‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 193 sur 470 · PROCÉDÉS DE DESTRUCTION DE LA TUMEUR · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE DESTRUCTION DE LA TUMEUR

Squirres, cancers, fongus, tumeurs érectiles, etc.

CauTérisATION. Toutes les variétés de tumeur avec dégénérescence peuvent être traitées par la cautérisation; mais, pour que ce moyen soit efficace, il faut que les tissus altérés n'aient pas une grande épaisseur. On ne peut donc l'employer seule que pour les affections cutanées de mauvaise nature, excroissances cancroïdes, nævi materni et plaques érectiles. C’est dans le même but que, succédant à l’excision ou à l’extirpation, on l’emploie fréquemment pour détruire les derniers germes que l’on n'a pu emporter ou que l’on redoute de voir repulluler après

l'ablation la plus soignée. Parmi les chirurgiens modernes,

comme à toutes les époques, les avis ont été partagés sur l'efficacité de cet agent thérapeutique, les uns considérant la cautérisation comme un moyen infidèle et une cause nouvelle d’irritation qui hâte les récidives, les autres au contraire vantant, quand elle est bien employée, la sûreté de ses effets, le bel aspect, le poli et la solidité de la cicatrice qu’elle laisse après elle. Récemment Boyer, Ant. Dubois, M. Bégin se sont rangés à la seconde opinion, sans toutefois exclure absolument la cautérisation dans tous les cas; mais un plus grand nombre de praticiens, MM. Hodgson, Guthrie, Lawrence, Roux, Velpeau, etc., la recommandent. L'essentiel est de n’être point exclusif et de réserver ce moyen pour les cas spéciaux où il peut être utile, On peut se servir du cautère actuel, mais préférablement des

caustiques, potasse caustique, pâte arsénicale, pâte de zine, etc. Nous ne reviendrons pas sur les détails de leur application.

DÉCHIRURE, ARRACHEMENT, BROIEMENT. La déchirure et V’arrachement sont moins des méthodes que des manœuvres dépendantes de J’extirpation. On n’arrache et ne déchire les tumeurs que par fractions dans certaines conditions exceptionnelles ; soit les lobes qui s’insinuent dans des cavités où l’on ne peut atteindre (ex. fosses nasales), soit des racines adhérentes à des tissus fibreux : mais en pareilles circonstances l’extirpation incomplète n'offre aucune sécurité, et c'est le cas d’avoir recours à la cautérisation pour détruire les derniers rudiments que l’on n’a pu enlever, Le broiement des petites tumeurs érectiles en particulier, tel qu’il a été conçu par Marschall, Hall, et employé par ce praticien et par M. Hening, et qui consiste à en dilacérer le tissu avec une aiguille à cataracte dont on promène la pointe en divers sens dans leur épaisseur, malgré les succès que l’on dit en avoir obtenus n’est qu’un moyen infidèle et qui peut causer des accidents, outre qu’au rapport de ses auteurs il n’a amené la guérison qu'après plusieurs MOIS.

ExriRPATION. On peut ranger sous ce chef l’excision, qui n’est que la même méthode appliquée à une masse moindre,

L’extirpation seule, quand elle peut être complète ou, dans le cas contraire, suivie de la cautérisation, est le moyen général le plus sûr ou, disons plus exactement, le moins infidèle et aussi le plus prompt pour débarrasser un malade d’une tumeur avec dégénérescence; c’est, avec la sanction unanime des chirurgiens, le plus généralement et presque le seul employé pour les tumeurs squirreuses et cancéreuses. Quant aux fongus et aux tumeurs érectiles, longtemps on les avait soumis sans crainte à l’extirpation; mais la crainte des hémorrhagies, si redoutables quand on opère dans les cavités de la face, a porté un grand nombre de chirurgiens des plus distingués à en restreindre l'emploi dans ce cas. Déjà le précepte en avait été posé par J.-L. Petit, puis par Bell et Callisen. Plus récemment il a été renouvelé par MM. Dupuytren, Walther, Wardrop, Roux, Busch, Hervez de Chegoin. Tous signalent des cas où, comme nous l'avons vu souvent chez Dupuytren, les malades ont failli périr d’hémorrhagie pendant l'opération ; et même cet affreux accident est arrivé à deux des chirurgiens que nous venons de citer, sans compter les malades qui succombent après plusieurs jours aux hémorrhagies consécutives,

L'extirpation s'appliquant à des cas si variés et comprenant des manœuvres si différentes, suivant la nature de la maladie, son siége, les complications et les accidents qui entravent la marche de l'opération, on conçoit qu’on ne peut établir à ce sujet que des règles générales, réservant les préceptes de détail pour chaque opération spéciale.

Procédé opératoire en général. 1° La forme de l'incision dépend du volume de la tumeur et de la profondeur à laquelle on doit atteindre. En général, pour toutes les tumeursavec dégénérescence de tissu, le chirurgien devant s'attendre à rencontrer des racines et des prolongements qu’il doit suivre pour les enlever, il convient de se donner dans la première incision le plus d’espace possible pour agir. Si les téguments sont sains on a recours aux incisions composées en T, en V ou en croix ; s'ils sont altérés on les cerne par deux incisions en ellipse, en divisant à quelque distance sur la peau intacte.

2° La division des téguments opérée, si la tumeur y fait suite on procède à son ablation : mais dans ces affections de mau-

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