‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 132 sur 470 · VACCINATION · texte numérisé non relu

VACCINATION

aussi commode qu’ingénieux, nous semble assez utile pour en conseiller l’usage à tous les chirurgiens dans les campagnes; il offre l'avantage de pouvoir transporter partout le vaccin dans son état de liquidité et sans qu'il ait subi d’altération. On achèverait de rendre ce moyen d’un effet sûr en taillant les bords des plaques en biseau de la surface externe vers l’interne, de manière qu'il résultât de leur juxta-position, une rigole circulaire qui recevrait la matière emplastique destinée à empêcher l'introduction de l’air; on enduirait d’un vernis noir la surface externe des plaques; enfin, pour les empêcher de se disjoindre accidentellement, on pourrait les maintenir par un collet métallique reçu dans des entailles pratiquées dans le cristal. Avec ces légères modifications, nous pensons que l’appareil de Jenner ne laisserait plus rien à désirer.

2° Tubes. Laisser sécher à l’air le vaccin à la surface de la piqüre; dès qu'il est solide, détacher les petites plaques qu'il forme et les enfermer dans un tube de verre où un tuyau de plume dont on lute les extrémités. Pour s’en servir comme de tout vaccin sec, l’étendre dans une gouttelette d’eau sur une plaque de verre. Ce procédé, qui laisse encore le vaccin en contact avec un assez grand volume d’air, est grossier et peu sûr; néanmoins il peut être utile, vu sa facile exécution. Du vaccin ainsi conservé a pu servir pendant plusieurs mois; mais évidemment les plaques de verre sont préférables , surtout dans

le procédé de Jenner qui permet une trés-longue conservation du vaccin.

Conservation indéfinie (Tubes de verre fermés aux deux bouts.) L'objet de ce procédé est de soustraire complétement le vaccin fluide à toutes les causes de décomposition.

1° Procédé de M. Bretonneau. Cet habile chirurgien, dont le procédé est employé par tous les comités de vaccine, fait usage de petits tubes de verre fusiformes de six lignes de longueur sur une demi-ligne de diamètre, à parois trés-minces; les extrémités de deux à trois lignes de longueur chacune, effilées en capillaires le plus déliés possible. Les tubes étant ouverts et libres dans toute leur étendue, pour les remplir on pique la surface d'un bouton de vaccin ; lorsque la gouttelette commence à se former, on lui présente, par son extrémité la plus effilée, le tube couché horizontalement; le liquide monte dans l'intérieur. Lorsque la première gouttelette a été absorbée, on offre le tube à une seconde, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu'il soit plein. On conçoit que la même extrémité doit toujours être offerte au vaccin ; car si, l'opération déjà commencée, on présentait l’autre extrémité, l’air intérieur ne pouvant s'échapper, il n’y aurait point d’absorption produite. Une circonstance retarde quelquefois la réplétion des tubes: c’est lorsqu'un intervalle de temps un peu trop considérable s'étant écoulé entre l'aspiration d’une gouttelette à une autre, le liquide a eu le temps de se concréter à l’orifice capillaire d'entrée. IL suffit, dans ce cas, de casser une demiligne environ de l’extrémité pour que l'absorption reprenne de nouveau. Lorsqu'enfin il ne manque plus qu'une ligne pour qu'un lube soit plein, on saisit entre le pouce et l'indicateur l'extrémité par laquelle a été introduit le vaccin, et, sans cependant risquer de la briser, on la comprime assez pour empêcher le liquide de refluer; on approche alors, pour la fermer, l’autre extrémité d’une bougie en ignition, et on abaisse la main avec promptitude dès que le verre est en fusion. La même opération, répétée à l’orifice d'entrée, donne un pareil résultat. On comprend de quellé nécessité il est, pour sonder les extrémités du

tube , qu’il ne soit pas tout à fait plein, par l'obstacle que le T. VI

liquide ou la tension élastique de sa vapeur opposerait à la fusion et au rapprochement des parois du verre. L'opération terminée, on renferme ces tubes en plus ou moins grand nombre dans un tuyau de plume rempli de poussière de charbon, pour prévenir les chocs et garantir de la lumière. Le vaccin conservé par ce procédé peut être transporté aux distances les plus éloignées, et employé avec succès après plusieurs années, Pour s’en servir, il suffit de casser les deux extrémités du tube et de recevoir sur une lame de verre le fluide pur, limpide, et tel qu'il a été aspiré du bouton vaccinal,

2° Procédé de M. Fiard. n’est autre que le précédent un peu modifié dans l’appareil. Le tube de M. Fiard est capillaire, a trois pouces de longueur, ouvert d’un côté et terminé à l’autre par une boule de renflement semblable à celle d’un thermomètre, Pour s’en servir, il suffit d’échauffer légèrement la boule terminale avec la main, la chaleur de la bouche ou de toute autre manière; une portion de l'air dilaté s'échappe: présentant alors l'extrémité ouverte à la gouttelette de vaccin et laissant refroidir la boule, il monte dans le tube une quantité de liquide proportionnée à la différence de tension entre la chaleur artificielle appliquée et la température ambiante. Ce procédé, qui n’est que la copie de celui de M. Bretonneau, lui est, quoi qu'on en puisse dire, très-inférieur; il laisse mal à propos le fluide renfermé dans le tube avec une masse d'air proportionnellement considérable, qui peut en déterminer l’altération couche par couche, et augmente inutilement le volume de l'appareil.

Ivocurariox. On inocule le vaccin par quatre procédés :

1° Frictions. Pratiquées avec rudesse avec un linge imprégné de vaccin, jusqu’à déterminer l’excoriation de l’épiderme ; procédé très-long, fort douloureux, d’un effet peu sür, et avec raison complétement abandonné,

2° Vésicatoire. Employé d’abord pour mettre à nu le réseau de Malpighi, ce moyen, vanté d’abord par Osiander, a tous les inconvénients reprochés aux frictions, et, de plus, est fréquemment suivi d’ulcération.

3° Incision. Ce n’est qu’une scarification de l'épiderme, entre les lèvres de laquelle on insinue un fil chargé de vaccin. Elle réussit mieux que les deux moyens précédents ; mais elle effraie davantage que les piqüres, et n'offre pas comme elles plusieurs chances pour le succès, outre qu'avec toute la dextérité possible, il est presque inévitable qu’elle ne porte son action trop loin et ne donne lieu à une plaie saignante.

4° Piqure. C’est en fait le seul moyen employé, vu la facilité et la promptitude de son exécution, le peu de douleur qu’il cause, et le succès presque constant dont il est suivi.

fnstrument. Une lancette trés-aiguë est généralement usitée; néanmoins, il existe à cet effet une aiguille spéciale d’acier, d’or ou de platine, dont une face présente une dépression

en gouttière qui se charge d’une plus grande quantité de vaccin.

Préparation du vaccin. Si Von vaccine de bras à bras, piquer un bouton ; ilapparaît une gouttelette qui se forme avec lenteur. Quand on a plusieurs enfants à vacciner et que l’on ne peut disposer que d’un seul bouton, il ne faut le piquer qu’au fur et à mesure du besoin, pour éviter la dessiccation du vaccin. Si on

emploie du vaccin desséché, on le fait dissoudre avec soin dans la moindre quantité d’eau froide qu'il est possible. Enfin, dans le cas où le vaccin est renfermé dans un tube, on casse les deux extrémités de ce dernier; puis, en soufflant légèrement par un bout avec un tuyau de paille ou un chalumeau trèsdélié, on fait tomber le liquide sur une lame de verre, où on le prendra pour inoculer. On peut encore, en rayant le verre à sa partie moyenne avec le tranchant d’une pierre à fusil, un diamant ou l’angle d’une lime, diviser le tube en deux moitiés égales qui forment deux petits godets dans lesquels on puise facilement le vaccin avec la pointe de l'aiguille,

Lieu d'élection. On peut vacciner sur toute partie quelconque de la peau. Néanmoins le bras, à sa face externe, est Le lieu d’élection ordinaire comme étant facile à découvrir et moins exposé aux frottements. Pour multiplier les chances de succès, on fait plusieurs piqüres, ordinairement trois à chaque bras, séparées par des intervalles d’un pouce environ; cette distance est nécessaire pour que les aréoles des boutons ne se confondent

pas.

Procédé opératoire. Tout étant disposé, la personne que l’on doit vacciner, assise ou debout devant l’opérateur, celui-ci saisit et maintient sous son aisselle gauche la main du côté où il doit opérer; puis, sa main gauche appliquée sur la face postérieure du bras, il circonscrit ce membre en amenant de chaque côté le pouce et les doigts en avant, pour déterminer la tension des téguments en sens inverse. Saisissant alors l’aiguille ou la lancette, avec le pouce et le médius de la main droite apposés sur la rosette, tandis que l'indicateur appuie sous le talon, 1l trempe légèrement la pointe de l'instrument dans le vaccin de manière à ce qu’elle n’en retienne qu'une très-petite quantité, la présente à la peau dans une situation parallèle ou légèrement oblique, et l’insinue sous l’épiderme, Il importe, en pratiquant la piqüre, de ne pas traverser le réseau muqueux, qui ne doit être qu’effleuré; la blessure des capillaires serait suivie d’un écoulement de sang qui pourrait rejeter le vaccin hors de la plaie. La ponction terminée, on laisse séjourner l'aiguille pendant quelques secondes, en lui communiquant de légères oscillations pour imprégner la plaie de vaccin, puis on la retire. Quelques personnes, après la sortie de l'aiguille, appuient immédiatement le pouce sur la plaie pour accoler l'épiderme soulevé. Nous pensons que cette manœuvre est mauvaise en ce qu’elle a le plus souvent pour effet d'exprimer le vaccin audehors, ce qui amène un résultat inverse de celui qu’on voulait obtenir; il est plus convenable d'abandonner la plaie à ellemême. La première piqüre effectuée, on pratique les autres de la même manière, en essuyant à chaque fois l'aiguille et la chargeant de nouveau vaccin. Lorsqu’enfin toutes les piqûres ont été faites, on doit les laisser sécher pendant quelques instants avant de laisser retomber les vêtements, dont le frottement pourrait enlever le vaccin encore humide.

L'inoculation terminée, les piqüres n’exigent plus aucun soin; il est inutile d’y appliquer aucun appareil : seulement on doit les préserver du frottement des corps lanugineux ou de linges trop grossiers ; il est bon aussi que la circulation ne soit pas génée par des vêtements trop serrés. ”

La vaccination peut se pratiquer dans toutes les saisons; l’âge n’est pas moins indifférent. M. Husson a vacciné avec un égal succès des enfants nés depuis quelques heures et des vieillards décrépits. L'âge de deux mois néanmoins est le plus favorable, au point que, suivant le même auteur, la vaccine ne manque pas alors son effet une fois sur cinquante, Enfin, les maladies

légères de l'enfance ne sont pas des contre-indications nécessaires pour l’inoculation du vaccin, et, dans les cas d’épidémie variolique, on devrait pratiquer cette opération même sur les sujets affectés de maladies aiguës.

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