DIVISION PAR DÉCHIRURE ET ARRACHEMENT
Ce mode de division consiste dans une traction plus ou moins brusque ou graduée, directe ou accompagnée de torsion, que l’on fait subir aux parties molles pour en déterminer la
rupture par un allongement porté au-delà de leur force de cohésion.
1° Déchirure. On l'exerce sur le tissu cellulaire, sur des tissus minces, ou sur des brides et des adhérences membraneuses; son objet est d'arriver promptement et sans effusion de sang à isoler, dans une grande étendue, les parties sur lesquelles on opère. On évite, par ce procédé, une dissection méthodique toujours longue et douloureuse, souvent très-difficile, et qui souvent même, quelle que soit l’habileté du chirurgien, offre de grands dangers quand on est contraint d'agir au travers de parties abondamment pourvues de vaisseaux et de nerfs qu’il est presque impossible de ne pas léser avec l’instrument tranchant.
On opère la déchirure par divers moyens :
1° Avec le pouce et l'indicateur de chaque main, qui saisissent ou pincent fortement les tissus et les tirent en sens contraire. C’est ainsi que l’on isole les tumeurs carcinomateuses bien circonscrites par un kyste fibro-celluleux, au sein, au testicule, etc.
2° Avec un doigt seul, ordinairement l'indicateur, ou, suivant le cas, avec le manche d’un scalpel ou d’un bistouri, ou la pointe d’une sonde cannelée. Le doigt seul suffit pour décoller une cicatrice récente ou pour détruire les adhérences lâches qui unissent les surfaces péritonéales d’une anse intesti-
nale et d’un sac herniaire. Mais lorsque l’espace est étroit et le tissu cellulaire dense et serré, un instrument solide et mince convient : tels sont les cas d’isolement des muscles pour atteindre dans les espaces celluleux profonds.
> Arrachement. I constitue une opération plus grave et plus compliquée que la précédente, et suppose, dans tous les cas, que le corps à extraire, fixé solidement, doit être saisi avec force et enlevé par des tractions qui ne sont pas sans danger. D'après sa manière d'agir, il entre plus ou moins dans les manœuvres opératoires qui ont pour objet l'extraction ou l’extirpation. Appliqué aux dents, il constitue l’avulsion, très-variable d’après la quantité de procédés et d’instruments que l’on y emploie, et qui seront décrits plus loin dans un chapitre particulier.
Considéré comme manœuvre opératoire dans les maladies des parties molles, l’arrachement s'applique de préférence aux tumeurs denses, mais circonscrites dans leur contour, situées profondément et adhérentes seulement par un pédicule inaccessible au toucher manuel ou instrumental, fixé sur des tissus fibreux ou osseux, et ordinairement très-résistant. Les instruments de préhension sont des pinces plates de grande dimension, droites ou courbes sur les faces ou sur les bords. Pour qu’elles saisissent mieux, il y a de ces pinces denticulées sur les surfaces adjacentes des mors; enfin, ilen est que l’on termine par des crochets en double érigne : telles sont les pinces de Museux.
L’arrachement des tumeurs pédiculées n’est ordinairement que le dernier temps d'opérations qui figurent parmi les plus graves de la chirurgie. Presque toujours ce n’est qu’au travers de larges incisions, destinées à leur donner passage, que l’on parvient à extraire des tumeurs volumineuses encastrées profondément dans des canaux osseux et des tissus résistants : tel est le cas des polypes fibreux des fosses nasales et zygomatiques, ou de la base du crâne, extraits par de larges solutions de continuité avant d’être amenés au-dehors par une plaie extérieure ou par l'ouverture de la bouche : telles sont aussi les extirpations de tumeurs variées environnées d’un grand nombre de vaisseaux et de nerfs, et circonscrites par du tissu cellulaire qui peut être déchiré sans léser les parties voisines, et, par exemple, à l’aisselle, à l’aine, au jarret, aux organes génitaux et dans l'épaisseur des parois de la grande cavité thoracoabdominale.
Avantages et inconvénients. La déchirure et l’arrachement ont également pour avantages d’abréger la durée des opérations, et de permettre la division des parties sans avoir à redouter l’hémorrhagie par suite de la torsion en spirale des vaisseaux allongés au-delà de leur extensibilité avant la rupture. Mais par suite des désordres qu'entrainent ces deux modes opératoires au milieu des tissus dilacérés, ils causent souvent d’atroces douleurs pendant l'opération, et sont suivis de vives congestions, de suppurations abondantes et trop souvent d’accidents nerveux. Toutefois, dans les applications de détail, l’un et l’autre offrent plus d'avantages que d’inconvénients quand on agit sur une petite étendue : ainsi, la déchirure est innocente dans les espaces celluleux, et l’arrachement lui-même n’est absolument dangereux que dans l’extirpation des grandes tumeurs adhérentes de mauvaise nature. Ajoutons pourtant que, dans ces cas exceptionnels, où l’arrachement ne peut avoir pour effet que l’enlévement provisoire d’une tumeur dont les racines repulluleront, même après une cautérisation terminale, ce n’est point le moyen opératoire qui est infidèle, mais la nature de la maladie elle-même qui est fatale, et devrait engager un chirurgien prudent à s’abstenir d'opérer.
DIVISION PAR STRICTION.