‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 108 sur 470 · MOYENS PROPRES A ENGOURDIR LA SENSIBILITÉ ET DIMINUER LA DOULEUR · texte numérisé non relu

MOYENS PROPRES A ENGOURDIR LA SENSIBILITÉ ET DIMINUER LA DOULEUR

A toute époque, les chirurgiens ont senti l'importance d'engourdir la sensibilité soit de l'organisme en général, mais plus particulièrement de la partie sur laquelle on opère. Divers moyens ont été tentés pour obtenir ce résultat.

1° Narcotiques. Les plus employés ont été l’opium, la jusquiame et la belladone, administrés à l’intérieur ou appliqués entopiques. L'usage de ces médicaments est aujourd’huitombé, avec raison, en désuétude. Leurs effets, très-insuffisants pour éteindre la douleur, sont, en outre, dangereux sur l’ensemble de l'organisme qu'ils plongent dans un état de désordre, ou, en quelque sorte, de disgrégation fonctionnelle, dans un moment où il est si essentiel que le calme et la synergie des fonctions se maintiennent dans leur état le plus normal.

2° Compression. De tout temps les chirurgiens, si ce n’est comme usage habituel, du moins dans certaines circonstances impérieuses, ont été induits à faire comprimer par divers moyens les principaux troncs nerveux. Toutefois, James Moore a tenté de convertir ce précepte en une méthode d'application générale, là où la compression est possible. On se rappelle le malade auquel Hunter amputa la jambe par ce procédé. La section des chairs ne fut pas sentie, et le malade ne se plaignit que de la section de l’os et de l'application de la dernière ligature artérielle, après la compression enlevée. D'après le témoignage de ces chirurgiens, la sensibilité et le mouvement, anéantis pendant un long temps par le fait de la compression, se rétablissent en quelques minutes aussitôt qu’elle a cessé. Sans nier ce résultat, sur lequel cependant une expérience suffisante n’est pas encore acquise, en nous rappelant les vives douleurs qui accompagnent le retour de la sensibilité dans les compressions accidentelles un peu prolongées du grand nerf sciatique, nous demanderions jusqu’à quel point ce brusque mouvement fluxionnaire sanguin et nerveux serait sans danger à la surface d’une large plaie opératoire et dans la disposition générale de l'organisme chez le malade ? Évidemment, c’est à l’expérience à prononcer.

Pour le #embre abdominal en particulier, Moore avait fait fabriquer un compresseur à deux pelotes liées par un arc métallique et mues par une vis de rappel, dont l’une comprimait le nerf sciatique et l’autre le crural. Pour appliquer cet instrument, analogue à celui de Dupuytren, la pelote postérieure doit être posée en dehors de la tubérosité sciatique, sur une ligne horizontale, tirée au-dessous du grand trochanter, le gros tronc nerveux se trouvant comprimé en ce point où il se réfléchit sur l’attache du carré crural. La pelote antérieure poscrait sur l’arcade crurale un peu en dehors de l'axe des vaisseaux, de ma-

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nière à comprimer le nerf crural et l'artère à leur passage, en évitant, du moins autant que possible, d’oblitérer la veine fémorale située en dedans de l'artère, de manière à intercepter la communication nerveuse et la circulation artérielle, tout en permettant la circulation veineuse en retour. Du reste, c’est plutôt en théorie que l’on peut se proposer d’obtenir ces effets; en pratique, on n’y parvient que très-imparfaitement. Comme dans tous les cas où, pour satisfaire à plusieurs indications, on n'en obtient précisément aucune, l'instrument, posé de cette maniere, est peu efficace, se déplace facilement et gêne dans les manœuvres. Quelque parti que l’on prenne quant à la compression nerveuse sciatique, loin d’y soumettre la compression artérielle, si essentielle dans les opérations, nous conseillerons toujours d’en faire le but principal et un fait distinct, la certitude de se rendre maître du cours du sang passant avant toute autre considération,

Pour le #7embre thoracique, le compresseur de J.-L. Petit, dont ja pelote comprime en travers au-dessous du tendon du grand pectoral, suffit dans la plupart des cas. Cependant, quelque soin que l’on apporte à contourner la face interne du bras, les deux nerfs cutanés, le médian et le cubital, sont seuls comprimés ; mais le radial échappe nécessairement par sa profondeuren arrière. La pression, du reste, ne peut être longtemps maintenue, à cause de l’oblitération inévitable des grosses veines, moins la céphalique; et, pour engourdir suffisamment la sensibilité, il serait impossible de la maintenir une heure et demie avant l'opération, comme on a pu le faire pour le membre abdominal dans le cas cité plus haut.

En résumé, si la compression nerveuse, comme disposition préparatoire aux opérations, ne mérite pas l’oubli complet dans lequel elle est tombée, du moins n'est-elle pas sans inconvénients. Il est à remarquer qu’on l’opère, quoique incomplétement, et sans y songer, en comprimant l'artère principale, eu égard aux troncs nerveux qui l’accompagnent. Quant à la compression nerveuse opérée avec intention, aussi exactement qu’il est possible, on peut s’en servir au besoin, comme d’une ressource, chez les sujets très-irritables et d’une vive sensibilité.

3° Moyens auxiliaires. Quelque valeur que l’on accorde à la compression, il faut convenir néanmoins, avec MM. Sanson et Bégin, que les moyens les plus certains sont ceux qui tendent à abréger plutôt qu’à diminuer la douleur, c’est-à-dire l'excellence du tranchant des intruments, la légèreté, la prestesse et la précision des manœuvres du chirurgien, et le talent dont il fait preuve à distraire son malade.

Rappelons, seulement pour le mentionner, l'emploi du magnétisme animal, qui, au rapport de M. Jules Cloquet, lui aurait parfaitement réussi chez une femme amputée du sein. Enfin, ce n’est que dans l'enfance de la chirurgie où, pour éviter la douleur, on avait pu songer, dans les amputations, à couper à travers les parties sphacélées, comme l'ont fait, dans l’antiquité, Paul d’Égine, et, à la renaissance, J. de Vigo et F. d’Aquapendente.

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