EXCROISSANCES ÉPIDERMIQUES
Ces excroissances sont de quatre sortes : cor, oignon, durillon, et verrue, distinguées entre elles d’après des causes de production et une structure différentes. Les trois premières affectent spécialement le pied et surtout la face dorsale des articulations des orteils où elles sont le résultat de la pression et du frottement des chaussures trop étroites. On les décrit comme sielles n'intéressaient que l’épiderme ; c’est bien effectivement cette enveloppe qui constitue l’excroissance ; mais ce qui rend sa reproduction si prompte, c’est que la végétation épidermique ne fait que traduire une contusion de la peau, toujours affectée en dessous, et, proportionnellement au volume de l’excroissance, plus ou moins tuméfiée, durcie et injectée par le développement d’un réseau vasculaire très-fin, La verrue se distingue par sa production spontanée, sans frottements, à la surface de la peau, principalement dans ses portions les plus vasculaires exposées au contact de l'air, sur les mains, au visage, etc.
Cor. Excroissance en forme de clou, à base superficielle, large et aplatie, avec une pointe mousse, ou sommet qui s’enfonce en profondeur dans le corps de la peau, et souvent au delà jusqu’au périoste et aux enveloppes fibreuses articulaires. Dur, proéminent, hygrométrique, il se compose d’épiderme épaissi, peu adhérent avec l’épiderme voisin dont il se détache par arrachement, même à l’état sec, en procédant avec lenteur, ou mieux encore gonflé par l’eau dont il s'imbibe après un bain. En apparence inorganique et formé seulement de couches de mucus concret superposé à la longue, par la pression, dans les frottements, il donne lieu, au-dessous de lui, à la formation d’une petite bourse synoviale sous-cutanée analogue à celles qui se rencontrent sur toutes les saillies osseuses et tendineuses. C'est là proprement le kyste séreux, et, en cas d'attrition, l’ampoule sanguine, signalés par Laforest.
On l’opère par excision, cautérisation et extirpation,
A. Excision. Gonfler et amollir le cor par un pédiluve, puis, avec un bistouri convexe, ou mieux des ciseaux courbés sur le plat, à lame courte, enlever en dédolant ou en pressant avec les ciseaux les couches supérieures centrales et le bourrelet de circonférence, jusqu’au corps de la peau, distinct par sa sensibilité et sa couleur d’un rose vif, et à la surface duquel, avec de l'habitude, on arrive précisément sans l’intéresser. La base étant enlevée, reste la racine centrale, unique ou multiple, uniformément blanche ou parsemée de points noirs, que l'on essaye d’arracher à petits coups en soulevant un bord avec la pointe de l'instrument. Mais ordinairement cette tige centrale, dure et très adhérente, exige pour s’ébranler une nouvelle imbibition, L'opération terminée, il reste une surface lisse d’un rouge vif, d’où, il faut le dire, ne tarde pas à repulluler une nouvelle excroissance, parce que le corps même de la peau est malade.
B. Cautérisation. C'était un moyen trop dangereux pour une incommodité aussi légère que l'application du feu, soit par un morceau de bois ou de charbon enflammés (Avicenne), une goutte de soufre fondu (Gui de Chauliac), ou un petit moxa de toile d’araignée (Laforest). La seule cautérisation usitée est celle par le nitrate d’argent, ou une goutte d’acide nitrique déposée comme un point sur la racine avec le bec d’une plume.
C. Extirpation (Procédé de Dudon). Le malade étant assis, le pied lavé, convenablement éclairé par la lumière naturelle ou artificielle et posé sur le genou droit de l'opérateur, assis plus bas en face, celui-ci commence par détacher lentement en circonférence la base du clou avec un poinçon carré, dit quadrille. Dès que le bord est un peu décollé, il le saisit avec des pinces à disséquer, et le déchausse par une pression lente
avec un poinçon rond ou aplati à bord émoussé, dit furet ou navette, les deux instruments étant tenus comme une plume à écrire. En procédant avec méthode, on parvient à isoler le clou en entier sans causer de douleur ni faire saigner. Cette dernière considération est loin d’être sans importance ; il y a des exemples d'accidents nerveux et inflammatoires formidables, survenus à la suite d’une petite opération de cette nature, où les parties avaient été longtemps titillées et dilacérées par des instruments piquants. Le danger en dernier lieu est dans l'extraction de la racine, souvent très-profonde. Si on éprouve trop de difficulté à l’isoler, il vaut mieux remettre la fin de l'opération à un autre jour. La racine étant enlevée, s’il existe en dessous une petite tache brunâtre douloureuse, on prescrit de toucher le fond avec le nitrate d'argent; ce précepte, dans tous les cas, nous paraît convenable pour une maladie peu connue dans sa nature, et aussi sujette à repulluler.
L’extirpation est le procédé employé de préférence pour enlever les cors, si douloureux, situés entre les orteils. C’est celui dans lequel on a le plus de confiance pour la cure radicale ; toutefois, l'expérience apprend que la guérison sans récidive est très-rare, et survient plutôt d’elle-même avec le temps, en cessant toute compression par l'usage de chaussures trèslarges.
DurirLox Er Oienon. Le durillon est une simple plaque épidermique peu épaisse, en regard des points de pression, au talon, à la surface du coussinet sous-métatarsien ou sur l’un et l’autre bord du pied. Plus épais et formé de feuillets épidermiques superposés, il prend par analogie de texture le nom d'oignon. Ce dernier adhère au corps de la peau injecté et tuméfié au-dessous. Le traitement des deux est le même que pour le cor; ordinairement on se contente de les exciser avec le bistouri ou les ciseaux, ou de les limer avec la pierre ponce, la peau de chagrin ou une lime fine.
Verrus. La verrue est plutôt une maladie de la peau qu'une simple excroissance épidermique. Rugueuse, inégale, ridée, multi-lobulaire et fendillée à sa surface; en profondeur on la trouve formée de couches épidermiques inégales, revêtant le chorion épaissi qui envoie dans l'épaisseur de l’épiderme des prolongements fibreux et vasculaires. La verrue naissante n’est presque qu'épidermique; au contraire, la verrue ancienne dans les parties très vasculaires, comme le nez, tourne à l'état de tissu érectile. On en obtient la guérison par ligature et par les mêmes procédés indiqués pour les autres excroissances, isolément ou simultanément. 1° Ligature. Klle se fait avec un fil de chanvre ciré, un fil de soie ou un fil métallique ; ce procédé est long, douloureux et infidèle. 2° 4rrachement. Pratiqué avec un instrument tranchant, c’estune modification de l’excision : de toute autre manière il est trop incomplet. 3° Excision etextirpation. On la pratique avec le bistouri, le grattoir ou les ciseaux, en enlevant couche par couche ; ce procédé se combine avec le suivant. 4° Cautérisation. Ce n’est que dans les cas où l’excroissance a pris le caractère fongueux, érectile ou cancéreux, dégénérescences qui surviennent à la longue par des excitations réitérées, que l’on peut avoir recours à l'emploi du cautère actuel ou des caustiques. Pour la verrue ordinaire, on cautérise avec la potasse caustique, le nitrate d'argent ou l'acide nitrique, comme il a été dit plus haut. Le procédé le plus ordinaire est l’excision réitérée suivie à chaque fois de la cautérisation avec le nitrate d’argent. Mais surtout comme pour toutes les petites tumeurs à la peau, nœvrmaterni, boutons fongueux ou cancroïdes, etc., dans lesquels
se développe facilement l’élément vasculaire, il faut éviter de les irriter trop fréquemment par un enlèvement incomplet, qui les excite à repulluler et en facilite la dégénérescence.
ABCÈS SOUS-ONGUÉAL,
Pour donner issue à une collection purulente développée sous un ongle, on l’amincit en râclant par couches successives avec un grattoir ou un éclat de verre, en regard du centre du foyer jusqu’à le réduire à une simple pellicule que . l'on ouvre obliquement avec la pointe du bistouri. Le liquide s'écoule immédiatement et il s'évacue en entier par une légère pression. Le même procédé s'applique à l'extraction des corps étrangers, une épine, une écharde, etc., enfoncés accidentellement sous l’ongle.
HYPERTROPHIE ONGUÉALE.
L’accroissement immodéré de l’ongle est assez commun chez les vieillards. Comme état morbide, il accompagne certaines affections chroniques ou une diathèse générale, scorbutique, scrofuleuse, etc. Quand l’altération est générale, les ongles ne sont qu’épaissis, gonflés, opaques et cassants; il suffit de les limer et de les égaliser avec soin. Plus ordinairement, à part les cas de maladies de la peau, si l’affection est partielle, un ou deux ongles seulement sont envahis et surtout au pied, ceux du premier, du second ou du cinquième orteil se développent en une masse gris-verdâtre, feuilletée, plus ou moins irrégulièrement incurvée en dessous et de côté à la manière d’une corne d'animal, d’un demi-pouce à plusieurs pouces de longueur (Rouhault). On scie ce prolongement au niveau ordinaire avec une scie d’horloger, on enlève avec des tenailles incisives les masses proéminentes (Dupuytren), et on égalise à la lime la surface amincie.