‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 72 sur 470 · DISPOSITIONS GÉNÉRALES AVANT L'OPÉRATION · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS GÉNÉRALES AVANT L'OPÉRATION

1° Préparations du malade. Elles concernent à la fois le moral et le physique, l'esprit et le corps. C’est avant comme après l'opération que l’homme de l’art doit se montrer tour à tour médecin et chirurgien. Au oral, il entretient son malade dans la confiance, le courage, la résignation, et l'assurance d’une guérison certaine qui leur sert de base. Il stimule, rassure où console, suivant que le malade parait craindre plutôt la douleur ou la difformité ou la mutilation, Cette imposante mission du chirurgien, seul espoir et appui de son semblable dans une situation toujours orageuse et souvent critique, suppose en lui la réunion des qualités personnelles les plus précieuses aux talents les plus rares. Doué d’une élocution facile et du tact le plus délicat, il doit trouver dans son cœur les moyens de persuader, et plus tard, maître de ses émotions et de celles

‘de son malade, à une vive sympathie et une douce sensibilité pour le malheur d'autrui il lui faudra allier une fermeté inflexible, un sang-froid et un courage inébranlables. Le grand

chirurgien, vraiment digne de ce nom, n’est pas un homme ordinaire.

La préparation physique comprend l’ensemble des moyens prophylactiques appropriés à la situation générale du sujet. Presque toujours il est utile de disposer le malade par les bains, la diète, les boissons délayantes, l'évacuation du tube digestif par les lavements et les purgatifs. Si l’on a lieu de craindre des accidents nerveux ou des congestions viscérales, on emploierait d’avance les anti-spasmodiques, et même, au

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besoin, la saignée. Toutefois, si l'opération est de nature à donner lieu à des hémorrhagies, il faut être d’abord très-réservé sur la phlébotomie, sauf, s’il y a lieu, à y recourir après l'opération.

2° Appréts de l'opération. Is se composent du choix et de la distribution des aides, de la préparation de l'appareil, et de la disposition de la lumière naturelle ou artificielle.

(a) Aides. Les aides intelligents sont d’un si grand secours en chirurgie que, dans nombre de circonstances, l'opération sans eux serait impossible. Dans certains cas même. la fonction du premier aide ne le cède guère en difficulté à celle de l’opérateur lui-même. Aussi la plupart des chirurgiens ont-ils un certain nombre d’aides formés par eux, habitués à les servir, et qui, dans toute circonstance, même imprévue, savent harmonier leurs mouvements avec ceux de l'opérateur. Un aide excellent s'allie de corps et d’esprit avec le chirurgien, et devient comme un de ses organes; il l'anime du coup d'œil et du geste, l’inspire, prévoit ses besoins, va au-devant de ses ordres et quelquefois même de sa pensée. Sans ce coup d'œil des aides, toujours calmes parce qu’ils sont irresponsables, le chirurgien, füt-il doué du plus ferme courage, peut hésiter et frémir en face d’un danger pressant, car tout homme n'est qu’un homme, et il n’est donné à personne de dépouiller complétement sa nature. Ce tableau de l'importance des aides pourra paraître exagéré; mais il n’est que vrai et sera reconnu comme tel par tous ceux qui ont vu de près la pratique des grands chirurgiens, ou qui, en qualité d’internes, ont été euxmêmes parties agissantes dans le service des hôpitaux. Les aides sont ordinairement au nombre de deux, quelquefois trois, rarement quatre. Leur disposition varie suivant les cas; la plus commune est en face et sur les côtés de l'opérateur. Nous déterminerons plus loin les fonctions plus exclusivement attribuées à chacun d’eux.

(b) Appareil. I se compose de l’ensemble des objets qui doivent servir à l'opération, les instruments et les pièces de pansement. On peut y joindre le lit ou la chaise destiné à supporter l’opéré, et qui souvent exige certains apprêts. En général, un aide est chargé de préparer l'appareil, et dispose les instruments dans l’ordre le plus convenable pour n'avoir qu’à les présenter sans les chercher. Le chirurgien, avant l'opération, vérifie s’il n’y a rien d’oublié. Les pièces de pansement, charpie, compresses, fils à ligature, bandelettes agglutinatives, etc., trop connues pour insister sur leur énumération, sont également disposées à part. Il faut y joindre les diverses substances employées dans l’hémostatique, des vases avec de l’eau chaude et froide et des éponges pour les lavages; enfin, un réchaud et des cautères lorsque l’on croit devoir s’en servir. Tous ces ap= prêts doivent se faire hors de la présence du malade, et être tenus écartés de sa vue et de celle des parents et des assistants.

(c) Lumière. L'art d'éclairer la partie sur laquelle on opère a une grande importance sur la marche régulière et le succès des opérations. La lumière du jour est préférable quand on peut l’employer; mais comme il est nécessaire qu’elle vienne d'en haut, pour servir à la fois à l'opérateur et aux aides, et que souvent la partie sur laquelle on opère ne peut être présentée sous un angle convenable, dans cette direction, le plus ordinairement on emploie la lumière artificielle dont le service est confié à un aide. Une bougie courte, qui ne porte pas

d'ombre et peut s'offrir partout avec facilité, est le meilleur

luminaire.

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