‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 129 sur 470 · CHIRURGIE DENTAIRE · texte numérisé non relu

CHIRURGIE DENTAIRE

dent; le crochet est abaissé sur l’autre face assez bas pour que la dent puisse être fortement saisie. Rarement, pour les dents antérieures, est-il besoin d’inciser les gencives, excepté lorsque la couronne manque presqu’en entier, cas qui rentre dans le mode d’extraction des racines, L’instrument, appliqué en posion, est saisi à pleine main, le pouce appliqué sur la tige du crochet qu'il maintient fixement sur celle dn panneton, maintenue elle-même entre les quatre derniers doigts. La dent fortement saisie, une inclinaison lente d'avant en arrière, dont on augmente au besoin l'effort en faisant basculer l’instrument sur l'indicateur de l’autre main, on opère, sans fracture de l’alvéole, la luxation de la dent qui est promptement suivie de son avulsion. L’inconvénient du tirtoir tel qu'on le fabrique est d'offrir une vacillation latérale de la tige du crochet qui nuit à sa fixité; c’est pour y obvier que nous avons creusé la tige du panneton d'une gouttière dans laquelle est reçue la tige du crochet. (PI. 26, fig. 24.)

2° Avec le davier, Ce instrument est celui de tous dont l’application est la plus générale, ce qui revient à dire qu’il convient plutôt pour les cas exceptionnels, lorsqu'il y a aux dents une perte de substance qui empèche l'emploi des autres instruments. Le davier à mors droits rend la luxation difficile, la dent ne pouvant étre tirée que directement. Toutefois, quand les racines sont peu longues, comme pour les incisives supérieures, Laforgue recommande l'usage de la pince des horlogers. Le davier à mors courbes sur le plat, facilite davantage la luxation par le mouvement de bascule qu’il permet sur l’autre main, avantage qui généralise son emploi à l'extraction des racines de toutes sortes, En général, comme le davier est une pince, il faut prendre garde de trop presser ses branches dans la main droite, de crainte de couper la dent avant son extraction.

L'extraction des dents incisives présente généralement peu de difficulté. Il en est de même des canines de la mâchoire inférieure; mais il faut mettre beaucoup de précaution à l’extraction des canines de la mâchoire supérieure, vu l'extrême longueur de leur racine qui se fracture facilement. Leur luxation est le temps le plus difficile; on a conseillé de l'opérer avec la clef; cependant elle s'effectue sans trop de difficulté avec le tirtoir : l'essentiel est d’agir méthodiquement, et sans trop de précipitation.

Extraction des racines des dents. (PI. 26.)

Cette opération est beaucoup plus complexe que l'extraction des dents complètes. Suivant que la racine est plus ou moins longue, pourvue ou non d’un fragment de la couronne, saillante à l'extérieur ou enfoncée profondément, vacillante ou fixe; suivant aussi que l’alvéole et les gencives sont molles ou fermes, qu’elles laissent une cavité largement évasée, ou rétrécie et recouverte par des fongosités, le choix du procédé et de l'instrument est si variable que l’on ne peut donner à ce sujet que des préceptes généraux.

Les racines des vingt dents antérieures doivent s’enlever avec le tirtoir; néanmoins, si la racine est trop profonde pour être atteinte par le crochet, on peut l’ébranler préalablement avec le levier (Fig. 1), et on l'extrait avec un davier aigu. Les racines des dents grosses molaires, quand elles sont isolées et vacillantes, s’enlèvent facilement avec le davier (F ig. 1). Quand les racines isolées sont fortement encastrées, on les ébranle d'abord avec le levier en langue de carpe. Enfin, pour les dents grosses molaires, lorsque la dent, quoique privée de sa

couronne, présente encore une prise suffisante au crochet, sauf à déchausser la gencive, on doit se servir de la clef comme pour la dent complète. Mais quand les racines sont entières et que la dent privée de sa couronne est encastrée dans les gencives, on à recours à l’élévatoire pyramidal (Fig. 2). On insinue sa pointe entre deux racines, et, par un mouvement combiné d’élévation et de torsion, en prenant appui sur les dents saines au-devant, préservées par l’interposition d’un morceau de liége, ou mieux sur les doigts de la main gauche, on en opère la luxation en arrière et en dehors, et, si elle n’est point extraite immédiatement, on la saisit avec le davier.

Extraction des dents hors de rang. (PI. 25.)

Par défaut d’espace ou par un vice de développement, il n'est pas rare qu'une ou plusieurs dents se présentent tout à fait hors de rang, saillantes en dedans vers la bouche ou en dehors vers les lèvres. Cet accident est commun chez les personnes dont les arcades des os maxillaires proéminentes sont rétrécies en ellipse, les vingt dents antérieures de remplacement n'ayant pas trouvé, lors de la seconde dentition, après la sortie des grosses molaires, des courbes assez étendues, comparativement à leur volume, pour se placer régulièrement dans leur lieu. D'après cet énoncé théorique, on concoit que l’irrégularité dans la série curviligne des dents, commune aux deux mâchoires, est toujours chez le même sujet, plus prononcée au bord alvéolaire supérieur qu’à l'inférieur, et que la déformation augmente avec le retard apporté à l'apparition de chaque dent. La premiére incisive est la mieux placée; la seconde se dévie obliquement, et ordinairement c’est la canine, dont la place est prise par le rapprochement des petites molaires, qui se porte tout à fait en arrière ou en avant du bord alvéolaire.

Quand le sujet est encore un enfant qui n’a pas pris toute sa croissance, comme on doit espérer un plus large développement des arcades alvéolaires, on s’en remet au temps, sauf à surveiller par intervalles pour graduer à mesure le redressement avec la plaque et les liens. Si le sujet est adulte, on essaie encore le redressement, comme il a été dit plus haut, pour peu qu'il y ait un intervalle en regard que l’on puisse augmenter avec lenteur par le rapprochement des dents voisines. Reste donc, comme nécessité d'extraction, le cas où, le bord alvéolaire étant complet, serré, et toutes les dents voisines très-saines, une seule dent se dirige en arrière ou en avant, gêne ou blesse la langue ou les lèvres, et nuit à la prononciation. Quelle que soit la dent à extraire, incisive, canine ou petite molaire, si elle est placée sur le contour extérieur du bord alvéolaire, on l'extrait facilement avec le tirtoir; mais si elle est placée sur le contour intérieur, et surtout si elle est peu saillante et n’offre

pas suffisamment de prise, on la luxe avec le levier, auquel on substitue le davier pour l’extraire.

Extraction des dents de lait.

En général, la chute des dents de la première dentition doit être abandonnée à la nature. Chacun sait que, lorsqu'une dent est chassée du fond de l’alvéole par celle qui doit lui succéder, le moindre effort avec le doigt ou la traction par une anse de fil suffisent pour l’arracher. Les cas motivés d'extraction sont la carie ou un retard trop considérable à la chute de la dent qui force celle de seconde dentition à sortir dans une direction vicieuse. Ordinairement, le davier suffit pour extraire ces sortes

de dents : on emploie le tirtoir, si elles paraissent devoir offrir trop de résistance,

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