‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 87 sur 470 · INCISIONS COMPOSÉES · texte numérisé non relu

INCISIONS COMPOSÉES

Incision cruciale‘. Des deux incisions droites qui la composent, l’une se fait de gauche à droite; l’autre est formée de deux moitiés qui rejoignent de chaque côté la première à angle droit. L’incision de gauche à droite se pratique, comme nous l'avons dit, avec le bistouri tenu en première position. Quant aux deux autres incisions, l’une doit se faire d’avant en arrière ou vers soi, et l’autre d’arrière en avant ou devant soi. Pour l'exécution de la première, on tend les parties avec le bord radial de la main gauche, dont le dos est tourné vers l'opérateur. Le bistouri tenu en première position, on abaisse l'instrument perpendiculairement sur l’incision transversale, et, en tirant à soi, on détermine une section qui rejoint l’autre en formant deux angles droits. On exécute la seconde incision en tendant les téguments avec le bord cubital de la main gauche. La main qui tient le bistouri est placée en pronation, fortement inclinée sur son bord radial ; la pointe de l'instrument est tournée directement contre l'opérateur. Procédant comme il a déjà été dit, on abaisse une nouvelle section perpendiculaire directement en regard de la première. La nécessité de pratiquer en deux fois l’incision qui coupe celle de gauche à droite se fait suffisamment sentir. On conçoit, en effet, que si l’on voulait la pratiquer d’une seule fois, de quelque côté qu’on la commençit, après l’exécution de la première moitié, les téguments de l’autre lèvre de l’incision de gauche à droite n'étant point tendus, au lieu de se laisser diviser fuiraient au-devant du tranchant.

La section des deux moitiés peut être pratiquée par un procédé en sens inverse de celui que l’on vient de lire, c’est-à-dire de dedans en dehors. L’instrument est introduit en piquant sous chacune des lèvres de la première division. Pour inciser devant soi, on fait glisser parallèlement sous la peau le bistouri tenu en huitième position. Parvenu à la distance convenable, on redresse l'instrument, son tranchant en haut; on pique pour faire sortir la pointe au dehors, et on achève la section en abaissant un peu le manche et ramenant vers soi. Pour la deuxième section, dans le mouvement de pronation et d’adduction qui tourne la pointe vers l'opérateur, le bistouri est tenu comme pour l'incision en dédolant, le tranchant tourné en dedans. Du reste, on n’exécute en sens inverse les mêmes mouvements que pour l’incision précédente.

Lorsque les trois sections qui composent l’incision cruciale sont terminées, il faut détacher chacun des lambeaux. On en soulève l'angle avec le pouce et l’indicateur de la main gauche, ou avec une pince mousse, et on glisse dessous la lame du bistouri du milieu vers la pointe, en conservant à la peau une partie de son tissu cellulaire. L’instrument est tenu en sixième position. On trouve dans cette situation du bistouri l'avantage de pouvoir pratiquer les quatre espèces d’incisions, sans autre modification que de varier les divers mouvements du poignet, qui portent alternativement le tranchant de la lame

1 Planche 16, fig. 4.

à gauche et à droite, en avant et en arrière. Dans tous les cas, on doit, en dètachant les lambeaux, promener l'instrument de manière à produire à chaque coup le plus d'effet possible. La position que nous recommandons est encore celle qui convient le mieux à cet égard.

La facilité que présentent les incisions cruciales de mettre à découvert une surface quadrilatère étendue fait qu’on les emploie dans un grand nombre de circonstances : à la tête et sur d’autres parties, pour appliquer le trépan : au-devant des tumeurs herniaires, pour mettre à nu le sac qui contient les viscères ; et, dans une foule de circonstances, pour faciliter l’extirpation de tumeurs solides ou enkystées. Elle offre cet avantage que l’on n’est point obligé d’emporter de lambeaux de téguments lorsqu'ils ne sont pas malades. L'opération terminée, on les rapproche, et, si le cas le permet, on obtient promptement une réunion par première intention.

Incision en T'. Elle diffère de l’incision cruciale en ce qu’il manque une branche à la section perpendiculaire. La manière de la pratiquer est du reste absolument la même que pour la précédente, et, comme dans cette dernière, il convient de détacher les lambeaux. L’incision en T convient pour les mêmes cas que l’autre. La seule observation à faire, c’est que l’incision cruciale est préférable pour l'enlèvement d’une tumeur arrondie, c’est-à-dire dont les deux diamètres sont sensiblement égaux, et l’incision en T pour celle qui est ovoiïde, ou, d’une manière plus générale, dont un diamètre l'emporte beaucoup sur l’autre : telle est fréquemment la hernie crurale. L’incision la plus grande est faite sur le bord et parallèlement à la longueur de la tumeur ; la plus petite est abaissée suivant l'étendue du moindre diamètre, On conçoit cependant que cette incision puisse être presque toujours remplacée sans inconvénient par l’incision cruciale, tandis que cette dernière, dans les cas qui la nécessitent, ne saurait l’être par l’incision en T.

Incision en V?. C’est la moins usitée des sections qui se composent d’incisions droites. L’écartement à donner aux deux incisions varie suivant l’objet que l’on se propose.

L’incision en V se pratique ou sur des surfaces ou sur des bords libres. Dans le premier cas, l'instrument tenu en première position, on fait d’abord une première section de dehors en dedans, suivant les préceptes établis; et, en partant d’un point plus ou moins éloigné de celle-ci, on abaisse une deuxième incision, qui doit, sans la dépasser, venir rejoindre la première, en formant avec elle un angle d'autant plus aigu que l’écartement qui forme la base du lambeau est plus considérable. Les usages de cette forme d’incision étant les mêmes que pour l’incision cruciale ou en T, dans le cas où l’on devrait mettre à découvert une étendue de parties assez grande pour que l’angle formé excédät 45 degrés, on conçoit qu'il serait préférable d’avoir recours à l’une de celles que nous venons de nommer.

L'incision en V sur des bords libres se pratique de dehors en dedans, ou de dedans en dehors. Elle est fréquemment usitée dans certains cas spéciaux, aux lèvres, par exemple, pour

l'ablation d’une excroissance cancéreuse, ou pour rafraïchir les bords des solutions de continuité A dans l opération du bec-de-lièvre. Pratiquées de dehors en dedans, les incisions peuvent du bord libre être amenées à un point de jonc-

1 Planche 16, fig, 1.

? Planche 16, fig. 2.

tion commun, ou, en partant d’une certaine distance du bord, y être ramenées l’une et l’autre. Pour inciser en dedans, on insinue le plat de l'instrument sous le bord flottant jusqu’à la profondeur convenable ; on redresse la pointe du bistouri pour faire la ponction de dedans en dehors, et on termine la section, le tranchant tourné obliquement en haut et en ramenant vers soi.

Incision étoilée*. Elle se compose de plusieurs incisions droites, trois à quatre, entre-croisées de manière à former, à partir du centre, leur sommet commun, six ou huit lambeaux en V, adhérents au pourtour par leur base. Cette incision est réservée pour les cas où il convient de débrider très-largement dans le but de faire cesser un étranglement, et de donner largement issue aux fluides et aux produits morbides, Tel est surtout le cas de l’anthrax.

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