‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 160 sur 470 · VALEUR THÉRAPEUTIQUE ET INDICATIONS · texte numérisé non relu

VALEUR THÉRAPEUTIQUE ET INDICATIONS

En principe, l'effet physiologique des ventouses-Junod est d'appeler immédiatement, dans une étendue considérable du système capillaire, une masse de sang d’une à plusieurs livres, que l’on retient temporairement en dehors du mouvement de la circulation générale, transformant en quelque sorte une portion de l’appareil en un vaste dverticulum sanguinis provisoire. L'action thérapeutique, analogue par conséquent à celle de la saignée, mais plus rapide, peut être à volonté graduée dans ses effets, ou portée brusquement de l'influence légère d’une application de sangsues à l’action foudroyante de l'énorme émission sanguine qui résulterait de la section d’un gros tronc artériel. Mais cet effet, d’une effrayante énergie, peut toujours être gouverné par l'opérateur ; et le liquide, une fois l’action produite, est rendu à la circulation sans avoir été altéré ni dans sa quantité ni dans sa composition chimique, Ainsi, en théorie, la grande ventouse doit avoir tous les avantages de la saignée réitérée sans ses inconvénients; elle ne laisse point à craindre cette anémie inséparable de la convalescence après de: fortes émissions sanguines, anémie dont la conséquence est de plonger l’organisme dans un état de susceptibilité, de langueur et de faiblesse prolongé, très-souvent irréparable, et qui, chez beaucoup de malades, empêche une résolution complète et devient la cause première des altérations organiques.

Mais la grande ventouse ne borne pas son action à simuler la saignée évacuative. Son effet dérivatif et révulsif n’est pas moins prononcé, surtout en raison de la persistance de la congestion quelques jours après son emploi. Cette action, qui résume plus ou moins, et à la fois, celle des divers agents

thérapeutiques, étend singulièrement la sphère de son application.

1° Pression par le vide, Ses avantages ont été constatés à l’Hôtel-Dieu par M, Magendie: 1° dans les apoplexies cérébrales et pulmonaires, les affections organiques du cœur, et en général dans toutes les congestions brusques des viscères ; son effet, plus prompt dans ces cas, lui donne la supériorité sur tout autre moyen, 2° Dans les phlegmasies du poumon, du foie, et en général des organes parenchymateux. 3° Dans les fièvres intermittentes avant l’accès, où son effet est le même que celui de la saignée ou de la ligature circulaire des membres. 4° Enfin, son application est tellement générale qu’il faudrait parcourir en quelque sorte tout le cercle de la nosographie : constatons seulement en peu de mots ses bons effets dans l’aménorrhée, et en général pour rétablir un flux périodique supprimé. 11 en est de même d’une foule de petites indispositions habituelles, céphalalgie, malaise, dyspnée, etc., qui disparaissent fréquemment par l'application de la ventouse à un seul membre,

2 Pression par refoulement. Son application la plus efficace est contre la lipothymie et la syncope qui succèdent aux fortes hémorrhagies. La ventouse, dans ce cas, en ranimant, par Pa bord des fluides chassés des membres, le cerveau et le cœur exsangues, a produit quelques succès héroïques que l’art, jusqu'à présent, n’aurait pu obtenir par d'autre moyen.

Précautions à prendre.

Les ventouses-Junod, par l'effet instantané qu'elles produisent, doivent être considérées comme un des agents physiolo-

giques les plus puissants. On doit se tenir pour averti qu'aux deux limites extrêmes de leur action, en quelques minutes la pression par le vide peut produire la syncope par anémie du cerveau et du cœur; et la pression par refoulement, une congestion brusque et même l’apoplexie sur le cerveau et les poumons. Toutefois le danger possible de l’application des ventouses ne peut être une raison pour les rejeter; car alors autant faudrait-il en faire de tous les agents véritablement énergiques : les seuls efficaces pourtant, et qui n’ont d'effets, bons ou mauvais, que suivant la main qui les dirige.

Ainsi, ce danger ne pouvant être que le résultat de l’inexpérience et de la précipitation, le chirurgien doit se réserver la manœuvre des grandes ventouses, et ne point la confier, en son absence, à des personnes étrangères à l’art. Enfin, comme ce moyen est encore nouveau, on conçoit de quelle importance il est pour tout praticien, avant de s’en servir, d'apprendre à en gouverner l'emploi. D’après ce que nous avons dit plus haut on voit qu'il ne s’agit que de procéder avec lenteur etméthode, en n’élevant pas trop haut la pression et surveillant l'effet général produit sur le malade. J'ai indiqué comme terme de pression 8 à 10 centimètres ; j'ai vu des malades qui ne supportaient pas au-delà de 5 à 6: et cependant, d’après M. Magendie, ce n’est qu'à 15 ou 18 centimètres que la circulation a été suspendue dans les membres. Au reste, on conçoit que l'intensité de la pression et l’étendue de la surface sur laquelle peuvent agir les ventouses sont proportionnées à l’âge, à la constitution du malade, à l'espèce et au degré de la maladie, etc., ete., toutes circonstances dont l'opérateur seul peut juger.

Si nous avons tant insisté sur ce qui regarde les grandes ventouses, et si à cet égard nous avons excédé, par la nature et l'abondance des détails, le cadre tracé pour une médecine opératoire, c’est que nous étions le premier à faire connaître au public un moyen thérapeutique nouveau, d’une grande énergie et d’une application très-variée. Nous n’ignorons pas avec quelle défaveur a été accueillie d’abord, par beaucoup de médecins, la ventouse de M. Junod. Nombre de praticiens, sans même vouloir en prendre connaissance, ont été cependant jusqu’à en nier les effets. À ceux-là nous dirons : Croyez-vous qu’il soit indifférent, pour l'organisme, d'appeler immédiatement dans les membres ou à la surface et d’y retenir à volonté plusieurs livres de sang! Or, si cet effet n’est pas niable, pensez-vous qu’un moyen qui met sous votre puissance la circulation, aussi bien des fluides encore inconnus que des fluides connus; qui les soustrait ici et là, les appelle ailleurs, les modifie partout et avec eux toutes les grandes fonctions : pensez-vous, dis-je, qu’une pareille action, qui change brusquement tous les phénomènes, et si étendue qu’elle dépasse de beaucoup la portée de vos connaissances physiologiques et de vos prévisions les plus hasardées, puisse être indifférente en thérapeutique! Évidemment il y a là à produire non-seulement tous les effets que l'on connaît, mais bien d’autres que l’on ignore et qu’il serait bien plus utile d’étudier que de nier. Est-il donc si commun de trouver des agents thérapeutiques gouvernables qui révolutionnent instantanément tout l'organisme, pour qu’un de plus soit à dédaigner ; non certes. Depuis trente siècles que la médecine a été l’objet et l’occasion de tant de découvertes et de progrès dans tous les genres ; il faut bien l'avouer, c’est en thérapeutique, c’est dans l’action de guérir, objet spécial de l’art, que les moyens sont restés les plus limités : et aujourd’hui que, dans le louable but de ne rien omettre de ce qui offre quelque chance de soulagement dans les maladies, on enregistre si soigneusement, tant en médecine qu’en chirurgie, tant de prétendus agents thérapeutiques qu’une même année

voit naître et mourir ; lorsque, en médecine opératoire, chacun de nous décrit et commente journellementtant de procédés surabondants, entre les limites extrêmes de la puérile insignifiance et de la témérité la plus audacieuse, négligera-t-on un moyen nouveau, à la fois si varié, si puissant, et avec un peu de prudence et d’attention, plutôt que d’adresse et d’habileté, si complétement inoffensif! nous ne le croyons pas. Jusqu’à mûr et suffisant examen, etprécisément pour le provoquer, nous avons dû signaler à la fois les effets physiologiques et les effets thérapeutiques de la grande ventouse, préconiser ses avantages et prémunir contre ses dangers. Sans nous laisser émouvoir par la prévention qui repousse tout d’abord les applications nouvelles dans les sciences, nous n'avons pas dü passer sous silence un agent thérapeutique qui a obtenu la sanction de l’Institut, et qui vient d’être adopté par le Conseil des Hôpitaux.

2° Avec évacuation de sang.

La phlébotomie est l'opération par laquelle on pratique artificiellement une plaie à une veine dans le but thérapeutique de diminuer la masse du sang générale ou locale.

Appareil. x° L’instrument spécial est la /ancette (pl. 27, a, b, c, d). On en distingue de trois sortes, suivant l'angle que forme la pointe : la lancette obtuse et dite à grain d'orge. La pointe en forme un angle de 5o degrés; elle convient pour piquer une veine superficielle, et lorsqu'on veut donner une large issue au sang. La seconde espèce, ou à grain d'avoine, forme un angle de 35 à 40 degrés : elle n’est employée que pour atteindre une veine très-profonde; mais aussi, après l’incision, il faut relever l'instrument pour élargir en dehors la plaie des téguments et de la veine elle-même. Une troisième espèce, ou à langue de serpent, est très-aiguë. Elle est aujourd’hui inusitée.

2° Les objets qui servent à l’appareil sont une bande à ligature de drap rouge ou simplement de linge, un vase pour recevoir le sang, une compresse avec une autre bande roulée pour le pansement, des vases pour le lavage, et un flacon d’une liqueur alcoolique excitante en cas de syncope.

Lieux d'élection. En principe on peut saigner toute veine quelconque sous-cutanée assez superficielle pour être atteinte facilement par la pointe de la lancette, et dont le volume est assez considérable pour fournir la quantité de sang voulue. Comme réunissant plus complétement ces conditions, les parties où se pratiquent presque exclusivement la phlébotomie sont dans l’ordre suivant. 1° Le membre thoracique en plusieurs points : (a) au pli moyen de flexion dit pl du coude, et vulgairement, par le fait même de la fréquence de la phlébotomie en ce lieu, pli de la saignée; en ce point sont les confluents veineux formant les trois médianes : cette saignée est usitée presque exclusivement quand on veut obtenir une évacuation abondante et rapide ; (b) à la face antérieure del’avant-bras, et, dans quelques cas exceptionnels, à la face dorsale de la main. 2° Lememnbre abdominal à sa partie inférieure sur les deux saphènes, dans le but assez vague de produire une révulsion. 3° Le cou, spécialement sur la veine jugulaire externe. 4° La £éte : à la face, les veines préparate et angulaire; et à la langue, la ranine, pour produire une action locale,

Dispositions. Toute saignée est soumise à des règles générales. Le malade doit être assis sur une chaise, ou, s’il est couché, incliné sur le bord du lit. On ira à la recherche des veines de la partie que l’on veut saigner, préférant celles qui sont superficielles, volumineuses, peu mobiles, et qui ne sont pas trop voisines des artères et des nerfs. On s’assurera préalablement par le toucher de la position relative et de la direction des artères reconnaissables à leurs battements. Pour faire gonfler les veines et les rendre plus évidentes, on comprime audessus du point que l’on a choisi, avec le doigt pour la veine jugulaire externe, et au moyen d’une bande pour les veines des membres. Cette dernière compression ne doit pas être assez forte pour gêner la circulation artérielle. On aide à la réplétion veineuse par la situation déclive du membre, et en faisant exécuter au malade des contractions des muscles situés audessous de la ligature, et on exerce avec la main, appliquée en travers ou à plat, des pressions graduées, en amenant le sang des rameaux vers le tronc sur lequel on agit.

Difficultés. Toutes les précautions susénoncées étant prises : si aucune veine ne se dessine nettement au dehors, il faut néanmoins, sans se rebuter, continuer au moins pendant une demi-heure l'emploi de ces moyens avant d’y renoncer; et on y ajoute même, autant que la partie le permet, de légères frictions à sa surface, ou son immersion dans l’eau tiède. On serre plus fortement la ligature, et, mettant le malade dans l’obscurité, on reconnaît parfois une veine profonde à l’ombre légère que forme son relief en promenant une bougie autour du membre. Ce caractère indique presque certainement l’existence d’une veine, si, en même temps, le toucher donne profondément la sensation d’un corps cylindrique, rénitent, qui persiste, sauf un roulement obscur, en faisant exécuter de légers mouvements aux muscles voisins, et qui se gonfle et repousse le doigt lorsqu'on exerce des frictions de bas en haut sur le membre. Si cependant tous ces moyens sont infructueux, et que la saignée soit indispensable, c’est le cas de la pratiquer par incision sur le trajet des veines, comme il sera décrit plus loin.

Il est encore quelques circonstances qui augmentent les difficultés de la saignée, en voici les principales. 1° Une veine, qui pardissait d’un certain volume, fournit d’abord un flot de sang volumineux qui n’est suivi que d’un mince filet, quoique le parallélisme de la section soit bien conservé. Ce cas a pour, cause la dilatation locale d’une veine qui n’a que de faibles affluents. Le plus certain est de piquer ailleurs. 2° Il existe, au lieu d’élection, un certain nombre de cicatrices de saignées antérieures qui rétrécissent le calibre du vaisseau : il faut inciser au-dessous. 3° L’extrême laxité du tissu cellulaire environnant, assez commune chez les sujets très-maigres, et surtout les vieillards, fait que la veine est roulante et fuit audevant de l'instrument; on prévient cet inconvénient en fixant fortement la veine, avec le pouce, à six ou huit lignes seulement de la ligature, et en piquant perpendiculairement par un coup sec à la surface du vaisseau.

Opération en général. Tout étant disposé, le chirurgien place entre ses dents l'extrémité de la chässe de la lancette, dont la lame est couverte à angle de 60 degrés, et le talon tourné du côté de la main qui doit opérer; car, en général, il faut saigner du côté gauche avec la main droite, et du côté droit avec la main gauche. Toutefois si l'opérateur n’est pas ambidextre, il vaut mieux qu'il agisse toujours de la main droite en se plaçant en dehors du malade quand il opère sur le côté gauche.

Il applique ensuite à plat la bande, qui doit être de linge à demi usé, en faisant autour du membre, à deux travers de doigt environ au-dessus du point qu'il veut piquer, deux tours de bande médiocrement serrés et qu’il assure par une rosette. L'une des mains est employée à soutenir le membre qu’elle embrasse et à tendre les téguments au moyen des doigts d’un côté, le pouce et l’éminence hypo-thénar faisant opposition de l’autre côté, de manière à appliquer la peau contre la face correspondante de la veine. Cette tension des téguments doit se faire également de chaque côté, de sorte que le même point de la peau soit placé sur la veine avant et après la distension. Sans cette précaution, lorsque l’on abandonne les téguments après l’incision, le parallélisme est détruit et le sang s’infiltre dans le tissu cellulaire. Pendant ce temps, l’autre main, par des pressions légères des rameaux vers les troncs, refoule le sang vers les parties supérieures ; le pouce alors s’abaisse à deux pouces environ au-dessous de la ligature, comprime la veine distendue par le sang et la maintient immobile. La main qui doit saigner saisit la lancette tenue de chaque côté de la rosette, le pouce sur une face, la pulpe de l'indicateur et du médius sur l'autre, l’annulaire et le petit doigt servant en dehors de point d'appui. Par un mouvement de flexion, on rapproche le talon de l'instrument du creux de la main ; puis, présentant la pointe au vaisseau, par une rapide extension des doigts, on perce subitement jusqu’à la veine : le sang jaillit aussitôt sur les côtés de la lame. Ce premier temps est celui de la ponction qui doit être suivi de l'élévation, mouvement de retrait avec pression par lequel on retire la lame de la plaie. Tous deux néanmoins varient suivant la position de la veine. Si le vaisseau est superficiel et la lancette assez large, la pointe peut en être offerte perpendiculairement et retirée presque dans la même direction, sans avoir à craindre, pour l'issue du fluide, le défaut de parallélisme entre la veine et la peau au contact ; au contraire plus la veine est profonde et la lancette dont on se sert trèsaiguë, plus il est nécessaire de donner de l’obliquité à l’incision, de telle sorte que la pointe étant inclinée pour la ponction, on l’incline en sens inverse à la sortie de la plaie, dans l’élévation, pour élargir l'ouverture avec l'instrument, de manière à former une plaie triangulaire dont la section de la peau forme la base élargie, et la veine le sommet tronqué. Le sang jaillit au dehors aussitôt que l’on retire la lancette. Il est reçu dans le vase disposé à cet effet. Avec un peu d'habitude on évalue facilement la quantité qui en sort, évaluée en palettes dont la capacité est de trois onces. On ne saigne pas pour moins d’une palette; et j'ai expérimenté plusieurs fois qu’une forte saignée pesait une livre, ce qui fait environ cinq palettes. Lorsque l’on juge qu'on a tiré assez de sang, on applique sur la plaie le pouce de la main qui soutient le membre, et de l’autre main on enlève la ligature. On lave ensuite le membre avec un peu d’eau tiède, on applique sur la plaie la petite compresse carrée imbibée d’une solution de sel marin, et, avec une bande roulée, on comprime par une suite de tours en huit de chiffre.

Conditions propres au succès de l'opération. Différentes circonstances influent sur l'abondance et la rapidité avec lesquelles le sang est chassé au dehors. Les principales sont : 1° L’obliquité de l'axe de la plaie. Ele doit être calculée d’après la profondeur de la veine. Trop considérable, elle produit le défaut de parallélisme entre les plans de section, et cause l’infiltration sanguine ou tkrombus. 2° La direction de l'incision parrapport à l'axe de la veine. La plaie longitudinale du vaisseau ne produit qu'un jet de sang faible et qui s'arrête promptement. Les plaies en travers donnent au contraire un jet considérable,

mais qui quelquefois s'arrête brusquement par la rétraction des lèvres mêmes de la section du vaisseau. Celles qui coupent la veine diagonalement tiennent le milieu pour l'abondance et fournissent le jet le plus régulier. 3 La forme de l'incision. Elle doit, comme nous l’avons dit plus haut, figurer un trapèze élargi de la profondeur vers la surface, disposition favorable à l'issue du liquide au dehors. 4° L’étendue de la plate. Lorsque l’incision cutanée est trop étroite, le jet du sang est très-délié ; ce liquide se coagule bientôt à l’orifice de la plaie et s'infiltre dans le tissu cellulaire, — Une large ouverture, au contraire, est presque toujours favorable, les saignées produisant généralement d’autant plus d’effet dans les phlegmasies etles congestions brusques, que dans un moindre laps de temps la même quantité de sang s’est écoulée avec plus de rapidité. 5° Le degré de constriction de la ligature. Elle doit être modérée : trop faible, le sang suit son cours habituel et sort à peine par la plaie; trop forte, au contraire, elle gène ou même interrompt la circulation artérielle, en sorte que l'écoulement du liquide, qui d’abord se faisait librement, est supprimé tout à coup. Il suffit, pour le premier cas, de serrer davantage, et, pour le second, de desserrer un peu la ligature.

Insuccès et obstacles à l'opération. Fréquemment il arrive, après la piqüre, que le sang ne vient qu’en très-petite quantité ou qu'il n’en vient pas du tout. L’incision sans émission de sang est nommée vulgairement saignée blanche. Cet accident tient uniquement à ce que la veine n’a pas été ouverte, soit que la piqüre n'’atteigne pas à sa profondeur, soit que la lame présentée trop oblique ait glissé à côté du vaisseau, ou que la veine trop roulante ait fui au-devant de l’instrument. Dans chacun de ces cas, il faut réintroduire la lancette dans la plaie : jusqu’à la profondeur nécessaire dans le premier, suivant une meilleure direction dans le second, et en fixant fortement la veine avec le pouce dans le troisième. Néanmoins si une seconde tentative n’était pas plus heureuse, on doit supposer qu’on s’est trompé quant à l'existence ou au volume du vaisseau en profondeur; et au lieu de s’obstiner à irriter la plaie, ce qui pourrait amener plus tard des accidents graves, il vaut mieux se décider tout de suite à piquer ailleurs.

Les causes qui amènent la suppression du jet de sang sont assez nombreuses. 1° La ligature est trop serrée et gêne la circulation artérielle ou cause, par le fait de la strangulation, un gonflement circulaire des chairs en bourrelet qui enfonce et recouvre la veine. Il suffit alors de desserrer un peu et au plus vite, dans la crainte qu’il ne se forme un thrombus. 2° Souvent au bras, si ce n’est la ligature, ce sont les vêtements retroussés qui causent la constriction. On fait cesser immédiatement cet obstacle. 3° Parfois l'ouverture de la veine est trop étroite. Il faut de suite l’élargir avec la lancette. 4° Ün petit flocon de globules adipeux s’interpose entre les lèvres de la plaie cutanée : on prescrit d’écarter ce flocon avec un stylet ou de l’exciser avec les pinces et les ciseaux; mais il est rare que dans ce cas on ne soit pas obligé de faire une nouvelle incision. 5° Le parallélisme entre les divers plans intéressés se trouve détruit. Cet accident, inévitable, sur tous les points, lorsque la plaie est trop oblique, arrive néanmoins assez souvent au pli du bras, lors même que l’incision a été faite dans la meilleure direction. Il tient alors à ce que la piqüre a eu lieu le bras étant en supination, tandis qu’on le fléchit en demi-pronation pendant que dure l’écoulement du jet. La section de la peau, dans ce cas, ayant glissé en dedans, on sait qu’il suffit, pour rappeler le jet, de la ramener en dehors et un peu en haut avec le pouce; mais celte pression ne doit plus être abandonnée. Si

néanmoins cette manœuvre est insuffisante, il faut, tout en maintenant la pression, ramener le bras dans l’extension et la supination, sauf, pour recevoir le liquide, à faire tourner tout le membre en dedans par un léger mouvement de rotation de l'épaule. Une dernière cause très-simple et assez commune, du défaut de parallélisme, tient à une nouvelle striction de la ligature après l'incision; il faut la desserrer et la réappliquer par tâtonnements. 7° Chez les malades pusillanimes, la suspension du sang reconnait souvent pour cause l'émotion. On doit alors desserrer un peu la ligature, rassurer le malade et attendre quelque temps. On reprend ensuite l'opération, mais alors, crainte de syncope, il vaut mieux tirer moins de sang à la fois, sauf à pratiquer plus tard une nouvelle saignée, Enfin, il n’est pas rare que le sang se supprime sans cause connue. On rapporte assez vaguement et sans aucune preuve, cet effet à un état de spasme des tissus. Toujours est-il qu'avec quelques petits coups secs, frappés à plat sur le trajet des vaisseaux, des frictions de bas en haut des rameaux vers les troncs, en faisant exécuter au malade des mouvements, et surtout en attendant un peu, l'écoulement ne tarde pas à reparaïitre.

Accidents de la saignée. Indépendamment des difficultés ou des imperfections qui peuvent compliquer l'opération, si simple en apparence, de la saignée, des accidents nombreux, dont quelques-uns sont très-rares, en sont fréquemment la suite. Ces accidents sont : la douleur, la syncope, l’ecchymose, la lésion d’une artère, l’inflammation des veines et des lymphatiques.

Douleur. Ordinairement elle est causée par la section de quelques filets nerveux. On la combat après l'opération par des applications émollientes et sédatives. Si elle persiste très-vive, il faut réintroduire la lancette pour achever la section des rameaux que l’on suppose incomplétement divisés.

Syncope. Ou elle survient avant la saignée par la vive émotion du malade, ou elle est produite par la perte considérable de sang. Dans les deux cas, on asperge de l’eau froide au visage du malade, on lui fait respirer des vapeurs aromatiques et excitantes, qui ne tardent pas à faire cesser l’état du prolapsus du cœur.

Ecchymose ou thrombus. L'infiltration sanguine du sang veineux est rarement assez considérable pour donner lieu à de graves accidents consécutifs. Nous avons vu plus haut que sa cause la plus ordinaire est le défaut de parallélisme entre les plans qu'’intéresse l’incision. Si un jet régulier se rétablit apres une légère infiltration, on laisse le fluide s’écouler dans la quantité voulue sans s'arrêter à ce petit accident. L’ecchymose survient plus souvent encore lorsqu'on arrête brusquement un fort jet de sang par compression directe du pouce sous l’influence de la striction causée par la ligature. Aussi est-il prudent, lorsque le jet est rapide et abondant, de desserrer un peu le lien avant de comprimer la plaie. Le thrombus, du reste, se traite ultérieurement par des applications résolutives, qui en quelques jours en amènent la résorption.

Lésion d'une artère. C’est au bras et en saignant la veine médiane basilique, dont la direction croise en diagonale celle de l'artère brachiale, que cet accident est surtout à craindre. On le reconnait à l’existence de deux jets, un rouge et un noir, ou un seul jet des deux couleurs ; au mouvement saccadé du filet

rouge et à son isochronisme avec les battements du cœur ; à la cessation de ces phénomènes eu comprimant l'artère au-dessus de la plaie et à leur continuation lorsqu'on a interrompu la circulation veineuse par une ligature au-dessous de l’incision. Lorsqu'il ne reste plus de doute sur la nature de l'accident, il faut placer le membre en demi-flexion et faire, sur l’artère, une compression provisoire qui permette d’attendre que l’on puisse pratiquer la ligature du vaisseau lésé.

Phlébite. Nous ne faisons que mentionner cet accident si grave qui constitue une maladie spéciale plutôt qu’une nouvelle cause d'opération. Toutefois lorsque l’affection s’annonce par une corde dure, noueuse, mobile, douloureuse ; afin d’empécher la propagation rapide de l’inflammation et ses conséquences si souvent fatales, Dupuytren enseignait de couper le vaisseau en travers, de distance en distance, pour donner au pus une libre issue au dehors et faciliter l'adhésion des parois du vaisseau.

Lésion des lymphatiques. On attribue à cette cause un empâtement œdémateux qui se manifeste, après quelques jours, autour de la plaie non cicatrisée et d’où exsude un liquide séreux. Les accidents locaux, tels que l’engorgement des vaisseaux et des chapelets de ganglions lymphatiques au-dessus de l’incision, et les accidents généraux, se traitent par les moyens appropriés. Si, après la chute des principaux symptômes, il reste un orifice fistuleux, on doit le toucher avec le nitrate d'argent.

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