‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 70 sur 470 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

de voir une maladie interne, jusque-là stationnaire, marcher avec rapidité vers une issue funeste. C’est au chirurgien-médecin qu’il appartient de reconnaître, d’après la situation générale du sujet, quelles sont les maladies de son ressort qu’il serait imprudent de vouloir guérir. (c) Quandil existe une affection générale, scorbut, scrophules, syphilis, il faut essayer d’en obtenir la guérison complète avant de tenter une opération, lors même que la maladie pour laquelle on opère en serait ou en paraitrait indépendante ; mais surtout si cette maladie était évidemment liée à l’affection générale, toute opération serait téméraire et inutile avant un traitement approprié. (d) Lorsque la maladie, soit cancer, soit fongus ou tissu érectile, est de nature à faire supposer une certaine disposition de l'organisme à la reproduire, le chirurgien doit s'abstenir d'opérer, ou du moins, si le cas lui offre assez de chances de succès pour agir, il ne doit le faire qu'à la sollicitation du malade ou de ses parents, préalablement éclairés sur sa situation. (e) Enfin, en l'absence de toute maladie viscérale, l’état de faiblesse peut être un motif de différer une opération nécessaire, s’il est possible d’attendre que les forces soient un peu revenues, et si ce retour est pro bable. Mais s’il y a urgence, à moins que le malade ne soit dans le dernier état d’épuisement, l’opération comme étant la seule chance favorable, doit être immédiatement pratiquée.

3° État moral. Le calme de l'esprit, le courage et la confiance dans le résultat de l'opération et dans le caractère et les talents du chirurgien qui doit la pratiquer, sont des conditions indispensables au succès, En chirurgie comme en médecine, l’homme le plus habile est celui dans lequel le malade a la foi la plus vive. Il est donc du plus haut intérêt de faire naître et de cultiver cette confiance si précieuse; mais il faut qu'elle soit réelle et qu’elle vienne spontanément du malade lui-même, sans suggestion étrangère. La terreur incurable qu'inspire à certaines personnes l’idée de l'opération, quoique par raison, elles la réclament avec instance, est toujours une condition fâcheuse; mais si elles l’expriment franchement, ses effets, par cela seul, en sont moins à craindre. Au contraire, on ne saurait trop se défier du courage simulé de ces malades trop vaniteux pour montrer leur faiblesse, et qui couvent et concentrent intérieurement leur effroi. ILest rare que ces efforts contre nature ne soient promptement suivis d'accidents nerveux ou de congestions mortelles. Mieux vaut le patient convaincu de la gravité de sa situation, qu'il regarde presque comme désespérée, mais qui, néanmoins, parce que l'opération est raisonnable, s’y soumet avec un courage vrai, comme à l'unique chance en sa faveur, quoique, du reste, il soit loin de s’abuser sur l'espoir de la guérison.

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