SANGSUES
L'emploi des sangsues exige certains soins et comprend plusieurs petites opérations : le choix de ces annélides, leur application et 1es moyens ultérieurs d’accroitre ou de suspendre l’hémorrhagie.
Choix des sangsues. On doit préférer celles de grosseur moyenne; les grosses sangsues sont généralement peu vivaces et tombent fréquemment sans avoir opéré de piqüres. Les pettes mordent volontiers; mais leur piqüre n’est pas suivie d’un écoulement de sang assez abondant. Du reste, les caractères les plus favorables sont le luisant de la peau, la force, la souplesse, la rapidité des mouvements, et surtout l’obstination avec laquelle les sangsues cherchent à piquer le doigt qui les saisit.
Nombre. La quantité de sangsues que l’on doit appliquer dépend du siége de la maladie, de son étendue, et par conséquent du volume de sang que l’on doit ou que l’on peut évacuer. Comme élément de ce problème, variable, dans tous les cas, au jugement de l'opérateur, il est bon de savoir quelle quantité moyenne de sang fournit une sangsue. On l’a évaluée à deux ou trois gros, approximation assez exacte en tant qu'elle comprend et le sang absorbé par l’annélide et celui qui coule de la piqüre. D'après M. Moquin-Tandon, une sangsue aspirerait un poids de sang égal au sien. M. Vernière a modifié cette évaluation. Selon cet expérimentateur, une sangsue officinale petite absorbe deux fois et demie son poids ou cinquante grains ; une sangsue moyenne, deux fois son poids ou quatre-vingts grains; enfin une grosse sangsue, un poids égal au sien ou quatre-vingts grains. Le terme moyen de ces trois dimensions donne soixante-dix grains ou sensiblement un gros de sang pompé par chaque sangsue pendant le temps de la succion. Quant à la quantité de liquide fourni par la piqüre, sans tenir compte des termes extrêmes entre les piqüres non saignantes et celles au contraire où l’écoulement, trop abondant, fait hémorrhagie, en terme moyen on peut considérer chaque plaie comme donnant lieu à un écoulement de sang qui est une fois et demie la quantité absorbée par la sangsue, ou un gros et demi. En ajoutant cette somme à l’autre, deux gros et demi représenteraient définitivement le poids de sang évacué par chaque sangsue; ce qui fait sensiblement une once pour trois de ces annélides : d’où on conclut que pour produire par ce moyen une évacuation équivalente à une saignée de trois palettes, il faut poser de vingt-cinq à trente sangsues. Ces données, au reste, ont été fournies par l'observation sur l'adulte ; en raison de la différence d’activité de la circulation capillaire à des âges opposés, on conçoit que, pour une même quantité de sang évacué, le nombre de sangsues devrait être diminué d'environ un tiers pour l’enfant et la femme, et augmenté de la même proportion pour le vieillard.
Lieu d'apposition. En principe général, on applique les sangsues sur toute l'étendue de la surface cutanée, aux orifices des membranes muqueuses, et même, dans certains cas, à une profondeur de quelques pouces dans les canaux qui s'ouvrent à la peau, la cavité buccale, le rectum, le vagin et le col de l'utérus. Cependant, il est certaines parties dont on doit les écarter avec soin: de ce nombre sont les trajets connus des artères, des veines et des nerfs d’un certain volume. M. Richerand a vu la lésion de l'artère temporale superficielle, et M. Dupuytren celle de la veine jugulaire externe, suivre la piqüre d’une sangsue. Nombre de praticiens ont rencontré des malades chez lesquels de vives douleurs, résultat de la lésion des nerfs, reconnaissaient la même cause. Excepté le cas où le chirurgien agit à dessein, et, par conséquent, avec les précautions convenables, on doit également prévenir l'introduction d'une ou de plusieurs sangsues par l’une des ouvertures naturelles, cet accident pouvant donner lieu à de graves hémorrhagies. 11 est facile d'y obvier préalablement en bouchant mécaniquement l’orifice, comme l’a fait Brunninghausen, avec une mèche de linge huilé.
Préparation de la peau. Les sangsues prennent d'autant plus vite, que la peau sur laquelle on les applique est plus mince, fine et molle, et au contraire ne mordent pas du tout sur une peau sèche et äpre, ou recouverte d’un épiderme rugueux et épais. Il est donc convenable de disposer la peau à recevoir les sangsues : pour cela, on la rase; on la lave avec de l’eau