‹ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal ... 1re partie. Anatomie (volume 2)Chapitre 67 sur 138 · PREMIÈRE CLASSE DE NERFS. NERFS DU FAISCEAU POSTERIEUR · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CLASSE DE NERFS. NERFS DU FAISCEAU POSTERIEUR

Tous ces nerfs ont des caractères communs ; quelques-uns ont en outre des caractères spéciaux.

Un caractère commun à tous ces nerfs est de se rattacher au faisceau postérieur de Taxe nerveux.

Un autre caractère commun de ces nerfs est de se combiner avec des masses grises nommées ganglions, et qui doivent être distinguées, comme les nerfs eux-mêmes, en ganglions communs et en ganglions spéciaux.

Les nerfs et les ganglions communs du faisceau postérieur sont tous ceux qui se rattachent exclusivement à la fraction du faisceau postérieur qui appartient à la moelle épinière proprement dite.

Les nerfs spéciaux du faisceau postérieur sont ceux qui , se rattachant aux prolongements intra-crâniens du faisceau postérieur, sont surmontés par des ganglions spécialisés.

Ces ganglions spécialisés sont le cervelet et le cerveau ; par conséquent ces nerfs spéciaux du faisceau postérieur sont des nerfs cérébelleux et des nerfs cérébraux. Leurs noms propres sont l’auditif et le trijumeau pour les cérébelleux , l’optique et l’olfactif pour les cérébraux.

Tels sont les caractères généraux et différenciels des nerfs de la première classe.

Les nerfs de la seconde classe , c’est-à-dire ceux qui naissent du faisceau antérieur de l’axe nerveux, ont des caractères communs, quelque part qu’on les considère.

ORIGINES DES NERFS

Ces caractères communs sont de plonger partout par leurs racines dans l’épaisseur du faisceau antérieur de l’axe nerveux.

Un autre caractère commun à tous ces nerfs est de n’avoir sur leur trajet, quelque part qu’on les considère , aucun ganglion en propre.

Leurs caractères différenciels sont que les uns , tous ceux qui naissent du faisceau antérieur dans la longueur de la moelle épinière proprement dite , s’unissent aux nerfs communs de la première classe , un peu au delà du ganglion propre à ces derniers, et qu’après cette union les prolongements extra-spinaux de ces deux espèces de nerfs sont réunis sous un même névrilème.

Tandis que les autres, tous ceux qui naissent de la partie crânienne du faisceau antérieur , ne s’unissent jamais d’une manière aussi intime avec leurs analogues du faisceau postérieur : ce qui n’empêche pas que ces nerfs spéciaux de la colonne antérieure ne correspondent aussi aux nerfs spéciaux de la colonne postérieure, comme nous essaierons de l’expliquer bientôt.

Quant aux nerfs du faisceau latéral, on peut aussi les distinguer en deux genres. Les uns naissent directement du faisceau latéral, et tous ces nerfs, directement nés du faisceau latéral dans ses parties supérieures , remontent dans la direction du crâne, s’unissant les uns aux autres pour constituer un cordon nerveux unique à sa sortie de la cavité crânio-spinale , et connu sous le nom de spinal ou accessoire de Willis.

Le second genre des nerfs qui se rattachent au faisceau latéral est formé par deux petits nerfs, dont l’un , accolé au nerf trijumeau, naît d’une partie du pédoncule antérieur du cervelet qui se porte' au faisceau latéral ou moyen du tronçon pédonculaire. L’autre est encore un très-petit nerf, le pathétique , qui naît du faisceau que les tubercules quadrijumeaux envoient au faisceau latéral dans la région de l’olive.

On peut voir, par cet aperçu , qu’il existe entre les nerfs de la première classe et ceux de la seconde et de la troisième une assez grande analogie.

Les nerfs communs de la première, et ceux de la seconde

ORIGINES DES NERFS

classe, se confondent avant de sortir de l’épine (1). Les nerfs spéciaux de chacune de ces classes restent isolés dans leur trajet extra-crânien.

Mais on ne peut s’empêcher de reconnaître, malgré cet isolement des nerfs spéciaux de la première et delà seconde classe, et l’on doit joindre à ces derniers les nerfs de la troisième classe , une certaine parenté de paire à paire , les uns se rendant à un organe des sens pour le douer de sa sensibilité spéciale , les autres se rendant à des muscles dont l’action assiste celle de l’organe sensorial.

Ainsi, l’auditif, le nerf de la cinquième paire , l’optique , se rendent à des organes des sens ; le facial, le massétérin, les oculomoteurs, déterminent les mouvements relatifs aux fonctions de l’ouïe , du goût , de la vue.

Ces beaux rapports ont été développés d’une manière admirable par M. de Blainville, dans son cours de l’année 1842, au Jardin-des-Plantes.

J’ajouterai que , parmi les nerfs spéciaux du faisceau postérieur, les deux nerfs spéciaux cérébelleux et l’un des deux nerfs cérébraux , en d’autres termes , le nerf auditif, celui de la cinquième paire, dont une branche est gustative , et l’optique , nerfs de sensibilité spéciale , étant assistés dans leurs fonctions sensoriales par les nerfs spéciaux du faisceau antérieur qui vont aux muscles de ces organes de la sensibilité , il m’a paru que l’olfactif demandait aussi un correspondant dans les faisceaux qui produisent les nerfs musculaires; ce correspondant se trouve dans le nerf spinal, dont l’action est indispensable au sens de l’odorat.

(I) Ces nerfs présentent entre eux des différences de volume qu’il est utile de connaître. M. le professeur Blandin a mesuré comparativement le volume des nerfs qui naissent du faisceau antérieur. Voici les résultats auxquels il est arrivé. « Au dos , et surtout vers la partie moyenne de cette région , les deux racines des nerfs rachidiens offrent sensiblement le même volume. Au col, les racines postérieures ont un volume double de celui des antérieures. Aux lombes et dans la région sacrée, les racines postérieures sont plus grosses que les antérieures, comme au col; mais elles ne l’emportent sur elles que d’un tiers seulement.» (Blandin, Anatomie descriptive , t. n , p. 6i8.)

ORIGINES DES NERFS

Développer cette idée dans un traité d’anatomie serait sortir de mon sujet, j’y reviendrai lorsque je traiterai des fonctions.

Telle sera donc la base de nos divisions principales des nerfs.

Nous ferons une classe de ceux du faisceau postérieur, divisés en nerfs communs et nerfs spéciaux ;

Une classe divisée de la même manière dans les nerfs du faisceau antérieur;

Une classe également subdivisée des nerfs du faisceau latéral.

Dans le plus grand nombre des cas , rien n’est plus facile que de déterminer à quelle classe appartient un nerf, et s’il est un nerf commun ou un nerf spécial de cette classe.

Pour quelques-uns , la chose n’est pas aussi facile. Ainsi, le nerf facial, considéré long-temps comme une portion de la paire à laquelle appartient l’auditif , semble naître du faisceau postérieur , mais il est certain qu’il procède du faisceau antérieur, et peut-être aussi en partie du faisceau latéral. L’anatomie des animaux démontre ce fait d’une manière péremptoire , l’on peut aussi par des dissections délicates en acquérir la certitude chez l’homme.

Il se pourrait encore que les nerfs qui naissent du faisceau postérieur dans la région du bulbe rachidien ne fussent pas simplement des nerfs de la première classe , mais se trouvassent composés, dès le moment de leur séparation de la surface de l’axe nerveux , de racines issues directement du faisceau postérieur et de filets issus de l’antérieur, et appliqués de chaque côté, comme des demi- ceintures à la surface du bulbe, où leur présence détermine ce qu’on a appelé les fibres arciformes de Rolando.

Enfin , il se pourrait encore que dans le renflement lombaire de la moelle , les nerfs du faisceau antérieur fussent entremêlés de nerfs venus du faisceau latéral. J’ai cru bien souvent reconnaître dans cette région des filets nerveux issus du faisceau latéral , et bientôt confondus , entremêlés avec ceux du faisceau antérieur.

Mais , je l’avoue , je n’ai pas encore assez approfondi cette question pour être en mesure de la résoudre avec certitude.

Quoi qu’il en soit de ces difficultés de détail relativement à un petit nombre de nerfs , nous allons procéder à la description de leurs extrémités radiculaires. Nous parlerons d’abord, d’une manière sommaire, des nerfs communs de toutes les classes, ce ne sera qu’à l’occasion des nerfs spéciaux de chaque classe que nous tracerons une description particulière pour chacun d’eux.

Dans chaque classe de nerfs, nous étudierons d’abord ceux qui se séparent de la moelle épinière.

Nous passerons ensuite à ceux du bulbe rachidien , puis à ceux du cervelet, à ceux du cerveau, ou des régions pédonculaires de ces deux organes.

Nous verrons , dans chacune de ces régions , la simplicité des nerfs dans la même proportion que celle du segment de l’axe nerveux auquel il appartient.

PREMIÈRE DIVISION DES NERFS DE LA PREMIÈRE CLASSE. — NERFS COMMUNS DU FAISCEAU POSTERIEUR QUI SE DETACHENT DE LA MOELLE.

Ces nerfs , dans la manière ordinaire de les compter, sont au nombre de trente et un. On ne détermine pas ce nombre en comptant combien de nerfs se détachent isolément de la moelle épinière ; c’est sur la quantité de cordons nerveux réunis à chaque trou de conjugaison qu’il est fixé. Il n’y a sans doute aucun inconvénient à nombrer de cette manière les cordons nerveux composés qui sortent par les trous de conjugaison du canal vertébral; mais si l’on considère comme des nerfs distincts tous les cordons séparés , allant isolément depuis la moelle épinière jusqu’aux trous de conjugaison où ils se réunissent dans un ganglion commun , le nombre en est de beaucoup supérieur. Il s’élève certainement à plus de cent.

Ces nerfs si nombreux du faisceau postérieur se séparent de chaque côté de la moelle épinière , dans toute la longueur de la

ORIGINES DES NERFS

ligne qu’on appelle ligne d’origines des racines postérieures.

Contigus les uns aux autres dans le renflement lombaire , plus espacés dans les régions supérieures de la moelle, ils ne prennent pas partout la même direction pour sortir du rachis. Ceux du renflement lombaire descendent juxtaposés les uns aux autres dans chaque moitié de Taxe nerveux. L’intervalle qui sépare ceux de droite et ceux de gauche , large au milieu de la face postérieure du renflement lombaire, se rétrécit et finit en pointe vers la pointe de la moelle , se rétrécit sans jamais venir à se toucher dans la région dorsale de la moelle , s’élargit de nouveau dans le renflement branchial pour se rétrécir encore dans la région cervicale , où jamais il n’arrive au degré d’étroitesse qu7on observe dans la région dorsale.

Enfin , le plus grand écartement de ces nerfs d’un côté à l’autre existe au niveau du bulbe rachidien. Tous les nerfs issus du renflement lombaire descendent ; les nerfs du faisceau postérieur se rapprochent de ceux de l’antérieur dans les régions déclives du canal vertébral que ne pénètre pas la moelle; c’est à cette masse de cordons nerveux tombant au-dessous du renflement lombaire qu’on a donné le nom de queue de cheval.

Avant de sortir du rachis , ces nerfs se réunissent dans un ganglion, quelquefois dans deux, pour chaque trou de conjugaison, pour chaque trou du sacrum.

Au-dessus du renflement lombaire, la disposition des nerfs que nous étudions devient différente.

En regard de chaque trou de conjugaison , cinq ou six de ces nerfs convergent vers ce trou, y rencontrent un ganglion avec lequel ils se combinent. Ils représentent donc du ganglion à la moelle les rayons d’un éventail ouvert.

Une fois unis aux ganglions , ces nerfs mêlent les fibres qui les composent avec la substance grise du ganglion, duquel procède en dehors le cordon nerveux destiné à sortir du rachis.

Dans leur trajet de la moelle aux trous de conjugaison, les nerfs du faisceau postérieur échangent de place en place des branches de communication.

ORIGINES DES NERFS

Sur toute la longueur de la ligne d’origine des racines nerveuses, les nerfs qui nous occupent se combinent avec les parties fibreuses blanches superficielles du faisceau postérieur, qui forment la limite postérieure de ces racines ; d’autres racines de ces nerfs plongent dans la substance grise visible sur toute la longueur de ces origines , et s’y laissent voir par transparence à une certaine profondeur. Les moelles épinières de nouveau-nés sont les plus favorables pour ces observations.

Que deviennent ces racines prolongées dans la substance grise l on n’a pu le déterminer encore d’une manière rigoureuse. Nous verrons que les nerfs cérébelleux et les nerfs cérébraux, qui sont tous des nerfs du faisceau postérieur , propagent plusieurs de leurs racines jusqu’aux surfaces ventriculaires voisines; l’on serait donc fondé, par cela seul , à supposer une destination analogue pour quelques-unes des racines des nerfs qui se séparent du faisceau postérieur de la moelle épinière ; mais jusqu’ici , aucune observation directe n’a pu démontrer leur continuité avec les parois du ventricule de la moelle. Indépendamment de cette raison d’analogie, la disposition que nous avons signalée dans les fibres de la substance grise du faisceau postérieur (voy. pl. 1 , fig. 4), porte à croire que ces racines nerveuses convergent sur l’axe central du faisceau postérieur qui fait partie des parois du ventricule de la moelle. Sans regarder comme certain ce qui n’est encore que probable , sans prendre comme des réalités les hypothèses proposées par quelques anatomistes pour mieux comprendre les actions de ces nerfs du faisceau postérieur , bornons-nous à enregistrer ce que démontre clairement l’observation , savoir : que les nerfs du faisceau postérieur de la moelle épinière plongent , par quelquesunes de leurs racines, dans la substance grise du faisceau postérieur, et s’unissent par d’autres racines avec la substance blanche fibreuse du même faisceau.

Etudiés dans la région de l’axe nerveux qu’on nomme bulbe rachidien , les nerfs du faisceau postérieur se groupent en deux cordons distincts , d’une grande importance , auxquels on a donné des noms propres^ L’un de ces cordons nerveux est le pneumo-

ORIGINES DES NERFS. 50 J

gastrique , c’est le plus rapproché de la moelle épinière ; l’autre est le glosso -pharyngien , plus voisin de la protubérance.

Les nerfs du faisceau postérieur du bulbe rachidien , dont la réunion constitue le pneumo-gastrique , naissent au nombre de dix à douze sur l’espace élargi en losange allongée , qui termine en haut la ligne d’origine des nerfs du faisceau postérieur de la moelle. De leurs différents points d’origine ces filets nerveux convergent en haut, en avant et en dehors dans la direction du trou déchiré postérieur; dans ce trou, ils se confondent avec un ganglion analogue à ceux que nous avons signalés dans les trous de conjugaison du rachis.

L’origine à la surface de la moelle des petits nerfs qui constituent par leur réunion le pneumo-gastrique n’est pas aussi simple que l’origine des nerfs qui naissent du faisceau postérieur de la moelle épinière.

Sœmmering a suivi quelques-unes de leurs racines à la face postérieur du bulbe; l’on peut d’ailleurs constater la réunion avec les racines du pneumo-gastrique de plusieurs des fibres arciformes de Rolando qui contournent le bulbe, de ses régions antérieure et latérale à la postérieure.

Nous en dirons autant du glosso-pharyngien, qui naît des côtés du bulbe un peu plus haut que le pneumo-gastrique, sur la limite antérieure du faisceau restiforme. J’ai vu souvent plusieurs des tractus fibreux, dits fibres arciformes de Rolando, s’unir aux racines des nerfs dont la réunion constitue le glossopharyngien.

Il y a là certainement des difficultés qui n’ont pas encore été résolues d’une manière satisfaisante , relativement aux racines du pneumo-gastrique et du glosso-pharyngien. Ces fibres arciformes qui s’unissent au pneumo-gastrique et au glosso-pharyngien seraient-elles un moyen de rattacher ces nerfs au faisceau latéral et à l’antérieur? seraient-elles plutôt un rudiment de la disposition que présentent certains des anneaux fibreux de la protubérance qui , joignant le nerf auditif d’un côté à celui de l’autre côté, lui constituent une commissure? J’inclinerais

502 ORIGINES DES NERFS

plus vers cette opinion que vers la précédente. Quoi qu’il en soit, ces nerfs rassemblés en deux petits faisceaux de volume inégal se portent dans le trou déchiré postérieur, au-dessus duquel ils se réunissent dans un renflement ganglionaire.

Andersh et M. le professeur Blandin ont vu le glosso -pharyngien et le pneumo-gastrique communiquer par un ou deux filets grêles avant leur passage dans le trou déchiré postérieur.

Ici se terminent les nerfs communs du faisceau postérieur. Les remarques que nous avons faites sur le pneumo-gastrique et le glosso-pharyngien suffisent pour distinguer ces nerfs qui naissent des côtés du bulbe rachidien des simples nerfs que produit le faisceau postérieur de la moelle épinière. Les noms propres qu’ils ont reçus étaient déjà un suffisant indice de leur importance.

NERFS CÉRÉBELLEUX.

Les nerfs qu’il nous reste à examiner comme naissant dans la partie crânienne du faisceau postérieur, ont maintenant droit à- toute notre attention , chacun d’eux mérite une description particulière. Nous commencerons par les nerfs cérébelleux qui se présentent les premiers au-dessus du nerf glosso-pharyngien ; et de ces nerfs cérébelleux, qui sont au nombre de deux, l’auditif et le trijumeau, nous étudierons d’abord l’auditif, parce qu’il se présente le premier dans la direction ascendante que nous suivons.

Page 1