‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 24 sur 461 · L’ABDOMEN · texte numérisé non relu

L’ABDOMEN

bané , situé verticalement de chaque côté de la ligne blanche, etrenfermé dans une gaîne aponévrotique de la paroi antérieure de l'abdomen , entre le pubis et le rebord cartilagineux des côtes.

Divisions, insertions , fasciculation. Le grand droit, adossé à son congénère , procède du bord supérieur du pubis, depuis la symphyse jusqu’à l'épine par un tendon court, mais très fort, mince d'avant en arrière, souvent unique , mais parfois divisé en deux faisceaux , dont l'externe est le plus considérable. Les tendons des deux muscles droits, recouverts par les muscles pyramidaux , s'entrecroisent inférieurement sur la symphyse pubienne, parallèles entre eux, mais avec une légère inclinaison en dehors , qui augmente de bas en haut, ils sont séparés par le cordon médian de la ligne blanche. Leur bord externe donne attache, de chaque côté, au fascia transversalis. À quelques lignes de son origine, chaque tendon s'épanouit en une aponévrose ellipsoïde très forte. C'est de la cavité et des bords de cette aponévrose que procèdent les fibres musculaires, qui se dirigent ensuite verticalement avec une légère obliquité en dehors jusqu'au rebord cartilagineux des côtes interrompues à de courts intervalles, dans leur trajet, par des intersections aponévrotiques sur lesquelles nous reviendrons bientôt.

L’attache supérieure du muscle grand droit se fait par trois languettes : l'interne , la plus faible , s'insère sur le ligament costo-xiphoïdien , la base de l’appendice xiphoïde et l'extrémité du cartilage de la septième côte. La moyenne s'implante en bas et en avant du cartilage de la sixième côte; l’externe, la plus large des trois, remonte encore, et s'attache à l'extrémité osseuse et au cartilage de la cinquième côte , en épanouissant ses fibres aponévrotiques avec celles de la deuxième languette du petit pectoral. Cette insertion supérieure, dans son ensemble, occupe une largeur de deux pouces et demi qui diminue graduellement en s’approchant du pubis ; son épaisseur, au contraire, est très mince, tandis qne celle de la partie inférieure du muscle est portée jusqu’à cinq lignes.

Le grand droit est principalement remarquable par le nombre de ses intersections aponévrotiques ; généralement on en compte trois , quelquefois quatre ou même cinq, qui décomposent le muscle en autant de ventres charnus, plus un,qu'il y a d'intersections. Lorsqu'il n'en existe que trois, l'inférieure est située au niveau ou uu peu au-dessus de l'ombilic; la supérieure est placée en regard du bord des cartilages des côtes, et la moyenne, à distance à-peu-près égale dans l’espace intermédiaire entre les deux autres. Une quatrième intersection , quand elle s'offre , est ordinairement placée au-dessous de l'ombilic, à la hauteur de la crête iliaque. Toutes ces intersections traversent le muscle suivant une ligne irrégulière en zigzag , et dont la direction générale est plus ou moins horizontale ou oblique en bas et en dedans; elles se composent de filamens aponévrotiques plus ou moins entremèlés de fibres musculaires très prononcées en avant, où elles sont fortement unies avec le feuillet profond antérieur de la gaîne qui les recouvre, et souvent, au contraire, à peine sensibles en arrière, et libres d'adhérence fibreuse avec l’aponévrose postérieure d’enveloppe. IL est rare que ces intersections soient complètes; dans leurs intervalles elles sont traversées par des fibres musculaires, surtout très nombreuses en arrière, et qui lient de l’un à l’autre les ventres charnus. Leurs usages ne sauraient être douteux dans un muscle aussi long, et continuellement exposé à des pressions qui tendent à écarter ou alonger ses fibres; leur objet , en le partageant en plusieurs petits muscles , est bien évidemment d’aug-

menter sa force et sa résistance tout en conservant l'étendue de ses mouvemens.

Connexions. Le grand droit est engaîné dans presque toute sa hauteur entre les deux feuillets doubles de l'aponévrose antérieure des trois muscles larges abdominaux. D'après cette disposition , la face antérieure du droit est recouverte en haut par le grand pectoral, jusqu'à la sixième côte, et de ce point au rebord libre des cartilages par l'aponévrose qui, de ce dernier muscle, rejoint le feuillet du grand oblique pour se confondre avec lui. Du rebord des cartilages jusqu'au quart inférieur, c'est le feuillet antérieur du petit oblique qui est en rapport avec le grand droit; enfin plus bas s'interpose le feuillet du transverse et le muscle pyramidal. La face postérieure recouvre en haut le bord de l'appendice xiphoïde et l'extrémité antérieure des intercostaux externes et des cartilages des côtes de la cinquième à la neuvième. Au-dessous, le muscle est tapissé par le feuillet postérieur du petit oblique que double celui du transverse, jusqu’à son quart inférieur, où le passage de ce dernier feuillet en avant laisse le muscle droit en contact avec le péritoine (PL. 71, 72, 75). Le bord externe est incliné de bas en haut et de dedans en dehors. Ilest compris, pour ses trois quarts supérieurs, dans le dédoublement de l'aponévrose du petit oblique. Le bord interne, sensiblement vertical, est renfermé dans l'angle de jonction des mêmes feuillets à la ligne blanche. En regard de l'anneau ombilical il forme un angle rentrant d'où résulte entre les deux muscles un espace rhomboïdal entièrement aponévrotique qui explique la plus grande fréquence des hernies en ce point (PL. 75).

Anomalies. Le muscle droit offre parfois une quatrième languette qui s'étend à la quatrième côte, disposition analogue à celle des mammifères (Meckel). Nous avons indiqué, à propos du grand pectoral (page 8), le faisceau accidentel qui continue le muscle principal et rejoint le sterno-cléido-mastoïdien. Des cas à-peu-près semblables, et où ce faisceau se termine à une hauteur plus ou moins considérable du sternum, ont été vus à plusieurs fois par Vésale, Albinus et Sabatier. Kelch a signalé un second muscle droit anomal placé en dehors à l'abdomen, et qui s'étendait, entre les deux obliques, de la dixième côte à la partie moyenne du bord inguinal de l'os des îles. L'anomalie la plus commune consiste dans la multiplication des intersections aponévrotiques qui rapproche l'organisation de l'homme de celle du singe. Enfin, dans l’ascite, la grossesse et les divers états où le volume de l'abdomen se trouve beaucoup augmenté, le grand droit est, par sa position, encore plus que les autres muscles abdominaux, sujet à une distension qui l'élargiten l'amincissant, et donne lieu à des éraillemens de la gaine aponévrotique ou des éventrations, inconvénient qui fait encore mieux sentir la nécessité des intersections tendineuses qui forment sa charpente transversale.

Action. Ge muscle contribue, avec les deux obliques et le transverse, à resserrer le bas-ventre d'avant en arrière, et agit particulièrement comme expirateur en abaissant en arrière la portion chondro-sternale du thorax. Mais surtout, comme les muscles précités sont des fléchisseurs latéraux du tronc, celui-ci en est le fléchisseur direct en avant, soit qu'il amène la poitrine vers le bassin, ou, ce qui est plus rare, le bassin vers la poitrine. Il joue également le principal rôle pour redresser le tronc lorsqu'il a été renversé en arrière.

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