AMPUTATION DE L'ÉPAULE AVEC LE BRAS
Ce n’est que pour mémoire que nous mentionnons cette opération, dont la pratique, tout exceptionnelle, ne peut étre soumise qu’à des règles très-générales, le manuel opératoire devant se modifier, à chaque fois, suivant le cas particulier qui en motive l'emploi.
Les maladies pour lesquelles on peut y avoir recours sont les fractures comminutives de l'articulation de l'épaule avec désorganisation des parties molles, les caries et les tumeurs avec dégénérescence. Suivant le cas, il s’agit d’emporter, avec le membre en entier, tantôt une portion de l’omoplate, tantôt une portion de la clavicule, ou les extrémités adjacentes de l’une et de l’autre. M. Larrey a pratiqué plusieurs fois avec succès ces diverses opérations. M. Cuming (1808) a également réussi en enlevant toute l'épaule avec le bras; MM. Clot, Brice et Syme n’ont pas été moins heureux pour des ablations fractionnées du col de l’omoplate dans le premier cas, de l'articulation acromio-claviculaire dans le second, et de l’un et l’autre dans le troisième. D’autres faits d'opération sont dus à MM. Beauchêne, Lacke, Hunt, Roux, etc., mais avec des résultats divers suivant la nature de la cause. Quand la maladie était une tumeur avec dégénérescence, presque tous les malades ont succombé. L'essentiel est donc de déterminer dans quels cas l'opération est praticable avec quelque chance de succès. A notre avis, les lésions traumatiques sont les seules où l’on
puisse répondre affirmativement. Pour les autres, c’est au chirurgien à consulter l’état général de son malade, la nature et l'étendue de l'affection, et à se décider en conséquence.
Quant au manuel opératoire, on conçoit qu’il doit varier suivant chaque cas spécial. En fait, il y a ici deux opérations : une résection des os de l'épaule et une désarticulation du bras. En général, la résection doit précéder l’autre : ses règles particulières sont connues; mais au point de vue de la désarticulation il est convenable que la première incision puisse s'y rapporter. Ainsi donc, prenant pour exemple la plaie d'une amputation scapulo-humérale ovalaire; un premier segment de cette plaie étant effectué en regard du point où doit se faire la résection, rien de plus facile que d’en faire partir une incision oblique ou perpendiculaire en haut, en avant ou en arrière, vers l’acromion, la clavicule ou l’épine de l’omoplate, de manière à obtenir des lambeaux qui permettent la résection et retombent ensuite pour se réunir sur l’incision ovalaire qui est enfin terminée. Si l’on a affaire à une tumeur d’un grand volume, c'est encore à former une plaie ovalaire que l'on doit tendre. Du reste, il est évident que c’est à l’intelligence du chirurgien à varier les sections au point de vue de la réunion pour chaque cas spécial.