APONÉVROSES PARTIELLES DE LA CUISSE
Les muscles de cette région, de longueur inégale, et parcourant des portions plus ou moins grandes de la longueur de la cuisse, composent un système de loges aponévrotiques très complexe. Il n'existe, à proprement parler, qu'une grande cloison intermusculaire commune, qui occupe à-peu-près toute la hauteur du membre: c'est la cloison externe ; les autres, qui n'appartiennent qu’à certains muscles, leur servent d'implantation, et font partie de leur gaîne spéciale.
Cloison intermusculaire externe. Elle naît du grand trochanter, et s'unit au tendon du grand fessier; au-delà, elle longe la lèvre externe de la ligne âpre, suit la ligne inférieure de bifurcation
(1) Planches 154 et 157, fig. 2.
correspondante, et se termine en bas au condyle externe. Épaisse et très forte, elle est à-la-fois aponévrose d'insertion et de contention ; elle donne attache en dehors au vaste externe et à la courte portion du biceps; et en dedans, elle forme la paroi de la gaine des muscles fléchisseurs ; par ses bords, elle s'étend du fémur à l'aponévrose d'enveloppe fémorale.
Quelques auteurs ont considéré comme cloison intermusculaire interne la grande aponévrose du vaste interne ; mais, comme elle sert uniquement d'insertion à ce muscle, nous l’avons décrite dans la Myologie.
Gaines musculaires de la cuisse. La cuisse, suivant sa longueur, se partage en trois groupes aponévrotiques : en avant, les extenseurs; en arrière, les fléchisseurs; et en dedans, les adducteurs. Le groupe antérieur est séparé des deux autres, en dehors, par la cloison intermusculaire externe, et en dedans, par la grande aponévrose d'insertion du vaste interne. La gaine du grand adducteur sépare les deux groupes interne et postérieur.
Gaine des extenseurs. Elle est assez simple en elle-même, car elle ne se compose que de l'enveloppe du triceps et du droit antérieur ; mais au-devant d'elle s'adapte la gaîne du couturier, et sous l'enveloppe commune de l’aponévrose fémorale se trouve également comprise la terminaison de celle du psoas-iliaque.
1° La gaine du droit antérieur est formée, en avant, par l'aponévrose fémorale et le faisceau d'épanouissement dont nous avons parlé ; en arrière et en dehors, elle est constituée par un simple feuillet fibro-celluleux, qui l'isole du crural antérieur et du vaste externe; en dedans, elle s'adosse aux gaînes du couturier et du vaste interne,
2° La gaine du triceps nous est déjà connue par la réunion des parties qui la composent : pour le vaste externe, la bandelette fascia-lata ; en avant, le feuillet du droit antérieur ; dans la portion sous-cutanée du vaste interne, l'aponévrose fémorale ; et en arrière, les cloisons intermusculaires.
3° La gaine du couturier est spéciale à ce muscle. Elle est formée, pour sa face sous-cutanée, par l’aponévrose fémorale; et, pour sa face profonde, par un feuillet propre.
4° Quant à la terminaison de la gaine du psoas iliaque, nous avons vu que ce muscle, au sortir du bassin, était enveloppé par un prolongement de l'aponévrose lombo-iliaque ; en dedans, une aponévrose spéciale recouvre le pectiné. C'est dans la gouttière commune de ces deux aponévroses que se trouve logée la gaine des vaisseaux fémoraux.
Gaine des adducteurs (voyez planche 154). Elle est comprise entre l’aponévrose d'insertion du vaste interne en avant ; en arrière, le feuillet postérieur d’enveloppe du troisième adducteur, et en dedans, l'aponévrose fémorale. Elle se compose de cinq loges renfermant le pectiné, le droit interne et les trois adducteurs. Le droit interne, comme le couturier, est renfermé dans une loge spéciale formée par l'aponévrose fémorale en dedans, et en dehors un feuillet fibro-celluleux propre. Les adducteurs sont renfermés en commun dans une grande loge triangulaire, dont la base est en haut, et qui elle-même se trouve subdivisée par les cloisons qui séparent le petit adducteur de ses deux congénères. En bas, la gaîne commune est unie à l’aponévrose du vaste interne par une enveloppe triangulaire du canal fémoro-poplité. (Voyez planche 133.)
Gaine des fléchisseurs. Elle renferme en commun le biceps, le
demi-tendineux et le demi-membraneux. Limitée de dehors en dedans, entre la cloison intermusculaire externe et Le troisième adducteur; et en arrière, par l'aponévrose fémorale, elle est coupée par les feuillets de séparation des muscles.
Gaïne des vaisseaux fémoraux (1). Gomprise d'abord à la partie supérieure de la cuisse dans le sillon des psoas iliaque et pectiné, et recouverte au-delà par le feuillet postérieur du couturier, elle s'enfonce dans le canal fémoro-poplité, et reparaît au milieu du jarret; les ramifications de l'artère profonde traversent successivement d'avant en arrière les aponévroses d'insertion et d'enveloppe des adducteurs, pour entrer dans les gaînes des muscles fléchisseurs.
APONÉVROSE JAMBIÈRE (2).
Elle forme l'enveloppe propre des muscles de la jambe, entre l'articulation du genou et celle du coude-pied. A l'extérieur, elle se compose manifestement de deux portions, l’une externe et antérieure, et l'autre interne et postérieure. La portion externe et antérieure naît en haut de la crête externe du tibia, de la tête du péroné et du tendon du biceps, par d'épais faisceaux aponévrotiques, qui descendent en rayonnant sur les muscles, et viennentse confondre au milieu de la jambe avec un autre plan de fibres, qui procèdent du péroné par les cloisons latérales. Les faisceaux aponévrotiques supérieurs ne servent point, comme on l'a dit, d'insertion par leur face interne aux muscles sous-jacens, cet objet étant rempli par une aponévrose spéciale que nousavons décrite avec ces derniers. Au niveau du tiers supérieur de la jembe, la direction des fibres, comme nous venons de le voir, devient oblique de haut en bas et de dehors en dedans, à partir des grandes cloisons externes, en se rendant vers l’angle antérieur sous-cutané du tibia. De cet angle procèdent d'autres fibres très courtes, obliques, en sens inverse, qui se lient et s'entre-croisent avec les premières. Cette disposition continue de régner Jusqu'à la partie inférieure de la jambe au voisinage du ligament annulaire du tarse, où la direction des fibres devient inverse. L’aponévrose, en ce point, revêt la face sous-cutanée du tibia pour gagner la face interne; de sorte qu'à la partie inférieure de la jambe elle embrasse toute la circonférence du membre, tandis qu'à sa partie moyenne elle s'arrête sur les angles du tibia, sans revêtir la face sous-cutanée de cet os. La portion interne et postérieure de l'aponévrose jambière, beaucoup plus mince que la précédente, enveloppe les jumeaux et le soléaire. Elle est formée de grandes fibres transversales courbes à concavité supérieure, qui enveloppent les deux jumeaux comme une sorte de capsule de suspension. Elle s'étend en travers, des cloisons intermusculaires externes à l'angle interne du tibia, excepté inférieurement, où, comme nous venons de le dire, elle recouvre cet os pour se continuer avec l'aponévrose antérieure.
La circonférence supérieure fait suite à l'aponévrose fémorale au contour du genou. En avant, sur la crête externe du tibia, la liaison est déterminée par un faisceau rayonné, qui se confond en haut avec le tendon de l'aponévrose fascia-lata; en dedans, avec l'aponévrose superficielle du genou et le ligament rotulien ; en bas, avec les épanouissemens du tendon du couturier. Sur la face interne et antérieure, ce même tendon, intermédiaire entre les aponévroses des deux fractions du membre, leur sert d'union commune par des bandelettes fibreuses, qui rejoi-
(1) Planche 154, et tome IV, page 43.
(2) Planche 155.
gnent, par son bord supérieur, laponévrose superficielle du genou, et, par son bord inférieur, celle de la jambe. En arrière, nous avons vu que les aponévroses continues des deux fractions du membre sont également fortifiées par des bandelettes dégagées des tendons de la cuisse, et qui s'épanouissent en regard des jumeaux. La circonférence inférieure de l'aponévrose jambière forme l'épaississement qui constitue le ligament annulaire du
tarse.
Aponévroses partielles de la jambe.
Elles comprennent deux grandes loges communes, l'une externe et antérieure, l'autre interne et postérieure, qui se subdivisent à leur tour en deux autres.
Gaine commune externe et antérieure (voyez planche 156). Elle renferme les muscles extenseurs et péroniers ; elle est bornée ,en avant, par la face externe du tibia ; en dehors et en arrière, par
une grande cloison verticale, née de l'angle postérieur du péroné , qui sépare les muscles péroniers du jambier postérieur et du soléaire. Une autre cloison verticale, qui procède de l'angle externe du péroné et du ligament interosseux, divise en deux parties la gaîne commune et sert de moyen d'isolement entre les gaînes spéciales, des péroniers en arrière, et, en avant, du jambier antérieur et des extenseurs. Au-dessus de la malléole externe cette cloison se bifurque en deux lamelles, qui s'attachent sur les crêtes du péroné, dont la portion intermédiaire est souscutanée.
La gaine des extenseurs est de nouveau subdivisée, à sa partie supérieure , par une aponévrose assez forte, qui donne attache au jambier antérieur et au long extenseur commun, et, dans le reste de son étendue, par des feuillets propres à ces deux muscles et au long extenseur du gros orteil.
Gaîne commune postérieure. Elle se subdivise en deux autres, qui renferment les muscles superficiels et les muscles profonds. La gaine superficielle des jumeaux et du soléaire est formée, en arrière et sur les côtés, par l'aponévrose jambière postérieure; en avant, elle est séparée des péroniers par la grande cloison intermusculaire externe, et des muscles profonds, par leur aponévrose postérieure. La gaine profonde renferme le jambier postérieur et les fléchisseurs des orteils. Son aponévrose postérieure, très forte, forme une cloison transversale, tendue entre le péroné et l'aponévrose jambière dans le point où elle s'insère à l'angle interne du tibia. De la face antérieure de cette aponévrose se dégagent des feuillets partiels, qui séparent les uns des autres les trois muscles de cette région.
Ligament annulaire du tarse (x).
C'est une forte bandelette circulaire, résistante, développée dans l'épaisseur des aponévroses jambière et dorsale du pied , dans la ligne de leur jonction commune. Dans sa forme générale, il représente une bride, fixée de chaque côté sur les tubercules plantaires du calcanéum, et qui embrasse, dans une anse, l'articulation tibio-tarsienne , maintient les nombreux tendons qui la franchissent, et fait, pour ceux des muscles fléchisseurs du pied , l'office de poulie de renvoi.
Le ligament annulaire du tarse se compose évidemment de trois portions, une médiane et deux latérales. La portion médiane, la plus essentielle, forme une large bande oblique de haut
PS
(1) Planche 155, 156 et 143.