HÉMORRHAGIE CAPILLAIRE
Après la ligature de toutes les artères qui fournissent le sang en saccades, il est assez commun que ce liquide continue de suinter pendant quelque temps des très-petites artères et des capillaires. Cette espèce d’hémorrhagie, qui s'étend rarement à toute la surface, tend à cesser d’elle-même dans la première heure par la rétraction qui résulte de la section elle-même et du dégorgement des vaisseaux par le fait même de l'écoulement ; ordinairement elle n’est pas assez forte pour empêcher d'appliquer l'appareil. Au suintement de sang succède une exsudation de lymphe coagulable; puis, sur des tissus serrés déjà par la rétraction, survient le gonflement inflammatoire, qui, en comprimant circulairement les vaisseaux et gonflant leurs parois, s'oppose à tout nouvel écoulement. Néanmoins, cette espèce d’hémorrhagie continue quelquefois avec une certaine abondance chez deux espèces de sujets placés dans des conditions inverses. Chez les uns, pléthoriques, Jeunes et vigoureux, causée par l’exaltation de la circulation, elle est salutaire, tient lieu d’une saignée, et doit même au besoin être arrêtée par la phlébotomie; sur les autres malades, au contraire, précédemment très-affaiblis et chez lesquels le sang n’exsude que parce qu’il est devenu trop fluide, l’hémorrhagie cause des inquiétudes d'autant plus fondées, que le sujet lui-même est moins en état de supporter une émission sanguine.
Les moyens de suspendre l’hémorrhagie sont assez nombreux. Leur mode d'action, sans cesser d’être physiologique, est plus spécialement caractérisé par un effet purement mécanique ou physico-chimique, ou par tous les deux à la fois. Tous ont pour effet d'augmenter la tonicité, ou, en d’autres termes, de déterminer une constriction dont l'effet se gradue des plus faibles aux plus énergiques. Les uns agissent sur la température et l’état hygrométrique des tissus; ce sont : l’exposition à l'air, les lotions et les réfrigérants. D’autres déterminent la striction par un effet physico-chimique; ce sont : les astringents et les styptiques ou cathérétiques. Un troisième effet, purement physique, est l’étanchement produit par les absorbants. Un dernier effet, purement chimique, est la destruction par les caustiques.
1° Exposition à l'air avec lotions froides. Ktancher soigneu-
sement la surface de la plaie avec une éponge imbibée d’eau
froide; alternativement laisser tomber le liquide d’une cer-
taine hauteur, de manière à produire comme une petite dou-
che, et maintenir ensuite l’éponge quelque temps appliquée
sur la surface; de temps à autre, quand il en est besoin, renouveler cette lotion en laissant, pendant les intervalles, la plaie exposée à l'air, garantie seulement, par une simple compresse, de toute impureté qui pourrait venir du dehors. Pourvu que le suintement ne soit pas assez considérable pour nécessiter d'urgence l'emploi de moyens plus énergiques, continuer ainsi jusqu’à cessation complète. L'hémorrhagie se tarit ordinairement en quelques minutes, un quart d'heure ou une demiheure; mais chez les malades affaiblis elle force souvent d'attendre trois, quatre ou cinq heures.
2° Réfrigérants. Sous ce nom sont comprises les aspersions et les lotions d’eau de o à + 4 degrés, les applications de compresses trempées dans ce liquide, les lotions avec les mélanges vaporables d’eau alcoolisée, éthérée ou camphrée, ou enfin l'application de vessies remplies de glace pilée, dont alternativement on réitère ou suspend le contact sur les parties pour éviter leur congélation. Il est clair que, par la soustraction du calorique, les réfrigérants ralentissent la circulation des parties sur lesquelles on les applique, et par conséquent leur emploi est contre-indiqué toutes les fois qu’il existe ou que l’on peut redouter une phlegmasie aiguë, provoquée ou exaspérée par le moindre refroidissement.
3° Astringents, slyptiques et cathérétiques. On s’en sert en poudre ou en solution. Les plus usités sous forme pulvérulente sont l’alun et les substances végétales, noix de galle, écorce de chêne, racine de bistorte, etc., qui renferment le tannin. Parmi les agents employés en solution se distinguent : les sulfates de fer, de zinc, de cuivre, d’alumine et de potasse constituant l’alun lui-même; les acides étendus, le nitrate d'argent, l’eau de rabel, l’eau de créosote et les liqueurs hémostatiques que nous citons pour mémoire, les auteurs n’en ayant pas donné la composition. Ces divers moyens demandent à être employés avec une certaine réserve, la striction brusque qu'ils déterminent pouvant être suivie d’une vive congestion.
4° Absorbants. Sous ce nom sont comprises toutes les substances molles, spongieuses, susceptibles de s’imbiber de sang, ou des poudres inertes pouvant former avec ce liquide une
sorte de magma solide. La toile d’araignée, l’agaric de chêne, l'éponge fine et sèche, la charpie râpée, sont de la première espèce ; la poudre de gomme arabique, la fibrine séchée et pulvérisée, les résines et en particulier la colophane, appartiennent à la seconde. Les substances de forme membraneuse peuvent être employées seules; mais les poudres, pour être appliquées, nécessitent l'intermédiaire d’une surface membraneuse ou filamenteuse, agaric ou charpie, auxquelles elles adhérent.
Les absorbants, faciles à trouver partout et peu dangereux dans leurs effets, sont très-communément usités. Toutefois, les avantages et les inconvénients de chacun d’eux motivent ou restreignent leur usage pour chaque cas déterminé. L’agaric s'emploie pendant le cours des opérations, et convient trèsbien comme moyen temporaire ; laissé à demeure, au contraire, il sèche et forme des plaques solides trés-adhérentes qui blessent et arrachent les tissus, et sont une cause de récidive d'hémorrhagie. La toile d’araignée, encore plus adhérente, forme comme un tégument solide, et par cela même est presque réservée pour panser après l'excision des tumeurs cancroides à la face. L'éponge ne peut être aussi abandonnée sans inconvénients; elle sèche, reçoit dans ses canaux les bourgeons vasculaires qui s'élèvent de la plaie, et ne peut plus être enlevée qu’en parcelles par une sorte d’excision, comme il est fréquemment arrivé à Dupuytren. Les gâteaux de charpie, imprégnés de colophane qui se méle et sèche en magma avec le sang, se transforment en une masse à mille pointes solides, qui tiuille et irrite les tissus, Reste donc, pour le plus grand nombre de cas, la charpie molle et räpée, dont l'usage est le plus ordinaire, De tout ce qui précède il résulte que les absorbants ne conviennent en général que pour les premiers temps : les moins offensifs sont les meilleurs; mais comme ils sont aussi les moins efficaces, il est bon d’aider à leur emploi par une compression modérée.
5° Caustiques. Le nitrate d'argent est presque le seul dont on fasse usage pour les hémorrhagies capillaires sur une petite surface; mais, quand l'écoulement est un peu considérable, on a recours au cautére actuel, dont l'emploi est décrit plus haut.
QUI SE PRATIQUENT EN VUE D'UN OU DE PLUSIEURS ORGANES GENERAUX ÉLÉMENTAIRES OU TISSUS.