‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 177 sur 470 · LIGATURE TEMPORAIRE · texte numérisé non relu

LIGATURE TEMPORAIRE

On y a procédé par deux voies, l’oblitération graduelle et l'oblitération brusque.

Oblitération graduelle.

Dégoûté des insuccès de la ligature d’attente, Deschamps, en 1793, imagina son presse-artère. L'intention de l’auteur était d’aplatir peu à peu le vaisseau par une compression latérale temporaire, au lieu de l’étrangler immédiatement par striction. À cette tentative se rapportent les essais divers avec les presseartéres et les compressions opérés par Flajani, Buzani, Jacobson, etc. En 1810 4. Dubois appela l'attention par l'emploi d'un moyen très-simple et qui consiste à poser les deux chefs d’une ligature libre dans le serre-nœud de Desault, avec lequel on gradue à volonté la pression pendant le temps que l’on juge convenable. A. Dubois réussit d’abord sur deux malades, mais un troisième succomba après une hémorrhagie qui survint au quinzième jour. Depuis, ce moyen compte deux autres cas de succès obtenus par MM. Viricel et Larrey.

Oblitération brusque.

Scarpa avait posé en théorie que pour oblitérer une artère il suffit de provoquer l’inflammation de son cylindre aplati par le contact d’un corps étranger sur une certaine étendue. Des expériences de son procédé faites sur des brebis, et répétées à Milan sur des chevaux par M. Mislei, avaient confirmé sa théorie, qui, adoptée par les chirurgiens d’Italie, ses élèves, ne tarda pas à compter de nombreux succès. D'un autre côté Jones, persuadé que l’oblitération s'obtient plus vite et plus sûrement par l’épanchement d’une lymphe coagulable entre des surfaces divisées, établit, contradictoirement à l'opinion de Scarpa, que la meilleure condition de la ligature devait être la striction et l'étranglement du vaisseau, sur le cercle le plus rétréci possible, avec section de ses deux membranes profondes, A cet effet il fit usage des fils de soie déjà anciennement employés, au moyen âge, par Avicennes et Guy de Chauliac. Sa conclusion, confirmée par des expériences sur des chiens et des chevaux et professée par MM. Hodgson et S. Cooper, devint bientôt un article de foi pour les chirurgiens anglais et se répandit sur le continent, sans toutefois être adoptée par les chirurgiens français.

Voici donc deux grandes théories en présence ; voyons-en les procédés et les résultats,

Ligature avec compression latérale par un corps mou. Ce moyen, qui constitue un procédé mixte entre la compression proprement dite et la ligature, et qui tient de l’une et de l’autre, est loin, à notre sens, de valoir cette dernière seule. Toutefois, comme il est encore mis en usage par des chirurgiens distingués, nous devons dire en quoi il consiste. Déja Paré parle de comprimer une artère avec un petit rouleau de linge long de six lignes sur trois de large (quatorze millimètres sur sept). Ce moyen est usité par Platner, Heister et la plupart des chirurgiens italiens des deux derniers siècles. Forster substitue à ce rouleau un petit cylindre en bois de moitié de dimension, et tel est le succès de ce moyen que Saviard le cite comme étant généralement employé de son temps; enfin

Cline depuis remplace par du liége le bois dont le contact est trop dur. C'est cette idée d’une compression par un corps étranger cylindrique d'un petit volume, dont Scarpa s’est emparé pour en faire la base du procédé qui porte son nom. L’avantage de ce mode de compression est de maintenir accolées les parois du vaisseau sans frottement ni déchirure de leurs tuniques, et de faciliter, par une inflammation modérée, l’adhésion de la membrane interne en contact avec elle-même.

Procédé de Scarpa. L'artère est mise à découvert comme pour la ligature, mais dans une étendue plus considérable et d’environ dix à quinze millimètres. Une ligature formée de six brins de fil rassemblés à plat, en un ruban, étant glissée sous l'artère, on applique dessus un petit cylindre de linge, enduit de cérat, de la dimension indiquée plus haut; on noue sur le corps étranger la ligature mollement serrée et fixée par un double nœud, et on en amène les deux chefs au dehors de la plaie. Le temps nécessaire pour opérer l'inflammation adhésive varie de trois à six jours, suivant la disposition du sujet. Pour retirer la ligature sans opérer sur le vaisseau des tiraillements qui pourraient rompre l’adhérence encore légère, Morigi, Paletta, Uccelli, Giuntini, ont imaginé divers moyens. Le plussimpleest encore celui de l’auteur. Scarpa se servait d’une sonde cannelée fendue à son extrémité et garnie à chaque bout de deux petits anneaux dans lesquels il engageait l’un des bouts du lien, afin de glisser doucement la sonde sur le cylindre etsous le nœud de la ligature; un très-petit couteau ou bistouri garni de linge jusque auprès de sa pointe lui servait à couper, sur l'extrémité de la sonde, l’anse de fil qu'il retirait avec lenteur, en prenant garde de causer aucun ébranlement.

Le procédé de Scarpa, à son exemple, a été employé avec succès par un grand nombre de praticiens. Deux cas de succès sont dus à M. Paletta (artères fémorale et humérale), deux autres à M. Morigi (poplitée, humérale). Enfin beaucoup d’autres appartiennent à un grand nombre de chirurgiens : en Italie, MM. Molina, Falcieri, Uccelli, Giuntini, etc.; en Allemagne, M. Grœfe ; en France, MM. Boyer et Roux; en Irlande, M. Crampton. En France on a un peu varié les moyens. M. Roux, dans la confection du petit cylindre, au lieu de linge sec se sert de sparadrap de diachilon, plus ferme et qui comprime mieux à plat. Quant à la ligature, d’après l'observation de Richerand

qu’un ruban formé de plusieurs brins de fil finit toujours, quand on serre, par se tordre en un cyliudre, on avait conseillé de rendre les rubans moins larges que les faisait Scarpa. Mais l’objection de Richerand, vraie, comme il l’entendait, pour la ligature simple, où le nœud porte sur le vaisseau, nous parait dans ce cas-ci plus spécieuse que solide. La torsion, par cela même qu’elle ne se fait qu’au voisinage du nœud, ne se trouve ici en contact qu’avec le cylindre; la forme rubanée persiste en arrière, dans le point opposé de l’anse appliquée sur l'artère, et remplit ses conditions de n’exercer qu'une pression douce sur une surface un peu large, afin de ne donner lieu qu’à une inflammation sans section du vaisseau, Nous croyons donc que le lien de Scarpa doit être conservé.

Ligature par un fil de soie. Jones, pour hâter la chance d'adhésion par épanchement de lymphe concrescible, conformément à sa théorie, pratiqua la section des tuniques interne et moyenne dans trois ou quatre points par autant de ligatures rapprochées, les retira après quelques minutes et assura néanmoins avoir obtenu l’oblitération de l'artère. Cette tentative a réussi à M. Hutchinson; mais MM. Dalrymple, Hodgson et Travers, après avoir opéré sur des chevaux et des moutons,

ont constaté que jamais l'artère n’a été oblitérée. M. Travers a modifié cette théorie en laissant quelque temps la ligature à demeure. Essayant ce mode de ligature sur l’homme, en 1817, un malade a guéri après cinquante heures d'application d’une ligature sur l'artère humérale. Pareille réussite est due à M. Roberts, après vingt-quatre heures seulement de la ligature de la fémorale pour un anévrisme. Mais à côté de ces faits heureux s'en trouvent quatre autres d’insuccès de MM. Hutchinson, A. Cooper, Travers.

En résumé, la ligature temporaire par le procédé de Scarpa est celle qui compte le plus grand nombre de succès ; c’est la seule qui ait été accueillie en France, où elle est restée dans le domaine de l’art.

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