PÉPINIÈRE DE SEMENCES
Fruits à pépins. On appelle arbres francs les petits arbres venus de pépins. Pour conserver les pépins, noyaux et autres graines d’arbres pendant l’hiver , on les étend dans un endroit bien sec, on les visite et on les remue de temps en temps, comme le blé; ou bien on les garde dans des seehets pendus au plancher d’un lieu sec et aéré.
Il est bon de choisir les pépins de fruits bien mûrs. On prend indifféremment ceux des poires et des pommes qu’on mange, de celles qui se pourrissent, ou de celles qui restent après que le cidre est fait; celles de l’année sont les meilleures.
On les sème en automne où à la fin de l’hiver, quand les gelées sont passées. Le plant semé après l’hiver ne court pas les mêmes risques que le premier; mais aussi, quand celui qu’on a semé en automne a passé l’hiver sans être atteint par la gelée, il lève bien plus vite que celui qu’on sème en février, parce que, s’étant préparé par l’humidité de la terre, il se gordle et pousse aux premiers mouvements de la sève. Pour cela on couvre de grand fumier de cheval les pépins semés avant l’hiver.
Avant de semer les pépins, et autres graines d’arbres difficiles à germer, il faut les laisser tremper, pendant douze heures, dans de l’eau où l’on aura mis un peu de nitre, et en proportion de la dureté de la semence. On arrosera ensuite avec la meme eau, pour faire hâter la germination.
Quand le terrain de la pépinière a été bien choisi, on y sème les pépins à plein champ, ou par rayons profonds de 5 centimètres, en faisant quatre rayons sur une planche large d’un mètre 50 centimètres, et les espaçant de 55 centimètres. On met les pépins au fond de chaque rayon, on les recouvre avec du terreau, et, quand c’est avant l’hiver, on répand de grand fumier neuf par-dessus.
Lorsqu’ils commencent à pousser, on les sarcle; et, à mesure qu’ils se fortifient, on leur donne des labours fort légers qui les font croître en peu de temps.
Au bout d’un an, ils sont assez forts pour être mis par
rangs, et transplantés à 50 ou 75 centimètres les uns des au-
tres. On fait les rangs à 75 centimètres de distance, pour qu’on puisse sarcler, serfouir et greffer, et que les plants ne s’étouffent pas. On les transplante et on les greffe à deux ou trois ans, suivant la force qu’ils ont, et on les cultive alors comme nous le dirons pour les pépinières de plants enracinés.
Fruits à noyau. Des cinq sortes de noyaux qu’on peut semer, il n’y a que ceux d’amandes qu’on a coutume de mettre en terre, parce qu’on a plus tôt fait de greffer les pêchers, les abricotiers, les cerisiers et les pruniers sur d’autres sujets, que d’en élever de noyaux; mais les amandiers ne viennent (pie d’amandes, et ne s’entent point sur d’autres sujets, quoique bien d’autres espèces se marient a\ec eux par la greffe.
Les noyaux d’amandes qu’on veut semer doivent être pris des amandes douces, car ils lèvent mieux que ceux des amandes amères. 11 faut que ces noyaux soient sains et parfaitement mûrs.
Avant que de les planter, on doit les faire stratifier dans du sable, en les mettant par lits, dans un mannequin, au mois de novembre. Pour cela, on fait, au fond du mannequin, un lit de sable épais de 4 centimètres ; on arrange les noyaux par-dessus, de manière qu’ils ne se touchent pas et (pie le sable puisse couler entre eux; on couvre les noyaux d’un second lit de sable, et on continue ainsi les lits, alternativement, jusqu’à ce que le mannequin soit plein. Sur le dernier lit de noyaux, on met 6 «à 8 centimètres de sable, afin que la fraîcheur s’y conserve. Au lieu de sable, on peut se servir de terreau ou de terre neuve. On met ensuite le mannequin dans un lieu chaud et humide, comme une cave ou un cellier, ou bien on l’enterre dans une vieille couche, et on prend garde que les souris n’y touchent.
Après les fortes gelées, on choisit l’endroit du jardin le mieux amendé, on le laboure et on y fait des rigoles de 15 à 18 centimètres de profondeur, larges d’un fer de bêche, et à 70 centimètres les unes des autres. On y apporte le mannequin et on le renverse doucement sens dessus dessous. On prend les amandes une a une, de peur de rompre les germes.
et on arrange au tond de la rigole celles qui sont germées, en les espaçant à 75 centimètres de distance ; celles qui ne sont pas germées seront placées plus près, si l’on veut, ktant ainsi toutes arrangées, on couvre légèrement la rigole de la terre du rayon, ayant toujours attention de ne pas rompre les germes qui poussent, car toutes les peines seraient perdues.
Au reste, on doit observer toujours de mettre la radicule du noyau en bas, et la plume en haut, pour faciliter le développement de la plante.
Les amandes ainsi plantées, bien entretenues de légers labours et sarclées, sont en état d’être greffées vers la lin du mois d’août de la même année.
On peut encore mettre germer dans des pots les noyaux de pèches, d’abricots et de prunes, aussitôt qu’on en a mangé le fruit. On met six à huit noyaux dans un pot plein de terre; on le place l’hiver à l’abri de la gelée, et les noyaux commencent à lever aux premières chaleurs du printemps. Quand on ne veut pas les greffer, il vaut mieux les laisser dans les pots jusqu’à ce qu’ils soient forts, et qu’on puisse les placer à demeure; car il y a des pruniers francs et même quelques pêchers qui donnent de très-bons fruits sans être greffés. Si ceux qu’on veut greffer sont assez forts, dès le mois d’août suivant, pour être écussonnés dans les pots, les écussons en reprendront bien mieux.
Les pêches qui viennent bien de noyau sont la pèche tardive et la pêche violette; les autres espèces dégénèrent toujours par le semis, et valent, par conséquent, beaucoup mieux greffées; encore ne se sert-on presque plus de pêchers venus de noyau, même pour greffer, parce qu’ils durent peu et qu'ils sont sujets à manquer; on prend plutôt des amandiers.
On n’élève des pruniers de noyau que pour les greffer en écusson, la deuxième année, ou en fente, quand ils sont assez gros; car il n’y a que le damas noir et le perdrigon qui viennent bien de semence; les autres espèces veulent être greffées, pour venir mieux et donner de meilleur fruit.
On peut élever des cerisiers de noyau, en les traitant comme les pépins de poires et de pommes ; mais il vaut
mieux, pour cela, s’y prendre comme nous l'avons enseigné pour les noyaux d’amandes. Nous ferons remarquer que les noyaux de cerises sont plus longs à venir que ceux d'amandes, et qu'ils ne sont en état d’être greffés qu’au bout de quelques années.
PEPINIERE 1)E PLANTS ENRACINÉS.
La voie des plants enracinés est beaucoup plus sure, et mène bien plus vite au but que celle de la semence. On entend, par plant enraciné, toute tige formée, comme sauvageon, rejeton, bouture et marcotte.
Pour établir une pépinière de plants enracinés, il est nécessaire que tout le terrain ait été défoncé à 75 ou 80 centimètres de profondeur, dans toute sa surface, et que la terre ait été bien nivelée.
On ouvre ensuite, dans le terrain de la pépinière, des rigoles de la largeur et de la profondeur d’un fer de bêche, on les espace à un mètre ou à un mètre 50 centimètres les unes des autres, et l'on observe, autant qu'on le peut, de les dresser de manière que l’un des bouts de chacune regarde le midi, et l’autre le nord; car, lorsqu'elles sont ainsi disposées, les arbres se couvrent les uns les autres et se défendent mutuellement, soit contre les vents froids du nord, soit contre les vents brûlants du midi.
La terre étant ainsi préparée, on doit, au mois de novembre ou de décembre, choisir une belle journée pour planter la pépinière, d’autant que, par un beau temps, la terre est meuble, plus aisée à manier, et garnit mieux la racine du plant; mais, dans les terroirs humides et tardifs, il est mieux d’attendre à la fin de février, parce que la trop grande humidité pourrit les racines pendant l’hiver. C’est pour cette raison que, dans les fonds humides et froids, il est nécessaire, pour égoutter les eaux, de relever la terre en forme de sillons, et de planter les arbres sur le haut.
Le motif qui lait préférer le mois de novembre pour planter dans les terres chaudes et hâtives, c’est que les racines commencent avant l’hiver à se lier avec la terre, et que
les arbres, au printemps, en poussent beaucoup mieux.
Lorsqu’on plante une pépinière, soit de sauvageons, soit de poiriers et de pommiers francs, élevés de pépins, on doit observer, de couper le pivot de la racine, de laisser entre deux pieds un espace de 55 centimètres, et de ne pas les enfoncer dans la terre plus avant qu’ils n’étaient dans celle d’où ils ont été tirés. Il faut ensuite remplir les rigoles de terre douce et meuble, afin qu’elle garnisse bien les racines. On laboure aussitôt la terre des deux côtés, et on butte le plant de manière qu’il ne paraisse que de la hauteur d’un demi-doigt.
Tous ces plants doivent être mis séparément, par espèces. Pour cet effet, il faut partager tout le terrain par planches, larges de 5 à 4 mètres, suivant son étendue, et planter les sujets par rangs, sur le travers des planches, en observant de mettre les rangs à 75 centimètres de distance les uns des autres, afin de pouvoir labourer aisément.
On doit planter autrement les pépinières de coignassiers enracinés, et celles qui sont destinées pour élever des arbres de basse tige, soit poiriers, soit pêchers, soit pruniers. Dans ce cas, il convient d’espacer les pieds, dans les rigoles, à 60 centimètres les uns des autres, et de les couper à 6 ou 8 centimètres de terre, afin qu’ils produisent du jeune bois sur lequel on puisse greffer
Quelques jardiniers n’approuvent pas qu’on recèpe les jeunes plants de pépinière à fleur de terre, comme il est d’usage; ils veulent qu’on se contente de rafraîchir les racines, en en coupant le petit bout. En général , il est vrai que l’observation enseigne que, lorsque le plant est . très-jeune et menu, il ne faut pas l’étêter.