‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 86 sur 470 · INCISIONS SIMPLES · texte numérisé non relu

INCISIONS SIMPLES

Toute section doit étre précédée de la tension de la peau ;

1 Planche 15, fig. 7.

? Planche 14, fig. 2, 3, 4, 5, et planche 15, fig. 2.

on l’opère généralement avec la main gauche et de plusieurs manières.

1° En long, avec la main appliquée à plat; en travers, avec le pouce et l'indicateur écartés en opposition ; 2° Avec le bord cubital de la main, en arrière du trajet du bistouri, la tension en travers étant donnée par le pouce et le petit doigt ; 3° En travers seulement, avec le pouce et l'indicateur, où en tirant d’un seul côté, tandis qu’un aide tire de l’autre ; .4° Seulement, suivant la longueur de la plaie, avec la pulpe des quatre derniers doigts ; 5° Enfin, le chirurgien peut faire tendre la peau ou écarter les parties par des aides, dans les cas où il a besoin de garder la liberté de ses deux mains.

PREMIER PROCÉDÉ. /ncision oblique avec ponction. Son exécution se compose de quatre temps bien distincts :: 1° introduction de la pointe ou ponction ; 2° abaissement de la lame, plus ou moins oblique ou parallèle aux parties; 3° section en tirant; 4° élévation perpendiculaire de l'instrument pour sortir de la plaie.

Supposons que l’on veuille ouvrir un abcès, ou découvrir, dans une certaine étendue, des parties situées à une grande profondeur : la tension étant opérée, le bistouri tenu de la main droite en première position, on en présente la pointe perpendiculairement aux parties dans l'espace compris entre le pouce et l'indicateur de la main gauche, et on l’enfonce jusqu’à la profondeur présumée convenable, et que limite du reste le doigt indicateur, suivant que nous l’avons dit en parlant des positions. Lorsque c’est un abcès que l’on ouvre, le défaut de résistance et l'apparition du pus sur les côtés de la lame indiquent que l’on a pénétré dans la cavité du foyer. La ponction étant faite, on abaisse le bistouri presque parallèlement aux surfaces ; et, par un mouvement de la main de gauche à droite, on incise les parties en graduant la pression suivant la profondeur à laquelle l'instrument doit pénétrer, Enfin, lorsque l’on a donné à l'incision la longueur qu’elle doit avoir, pour couper net la peau à l'ouverture de sortie, on redresse de nouveau le bistouri, et on le retire de la plaie dans la même situation perpendiculaire qu’il avait à son entrée.

L’incision droite ne se pratique pas toujours par une section nette et d’un seul coup. On conçoit qu'il y aurait du danger à le faire toutes les fois que des parties importantes sont situées à quelques lignes de profondeur ou immédiatement sous la peau.

C’est sur ces considérations que sont fondés les procédés Suivants.

DEUXIÈME PROCÉDÉ. Jncision à plat. W diffère du précédent en ce que l'on ne se sert que du tranchant sans pratiquer de ponction. Il consiste à promener lentement et en plusieurs fois le bistouri, présenté parallèlement à la surface de la peau, de manière à n'inciser cette membrane et les tissus sous-jacents que couche par couche. Ce procédé est long et douloureux, mais il offre une précision et une sûreté qui doivent le faire préférer dans les cas qui en réclament l'emploi.

TROISIÈME PROCÉDÉ, Zncision sur un pli à la peau'. On rassemble entre le pouce et l'indicateur de chaque main les téguments à droite-et à gauche de la ligne que doit suivre

Planche 16, fig. 5.

l'instrument, et, en les soulevant, un pli résulte de l’adossement des deux surfaces cutanées, La direction de ce pli se trouve ainsi transversale par rapport à celle de l’incision que l’on veut pratiquer : on en donne le côté droit à maintenir à un aide. Appliquant ensuite dans l'intervalle qui sépare les doigts de l'opérateur et de l’aide le bistouri tenu en première position, on fait, du talon à la pointe de l'instrument, une section qui divise le pli du sommet à sa base. On peut, si l’on redoute encore d’intéresser les parties sous-jacentes, présenter la pointe de

l'instrument en deuxième position à la base du pli, le tra-

verser par une ponction, et faire ressortir le tranchant par le sommet. La section terminée de l’une ou de l’autre maniere, en abandonnant la peau à elle-même, on a une incision qui

représente deux fois en étendue la hauteur du dédoublement cutané.

Incision en dédolant. Nous avons vu comment on devait tenir le bistouri dans l’incision en dédolant. Cette espèce de section convient pour les ablations d’excroissances à la surface de la peau ; elle s'applique, en outre, dans tous les cas où il est indispensable de ne pénétrer en profondeur qu'avec une extrême circonspection : la section des divers feuillets qui recouvrent une hernie, l'isolement des artères, l'enlèvement des tumeurs enkystées, sont de 'ce nombre. Dans le premier cas, l’incision en septième position constitue à elle seule l’opération. Pour la pratiquer, on se sert du bistouri convexe. On le présente d’un côté de la tumeur; et, en faisant glisser le tranchant du talon jusqu’à la pointe, on enlève l’excroissance d’un seul coup, par une sorte de mouvement en demi-cercle, le bistouri étant d’abord incliné en bas pour attaquer, puis couché à plat sous la tumeur, et enfin relevé pour achever la section. Il est souvent nécessaire, pour enlever les prolongements de l’excroissance, de la circonscrire entre le pouce et l'indicateur de la main gauche, et, en la soulevant, de la faire saillir à la surface de la peau. On peut de cette manière atteindre assez profondément les racines. Cette précaution est indispensable lorsque la maladie est de nature à repulluler, comme le sont les végétations cancroïdes à la face, pour la guérison desquelles on emploie ultérieurement la cautérisation avec la pâte arsenicale.

Dans tous les cas de grande chirurgie où il convient d’inciser en septième position, avec une pince à disséquer tenue de la main gauche on saisit les tissus à inciser, et on les soulève pour les isoler des parties sous-jacentes; puis, la lame du bistouri présentée obliquement les coupe, passe à plat sous l'extrémité de la pince, et doit être relevée ensuite en décrivant une série de manœuvres en quarts de cercle produites par de légers mouvements de bascule de l’instrument entre le pouce et l'indicateur. Au reste, employée dans ces cas, l’incision en dédolant exige beaucoup de légèreté et de sûreté de la main de la part de l’opérateur ; elle est, parmi les variétés de sertions qui entrent successivement dans la manœuvre des grandes opérations, l’une des plus difficiles, et qu’il importe le plus de bien faire,

L'incision droite, que nous avons vue si utile dans un grand nombre de circonstances, ne convient pas au même degré pour l'extirpation des tumeurs. Si ces dernières sont d’un petit volume et situées peu profondément, on peut espérer de pouvoir les isoler et les enlever par l’écartement des bords de la plaie; mais, pour peu qu'elles aient de volume, ou qu’elles soient situées à une grande profondeur et sous des aponévroses, l’incision droite est insuffisante, Elle ne l’est pas moins dans un grand nombre de maladies chirurgicales où il s’agit

de découvrir les surfaces dans une étendue et à une profondeur plus ou moins considérables. Les variétés d’incisions qui répondent à ces divers cas sont, indépendamment de l’incision elliptique, celles qui, en raison de leurs formes, ont reçu les noms de cruciale, en T eten V; toutes trois ne sont par le fait que des modifications de l’incision droite, puisqu'elles se composent de deux sections de cette espèce, qui se coupent suivant la manière indiquée par chacune de ces dénominations.

Page 1