DU NERF AUDITIF
Il n’y a pas dans toute l’étendue du système nerveux cérébro-spinal un seul nerf qui se détache plus directement du faissceau postérieur que le nerf auditif. C’est donc à juste titre que nous le décrivons comme tel. Ses communications avec le cer-
velet sont en même temps si considérables qu’elles justifient la qualification de nerf cérébelleux que nous lui avons donnée.
Ce nerf, comme l’indique le nom de portion molle de la septième paire que lui ont donné beaucoup d’anatomistes , est d’une si faible consistance, qu’il est impossible de bien étudier ses prolongements dans le faisceau postérieur et dans le cervelet si l’on n’a recours à des moyens artificiels d’augmenter sa consistance. Il faut l’étudier sur des organes parfaitement sains, soigneusement dépouillés de leurs membranes et long-temps suspendus dans l’alcool.
Lorsque toutes ces précautions ont été prises , on peut reconnaître avec facilité que le nerf auditif, composé de plusieurs faisceaux nerveux juxtaposés, s’unit par sa surface avec la couche de fibres obliques que' nous avons vue se prolonger du corps restiforme sur les côtés de la protubérance (voy. pl. 2, fig. 3, Q'). C’est de sa surface aussi que se détache cette membrane nerveuse qui va former la doublure immédiate de la couche corticale de cet organe (voy. pl. 4, fig. 3, O h). On reconnaît encore de la manière la plus évidente, en séparant dans le tronçon total de ce nerf un faisceau supérieur antérieur plus petit d’un autre faisceau plus volumineux , qui forme sa partie inférieure postérieure , qu’une membrane nerveuse , faisant suite à cette partie inférieure du nerf auditif, se porte à la surface du ventricule cérébelleux qu’elle tapisse dans toute son étendue. C’est de cette membrane que se détache la lame nerveuse qui unit au nerf auditif le petit lobule suspendu au-dessus de lui; à cette membrane émanée du nerf auditif se rattache encore la lame nerveuse grisâtre élevée de chaque côté du calamus scriptorius; enfin, le corps de ce faisceau principal du nerf auditif s’implante directement, et avec autant de force que la composition de sa substance le permet, à toute la surface externe du corps restiforme, et semble être la simple continuation réfléchie des couches fibreuses superficielles de ce faisceau. Entre le corps restiforme et le faisceau qui se sépare de l’olive s’insinuent d’autres prolongements du nerf auditif. Ils gagnent dans cet en-
ORIGINES DES NEUFS
droit la substance grise du corps restiforme et se dirigent à travers cette substance grise vers l’arête médiane du faisceau postérieur ; d’autres couches fibreuses très -fines, et malgré cela très-faciles à démontrer, se détachent encore du faisceau principal du nerf auditif pour se porter dans les anneaux transverses de la protubérance près de son bord postérieur. Rapprochés de leurs congénères sur la ligne médiane , ces faisceaux du nerf auditif semblent lui constituer une commissure dans l’épaisseur du pont de Yarole.
Le plus petit faisceau du nerf auditif donne lieu à des considérations analogues. Il s’étale en une membrane horizontale qui plonge directement à la rencontre du bord externe du corps restiforme, auquel il s’unit. Ce prolongement membraniforme du petit faisceau du nerf auditif s’étale en arrière du corps restiforme et s’ajoute à la doublure membraneuse que le faisceau principal a déjà fournie pour tapisser le ventricule cérébelleux. En avant se développe un prolongement commissura! qui s’ajoute dans la protubérance au prolongement commissural du principal faisceau du nerf auditif; ainsi la membrane nerveuse étalée à la surface des parois du ventricule cérébelleux se continue avec le nerl auditif. Les tractus blancs, les tractus gris remarqués à la surface du plancher du ventricule cérébelleux et signalés comme des racines de l’auditif ou comme un ganglion de ce nerf , ne sont que des faisceaux plus forts parmi ceux qui du nerf auditif se portent à la membrane nerveuse pariétale du ventricule, au petit lobule annexé à l’auditif, au voile médullaire tendu de ce lobule à l'éminence vermiforme. Tous les tractus visibles à la surface du plancher du ventricule cérébelleux, et qui se rendent en divergeant du nerf auditif à l’arête médiane du faisceau postérieur, ne sont pas les seuls faisceaux fibreux divergents des racines du nerf auditif; on peut toujours, par une dissection convenable sur des organes bien préparés, en reconnaître d’autres qui marchent des nerfs auditifs dans la direction de l’aqueduc de Sylvius, soit à la surface du plancher ventriculaire , soit en suivant
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les deux lignes antérieures de la losange que figure ce plancher , soit enfin à cette partie de la voûte ventriculaire que forme le processus cerebelli ad testes , et qui , s’unissant tôt ou tard à l’arête médiane du faisceau postérieur ou aux parties voisines de cette arête dans les parois de l’aqueduc de Sylvius, marchent avec les prolongements de cette arête médiane du faisceau postérieur dans la direction du quadrilatère perforé du cerveau ( voy . pl. 18, fig. 1, -+- Q, G , L).
Parmi les émanations membraneuses du nerf auditif auxquelles appartiennent les fibres divergentes de ce nerf vers l’arête médiane du faisceau postérieur, on en voit plusieurs qui s’engagent dans la profondeur du noyau gris central du cervelet auquel on a donné le nom de corps rhomboïdal.
Telles sont les observations principales qu’on peut faire en étudiant ce qu’on appelle les racines du nerf auditif. Directement implanté sur le côté externe du corps restiforme , il produit de sa surface une toile membraneuse , blanche, fibreuse, très-fine, qui se prolonge du nerf auditif , du trijumeau et du ruban fibreux oblique, que nous avons décrit comme une branche superficielle du corps restiforme , sous la couche corticale du cervelet , et forme la doublure immédiate de cette couche corticale.
Une autre membrane nerveuse, émanée également du nerf auditif et continue à la précédente, tapisse toute l’étendue des parois du ventricule cérébelleux. D’autres émanations de ce nerf, ou mieux d’autres régions de cette expansion membraneuse, s’élèvent sur les bords ducalamus, se combinent avec le voile médullaire , s’unissent au lobule adjacent du cervelet , se portent dans le corps rhomboïdal. Les faisceaux les plus caractérisés dans cette toile de substance nerveuse divergent du nerf auditif vers l’arête médiane du faisceau postérieur, tant à la surface du plancher ventriculaire du cervelet que dans le prolongement antérieur de ce ventricule , qu’on nomme l’aqueduc de Sylvius. D’autres émanations du nerf auditif se détachent en dedans et en avant; confondus avec les arceaux delà protubérance, ils semblent con-
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stituer la commissure du nerf auditif d’un côté avec celui de F autre.
Si Ton se reporte maintenant à la comparaison établie dans une autre partie de ce volume entre le ventricule cérébelleux et le vestibule ventriculaire du cerveau , entre le nerf auditif et le nerf optique, on sentira mieux, je lespère , l’analogie que j’ai tâché d’exprimer entre ces deux régions des cavités ventriculaires.
11 y aurait certainement beaucoup de choses encore à dire sur les connexions radiculaires du nerf auditif avec le corps restiforme, le cervelet, son ventricule et la protubérance; je me bornerai à ces données , qui me semblent exprimer ce qu’il y a de plus essentiel, et justifier pleinement le double titre de nerf du faisceau postérieur et de nerf cérébelleux , sous lequel nous avons présenté le nerf auditif.