‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 162 sur 470 · SAIGNÉE DU PIED · texte numérisé non relu

SAIGNÉE DU PIED

CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES', On saigne les deux veines saphènes sur les faces interne et externe de l'articulation tibiotarsienne.

Saphène interne. Nous avons vu dans l’Anatomie chirurgicale qu'elle est formée ou par un tronc principal qui monte sur le milieu de la malléole ou par deux branches antérieure et postérieure. La veine médiane ou la branche antérieure, la plus forte quand il y en a deux, sont sous-cutanées; elles sont accompagnées par des filets du nerf saphène interne dont la branche de continuation longe en dedans et en avant le tronc de la saphène : les filaments nerveux croisent cette veine audessous de la malléole. C’est donc au milieu ou à la partie supérieure de cette apophyse, et vers le bord externe et postérieur de la veine, qu’il convient de piquer.

La branche postérieure n’a jamais un fort volume qu'’autant qu'elle supplée l’antérieure ou qu'elle n’est en réalité que le tronc médian déplacé. Sa situation est plus profonde, appuyée qu'elle est sur l’aponévrose tibiale postérieure, à six lignes de la malléole, entre cette apophyse et le bord interne du tendon d'Achille. A quatre lignes de profondeur sous cette veine, et séparés d'elle par une aponévrose épaisse, sont situés les vaisseaux tibiaux postérieurs.

Saphène externe. Inférieure en volume à la saphène interne, elle passe à quatre lignes au-dessous, puis monte en arrière de la malléole externe, accompagnée par le nerf saphène externe logé dans une gaine spéciale le long de son bord postérieur.

OPÉRATION. Saphène interne. On saigne le tronc médian quand il est unique ou la branche antérieure quand il y en a deux. On a dû laisser immerger pendant quelque temps les pieds dans un bain chaud; la ligature est posée à deux pouces au-dessus du point où l’on doit piquer et la bande nouée sur le côté externe de la jambe. Assis sur une chaise basse au-devant du malade et les genoux couverts d’un drap ployé en alèze, l'opérateur saisit le pied qu'il incline légèrement en dehors, en même temps qu'il en appuie le talon sur son genou. Avant de piquer on doit fixer fortement avec le pouce les veines saphènes, qui sont trèsmobiles. L'incision pratiquée, on facilite au besoin le saignement en laissant immerger le membre et faisant exécuter au malade de nombreux mouvements du pied. On s'assure, de temps à autre, en amenant le pied au dehors, que le jet de sang continue. L'inconvénient de lasaignée dans le bain est, pour l’opérateur, de ne jamais être assuré de la quantité du liquide évacué, car il est facile de s’en laisser imposer par la couleur de l’eau. Au reste, soit à l’air libre, soit sous l’eau, la saignée des saphènes n’est jamais aussi abondante que celle du bras, et en général on doit lui préférer cette dernière. La compresse posée sur la piqüre, la bande est appliquée par une succession de tours en huit de chiffre qui composent, spécialement en ce point, le bandage connu sous le nom d'’étrier.

Saphène externe. L'opération est la même que pour la grande saphène ; seulement la ligature se met un peu plus haut, et, au lieu du talon, c’est la face interne de l'articulation que l’opérateur met sur son genou. Du reste on fait rarement cette saignée. La saphène externe, étant moins volumineuse et moins

1 Voyez pl. 29,Afig. 4 et 5; et pour le texte de l’Anatomie chirurgicale 9 »

page 58.

accessible que l’interne, est dangereuse par la proximité du nerf saphène externe. La seule chance d'éviter ce nerf est de commencer la piqüre sur le bord postérieur, de manière à le laisser dès l’abord derrière le trajet de l'instrument.

SAIGNÉE DU COU (pl. 30, fig. C).

CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES. On la pratique exclusivement sur la veine jugulaire externe. À sa face externe, elle est recouverte par la peau, le tissu adipeux et le muscle peaussier. Par sa face interne, elle est appuyée sur le muscle sterno-mastoïdien dont elle croise verticalement la direction oblique. Inférieurement elle s’écarte du peaussier dont elle est séparée par de la graisse, et disparaît en s’enfonçant sous le bord du sternomastoidien. À divers points de sa hauteur, mais surtout au milieu de sa direction, elle est croisée par de nombreux filets du plexus cervical superficiel. Le lieu d'élection pour la saignée est à trois travers de doigt au-dessus de la clavicule.

Opération. La saignée de la jugulaire diffère des autres par le danger qu'il y a d’exercer sur le cou une compression cireulaire. On y supplée en appliquant une petite compresse graduée sur la veine au-dessus du point où l’on veut saigner. Une bande est posée à plat sur la compresse; les deux chefs en sont amenés en sens opposé et maintenus par un aide qui les tend, en les écartant, de manière à comprimer seulement sur la veine. On facilite la réplétion de la jugulaire, et par suite l'écoulement du sang, en faisant faire au malade des mouvements de mastication et des expirations prolongées. Dès que la veine est suf-

fisamment gonflée, le chirurgien la fixe avec un indicateur et

pique obliquement avec la lancette, qu’il relève en sens opposé, de manière à former une large ouverture. Si la veine est très-profonde, pour rendre la saignée plus certaine sans s’exposer à couper entièrement la veine en travers, M. Magistel fait à la peau, avec le bistouri, une incision de six lignes qui peut intéresser la veine du même coup. Mais si elle n’a pas été ouverte, il la saisit avec une pince à disséquer et l’ouvre longitudinalement. Ce procédé est un peu long, mais utile dans certains cas. La piqüre faite, ordinairement le sang s'écoule en nappe; on le reçoit sur une carte ployée en gouttière et dont le bord comprime au-dessous de la plaie. L’opération terminée, une compresse fixée par quelques tours circulaires de bande, un peu serrés, suffit ordinairement pour arrêter l’écoulement du sang. Dans les cas néanmoins où l’hémorrhagie continue, M. Magistel a réussi à l'arrêter par un point de suture à la peau sans que ce moyen ait eu aucun inconvénient,

Page 1