‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 98 sur 470 · EFFETS DES LIGATURES ET SOINS APRÈS LEUR APPLICATION · texte numérisé non relu

EFFETS DES LIGATURES ET SOINS APRÈS LEUR APPLICATION

Dans les tumeursdontle pédicule étroit nedépasse pas quinze à vingt millimètres de diamètre, il est facile, par une constriction un peu forte, d’intercepter immédiatement toute circulation. On recouvre la tumeur de charpie et de linge pourabsorber les humidités qui en exsuderont dès qu'il y aura une division commencée. Pendant que l’on opère la striction, la tumeur se gonfle sous l’abord du sang artériel, qui s'effectue encore, quoiqu’en moindre quantité, tandis que le retour du sang veineux est interrompu. Dès que la ligature est faite. toute sensibilité cesse dans les parties qu’elle enferme ; les tissus, d’abord tuméfiés, se flétrissent et prennent la couleur livide et violacée de la gangrène ; l’épiderme se détache; souvent des gaz, indices d’uneputréfaction commençante,sedéveloppent ; toute la masse tombe enfin, après un laps de temps d’une à deux ou plusieurs semaines, en une escharre détachée par lasuppuration, et laisse à nu la surface vive de la plaie, Comme dans tous les cas analogues, s’il y a des vaisseaux d’un certain volume, qui pénètrent dans la tumeur, moins altérés dans leurs tissus, ils résistent comme des ligaments, et on est obligé d’en faire la section avec des ciseaux. Si, contre l'ordinaire, ils n'étaient point oblitérés, on pourrait être dans l'obligation d’en faire la ligature.

Les accidents consécutifs, variables suivant le siége et la nature de l’excroissance ou de la tumeur, sont assez nombreux et réclament toute l'attention du chirurgien.

1° Si, dès l'application de la ligature, il survient des douleurs très-vives qui se continuent incessamment; si cette excitation locale, en affectant au loin l'organisme, donne lieu à des accidents nerveux; enfin, lors même que les douleurs sont tolérables, si, par excès de volume ou de résistance des tissus, la circulation artérielle continuant seule à s’opérer, la tumeur augmente démésurément de volume jusqu’à menacer de rupture ou d’une inflammation grave qui sera prochainement suivie d'accidents nerveux: dans tous ces cas où il y aurait danger à accroître ou même seulement à continuer la striction, il vaut mieux relàcher ou même enlever la ligature, sauf à y revenir dans de meilleures circonstances ou à recourir à tout autre moyen de guérison.

2° Dans les cas heureusement assez rares où le trouble formidable de l'organisme peut faire présumer la constriction de filaments nerveux qui pourrait occasionner les accidents les plus redoutables et même le tétanos, on prescrit d'exercer tout de suite une compression très-vive, et d'enlever immédiatement la tumeur par l'instrument tranchant. La ligature en masse, en pareille circonstance, n’est employée que temporairement, en quelque sorte, à la manière d’une pince, pour empêcher la rétraction des vaisseaux et en faciliter la ligature partielle immédiate, Dans ces cas graves, qui constituent toute une autre opération et qui se présentent souvent, comme temps opératoires dans l’ablation des grandes tumeurs irrégulières de mauvaise nature, c’est à la prudence et à l’habileté du chirurgien d'éviter le double inconvénient d’une section préalable trop profonde qui causerait de la difficulté à lier les vaisseaux, ou d’une section trop superficielle qui permettrait une repullulation rapide de la tumeur,

3° Enfin, quand, au bout d’un certain nombre de jours après la ligature, la tumeur, au lieu de se flétrir, continue de vivre ou même de s'accroître lentement, c’est le cas d'augmenter graduellement la striction, immédiatement sur les surfaces libres, ou, à l’aide de serre-nœuds, dans les cavités profondes. Si on éprouve trop de difficultés à agir sur le lien déjà posé, on y supplée par l'application d’un nouveau lien, 1l est arrivé parfois d’en placer ainsi jusqu’à trois ou quatre avant d’obtenir une section complète. Quant à l'ancien précepte de faciliter la section par une incision préalable suivie d’une ligature, comme il offre les inconvénients de l’une et de l’aure sans en

avoir les avantages, il est aujourd’hui complétement tombé en désuétude.

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