‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 239 sur 470 · MÉTHODE OVALAIRE · texte numérisé non relu

MÉTHODE OVALAIRE

La modification ne porte ici que sur la manière d’inciser la peau, puisque les muscles sont toujours coupés circulairement. Cette méthode, comme nous l'avons déjà dit plus haut, nous semble justifiée par la situation superficielle des os de la jambe. par leur volume et la nécessité de les recouvrir en grande partie d'avant en arrière, les parties molles ayant plus d’espace à parcourir dans ce sens que d’arrière en avant. — Le procédé de M. Sédillot a été décrit; nous donnerons celui de M. Baudens, qu'on pourrait peut-être mieux rapporter à la méthode mixte,

Procédé de M. Baudens.— Premier temps. Faire une incision ovalaire des téguments commençant à cinq travers de doigt audessous de la crête du tibia et arrivant, à l’autre extrémité du diamètre dans l’espace poplité, à cinq centimètres au-dessus du point de départ ; relever et disséquer le lambeau cutané à la hauteur de neuf centimètres. — Second temps. Tailler deux lambeaux charnus sur les faces latérales du tibia et du péroné; les lambeaux relevés, contourner les os en 8 de chiffre et en faire la section (pl. 91, fig. 5). M. Bérard, au lieu de former les lambeaux, préfère diviser circulairement les muscles au niveau de l’adhérence de la peau relevée.

Appréciation. De l'avis de tous les praticiens, la méthode circulaire est la meilleure qu’on puisse employer dans l'amputation de la jambe. Nous sommes forcé de ratifier ce jugement porté par une expérience universelle, tout en convenant que cette méthode n’est peut-être pas en harmonie complète avec la structure de la jambe. Cependant, si, laissant de côté les raisons fausses ou surannées, alléguées en faveur de la méthode à ‘lambeau, nous la considérons dans ses avantages positifs, lorsqu'elle est pratiquée rationnellement, nous serons convaincus qu'elle protége également et efficacement les os, qu’elle donne une réunion prompte, et qu’elle facilite peut-être l’emploi de la jambe artificielle, que Verduin avait aussi inventée à l’occasion de sa methode.

Le but que l’on doit se proposer, avant tout, par la méthode à lambeau, est de recouvrir avec les muscles toute la surface osseuse ; et c’est évidemment s'éloigner de ce but que de proposer des lambeaux cutanés seulement ou des lambeaux latéraux, qui, d’une part, ne fournissent pas de chairs sur une grande partie du tibia, et qui, d’une autre, exposent cet os à saillir à travers l'angle antérieur de la plaie, Une multitude de procédés étant éliminée par ce principe, il ne reste donc plus que celui de Verduin ; qui, s’il n’obtient pas l'extension que l’auteur voulait lui donner, n’en demeurera pas moins dans la science, et sera mis en pratique toutes les fois que l'absence ou l’altération des téguments antérieurs ne laissera d'autre ressource que l’amputation de la cuisse ou dans les tubérosités du tibia. Du reste le procédé de Verduin a été adopté surtout à l'étranger, par S. Cowper, Klein, et autres, qui en ont retiré les plus heureux résultats cliniques.

F’aleur comparative de l'amputation au lieu d'élection LU et au-dessus des malleoles.

Une des plus grandes préventions contre l’amputation susmalléolaire parait tenir à la difficulté de trouver un moyen de sustentation convenable. Cette considération nous semble, au contraire, d’une très-minime importance. Les bottines de MM. Mille et Martin, perfectionnées par M. Charrière, sont très-satisfaisantes ; et si nous en croyons ce que disent quelques chirurgiens modernes, leurs observations confirment pleinement ce que Ravaton et d’autres avaient avancé autrefois sur la possibilité de supporter sans inconvénient, avec des bottines, de longues marches et des fatigues assez pénibles. La cherté de ces appareils n’a pas même été un obstacle pour les hôpitaux, qui en délivrent journellement,

Mais nous nous hâtons d'arriver aux aperçus cliniques, que nous regardons comme les seuls valables. Cette partie de la question a été sagement discutée par M. Garavel, qui nous fournit une partie de nos arguments.

Au lieu d'élection, sans parler de la longueur de l'opération, plus grande cause de douleur, on doit tenir compte de l’étendue de la plaie, de la suppuration souvent intarissable, des chances de résorption, de l’inflammation du tissu aréolaire des os, en grande partie spongieux, et de la grosseur des vaisseaux ouverts ; aussi, Comme une conséquence presque inévitable, les suites de cette opération sont-elles le plus souvent funestes. Au-dessus des malléoles tous ces désavantages ne sont pas autant à redouter, le rapprochement des os simplifie l'opération : la peau existe seule à la vérité, mais elle est pourvue d'une vitalité assez grande et uniformément répartie; la nécrose qu’on a quelquefois observée tient à la constitution du sujet, et peut-être aussi, suivant la remarque de M. Serres de Montpellier, à la grosseur de la scie qu’on emploie.

L'objection la plus puissante, en apparence, c’est la propagation de l’inflammation aux gaines tendineuses, qu’on ne peut pas toujours prévenir ou combattre. Mais, si, au lieu d’élection, ces gaines sont moins nombreuses, il y a, d’une part, des cloisons d'isolement extrémement fortes, et d’une autre, du tissu cellulaire lâche et abondant, qui sépare les diverses séries de muscles et accompagne les rameaux vasculaires ; l'inflammation s’en empare souvent, gagne même l'articulation, et n'est pas moins dangereuse qu’au-dessus des malléoles : pour dernier motif en faveur de l’amputation sus-malléolaire, ajoutons qu’elle est conforme au principe si éminemment vrai, et déjà émis par Botal, qu'il faut amputer les membres aussi loin que possible du tronc; principe qu'on a violé pour la jambe par des raisons qui demandent à être révisées.

Du reste, la statistique et l'autorité des noms s’élévent encore en faveur de l’amputation sus-malléolaire. Beaucoup de chirurgiens que nous avons cités, et d’autres qu'il serait trop long d’énumérer, tant en France qu'à l'étranger, sont tellement convaincus de sa supériorité, qu'ils la préfèrent quand même on ne trouverait pas de moyens de sustentation convenables ; et nous devrons accepter la même conclusion, si les faits cliniques continuent à venir, de jour en jour, coufirmer leur expérience. En attendant, nous pensons qu'il faut comparer soigneusement ces deux méthodes, étudier les causes de revers dans chacune d'elles et les perfectionner ainsi l’une par l’autre, puisque toutes deux doivent être conservées, l’une pour les cas malheureux où la lésion remonte très-haut, l’autre pour ceux où elle est bornée au niveau des malléoles.

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