‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 67 sur 470 · MALADIES QUI MOTIVENT LES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

MALADIES QUI MOTIVENT LES OPÉRATIONS

Dupuytren professait dans ses cliniques et a inséré dans Sabatier les conditions qui nécessitent les opérations; il les réduit à quatre principales. 1° Quand il survient de prime-abord un accident redoutable, dont l'opération est le seul remède : tels sont les cas d’étranglement intestinal, de lésion d’un vaisseau considérable, de corps étrangers introduits violemment dans les tissus ou dans les cavités des membranes muqueuses.

2° Quand, tous les autres moyens ayant échoué, il s’agit de soustraire l'organisme à une cause de détérioration qui entrainerait ultérieurement la perte du malade. C’est, en général, le cas des amputations et des ablations motivées par des altérations et des dégénérations de tissus.

3° Lorsque la terminaison fatale par épuisement est imminente, si la cause première n’en est immédiatement enlevée. Cette circonstance, qui ne s'applique qu'aux opérations pratiquées à l'extrémité, comme une dernière ressource, exige la plus grande réserve de la part du chirurgien, trop souvent incertain de savoir s’il n’existe pas déjà quelque foyer de congestion dans les viscères, qui rendrait toute tentative inutile, et si le malade pourra résister aux effets de l'opération en ellemême.

4° Comme une considération personnelle qui a trait à la sûreté de diagnostic, au caractère et à l’habileté du chirurgien, avant de tenter une opération, il doit avoir acquis la triple certitude qu’elle est absolument possible, que lui-même saura

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et pourra la terminer complétement, et qu’elle offre des chances assez nombreuses pour une guérison durable.

5° Enfin, aux quatre chefs précédents, qui ne s'adressent qu'aux maladies qui ont déjà mis le sujet dans une situation grave ou en danger actuel de perdre la vie, il nous paraît convenable d’en ajouter un dernier pour les cas, si nombreux dans l'exercice de la chirurgie, où, la santé générale n'ayant subi aucune altération, la maladie, d’ailleurs peu douloureuse, n’est que gênante ou disgracieuse, et ne présente qu’un danger plus ou moins éventuel et éloigné : tels sont les lipômes, les abcès profonds, et en général des tumeurs variées sans dégénération de tissus : les varices, les hémorrhoïdes, les corps étrangers dans la profondeur des membres; nombre de petites opérations propres à certains organes spéciaux, l’œil, l'oreille, etc. Dans tous ces cas, ceux du moins où il n’y a pas nécessité actuelle d'opérer, et où l'opération, elle-même assez simple, promet une guérison prompte et assurée, c’est au chirurgieu de bien calculer toutes les circonstances propres à la maladie et au malade, qui doivent faire accepter, différer ou rejeter l'opération. Tant de motifs et de considérations se présentent, applicables à des cas si variés, qu’il est impossible de rien spécifier en formule générale. Seulement, en principe, il faut établir que toute opération n’est justifiable qu’autant qu’elle est nécessaire et réunit une somme de chances favorables très-supérieure aux risques qu'elle fait courir. Enfin, on ne doit jamais céder, pour agir, à aucune sollicitation téméraire ou inopportune du malade lui-même ou à tout autre motif étranger au diagnostic et au pronostic de ja maladie. A cet égard, il faut avoir toujours présents à l'esprit ces cas malheureux, quise renouvellent journellement dans la pratique, où l'opération la plus légère, une saignée, une incision, l’excision d’une loupe, etc., pratiquée dans les circonstances les plus convenables et chez le sujet le mieux disposé, est néanmoins suivie d’une complication grave et quelquefois de la perte du malade.

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