VACCINATION
Cette opération, la plus simple de toutes, est en même temps la plus utile. Non-seulement tout chirurgien doit savoir la pratiquer convenablement, mais encore il doit connaître parfaitement l’histoire du bouton qui donne le vaccin, les différentes manières de conserver ce dernier à l’état solide ou liquide, et les caractères physiques du fluide lui-même. Cette dernière considération acquiert une nouvelle importance par l'opinion qui s'établit aujourd’hui de la nécessité de rajeunir le vaccin en le reprenant à sa source première.
CARACTÈRES PHYSIQUES DU VACCIN. Le vaccin est un liquide incolore, transparent, inodore, visqueux. Exposé à l’air, il se dessèche d’abord très-promptement sans perdre sa transparence. Dans cet état, on peut le mélanger avec l’eau; il s’y dissout sans perdre ses propriétés. Le contact de l'acide carbonique et celui de l'air longtemps prolongé le décomposent. M. Husson a tracé les caractères auxquels on reconnait qu’il est de bonne qualité : 1° Une gouttelette de vaccin prise entre les doigts file comme un sirop. 2° La lancette, appliquée à plat sur un verre où un bouton qui en présente, y adhère assez pour offrir une résistance sensible. 3° Un bouton étant piqué, le liquide ne sort qu'avec beaucoup de lenteur. 4° 11 prend la forme d’un globule sphérique. 5° 11 se dessèche rapidement, et
forme à l'extrémité de la lancette un grumeau en apparence gommeux. 6° Répandu sur l’aréole du bouton, il forme un enduit brillant d’un aspect demi-vitré, ayant un reflet presque argenté, semblable aux traces que laissent après elles les limaces, 7° Desséché sur la peau, il la tiraille, et, si on la distend dans divers sens, le vaccin se fendille par petites écailles, comme le ferait un enduit de gomme arabique, 8° Le vaccin se mêle difficilement avec le sang. s
Examen microscopique. Sous le microscope, à un grossissement de deux à trois cents diamètres ou plus, le vaccin tout frais et bien fluide n'offre d’abord qu'un aspect homogène d’une masse cristalline et glutineuse; mais, après quelques instants, lorsqu'une partie de l’eau commence à s'évaporer, il s'y opère un retrait, et il semble alors formé d’un lacis de filaments cylindriques dont l’apparence est celle d’un réseau ou filet d’anastomoses de petits vaisseaux d’un volume égal. Partout, sur les bords, il se fait des prolongements filiformes, terminés par un renflement cylindrique en raquette. Nous ne rapportons ici que pour mention ces caractères distinctifs que nous avons reconnus au vaccin, nous réservant d'y revenir avec tout le développement que comporte un sujet aussi intéressant, en traitant de l’histoire des fluides dans l’histologie.
CONSERVATION Du vaccin. Les conditions à remplir sont de soustraire le plus complétement possible le vaccin à la triple influence de l’oxigène atmosphérique, de la lumière et de l’humidité, causes ordinaires de sa décomposition. Néanmoins ces trois conditions ne sont pas toujours exigibles au même degré, La nécessité des précautions à prendre, dépend surtout du temps qui doit s’écouler entre l'extraction du vaccin et son emploi.
Conservation pour le jour méme. On se contente d’en charger les /ancettes, La piqüre faite au bouton, on en imprègne la pointe sur une face, puis sur l’autre; on laisse dessécher le liquide à l'air, et, pour empêcher qu'il ne soit essuyé par les châsses, on en maintient l’écartement par un corps étranger. Un seul bouton fournit du vaccin pour huit ou dix lancettes. Il est prudent de ne faire qu’une seule piqüre avec chaque pointe.
Conservation pour plusieurs jours. (Plaques de verre). Üne série de piqüres étant faites à la circonférence du bouton, essuyer le liquide en y appliquant la surface de deux plaques de verre d’un pouce carré d’étendue; puis accoler l’une à l’autre les deux surfaces enduites, luter le contour avec de la cire blanche, et envelopper le tout d’une feuille de plomb ou d’un papier noir, pour préserver le vaccin du contact de la lumière.
Conservation pour plusieurs mois. x Plaques de verre (procédé de Jenner). L'illustre inventeur de la‘vaccine se servait de deux plaques de cristal parfaitement planes et polies; mais, au centre de l’une d'elles, était une petite fossette de capacité à recevoir tout le vaccin que peut fournir un bouton. Il remplissait cette cavité, et, en faisant glisser l’une sur l’autre les deux plaques, il renfermait ainsi le vaccin dans un espace privé d'air, et en assez grande quantité pour qu'il püt rester fluide; il lutait ensuite les bords des deux plaques comme nous l'avons dit plus haut, Pour employer le vaccin, les deux surfaces n'étant accolées que dans une faible étendue au pourtour de la fossette, il suffisait de tourner en sens inverse les deux plaques pour rompre leur adhésion. Ce petit appareil,