Les organes des sens, malgré la variété de leurs usages, présentent quelques élémens communs, qui répondent d’ailleurs aussi à des rapports généraux.

La partie la plus importante de tout appareil des sens est une membrane.

C'est la peau pour le tact, la muqueuse de la langue pour le goût, la pituitaire pour l’odorat, la rétine pour la vue, le labyrinthe membraneux et la lame spirale du limaçon pour l’ouie.

L'organe qui sert ce sens recouvre toute la surface du corps. Par ce sens, nous acquérons à la fois les notions les plus précises et les plus générales.

Toutes les fois que nous avons des doutes sur la justesse des notions que nous apportent les autres sens, c’est à celui-là que nous recourons pour les confirmer ou les redresser.

La peau constitue à elle seule l’organe du tact que nous séparons, avec M. Sappey, de l'organe actif du toucher.

Nous étudierons successivement dans la peau, sa conformation extérieure et sa structure générale.

SI. Conformation extérieure de la peau.

La peau est une membrane de forme irrégulièrement convexe et concave; elle se moule en se soulevant sur les saillies, en se déprimant sur les dépressions qu’elle rencontre; ainsi elle mar

que et efface en partie, la hauteur des unes et la profondeur des autres. Par là, se trouve justifiée l'opinion qui attribue à la peau, entre autres usages, celui d’arrondir les formes. — La peau à une étendue en superficie notablement supérieure à celle des organes qu’elle recouvre: ce qui s'explique de bien des façons.

Non-seulement en effet le sens du tact acquiert par là un plus vaste champ de pe:ception, mais bien des organes jouissent par là d’une mobilité, d’une facilité d’excursion immédiate bien plus grande que s’ils n'étaient revêtus que de Ja quantité de tégument indispensable à leur fixité. ;

M. Sappey a fait des recherches très consciencieuses sur la superficie totale de l’enveloppecutanée, chez un homme detaille élevée, fortement constitué. Cette étendue est de douze pieds carrés environ. Chez des hommes d’un embonpoint considérable, elle pourrait atteindre un tiers et une moitié de plus. Toutefois, M. Sappey pense que chez la moyenne des individus elle ne dépasse pas dix pieds carrés. Chez les femmes, la superficie cutanée paraît être d’un tiers de moins.

La peau présente une épaisseur très variable, mince au niveau des yeux, du conduit auditif, de la verge, où elle se continue avec des muqueuses, elle devient épaisse au niveau des organes qu'elle doit préserver surtout du contact extérieur.

La couleur de la peau dépend de bien des conditions de milieu. Elle offre, en conséquence, une grande variabilité. Qu'il nous suffise de rappeler que ce caractère a servi à classer les races humaines, et que si les ethnologistes en ont abusé, il est néanmoins de première importance comme élément de classification naturelle.

Naturellement les couleurs extrêmes, comme le blanc et lenoir, ne laissent aucune équivoque. Mais au moment où l’on veut tenir compte des nuances intermédiaires à ces deux extrêmes, les caractères vagues et sans fixité aucune sont en grand nombre et indéfinissables.

L'influence du climat sur la couleur semble nulle pour des individus qui se déplacent d’une latitude dans une autre, ce qui ne veut pas dire que cette influence soit absolument nulle.

Il est remarquable cependant , qu'à travers bien des siècles, des races blanches aient conservé leur couleur originelle, dans un pays comme l'Afrique.

La couleur varie non-seulement suivant les races, mais selon les individus d’une même race. Cela est surtout vrai pour les individus de la race blanche. Assez généralement l’action du s0leil, très incontestable sur les hommes qui s’y exposent, produit des effets variables, suivant les individus.

* Mais, par cela même que ces effets se rattachent à une cause aussi limitée, son influence ne se fait sentir que sur un certain nombre d'organes, tandis que les variations des couleurs originelles portent sur tout l'individu.

Chez l'enfant naissant, appartenant à la race blanche, la peau est d’un blanc rosé. Avec le temps, l'augmentation d'épaisseur lui donne une coloration blanche. Le reflet bleuâtre que l’on observe sur les individus d’une belle constitution , est dû à la fois, à la transparence d’une peau mince et à la présence d’une riche musculation.

La surface externe de la péau est couverte de poils plus ou moins développés, suivant les régions du corps. En étudiant l’épiderme qui constitue la couche la plus externe de la membrane tégumentaire, nous aurons à examiner les ongles, qui recouvrent également les tégumens , mais seulement dans une très petite

superficie.

DES SENS

Les poils, à leur point d’émergence de la peau, sont entourés d’unesaillie, dont l'existence n’est manifeste chez beaucoup de personnes que sous l'influence de l’air froid. Cette action d’ailleurs n’est manifeste que pour des parties ordinairement à l'abri de l’air. L'existence de ces saillies constitue la différence anatomique entre une peau dure et une peau douce ou polie. La peau des blonds a généralement ce dernier caractère.

Nous reviendrons plus tard sur les orifices que l’on observe à la surface de la peau.

Nous distinguerons avéc Bichat, les plis et sillons en quatre groupes, division dont lé seul tort est de ne pas reposer directement sur l’anatomie.

° Les uns sont dus à la contraction des muscles qu'ils recouvrent. Exemple : les rides du muscle frontal, les rides du pyramidal et du sourcilier, celles de l’orbiculaire; la direction de ces plis est perpendiculaire à celle du muscle en contraction. Les plis, de temporaires qu'ils étaient, alors qu'ils sont produits fréquemment, deviennent permanents, et expriment ainsi, par la physionomie qu’ils nous impriment, les passions qui nous possèdent, ou les idées que nous méditons.

Les rides du dartos reconnaissent pour origine l’extensibilité de la peau et l’élasticité des fibres dartoïques.

2° Des plis très-nombreux existent autour des articulations et reconnaissent pour cause les mouvemens qu’on leur imprime. Très prononcés autour des petites articulations dont toutes les parties sont réciproquement adhérentes, les plis sont presque nuls autour des grandes articulations. Si nous examinons la face palmaire de la main, nous y trouvons trois plis de ce genre : l’un, dû au mouvement d'opposition du pouce, est supérieur ; l’autre, inférieur, est dù au mouvement d'opposition des quatre derniers doigts; le troisième sillon est intermédiaire aux deux autres : il résulte des deux mouvements. Les plis des doigts et des orteils varient suivant que l’on envisage le sens de la flexion et celui de l'extension. Les plis dirigés dans le premier sens sont plus profonds et plus fixes. Il en résulte qu'ils s’effacent beaucoup moins pendant l'extension que les seconds pendant la flexion. Les plis ou sillons du creux du pied ou de la main ont peu de fixité.

3 Les rides de vieillesse sont de nature toute différente. Lorsque la graisse a en partie disparu par les progrès de l’âge, l’enveloppe cutanée devient relativement trop étendue ; elle se plisse alors dans divers sens. Chez l'enfant et chez l'adulte, cette membrane, douée d’une élasticité plus grande, ne se ride point. L'âge et l’amaigrissement concourent donc également à la production de ces plis. M. Sappey fait observer que l’on a comparé à tort certains plis aux plis séniles. Ainsi, le développement de l’abdomen pendant une grossesse où une ascite, donne naissance à des éraillures. Sous le nom de vergetures, on les à de tout temps rapprochés des précédens. Suivant cet anatomiste, la cause, la lésion, l'apparence même, sont entièrement différentes, et les rapprocheraient plutôt des cicatrices. Cependant ajoutons que la peau distendue par une hydarthrose du genou ressemble, après la disparition du liquide, beaucoup aux plis séniles.

4° On observe, à la surface de la peau, des sillons que l’on dirait tracés avec la pointe d’une aiguille; très-développés à la plante des pieds et sur la paume de la main, le pouce les présente au plus haut degré. Ce sont généralement des courbes concentriques à concavité supérieure ; quelquefois ce sont des ovales, des ellipses concentriques, des spirales.

La surface interne de la peau présente de nombreuses inégalités. La peau a pour charpente un tissu fibreux très-serré. À mesure qu’il devient plus profond, sa trame se relâche, et lorsqu'il a pénétré dans le tissu cellulaire sous-cutané, il forme de vastes cellules dans lesquelles se loge le tissu adipeux. On voit par là comment la couche adipeuse fait partie du tégument dont elle forme la couche la plus profonde.

Les faisceaux fibreux qui partent de la profondeur du derme se comportent différemment dans les divers points du corps. A leur origine, ils s’entrecroisent de manière à donner naissance à une membrane qui porte le nom de fascia superficialis (feuillet externe). Puis, un peu plus écartés, ils reçoivent les pelotons cellulo-adipeux. Au niveau des aponévroses musculaires , ils s'entrelacent une seconde fois de façon à donner naissance à la lame plus profonde, le feuillet interne du fascia superficialis.

Quand les faisceaux fibreux se continuent avec l’aponévrose, il en résulte une fixité très grande de la peau, comme cela s’observe à la plante des pieds et à la paume de la main.

Quand le tissu fibreux se perd au milieu du tissu cellulo-adipeux, il n’y a qu’un feuillet dans le fascia superficialis.

La face profonde de la peau se trouve en rapport, comme ün sait, avec des organes variables; outre les aponévroses, elle peut être en rapport immédiat avec les os, les artères, les veines, les Iymphatiques, etc.

De tous ces rapports, l’un des plus importans est celui des muscles. Ces muscles dits péauciers occupent la tête et le cou, chez l’homme, mais dans une étendue bien plus considérable chez les animaux. L'insertion de ces muscles se fait quelquefois exclusivement atix tégumens. Les fibres musculaires se perdent ordinairement dans les fibres blanches du derme.

Dans l'intervalle des deux insertions musculaires se trouve comprise une couche de tissu adipeux qui participe au plissement de la peau, en raison même de sa position. Cette couche, quand elle acquiert une grande épaisseur, s’oppose au plissement de la peau, et ne permet plus qu’une faible contraction de couche musculaire sous-jacente.

De là cet autre fait, que les gens à beaucoup d’embonpoint ont une mobilité bien moindre des traits. Leur physionomie est moins expressive, et peut même être perdue à jamais (Sappey).

La peau n’a que peu de rapport avec le système osseux. La clavicule, l’épine de l’omoplate, le sternum, la rotule, le tibia, sont directement couverts, à l’urie de leurs faces, par la peau. La conséquence de ces rapports est pour ces os une extrême facilité à être fracturés ; de plus une douleur intense lorsque la peau qui les recouvre vient à être comprimée sur leur plan résistant. Les saillies osseuses contractent aussi des rapports assez fréquens avec la peau : telles sont les saillies de Particulation du coude, du genou, les épines du bassin. La plupart de ces éminences sont séparées de la peau par une bourse qui facilite les frottemens. Souvent ces bourses se forment dans des points anormalement exposés aux frottemens.

Les tégumens de la face et du crâne, des doigts et des orteils, sont les seules parties de la peau qui aient un rapport immédiat avec les troncs artériels. De cette disposition résulte une grande vitalité dans ces parties. D'autre part il émane de la peau un vaste réseau veineux et lymphatique qui chemine au-dessous du feuillet interne du fascia superficialis. Néanmoins, de tous les organes, ce sont ceux des sens et ceux de la génération qui ont lesrapports les plus intimesavec la peau. Ainsi, on admet qu’elle se prolonge du pavillon de l'oreille sur le conduit auditif; de

celui-ci sur le tympan; dés paupières qu’elle recouvre, elle sé continue avec la muqueuse lacrymale et conjonctivale ; du nez, dont elle constitue inférieurement une grande partie, elle se prolonge dans les fosses nasales, où elle se continue avec la muqueuse. Des bords libres des lèvres, elle fait suite immédiatement à la muqueuse labiale, dans la cavité buccale. C’est encore ainsi qu’elle se comporte à l'entrée du vagin, de l’urètre , autour de l’anus. Cette continuité directe du tégument externe avec le tégument interne se fait par une transition insensible de l’un à l’autre. Ce qui marque cette transition, c’est une adhérence plus forte du tégument externe aux couches sousjacentes. Or, ce caractère disparaît au tégument interne, qui est en ces mêmes points très lâchement uni.

$ IL. Structure de lu peau.

Deux couches superposées et d’inégale épaisseur constituent la membrane cutanée. La couche superficielle porte le nom d'épë derme ; la couche profonde, celui de derme ou chorion:

Le derme est essentiellement constitué par un tissu fibreuxélastique. Les papilles, les vaisseaux, les glandes, sudorifères, sébacées, pileuses, en constituent les parties accessoires.

Le derme ou chorion est la partie la plus épaisse et la plus résistante de la peau. C’est la gangue qui recèle les organes si variés qui se rendent à la peau. Supérieurement recouvert par l'épiderme, qui y forme une espèce de vernis, il est l’aboutissant des filets nerveux innombrables qui nous mettent en rapport avec le monde extérieur, et que cette couche superficielle sert à protéger.

Mais les conditions d'activité de ces tissus si variés reposent sur la présence d’humeurs qui les baignent et les préservent, en outre, des influences extérieures nuisibles.

Le derme est blanc, demi-transparent, lorsque les rayons luimineux, après l'avoir traversé, rencontrent une grande quantité de graisse, ils sont réfléchis en grande partie, et la peau paraît blanche; si ce sont des veines, les rayons sont absorbés, et la peau prend la teinte azurée , s'ils rencontrent des muscles, ils sont partiellement réfléchis, d’où une teinte mixte ; s’ils traversent des milieux transparents, ils peuveut être arrêtés soudain par une membrane , et la rétine en est un exemple. D’autres fois ils traversent de part en part un milieu, et révèlent, en léclairant, la nature de sa constitution. (Sappey).

Le derme a une épaisseur variable, mais toujours en rapport avec les usages des organes qu’ils recouvrent. Ainsi, dans les points où la peau est soumise à des pressions de quelque intensité, on la trouve d’une épaisseur de près de deux millimè: tres. Sur la jambe et la cuisse, autour des organes génitaux, la peau est très-mince. Le scrotum est transparent, comme on sait, quand on le regarde au jour vif. Ces régions étant normalement dépourvues de tissu adipeux, offrent beaucoup moins de variations individuelles.

L’épaisseur du derme dépend un peu de l’âge; sa résistance est aussi forte que celle des fibres tendineuses. Il est élastique; car, après avoir été distendu, il revient peu à peu à son premier état.

On peut développer la contractilité dans le derme sous l’influence de l'électricité. Cette propriété se développe lente ment et produit la chair de poule. Ou il faut changer la définition de la contractilité, où la propriété en question n'en est point ; ce serait alors un fait nouveau qui montrerait la pos-

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sibilité de mettre en jeu l’élasticité, sans fibre musculaire. Cette interprétation est la seule plausible.

. Quand on examine à l'œil nu le derme, l'impossibilité de distinguer les papilles fait apparaître des pertuis innombrables qui criblent la peau. Déjà nous avons signalé que la face inférieure du derme était formée par un réseau intriqué de fibres qui enveloppe le tissu adipeux.

Il est à remarquer que cette couche profonde revêt une texture qui, en beaucoup de points, la distingue complétement du derme. De là le nom de couche sous-cutanée appliqué aux membranes qui sont interposées au derme et aux muscles.

Les aréoles du derme offrent des dimensions variant suivant sa profondeur. D'autant plus larges qu’elles sont plus profondes, elles sont assez serrées vers le milieu du chorion, pour que la forme aréolaire en disparaisse.Contrairement à l'opinion de beaucoup d'auteurs, il n’y en a pas de trace au-dessous de l’épiderme. On a confondu les orifices glandulaires avec de prétendues aréoles : de là l'erreur. Sans aucun doute, les bulbes pilifères, qui sont logés dans une dépression de la peau, répondent à ces aréoles; mais ce rapport n’est pas visible à l’œil nu.

Des fibres de nature assez distincte entrent dans la composition du derme. D'abord on y remarque des fibres grêles, transparentes, solubles dans l’acide acétique : fibres de tissu .cellulaire. Indépendamment de celles-ci, on trouve encore des fibres de calibre irrégulier : fibres de noyau; puis une troisième espèce de fibres courtes , sinueuses, ou élastiques. Des trois variétés, la dernière est la plus rare dans la peau.

Parmi les dépendances du derme, la plus immédiate, celle qui fait corps avec cet organe, prend le nom de papille.

Les papilles consistent en de petites élévations qui couvrent la peau. Huschke les compare aux plis d’étendue variable du système cutané interne. Il faut observer de plus, qu’en raison de leur vie tout animale, ces papilles sont surtout de nature sensitive, tandis que les plis internes sont surtout doués de propriétés végétatives. Les papilles ont été découvertes vers le milieu du xvrr siècle, par Malpighi, qui les vit d’abord sur la langue, sur le pied du bœuf et chez les oiseaux, plus tard sur les lèvres et à l’entrée des narines, chez plusieurs mammiferes, et enfin chez l'homme sur la paume des mains et la plante des pieds. Puis, en les grossissant, il les observa sur la peau du bras, sur la région dorsale de la main ; il en conclut à l'existence générale des papilles sur toute la surface du derme, et à leur développenent proportionnel à la sensibilité de l’organe.

A la même époque, Ruysch décrivit les papilles de la face antérieure de la main, de la face inférieure du pied, à la surface du gland, à l'entrée des organes génitaux, au milieu du mamelon, chez la femme , aux lèvres. Le derme , arrivé à sa couche la plus élevée, se plisse et imprime ces duplications à la couche sus-jacente du réseau de Malpighi. De là naît le tissu papillaire, encore nommé corps papillaire.

La forme et le volume des papilles tactiles varient. Depuis Albinus, on en admet de deux sortes : les unes arrondies, les autres coniques ou filiformes. Les premières, plus généralement répandues et moins parfaites, sont le siége d’un toucher

vague et confus; les autres, qu'on ne rencontre qu’en certaines :

régions, sont celui d’un toucher fin et délicat, du véritable tact. Les papilles filiformes différent aussi, quant à leur nombre et à leur ténuité, de même que dans leurs rapports réciproques et leurs formes en séries. Les espèces variées passent de l’une à l'autre par des gradations insensibles. Sur la plus grande par-

tie du corps, les rondes font très-peu de saillie, et permettent par là à la peau de présenter une surface plane; à la conjonctive, à l’orifice utérin, elles deviennent plus saillantes, ainsi qu'aux lèvres génitales, buccales. Krause évalue leur hauteur à 1/30 de ligne, en moyenne. D'après Henle, les papilles du palais auraient 1/10 de ligne. Les plus longues sont celles du vagin et de la langue.

M. Sappey a tout récemment étudié les papilles, dans le but de vérifier les données de Malpighi et d’Albinus. À cet effet, il détacha les ongles d’une main par voie de macération; puis il chercha à découvrir les papilles sous-unguéales; peu s’en fallut, dit-il, qu’il n’en découvrit point.

La peau qui a macéré dans l’acide acétique convient le mieux à cette recherche. Dans ces conditions, les trois variétés de papilles sont très-aisées à reconnaitre.

Les trois ordres de papilles sont irrégulièrement disséminés à la surface du corps. Celles du second ordre sont dispersées en séries linéaires et parallèles sous les ongles. Celles du premier ordre sont disposées aussi en séries linéaires et parallèles, mais quelquefois curvilignes.

+ Voici la distribution des papilles selon Huschke, à partir du poignet :

Au commencement de la main les séries sont perpendiculaires, surtout entre les éminences thénar et hypothénar. Celles situées entre la ligne d'opposition et le pouce sont parallèles à cette ligne. Elles forment des lignes concentriques jusque pres de la seconde articulation de ce doigt, où elles prennent une direction presque transversale. Celles qui sont placées dans le sillon, entre les deux éminences, marchent vers l'indicateur; celles qui existent à l’hypothénar sont transversales, Les supérieures seules se rencontrent dans le sillon du creux de la main, formant un triangle avec d’autres semblables du creux dela main.

Entre les doigts les papilles forment des sinus où tourbillons. Le nombre des variétés de formes est illimité si, à l’exemple de certains anatomistes, on fait une espèce de chaque variété de groupement.

Purkinge a subdivisé de même les formes qu'affectent les séries de papilles au bout des doigts, et sa description est d’une rigueur géométrique.

A l'extrémité des doigts, les papilles décrivent des courbes paraboliques, dont la concavité est tournée vers la racine des membres. Au niveau des deuxième et première phalanges, ainsi que dans les régions palmaire et plantaire, leur direction est plus ou moins parallèle et transversale par rapport aux sillons de la peau.

D'après l'observation de Prochaska, chaque série de papilles du creux de la main et de la plante du pied se compose de deux séries plus petites, de papilles séparées par un sillon ; de sorte que les papilles sont disposées par paires, et que l’on trouve toujours deux rangées de papilles entre deux sillons voisins. Les deux rangées sont séparées à leur tour, par un sillon extrêmement superficiel qu’on peut cependant distinguer à l'œil nu, mais bien éclairé.

Dans le sillon intermédiaire aux papilles accouplées, viennent s'ouvrir des conduits des glandes sudoriferes.

Dans les papilles de la première classe, les plus grandes occupent le talon et la base du gros arteil. Celles des autres parties du pied, celles de la région hypothénar sont des papilles de moyenne grosseur. Les plus petites sont dansle creux de la paume de la main. Les papilles dun second ordre ou sous-unguéal sont

plus étroites à leur base que celles du premier, et beaucoup plus allongées; leur direction est verticale ; elles diffèrent très peu par leur volume. Les papilles du troisième ordre, en raison de leur peu d’élévation de la largeur de leur base, différant très peu entre elles, sont difficiles à reconnaitre.

Cette forme conique se retrouve beaucoup à la main et aux pieds. Les papilles sous-unguéales, en se rétrécissant à leur base, deviennent presque cylindriques; celles des membres, du tronc de la tête, en se renflant en haut, deviennent presque hémisphériques.

Les papilles sont composées de deux élémens principaux: d’une gaine ou enveloppe fibreuse, et de filets nerveux. L’enveloppe fibreuse n’est autre chose que le derme soulevé, et dont les fibres écartées livrent passage aux extrémités des nerfs. Ce n’est donc pas un étui, dirons-nous avec M. Sappey, mais une trame lisse et dense au dehors, aréolaire au centre.

Les filets nerveux, en se dirigeant de la base de la papille vers son sommet, décrivent une légère courbure. Puis là, les filamens se continuent en anses; de même que les valvules intestinales, multiplient les surfaces absorbantes, de même les papilles multiplient les surfaces sensitives.

Artères, veines et lmphatiques de la peau.

L’enveloppe cutanée est douée d’une grande vascularité. Cependant, tout récemment, R. Wagner a contesté les vaisseaux dans des points où tout le monde les admettait. Les papilles du toucher, d’après son opinion, présenteraient deux conformations tout à fait distinctes:

1° Les unes seraient purement vasculaires ; ce sont, d’après lui, ies plus nombreuses; elles sont formées par une enveloppe traversée par un filet vasculaire unique.

2° Les secondes espèces de papilles sont placées entre les premières. Elles ne recoivent pas elles-mêmes de vaisseaux ; elles contiennent un petit corps ovalaire qui y est enchàässé, comme un noyau dans sa cellule.

Le corpuscule du tact (Tastkôrperchen) est formé de membranes horizontalement superposées, et recouvertes par une menibrane striée finement.

Chaque fibrille nerveuse se divise avant d’arriver à l'extrémité papillaire en un grand nombre de branches dont chacune supporte un corpuscule. L'ensemble des effets produits sur un nombre donné de corpuscules, transporte à une fibrille unique, et par elle au cerveau, une impression unique.

Nous traiterons ailleurs cette intéressante question histologique.

Revenons aux vaisseaux en général. M. Sappey a communiqué à la Société de Biologie un ensemble de recherches:sur cette question, auxquelles nous emprunterons ce qu’il y a de plus saillant.

Les parties les plus éloignées sont les plus vasculaires. Les parties médianes, d’ailleurs, sont plus riches que les parties latérales.

Les occipitales, les frontales, les faciales, en s’anastomosant largement sur les parties médianes, viennent à l'appui de lopinion précédente.

De la région postérieure du tronc, cependant, ce rapport est inverse d’avec celui des parties latérales.

Autour des grandes articulations, la peau qui correspond au côté de l’extension, est plus riche en vaisseaux que celui du côté de la flexion. Les parties les plus riches en papilles sont aussi les plus vasculaires.

TNT.

Lorsque la peau est séparée des artères par d’épaisses couches musculaires, généralement sa vascularité est moindre ; lorsque l’artériole a traversé les couches sous-cutanées et qu'elle a pénétré dans la base de la papille, elle s'étale en aigrette ; celle-ci se termine par des capillaires veineux qui s’adossent aux vaisseaux artériels.

Eichorn a cru observer que les vaisseaux se distribuent inégalement dans le derme; de là, une couche vasculaire externe, interne et moyenne; la dernière serait la moins vasculaire des trois.

Les veines offrent un calibre plus développé que les artères ; elles sont sous-cutanées et forment, en s’anastomosant, des réseaux à mailles serrées. Leurs valvules sont nombreuses dans les points déclives, qui offrent aussi les parois les plus épaisses.

Les lymphatiques partent en grand nombre du derme, et leur multiplicité paraît en rapport avec celles des glandes et des nerfs, avec les sécrétions et la sensibilité; telle est la paume des mains, la plante des pieds. M. Sappey a vu ce réseau s’étendre du poignet à la pulpe des doigts, du talon à l’extrémité des orteils. Les organes génitaux n’en sont pas moins fournis ; lorsque le corps papillaire est moins développé, mais qu’il y a néanmoins beaucoup de glandes sébacées, comme le pavillon de l’oreille, les ailes du nez, le système lymphatique n’est pas moins abondant

Nous allons énumérer très succinctement le système glandulaire du derme. Commençons par les glandes sudorifères.

Purkinge, Wendt, Breschet et Roussel de Vauzène ont les premiers bien observé ces glandes : elles ont l’aspect d’un grain de sable suspendu à la face profonde du derme, par un filament ténu. C’est un tube pelotonné qui se redresse pour s'engager perpendiculairement dans les mailles du derme, puis se contourne en spirale pour s’ouvrir obliquement à la surface de l’épiderme.

La couleur de ces glandes est jaunâtre, ce qui les différencie des fibres blanches du derme. De plus, le séjour dans l’eau, en gonflant les tubes, les rend ternes, tandis que les fibres du chorion deviennent plus transparentes. Leur diamètre varie de 2 à 1/5 de millim.

Les grosses glandes sudorifères sont situées dans le creux de l’aisselle ; elles sont visibles à l’œil nu. Les replis nombreux sont la seule cause de leur dimension plus forte. Les petites glandes sudorifères ont à peine le dixième du volume des précédentes. Les grosses glandes de l’aisselle forment sous la peau une couche assez uniforme ; les petites glandes des autres régions sont irrégulièrement disséminées dans les aréoles de la face profonde du derme. Elles sont situées à toutes les profondeurs de l'épaisseur du derme

Le nombre des glandes a été évalué par Leuvenhœk et Eichorn.

Il paraîtrait que le nombre des glandes palmaires s'élève à près de 90,000. Tout récemment la sueur a été étudiée avec des soins particuliers, et pour la première fois on a opéré sur de grandes masses. M. Favre y a constaté l’existence d’un acide nouveau. De plus, la présence de l’urée, du sel marin, est venue rapprocher cette excrétion des larmes, de l’urine, et établit un rapport que la physiologie admettait a priori.

L'on se demande, en présence de ces conduits glandulaires si multiples, s’ils n’ont aucun rapport avec la transpiration insensible.

Il est excessivement difficile d'admettre que cette fonction

s'exécute à travers l’épiderme, quand on envisage son imperméabilité aux liquides. Alors que l’épiderme est traversé par un liquide, il perd tous ses caractères, il devient opaque, se ramollit. Il est donc plus sage d'admettre que la transpiration insensible est une sécrétion lente et minime des glandes sudorifères, sécrétion qui, par une suractivité circulatoire , devient plus abondante et par conséquent visible. On comprend, en effet, que le liquide, arrivé en trop grande quantité, ne puisse pas s’évaporer, comme il le fait à l’état normal. (Sappey.)

Glandes sébacées. La sécrétion de ces glandes est la matière grasse qui recouvre normalement la surface libre de la peau, en considérant ces glandes comme une simple dépression de la peau , terminée en cul-de-sac. Or, ces glandes consistent en un lobule dont les différentes divisions canaliculées se terminent dans un conduit excréteur.

Ces glandes sont situées dans les couches superficielles du derme; elles ne s'étendent jamais jusqu’à sa face profonde. On les trouve dans toutes les régions, excepté cependant à la paume des mains et à la plante des pieds. Elles sont remarquables par leurs dimensions au niveau de l’aile du nez. Au front, autour du mamelon, des organes génitaux de la femme, elles existent, mais moins volumineuses

Les glandes sébacées sont toujours supérieuresaux sudoripares. Ailleurs nous étudierons la structure de ces glandes et leur connexion intime avec les glandes pilifères.

Epiderme et dépendances.

C’est la couche supérieure de la peau. Cette lame superficielle et mince est transparente à la façon de certaines substances végétales dont elles partagent aussi les propriétés purement organiques.

Son épaisseur peut atteindre la moitié environ de celle du derme, comme à la face palmaire de la main, ou même les deux tiers, comme au talon. Des pressions, réitérées souvent et longtemps, peuvent considérablement développer cette couche. Dans les points autres que ceux mentionnés, l’épiderme n’équivaut qu’à la sixième partie de l'épaisseur du derme.

Nous avons déjà étudié la surface externe de l'épiderme, sous le titre de surface libre de la peau.

La surface interne de l'épiderme recouvre les papilles du derme et se moule sur elles. Il fournit en outre un prolongement à chaque follicule pileux, à chaque glande sébacée, à chaque glande sudorifère.

De cette disposition naissent à la face inférieure de l’épiderme des alvéoles et des prolongemens canaliculés. Les alvéoles sont aussi nombreuses que les papilles qui leur donnent naissance et auxquelles elles servent de gaines quand les papilles sont en séries linéaires; il en est de même des anfractus. Aux espaces inter-papillaires correspondent des saillies épidermiques.

Quels sont les rapports des prolongemens avec l’épiderme? Parvenu à l'extrémité libre des follicules pileux, l’épiderme se réfléchit pour s'appliquer sur leurs parois, et descend jusqu'à la partie inférieure du poil où il se termine, en contractant avec celui-ci une intime adhésion; de cette disposition , résulte que toute la partie du poil contenu dans le derme est entourée d’une gaine épidermique. Grâce à cette circonstance on peut, après avoir détaché l’épiderme par macération, soulever un poil du

DES SENS

derme sans léser le bulbe, et en laissant l’épiderme intact.

En détachant sur un cadavre en voie de putréfaction l’épiderme des couches sous-jacentes, on enlève de même les glandes sébacées avec leurs dépendances, surtout au niveau des narines, du front, etc.

Quand on a fait séjourner un doigt, par exemple, pendant 24 heures dans l’acide acétique, on voit, en soulevant doucement l’épiderme, une quantité prodigieuse de tractus, fins comme des fils d’araignée. En exerçant une traction on rompt les gaines au niveau du derme: ce sont les gaines épidermiques des glandes sudoripares.

L’épiderme ne reçoit aucune division nerveuse ; c'estun produit exhalé par les capillaires sanguins du derme, et déposé sur la surface de cette membrane à l’état liquide. Ce liquide, en se condensant, revêt une forme très nette, et qui est constituée par des cellules superposées. Par leurs formes particulières, ces cellules ont recu d’Henle, le nom de cellules en pavé ou pavimenteuses, ou épithélium pavimenteux.

.… L'absence de nerfs dans cette couche en explique l’insensibilité; l'absence de vascularité propre le met dans un groupe de tissus à part.

Mascagni prétendait que l’épiderme n’était qu'un plexus capillaire lymphatique. Les lymphatiques occupent l'épaisseur du derme, dont la couche la plus superficielle les recouvre constamment. L'idée de faire de l’épiderme un produit organique n’est pas moins fausse. Les cellules ont une vitalité propre, qu’atteste leur évolution.

L’épiderme s’exfolie d’une manière insensible. D’innombrables pellicules peuvent s'accumuler dans des conditions morbides, d’où naît un aspect farineux où furfuracé à la surface de la peau. Quand cette exfoliation se produit sur le cuir chevelu, avec une certaine abondance, elle s'étend parfois jusque dans la cavité des bulbes pileux, etjusqu'’à la racine des cheveux. Alors ceux-ci tombent au moindre attouchement.

Détaché du derme et exposé à l’air, l’épiderme desséché devient plus dense, plus élastique et légèrement jaunâtre.

Lorsqu'on le met pendant quelque temps dans l'eau tiède, il blanchit et perd sa transparence. Le fait s’observe surtout dans les points où il n’y a pas de glandes sébacées. De là, il est aisé de conclure au rôle que joue le produit de sécrétion de ces glandes. D'autre part, c'est sur ces mêmes points que l’on rencontre le plus grand nombre de glandes sudoriféres. Celles-ci, très multipliées , rendent la souplesse aux nombreuses papilles qu’elles entourent, et par une autre conséquence de l’ensemble de ces rapports, ce sont les points les plus aptes à percevoir les impressions du tact, qui sont le plus dépourvus de matiere grasse.

L'action de l’eau bouillante détache l’épiderme du derme, en même temps que les canaux excréteurs des glandes sudorifères se rompent.

Sur le vivant, ce contact produit une accumulation de sérosité sous l’épiderme. Sur un lambeau isolé, les phénomènes ne se passent pas ainsi. L’épiderme se gonfle et blanchit; l’immersion prolongée dans l’eau froide, blanchit également l’épiderme et le gonfle.

Il double et triple d'épaisseur, s'étend en surface, après avoir pris une opacité complète, il se détache, au bout d’un temps variable, en conservant l’empreinte du derme.

La flamme le brûle comme la corne et répand une odeur

analogue.

L’acide nitrique le colore en jaune, le ramollit et le convertit

en une pulpe jaune. L’acide sulfurique peut le dissoudre ou seulement le brunir, suivant que l’on prolonge le contact ou non.

La soude et la potasse le dissolvent.

Corps muqueux.

Malpighi observe qu’en séparant l’épiderme du derme, par une macération suffisamment prolongée, on sépare l’épiderme en deux lames distinctes. C’est à la lame profonde qu’il a donné le nom de corps muqueux. Il l’appela aussi réseau muqueux, parce que, dans les circonstances où il avait opéré, cette couche avait pris artificiellement un caractère réticulé. Mais il n’y a pas là de réseau, puisqu'il s’agit d’une lame continue, répandue sur les papilles aussi bien que sur les sillons inter-papillaires.

Sans aucun doute sa couche sur le sommet des papilles est plus mince; maisil n’est point perforé; Malpighi, par son procédé, abandonnait au sommet des papilles la couche qui les recouvrait. La lame profonde de l’épiderme ainsi interrompue, offrait des pertuis au niveau de chaque papille. M. Sappey plonge un lambeau de peau pendant vingt-quatre heures dans un mélange égal d’eau et d’acide acétique. L’épiderme se détache ; mais ses deux James restent unies. Au bout de huit jours de séjour dans ce mélange,les lames se séparent assez souvent. Les deux lames n'ont pas une égale épaisseur : la lame supérieure est beaucoup plus mince que la seconde.

La surface interne du corps muqueux est creusée de petits enfoncemens, qui reçoivent les papilles ; elle offre les prolongemens glandulaires.

La surface externe reproduit celle du derme. De cette opposition dans la conformation résulte un aspect gaufré très remarquable. Le corps muqueux appartient aux ongles comme à l’épiderme : il recouvre les papilles du derme, après l’ablation de l’ongle par voie de macération ou d’arrachement.

Le pigment ou matière colorante de la peau constitue une partie du corps muqueux. Depuis l’albinos, qui en est dépourvu, jusqu’au nègre, auquel l'accumulation de pigment donne sa couleur, il existe des variétés infinies de couleur, et par conséquent des variétés dans la quantité de pigment accumulé. Le pigment est constitué par des èellules particulières, qu'on nomme cellules pigmentaires.

C’est un produit exhalé des capillaires du derme. Des hypothèses sans nombre ont été émises sur la nature du pigment ; néanmoins il démeure acquis que le pigment du nègre n’est point du carbone précipité par le liquide de la transpiration, comme le voulait Blumenbach, carbone qui, chez les blancs, se transformerait en acide carbonique. C’est encore moins le produit de sécrétion de l'appareil hypothétique, que Breschet et Roussel nommèrent chromatogène.

Le pigment peut se régénérer si le derme n’a pas été alléré trop profondément. Pechlen et Gordon disent que chez les nègres les cicatrices sont blanches et noircissent plus tard ; lorsque l’altération du derme a été avancée, la cicatrice reste indéfiniment blanche.

Le chlore le pâlit, les acides minéraux le décomposent. Berzélius y a reconnu du fer, qui existe décidément dans toutes les matières colorantes.

Des ongles. Ce sont des produits épidermiques, qui revétent

chez l’homme la forme d’écailles blanches, élastiques, transparentes.

Ces lames sont enchässées dans le derme qui revêt la face dorsale et la dernière phalange des doigts et des orteils. Elles ne recouvrent que les deux tiers inférieurs de la phalange. L'ongle se moule sur le derme, comme celui-ci se moule sur l'os.

On distingue à l’ongle trois parties : une racine, un corps, une extrémité libre.

La racine est enchâässée dans le derme; elle est inégale en haut, et recouverte dans cette partie par un repli cutané. Adhérente de ce côté à ce repli, elle adhère au-dessous au derme qui recouvre le dos de la phalange unguéale.

La longueur du corps de l’ongle dépasse au moins trois fois celle de la racine. Elle est délimitée en haut par le repli qui couvre toute la racine, et en bas le sillon qui sépare l’ongle de la pulpe des doigts. Sa face postérieure est libre. On y remarque 1° des stries longitudinales plus ou moins apparentes; une coloration rouge en bas, blanche en haut. On nomme lunale l’espace comprise entre une courbe à concavité supérieure qui délimite la portion blanche et l'extrémité de la racine. Convexe à leur face externe, les ongles sont concaves à la face interne, où ils sont parcourus par de nombreux sillons répondant aux papilles. La partie libre est séparée de la pulpe des doigts par un sillon demi-circulaire, dans le fond duquel on voit le derme s’engager sous l’ongle.

Le derme, arrivé à la rencontre de l’ongle, descend un peu sur la face dorsale; puis, après avoir atteint le quart de sa longueur, il se réfléchit sur lui-même debas en haut, en revenant au bord supérieur de la racine. Au-dessus de ce bord il subit une seconde réflexion, passe sous la racine, y adhère, puis sous le corps de l’ongle auquel il adhère plus intimement, et se conti nue avec le derme de la pulpe des doigts. Ce repli cutané a recu” le nom de matrice de l'ongle.

Béclard et Blandin pensaient que l’épiderme se continuait directement par-dessus l’ongle. D’après Lauth, il resterait appliqué sur le derme.

Voici l'opinion de M. Sappey, qui est généralement adoptée aujourd’hui : l’épiderme, parvenu à la partie inférieure du repli cutané qui recouvre la racine, se prolonge un peu sur le corps de l’ongle, se réfléchit ensuite pour s'appliquer à lui-même, puis à la face profonde du replis que décrit le derme, et s’identifie avec le bord supérieur de la racine. Sur les côtés et à la partie inférieure, il se continue avec l’ongle. Cette opinion était déjà celle d’Albinus, qui avait vu également que le corps muqueux est en rapport immédiat avec l’ongle. Il descend, comme l’épiderme, jusqu’à l’origine du corps de l’ongle, se réfléchit de même de bas en haut, et remonte jusqu'à son bord supérieur ; elle ne se continue pas avec l’ongle, comme l'épiderme, mais le contourne en passant sous la face adhérente de celui-ci, recouvre toutes les papilles sous-unguéales, puis se continue latéralement et inférieurement avec la partie des doigts.

Le mode d’accroissement des onglesn’estpasencorebien connu.

Mais il est certain qué c’est la partie blanche du derme qui seule le sécrète d’arrière en avant ou de haut en bas.

Il nous reste à dire quelques mots du système pileux, dont la nature est essentiellement épidermique. Ce système est constitué par des filamens qui naissent dans le derme. Comme précédemment, nous aurons à considérer une surface sécrétante glandulaire, et un produit sécrété, le poil.

Le follicule pileux est logé dans l'épaisseur de la peau qu'il

traverse obliquement ou perpendiculairement à sa surface. Lorsque le follicule renferme un poil rudimentaire, son extrémité ne dépasse pas la face interne du derme. Lorsqu'il contient un poil plus développé, il dépasse cette face, et s'avance dans le tissu graisseux sous-Cutané.

Une étude histologique des glandes et de leur produit ferait ressortir combien l’analogie est grande, entre les poils, les ongles et l’épiderme.

Le système pileux n’est pas également répandu à la surface du corps: la peau du tronc et des membres en est recouverte ; seulement ils y sont moins pressés que sur le cuir chevelu, etc. La paume de la main et la plante des pieds seuls en sont exempts. Le système pileux est réparti partout, comme on voit, mais il acquiert un développement variable.

Le nombre des poils qui végètent à la surface du corps est à peu près le même aux divers âges, dans les deux sexes, chez tous les individus, et probablement aussi dans toutes les races humaines, mais le nombre de ceux qui passent de leur première à leur seconde période est tres variable.

Chez l’homme, le cuir chevelu est en quelque sorte le siége spécial du système pileux. Il résulte de là, que cet organe est peu apte au tact, soit parce que la présence des poils émousse la sensibilité, en dérobant la peau aux impressions directes des agens extérieurs, soit à cause de sa forme.

Les cheveux sont à la fois flexibles et élastiques. Une extension graduelle les allonge; ils ne reviennent pas tout à fait à leur longueur primitive. Les cheveux peuvent devenir électriques, et fournir des étincelles par le frottement.

Ce phénomène très bien constaté sur le pelage du chat, de la vache, etc., est aussi vrai pour l'homme. Certains hommes présentent ce phénomène avec une étonnante facilité; le seul passage

-d’un peigne dans les cheveux, ou des mains font jaillir des milliers d’étincelles.

Les poils attirent l’humidité ; en s’humectant ils augmentent de longueur; sous l’influence d’un air sec ils se raccourcissent. Cependant il est bon de dire que ces influences sont assez limitées.

La couleur des cheveux varie avec l’âge, les individus, le climat; elle est en harmonie avec celle de la peau. Bichat a fait ressortir combien les médecins, et aujourd’hui les hommes du monde, prêtent d'attention à ces couleurs pour juger du moral des personnes.

Bichat a également invoqué la longueur et la direction de nos cheveux à l'appui de l'opinion qui soutient notre destination essentiellement bipède ; car dans l'attitude quadrupède ils n’auraient pas seulement pour inconvénient de trainer à terre et de s'opposer au déplacement des membres antérieurs, ils s’étendraient comme un voile au devant des organes de la vision, et rendraient toute lomotion impossible. — Chez les mammiferes, tous les poils arrivent à une évolution complète. Au lieu de recouvrir certaines régions plus ou moins limitées, ils recouvrent toute la périphérie de leur corps.

C’est un second manteau protecteur. Remarquons en passant que la crinieère de certains animaux, la queue, ont une position qui en fait pour eux un ornement comme pour l’homme, parce que leur situation, relativement à la station de ces êtres, est la même que la nôtre.

De plus, la nature, en les exposant aux injures des temps, des saisons, des ennemis, à entendu les protéger physiquement, aux dépens mémes de cette sensibilité qui serait devenue pour eux

DES SENS

une source de mal plutôt que de bien. L'homme, sans être désarmé physiquement, grâce au développement de son intelligence et à ses progrès à travers l'humanité, a remédié à cette nudité, aux dépens de ces animaux mêmes. Grâce à ces ressource sque son esprit met chaque jour à profit, il multiplie sans cesse ses conquêtes dans le domaine de la nature, s'appropriant et s’assimilant tout ce qui peut devenir pour lui une source de bien-être.

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