APPRÉCIATION
Dès que la médecine opératoire sortit d’un aveugle routine, et qu'elle fut éclairée par les lumières de l’anatomie et de la physiologie, ce qui frappa tout d’abord et avec juste raison, dans l’amputation de la cuisse, ce fut la saillie, la nécrose ou la carie de l'os, quisurvenaient presque inévitablement avec les méthodes anciennes. C’est donc à ce point de vue capital que nous devons nous placer pour apprécier sainement la valeur des méthodes qui ont été proposées; la meilleure sera celle qui laissera à-la-fois assez de peau pour recouvrir la surface saignante, assez de muscles pour protéger efficacement le fémur, de manière à donner une cicatrisation régulière. Le seul avantage qu'on puisse raisonnablement se proposer par la méthode à lambeaux, c’est de recouvrir exactement le fémur; et d’abord on n'obtient pas ce résultat par le procédé à lambeaux latéraux, car l'os saillit presque inévitablement à travers leur angle antérieur : il faudrait donc préférer un lambeau antérieur et un postérieur. Mais, dans tousles cas, l'avantage qu'on en retirerait, et que procurait tout aussi bien la méthode circulaire, n'est-ce pas l'acheter trop cher que de courir les risques d’une inflammation intense et d’une suppuration désastreuse en raison de l'étendue de la surface saignante; enfin d’une réunion le plus souvent compromise par tous ces accidents et par le boursouflement des lambeaux, qui ne peuvent être maintenus rapprochés! Resterait-il, en faveur de la méthode à lambeaux, la régularité de la cicatrice; mais qu'est-ce qu’un résultat secondaire, et vraiment illusoire ici, devant des chances aussi redoutables! D'ailleurs ces reproches si fondés, que M. Lisfranc a souvent élevés contre la méthode à lambeaux appliquée à la cuisse, ont été partagés par le plus grand nombre des chirurgiens, qui l'ont tout-à-fait rejetée malgré les avantages que quelques praticiens étrangers disent en avoir retirés.
Il demeure donc établi, du moins pour nous, que la méthode à lambeaux n’est applicable que dans les cas exceptionnels; lesquels se rencontrent surtout à la guerre, où les lésions si variées nécessitent des procédés opératoires qu’on ne peut pas soumettre à des règles déterminées.
La structure de la cuisse nous paraît réclamer éminemment la méthode circulaire, qu’on devrait créer pour elle, si elle ne l'était pas encore. Pratiquée suivant les préceptes que nous avons tracés, elle remplit toutes les conditions et compte le plus grand nombre de succès. Cependant, comme on l’a vu, le choix des procédés est loin d’être indifférent.
Celui de Dupuytren est bien le plus expéditif, mais tous ceux qui ont suivi la pratique de ce grand chirurgien savent qu'il a l'inconvénient de ne pas donner assez de peau et d'exposer à la saillie du fémur. Le procédé de Louis diffère trop peu de celui de Dupuytren, pour que le jugement que nous avons porté de ce dernier ne lui convienne pas également.
Le procédé d’Alanson a été, d’après S. Cowper, démontré
mathématiquement impossible par Wardenburgbh, si on le pratique sur toute l'épaisseur du membre; mais il convient très bien pour la section des muscles profonds. Les combinaisons que Valentin a proposées pour l'amputation de la cuisse ont été repoussées comme inutiles, et, en outre, très difficiles à exécuter régulièrement.
Après le procédé que nous conseillons, c’est à celui de Bell que nous donnerions la préférence. Reste maintenant à apprécierles méthodes mixtes, inventions particulières à notre époque essentiellement éclectique et cependant avide de nouveautés ; mais nous ne saurions nous prononcer sur leur valeur, qui n’a pas été suffisamment sanctionnée par l'expérience : seulement, elles nous paraissent avantageuses pour la réunion. Le procédé de M. Malgaigne ne nous semble pas donner complétement le résultat que s’est promis l’auteur; car ce n’est pas uniquement contre la rétraction des muscles internes et postérieurs qu’il faut se prémunir, mais contre celle de toutes les parties molles qui entourent le membre.