‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 234 sur 470 · MEMBRE ABDOMINAL, AMPUTATIONS DU PIED · texte numérisé non relu

MEMBRE ABDOMINAL, AMPUTATIONS DU PIED

Anatomie opératoire. — C’est dans l’organisation du pied qu'il convient de puiser des données générales pour systématiser les opérations qui s’y pratiquent, les ramener à quelques chefs principaux, tracer pour leur exécution des règles élémen:taires, et éclairer leur appréciation relative et absolue.

Le pied est composé de vingt-six os qui forment en médecine

opératoire comme en anatomie trois sections bien distinctes : le tarse, le métatarse et les orteils. Cette multiplicité d’éléments et les articulations nombreuses qui en résultent prêtent à mille combinaisons opératoires d'autant plus précieuses que le pied, étant un organe de sustentation et de mouvement, réclame, pour l’'accomplissement de ses fonctions, la plus grande intégrité possible.

Comme, à part celles des orteils, les articulations du pied, destinées moins à des mouvements partiels étendus qu’à assurer la solidité de l’organe et à concourir à la dynamique générale, ne jouissent que d’une mobilité d'ensemble, et encore très-obscure, on peut en quelque sorte considérer le pied comme un seul os, ne point s’astreindre, pour les amputations, aux divisions fondées par les anatomistes sur les séries articulaires, et n’admettre d'autre lieu d'élection que les limites mêmes du mal. Ces considérations nous permettent encore d'établir qu'à chaque région du pied les procédés pour les désarticulations et les ‘amputations dans la continuité se confondent ; les différences ne portent que sur l’inversion des temps opératoires, et sur les particularités que commandent la section des os ou leur désarticulation.

Le peu d'épaisseur des téguments de la face dorsale du pied, la mobilité aussi bien que la multiplicité des tendons qui la parcourent, l’altération dont les téguments sont presque toujours le siége, la nécessité d'éviter à la face plantaire des cicatrices sans cesse compromises par la pression et la sécrétion de la sueur, et enfin l'abondance et la vitalité des parties molles de cette région,ffont une règle bien positive d’y ménager autant que possible les lambeaux, ou tout au moins de les étendre à la face interne qui offre en grande partie les mêmes caractères, Le lambeau plantaire jouit d’une très-grande rétractilité, et doit, pour se conformer au volume croissant des os, se terminer toujours au pli de flexion sous-métatarso-phalangien, Nous ne devons point oublier non plus que chez les enfants le squelette du pied, presque tout entier cartilagineux, n'offre aucune résistance au couteau, tandis que chez les vieillards les soudures articulaires laissent souvent plus de chances à la scie qu’à la désarticulation.

L’anatomie pathologique est venue rectifier les idées purement théoriques qu’on s'était formées sur l’état des tendons après les amputations partielles du pied, et diminuer la crainte qu'on avait de les intéresser. Après leur section ils ne remontent pas si haut qu’on le prétendait, mais contractent de nouvelles adhérences immédiatement au-dessus du point où ils ont été divisés ; de sorte que l’espèce de mouvement encore permise reste dans un équilibre parfait (pl. 66).

Amputations partielles du pied dans la continuité.

Ces amputations, fort en usage avant le dix-huitième siècle, mais rejetées presque exclusivement quand on eut appris à se jouer des sinuosités articulaires, doivent cependant rester dans la science ; d’abord parce qu'il faut se réserver la latitude de n’enlever au pied que les parties absolument impossibles à conserver, et qu'ensuite, tout en prenant la règle précédente en première considération, il vaut toujours mieux amputer dans la continuité des os que dans leurs articulations.

Page 1