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moelle épinière comme un seul organe composé de deux moitiés symétriques , de voir en elle deux organes symétriques mis en relation intime par une traverse de substance nerveuse. Toutefois , cette vue ne serait pas exacte , car il existe entre ces deux commissures une partie véritablement centrale, un axe véritable auquel se rattachent toutes les divisions de chaque moitié de la moelle. Quoi qu’il en soit , on considère séparément , dans la moelle épinière , ses deux sillons ou scissures , et , sur chacune de ses moitiés , trois faces que séparent l’une de l’autre deux rangées d’implantations nerveuses.
L’entrée du sillon médian antérieur, ou mieux de la scissure antérieure , très-visible sur toute la longueur de la moelle épinière , est marquée par une gouttière superficielle. Pour bien voir la profondeur et les parois de cette scissure , il faut écarter assez profondément deux surfaces de substance nerveuse qui se regardent sans se toucher dans toute son étendue. Ces deux surfaces ou parois blanches, parfaitement planes et lisses, s’étendent en longueur depuis l’extrémité inférieure de la moelle épinière , où elles finissent en pointe , jusqu’à son extrémité supérieure , où , diminuant graduellement de largeur, elles aboutissent enfin à la surface d’un entrelacement de faisceaux nerveux fort important , visible à la partie antérieure de la moelle. En avant , c’est-à-dire le long de la gouttière d’entrée de la scissure antérieure , ces deux parois se continuent , par une convexité sensible , avec la surface extérieure de la moelle épinière. En arrière, c’est-à-dire au fond de la scissure, existe de chaque côté, dans toute sa longueur, un enfoncement qui, partant à angle droit du bord postérieur de ces surfaces, pénètre un peu à droite et à gauche en dehors de la ligne médiane , et laisse ainsi la facilité de découvrir au fond de la scissure largement ouverte la surface transversale de la commissure qui passe d’une moitié à l’autre de la moelle épinière.
Cette commissure est formée par une couche de substance blanche crevée, dans toute sa longueur, de petites fentes transversales très-nombreuses, très-rapprochées les unes des autres ,
mais qui , chose remarquable , n’existent que sur les deux côtés de cette commissure, sans empiéter sur la ligne médiane, qui présente dans toute son étendue une petite crête ou espèce de raphé d’une très -faible saillie.
Telles sont , en somme , les parties visibles dans la scissure antérieure : deux surfaces planes , lisses , opposées , tombant perpendiculairement au contact d’une surface crevée de fentes transversales sur ses côtés , et offrant sur la ligne médiane une espèce de raphé. Toutes ces parties finissent en s’effilant à l’extrémité inférieure de la moelle; vers son extrémité supérieure , elles se trouvent surmontées , par une disposition trèsremarquable , de quelques faisceaux de substance nerveuse dont nous allons étudier l’arrangement.
Sur la ligne médiane on voit , à cet endroit, passer d’un côté à l’autre de la moelle plusieurs petits faisceaux qui , se détachant obliquement à droite et à gauche, sur une étendue de cinq à six lignes, et semblant remonter des parties centrales de la moelle à sa surface , s’entrelacent de telle sorte , que ceux qui procèdent du côté droit vont se perdre à gauche , et réciproquement , ceux qui viennent du côté gauche vont disparaître à droite. Au nombre de cinq à six de chaque côté , ces petits faisceaux sont plus volumineux et plus rapprochés de la surface antérieure au haut qu’au bas de l’ entre-croisement.
Dans la partie la plus élevée, ils sont tellement proéminents quelquefois , que , sans aucun travail , on les voit à la surface même du cordon nerveux ; tandis que , devenus plus petits , plus profonds par en bas , ils gagnent insensiblement le niveau de la commissure perforée , de l’apparence de laquelle ils se rapprochent en même temps par leur aspect.
Il n’est pas rare qu’au lieu d’un entre -croisement évident entre un nombre assez considérable de petits cordons nerveux , on n’observe que le passage oblique d’une petite lame d’une à deux lignes de largeur d’un côté du fond du sillon médian au fond du côté opposé. Enfin , il y a des moelles dans lesquelles cet entre-croisement est si peu marqué, qu’on aurait quelque
peine à le reconnaître, si l’on n’était guidé par l’analogie de cas plus prononcés (1).
Le sillon postérieur, ou scissure médiane postérieure , n'est pas aussi facile à distinguer que l’antérieur. Il n’y a pas à son entrée de gouttière longitudinale; ses deux bords , parfaitement juxta-posés , forment une vive arête à l’endroit de leur réunion avec les parties postérieures de la moelle. Aucun repli membraneux sensible ne les sépare ; il faut un effort pour les ouvrir. Quand on les écarte, et que par suite , on découvre la scissure dans toute son étendue , on remarque chez l’homme qu’elle est un peu plus profonde que l’antérieure. Comme dans celle-ci, on voit dans toute sa longueur deux surfaces parfaitement blanches et lisses , au fond desquelles se rencontre également une commissure blanche ; cette commissure diffère de l’antérieure en ce qu’elle ne se trouve pas prolongée de chaque côté des parties voisines , mais semble plutôt la simple coalescence des deux faces latérales réunies au fond du sillon. Elle diffère encore de la commissure antérieure par l’absence des petites fentes transverses bilatérales et du raphé longitudinal que nous avons observés sur celle-ci.
A la terminaison inférieure de la moelle épinière, le sillon médian postérieur disparaît insensiblement en approchant de l’extrémité effilée de l’organe ; à l’extrémité supérieure, il s’ouvre à la .pointe du calarnus scripiorius , situé à la partie postérieure du renflement nommé moelle allongée.
La face antérieure de la moelle épinière, séparée en deux moitiés symétriques par l’entrée du sillon médian, se trouve distinguée des faces latérales par la ligne d’insertion des racines
(i) Il n’est question, dans ce qui précède, que de li partie superficielle d’un entrecroisement sur l’existence duquel presque tous les anatomistes sont d’accord, quoiqu’un homme célèbre, Rolando, ait protesté contre son existence. On décrit d’ordinaire cet entrelacement comme ayant lieu entre les parties antérieures de la moelle d’un côté, avec les parties correspondantes de l’autre. C’est en effet l’idée qu’est faite pour inspirer la simple inspection des surfaces. Cette apparence, toutefois, est bien loin de donner une idée juste de l’entre-croisement en question; mais ce n’est pas ici le lieu d’étudier cette disposition dans son ensemble, il s’agit seulement de sa partie visible à la surface de la moelle.
antérieures des nerfs spinaux; mais cette ligne , il faut en convenir, n’est pas très-sensible lorsqu’on étudie la moelle dépouillée de ses membranes, avec lesquelles sont parties les racines nerveuses. Légèrement convexe de droite à gauche dans toute son étendue , plus large au niveau des renflements , plus étroite dans les portions les plus minces du cordon nerveux , cette face est partout uniformément blanche et lisse. Elle présente , au niveau du renflement lombaire, de très-légères bosselures, dont il sera question plus tard. Après une petite saccade assez brusque au-dessous de ce renflement, elle dégénère en pointe à l’extrémité inférieure de la moelle épinière. Son extrémité supérieure élargie se continue avec la face correspondante de la moelle allongée.
La face postérieure, nettement limitée en dehors par les lignes d’insertion des racines postérieures des nerfs spinaux , n’est pas, comme l’antérieure, clairement divisée en deux moitiés symétriques par l’ouverture du sillon postérieur. Cette ouverture est si peu sensible , que des anatomistes de premier ordre la révoquent en doute. M. de Blainville, par exemple, décrit sur le cheval une petite bande nerveuse très-mince , parfaitement médiane, à l’endroit où devrait exister l’ouverture de la scissure postérieure. En considérant dans leur ensemble les faces postérieures des deux moitiés de la moelle , on voit qu’elles forment un relief assez sensible au-dessus des faces latérales, dont elles ne continuent pas la courbe. Elles représentent plutôt une incrustation dont la surface offre de droite à gauche une courbe appartenant à un cercle plus petit que la courbe périphérique du reste de la moelle, et qui s’y joint par un angle obtus. Cette face postérieure offre , comme l’antérieure , des inégalités de largeur correspondantes aux inégalités des diamètres transverses de la moelle épinière. Comme l’antérieure aussi , elle se trouve partagée en deux moitiés symétriques par la ligne médiane. A une très-petite distance de cette ligne on remarque , de chaque côté , une autre scissure qui règne aussi sur toute la longueur de la moelle épinière et semble détacher de chacune de ses moitiés
une colonne prismatique de substance nerveuse, incrustée clans l’intervalle de cette scissure latérale et de la médiane. Cette scissure , moins profonde que la médiane , offre dans toute sa longueur deux parois blanches, lisses, opposées et contiguës dans toute leur largeur , et qui semblent d’ailleurs entrer en coalescence au fond de la scissure.
Par en bas ce sillon latéral dégénère graduellement, comme tous les autres, pour s’effacer à la pointe de la moelle épinière; par en haut il disparaît recourbé en dehors sur les parties latérales postérieures de la moelle allongée.
Les faces latérales de la moelle épinière , comprises dans l’intervalle des deux lignes d’insertion des racines des nerfs spinaux, sont , dans toute leur étendue, très-fortement bombées de l’une à l’autre de ces lignes. Leur surface , moins parfaitement lisse que celles des faces antérieure et postérieure de la moelle, offre à considérer un assez grand nombre de petites fentes longitudinales.
Dans le haut de la région cervicale , elles deviennent plus larges que partout ailleurs en se continuant sur les côtés de la moelle allongée. Exemptes d’insertions nerveuses dans la région dorsale , ces faces latérales offrent , dans la partie antérieure de la région lombaire , un assez grand nombre de racines qui s’unissent bientôt aux racines antérieures proprement dites. Dans la région cervicale , elles en présentent de très-remarquables , qui concourent à former les nerfs intermédiaires de cette région.
Les lignes d’insertions nerveuses antérieure et postérieure , que nous avons signalées comme divisant chaque moitié de la moelle épinière en trois faces , méritent maintenant toute notre attention. Lorsqu’on les considère superficiellement , on peut croire qu’elles sont creusées d’un sillon superficiel, du fond duquel se détachent ces racines. Cette apparence se montre particulièrement sur la ligne d’origine des racines postérieures; car, pour l’antérieure , on reconnaît bien vite qu’il existe simplement une perforation de la couche superficielle , très-fine en cet endroit , et que les racines traversent cette couche pour aller
outre. Pour démontrer ce fait on peut, après avoir considéré les racines antérieures dans leur continuité avec la substance de la moelle, les arracher lentement et avec précaution. On distingue nettement alors la couche nerveuse que traversent ces racines antérieures ; la largeur de cette couche est suffisante pour éloigner le doute. La démonstration d’une couche nerveuse que traverse de même une partie des racines postérieures n’est pas tout à fait aussi facile. La ligne étroite de laquelle se détachent ces racines paraît , dans l’enfance particulièrement, fort différente des surfaces voisines. Au lieu d’offrir la couleur franchement blanche des régions qu’elle sépare , cette ligne postérieure, et l’antérieure aussi , mais à un degré moindre, offre chez les nouveau -nés une couleur gris-clair, demi-transparente, à travers laquelle on voit pénétrer, à une certaine profondeur , une partie des racines nerveuses, qui contrastent par leur couleur d’un blanc parfait avec la teinte gris-clair, demi-transparente, de la matière dans laquelle elles pénètrent. Mais en regardant avec attention et en s’aidant du secours des loupes , on aperçoit une couche blanche extrêmement fine , qui revêt la matière grise. On peut d’ailleurs , en plongeant obliquement un stylet dans l’épaisseur de cette substance grise , et le soulevant clans la direction des origines nerveuses, distendre et enfin rompre la couche nerveuse blanche qui revêt la matière grise sous-jacente.
Cette observation semble .bien propre à repousser l’idée de l’existence d’un sillon duquel sortiraient les racines des nerfs spinaux. Au reste , ces deux lignes d’origine des racines nerveuses postérieures s’élargissent considérablement en gagnant la moelle allongée , sur laquelle elles figurent un losange irrégulier, oblong , dont l’angle supérieur finit nu niveau du milieu de cette région. Quant à la ligne antérieure, elle se poursuit jusqu’au haut de la moelle allongée ; elle existe encore au contact de la protubérance. Nous verrons même qu’elle se retrouve encore sur la région inférieure des pédoncules cérébraux.
Telle est en somme la moelle épinière considérée à l’extérieur
Des détails plus circonstanciés seraient faciles à donner sur toutes ses parties ; comme ils conduisent à des considérations relatives à la structure , ils seront mieux à leur place lorsqu’il sera question expressément de cette structure.
Il faut pourtant ici dire quelques mots encore sur le renflement lombaire et sur le cervical.
Si l’on considère attentivement le renflement lombaire , on voit qu’il dépend en plus forte proportion de l’augmentation de volume de la région antérieure que de tout autre.
Il commence à cette région par un ressaut sensible , quoique modéré , auquel succède , à droite et à gauche , une éminence allongée, étroite, qui se trouve aux deux angles latéraux antérieurs du quadrilatère curviligne que donne la coupe de ce renflement. Cette éminence , remarquable quoique entièrement négligée par les anatomistes , disparaît insensiblement dans la partie la plus élevée du rendement lombaire. Les autres faces de la moelle ont sans doute aussi plus d’étendue dans le rendement lombaire que dans la région dorsale ; mais elles contribuent toujours beaucoup moins que l’antérieure à la formation de ce rendement. Ce ne sont plus les parties antérieures dont l’accroissement de volume contribue le plus à la formation du rendement cervical , ce sont les parties latérales qui se rendent graduellement , pour diminuer ensuite d’une manière également graduelle.
Quant au rendement de l’extrémité supérieure qu’on appelle moelle allongée ou bulbe rachidien , il présente à considérer des dispositions beaucoup plus compliquées.