SAIGNÉE DU BRAS
ConSIDÉRATIONS ANATOMIQUES. En nous rappelant ce que nous avons dit dans l’Anatomie chirurgicale, cinq veines superficielles se présentent à saigner au pli du bras: sur les côtés la radiale postérieure et la cubitale antérieure, près de leur jonction avec les médianes pour former la basilique et la céphalique ; au milieu, la médiane commune et les deux branches ascendantes de sa bifurcation en V: les médianes basilique et céphalique.
De l'observation des rapports anatomiques, indiqués en leur lieu, résultent les corollaires suivants :
1° En raison de l’épanouissement de leurs filets, il est impossible d’assigner, sur la face antérieure du pli du bras, un point où l’on ne puisse blesser des rameaux des nerfs cutanés externe et interne. Il n’y a, du reste, de danger à cet égard, qu'autant qu’on blesserait les troncs eux-mêmes. 2° La saignée offre peu de danger sur le trajet de la radiale postérieure, de la cubitale antérieure et de la médiane commune, excepté, pour cette dernière, à sa partie supérieure, au point de bifurcation, où l’on risque de blesser l’artère brachiale à sa terminaison ou la radiale à sa naissance, et, dans des cas rares où la veine médiane serait portée plus en dedans, l'artère cubitale à son origine et le nerf médian. 3° La saignée sur la médiane céphalique, au milieu de son trajet, peut intéresser les branches du nerf musculo-cutané qui croisent en arrière sa direction: aux deux extrémités, la section de cette veine est inoffensive. 4° Une incision un peu profonde est dangereuse sur presque tous les points du trajet de la médiane basilique, car, («) en plan souscutané, au milieu, cette veine est croisée en avant par le prin-
Voy. pl. 29, fig. 1, 2, 3; et pour l’Anaiomie topographique de la région du coude, pages 49-50.
cipal courant lymphatique rubané, et, à sa partie supérieure, elle croise en arrière les rameaux du nerf cutané interne; (b)en plan profond, le danger est encore plus grand; à une ligne et demie de profondeur derrière l’aponévrose bicipitale, qui forme seule la cloison d'isolement, la veine croise obliquement en diagonale, dans toute sa longueur, l’artère humérale entre ses deux veines profondes; plus haut, son abouchement dans la basilique répond au nerf médian.
Procédé opératoire. Découvrir préalablement le bras jusqu’à sa partie moyenne, en relevant les manches en bourrelet circulaire. Si elles sont trop étroites et donnent lieu à une constriction, les couper si l’on craint de refroidir le malade ; ou au— trement, mettre le membre entièrement à nu. Le bras disposé, reconnaître le tendon du biceps et, à son côté interne, l'artère facile à distinguer à ses battements ; s'assurer de sa profondeur, de sa direction, et palper également au voisinage des différentes veines pour s'assurer qu'il n'existe point d’artère superficielle anormale, ou du moins en constater la situation s’il y en a. Ces dispositions prises, étendre le bras du malade dont l’opérateur applique et contient la main sous l’aisselle du membre qui doit supporter le bras opéré; du côté gauche du chirurgien pour le bras droit du malade et wce versd. Prenant alors le plein de la bande, l'appliquer à plat sur la face antérieure du bras, le chef qui pend au dedans plus long que l’autre, puis croiser les chefs en arrière, sans les tordre etsans pincer la peau, les rappeler en avant, faire un second tour du membre et les arrêter sur la face externe du bras par une rosette, l’anse en haut et les bouts pendants. La striction de la ligature doit être assez forte pour faire gonfler les veines et non pour interrompre la circulation artérielle, ce dont on s’assure en tâtant le pouls sur la radiale,
La ligature pratiquée, on abandonne pendant quelques instants le membre que l’on fait supporter pour donner le temps aux veines de se gonfler suffisamment. Reste à pratiquer l’incision. Nous avons supposé le chirurgien ambidextre, c’està-dire opérant sur le bras droit avec la main droite et sur le bras gauche avec la main gauche. Admettons qu’il agisse à droite. L'opérateur étend le bras du malade en supination ou en demi-pronation, suivant qu'il le juge convenable, en applique la main sous son aisselle gauche et la maintient immobile en fixant le membre contre sa poitrine; la paume de sa main gauche embrasse le coude du malade, les doigts et le pouce ramenés par les côtés interne et externe de l'articulation sur sa face antérieure servent à tendre les téguments. Il reconnait de nouveau la veine, la fait gonfler par une légère friction de bas en haut avec les trois derniers doigts, l’assujettit brusquement par la chute du pouce à une distance de la ligature calculée pour la profondeur et la mobilité du vaisseau, puis il enfonce la pointe de la lancette dans la direction indiquée, avec précision et fermeté, sans brusquerie ni lenteur. L’incision faite, on facilite l'écoulement du sang en ordonnant au malade de tourner entre ses doigts un corps arrondi et peu volumineux, comme le lancetier, un étui, etc. L'opération terminée, on me le membre dans la demi-flexion, on lave la plaie et on la recouvre d’une compresse carrée maintenue par une bande, On applique la bande obliquement de bas en haut sur la plaie, en laissant pendante une extrémité sur la partie externe supérieure de l’avant-bras. On environne le membre par une série de tours en huit de chiffre, en croisant en avant les chefs sur la plaie; et lorsque la bande est épuisée, on en noue les extrémités ou on les fixe avec une épingle. On maintient le bras en écharpe pendant environ vingt-quatre heures.