SANGSUES
tiède simple ou sucrée, pour l’'humecter et en enlever les impuretés : on y attire le sang par desfrictions.
APPLICATION. 1° 4 la surface de la peau. S'il ne s’agit que de poser deux ou trois sangsues, on les présente une à une ou en bloc. Chaque sangsue, tenue par sa ventouse anale, entre le pouce et l'indicateur, est offerte à la peau par l’autre ventouse. Ce procédé est très long et réussit mal, rien ne contraignant l’annélide à piquer; mieux vaut les offrir une à une dans un tube assez étroit pour qu’elles ne puissent se retourner, la ventouse orale dirigée vers l’orifice libre, en les poussant avec un corps étranger.
Si l’on doit les appliquer en grand nombre, on les réunit par groupes de six à huit dans des verres à liqueur à bord cireulaire évasé, dont le fond est garni de linge pour les empêcher d’adhérer. On renverse ensuite le verresur la peau, où elles ne tardent pas à prendre en masse. Le mieux est de laisser déborder le linge au dehors; en tirant sur ses bords lorsque le verre est renversé, les sangsues se trouvent appliquées. On emploie également un linge seul, mouillé, pour ne pas assécher les sangsues. Enfin on se sert aussi avec avantage d’une petite capsule en fil d'argent, nommée pose-sangsues, sous laquelle ces annélides témoignent une grande vivacité. — Quel que soit celui de ces petits appareils dont on fasse usage, en en répandant sur la surface plusieurs à la fois, que l’on fait contenir par des aides, on fait prendre ainsi en quelques instants trente à quarante sangsues sur les points mêmes sur lesquels on veut qu’elles s’'attachent. Ces petits soins peuvent sembler puérils, mais ils ont cependant une grande importance pratique; chacun sait en effet qu’une application de sangsues trop prolongée entraîne parfois les plus graves inconvénients, tels que le refroidissement de la partie sur laquelle on opère, l’irritation et la fatigue du malade, et amènent souvent les résultats les plus funestes.
29 A l'intérieur des cavités muqueuses. On a souvent besoin d'appliquer les sangsues dans une cavité plus ou moins profonde, soit, à l'œil, la face intérieure des paupières; dans la bouche, les gencives, les amygdales ou tout autre point de la surface; dans le rectum, en regard de la prostate ou sur un point quelconque des parois, jusqu’à une hauteur de cinq à six pouces; dans le vagin ou au col de l’utérus. S'il ne s’agit que d’en poser un petit nombre, une, deux ou trois, la nécessité de limiter le point de succion a fait imaginer d’enfermer la sangsue dans un tube creux ouvert à ses deux extrémités, soit un étui ou une carte roulée. Læfler et Brunninghausen ont imaginé des tubes de ce genre en verre avec un piston dont on sesert pour faire avancer la sangsue et la dégager en retirant le tube lorsqu'elle a piqué.
Pour appliquer à la fois un grand nombre de sangsues dans les cavités, on se sert d’un spéculum dont l’orifice libre est dirigé suivant le point où doivent être posées les sangsues : au sommet, si l’on agit directement comme sur le col de l’utérus, etsur le côté, quand on agit sur une paroi.
SOINS consécuTiEs. Dès que les sangsues ont piqué, on doit, pendant un certain temps, les laisser agir, et pour cela les recouvrir d’un linge humide, en évitant toute pression qui pourrait les gêner ou des manœuvres inutiles qui les inquiètent et les font se détacher prématurément. Il convient aussi de maintenir chaudement la partie malade, dont l’exposition prolongée à l’air a souvent les plus graves inconvénients. Dès ce moment, le rôle du chirurgien doit être de surveiller les effets produits: ils se rapportent à trois temps.
TouVE
1° Chute des sangsues. Quand on a posé un grand nombre de sangsues, il en est toujours quelques-unes qui tombent presque immédiatement ; d’autres succèdent à de courts intervalles. On doit donc de temps en temps aller avec précaution à la recherche de celles qui se sont détachées, en ayant garde de communiquer le moindre mouvement à celles qui sont en travail. Après vingt minutes ou une demi-heure au plus, l'effet que l’on attend est complet. La plupart des sangsues tombent d’elles-mêmes. Comme toutes les piqüres sont produites, et qu’il ne s’agit plus que d’en faciliter le saignement, pour éviter au malade la fatigue de dérangements trop fréquents il vaut mieux hâter la chute des plus paresseuses, en petit nombre, qui restent encore. On a conseillé, à cet effet, de les saupoudrer de diverses substances irritantes, le sel, la cendre, le tabac. Mais, pour ne pas fatiguer le malade, il est bien préférable de les faire lâcher directement par la pression de l’ongle sur leurs ventouses orales, la main étant glissée sous la couverture.
2° Saignement. Après la chute des sangsues on facilite le saignement des piqüres par des embrocations, des lotions tièdes, des fomentations ou des cataplasmes émollients. Si l’on veut obtenir une quantité de sang un peu considérable, il faut avoir soin d’enlever de temps en temps les caillots. A l’aide de ces moyens, le sang continue souvent plusieurs heures de couler en nappe. Cette évacuation est nécessaire, et produit même plus d’effet que celle qui a lieu pendant le temps de la succion. Dans le cas où l’écoulement se tarirait trop tôt, on peut y suppléer par la ventouse à pompe que l’on fait agir sur une étendue considérable par autant de cloches simples répandues sur la surface. Au besoin même, ce moyen peut servir pour abréger l'opération.
3° Suspension de l’hémorrhagie. Mais s’il arrive dans certaines circonstances que les piqures ne saignent pas assez, d’autres fois, au contraire, l'écoulement trop considérable du sang constitue une véritable hémorrhagie, et l’affaiblissement du malade force à l'arrêter. Les moyens employés à cet effet par l’hémostatique chirurgicale, réfrigérants, absorbants, styptiques, etc., nous sont déjà connus; il nous suffira de mentionner ceux qui se rapportent plus spécialement à notre sujet.
(a) Tamponnement. Autenrieth bouchait les petites plaies avec de la charpie qu’il y accumulait par pression.
(b) Succion. M. Ridolfo di Tacca se loue de l’usage de la ventouse à pompe, avec laquelle il exerce une forte pression sur les piqüres. Un caillot se forme immédiatement après quelques minutes. Il réintroduit l’air dans la ventouse, la détache, éponge le serum avec un linge sec, sans ébranler le caillot, et réapplique la ventouse. Il agitainsi à deux ou trois fois jusqu'à ce que le sang ne coule plus. Ce procédé, en luimême, estassez singulier, car il s'appuie, pour arrêter le sang, sur un moyen employé pour en faciliter l’écoulement, et ne doit agir comme suspensif qu’à l’aide d’une très-forte pression qui boursoufle, renverse en dehors, et, par conséquent, accole les lèvres des plaies. Il ne semble donc pas applicable au cas urgent où le malade est déjà très-affaibli, son premier effet étant un nouvel écoulement de sang qui peut être d'autant plus considérable que ce liquide lui-même est déjà moins plastique.
(c) Cautérisation. L'alun calciné et le nitrate d'argent sont les caustiques le plus employés; le dernier est préférable. On
ajoute à son effet par la pression de la pulpe du doigt continuée une ou deux minutes.
(d) Pincement. Ce moyen est l’un des meilleurs. On l’opère à l’aide de divers instruments. Les pinces fixes de MM. Grœfe et Amussat peuvent servir dans quelques circonstances, mais, en général, elles produisent un rapprochement trop brusque. M. Hatin a imaginé, à cet effet, de se servir d’une tige de bois fendue à moitié de sa longueur. On pince isolément entre les doigts les bords de ‘chaque piqüre et on insinue ce pli cutané entre les branches de la pince, qui, étant abandonnées à leur ressort naturel, se rapprochent brusquement et maintiennent la plaie fermée. Ce moyen remplit bien son objet. Il est d'autant meilleur, qu’il est plus simple et que l'instrument se trouve partout. M. Martin-Saint-Ange a imaginé, dans le même but, une petite pince à ressort terminée par deux plaques de pression, et qui agit également bien.
(e) Suture. Enfin, nous ne faisons que mentionner la suture des bords de la piqûre avec une aiguille mince munie d’un fil de soie très-fin. Ce procédé nous paraît à la fois long, douloureux et compliqué, et n’agit pas aussi efficacement que le précédent.
OPÉRATIONS QUI AGISSENT SUR LA CIRCULATION GÉNÉRALE. 1° Sans évacuation de sang.