RÈGLES A SUIVRE POUR PLANTER LES ARBRES
La meilleure saison, pour planter les arbres, est depuis le commencement de novembre jusqu’à la fin de décembre, dans les terres légères, et en février et mars, dans les terres humides et froides.
Les arbres ne sont bons à replanter que lorsqu’ils sont entièrement hors de sève, parce que, s’il leur en reste, leur écorce, qui est encore tendre, se ride et se dessèche, et la sève du printemps y trouve un accès plus difficile.
La chute des feuilles fait connaître, dans tous les arbres, que la sève les abandonne. Dans les terres sèches, où la sève manque plus tôt que dans celles qui sont humides, on peut arracher et planter les arbres de meilleure heure.
11 faut toujours, comme il a été dit en parlant des pépinières, choisir une belle journée pour planter, parce que la terre est plus meuble et plus aisée à manier quand elle est sèche : c’est pour cette raison qu’on ne doit jamais planter durant la pluie, ni par un temps de neige; et comme le mois de janvier est le plus sujet à l’une et à l’autre, il est, par cette raison, le moins propre à planter.
Le premier soin, avant de planter, est de bien arracher les arbres, sans leur gâter aucune racine, d’autant que toute leur vigueur en dépend : c’est pourquoi il faut les conserver aussi entières et aussi longues que possible. On doit encore prendre garde, quand on lève un arbre dans une pépinière, de ne pas le déchausser entièrement, de crainte de gâter ceux d’alentour; mais, après qu’on aura ôté un peu de terre autour du pied , on peut abattre l’arbre à demi et le tirer de long à force de bras, et cependant avec douceur et sans secousses.
L’arbre, habillé et taillé comme nous l’avons dit précédemment, doit être planté aussitôt, soit dans le trou, soit dans la tranchée qui lui aura été préparée, et n’ètre placé dans la terre qu’à la profondeur de 15 à 18 centimètres; puis il faut étendre proprement toutes les racines, sans les forcer ni les contraindre. Ensuite on les recouvrira d’une bonne terre douce et légère, et on y mêlera, si on le peut, du terreau de couche très-consommé, pour qu’elles reprennent plus aisément. On doit prendre garde qu’il ne reste aucun vide entre les racines, ou par-dessous ; pour cet effet, après qu’elles sont couvertes de terre, il faut soulever un peu l’arbre et le secouer avec la main, afin que la terre tombe et coule entre les racines, puis on l’affaisse légèrement avec le pied.
Si l’on plante un espalier, il est bon de poser l’arbre à 15 ou 18 centimètres du mur, et de le coucher d’avant en arrière, de manière que la plaie de la greffe ne paraisse pas, et que le haut de la tige approche du mur, pour que les nouvelles branches puissent se palisser. Lorsqu’il est ainsi placé, on doit attirer toutes ses racines en dehors, le plus qu’il se peut, et les éloigner du mur, afin qu’elles trouvent plus de nourriture, et qu’elles puissent être humectées par les pluies pendant l’été.
La raison pour laquelle nous prescrivons de ne placer les arbres que l’on plante qu’à la profondeur de 15 à 18 centimètres, c’est que la terre étant toujours meilleure au-dessus que dans le fond, les racines y trouvent plus de nourriture, et sont moins sujettes à se pourrir par la trop grande humidité; en outre, étant ainsi presque à fleur de terre, elles ressentent mieux la chaleur du soleil, et elles profitent des rosées et des petites pluies d’été. La cause la plus ordinaire qui fait jaunir les arbres, c’est qu’ils ont été plantés trop avant. Le poirier surtout veut être planté très-haut, principalement dans les terres humides et dans celles qui ont du tuf ou peu de fond. 11 est à remarquer du reste que les arbres s’enfoncent toujours un peu avec la terre.
Mais comme les arbres, ainsi plantés, pourraient souffrir pendant les deux premières années, ayant les racines trop tendres pour résister en été à la grande chaleur du soleil, il faut les butter de 50 centimètres de haut au-dessus de la terre ordinaire, sur un mètre de large, et faire cette butte plate par-dessus, afin que les eaux puissent s’y arrêter et pénétrer jusqu’au pied de l’arbre.
Il faut encore, au mois de mars, répandre sur toute la surface de la butte une couche de fumier long, sans chaleur, et de 10 à 12 centimètres d’épaisseur. Si le fumier manque, on y mettra de la fougère ou du chaume. Chaque année, en labourant, on rabaisse ces buttes, jusqu’à ce que la terre ait repris à peu près son niveau. Les labours ne doivent avoir que la profondeur d’un demi-fer de bêche, de peur d’offenser les racines; il est même plus convenable, par ce motif, de labourer avec le double crochet plutôt qu’avec la bêche.
Comme dans les tranchées et dans les trous remplis de fumier les terres s’affaissent à mesure que le fumier se pourrit et se consomme, il faut observer, en y plantant, de poser les racines au niveau du sol ordinaire; car la terre de la tranchée venant à s’affaisser, enfonce les arbres et les emporte avec elle. On doit principalement suivre cette observation à l’égard des poiriers entés sur coignassier et des pommiers greffés sur paradis; car si ces deux sortes d’arbres sont plantées trop bas, et que les greffes soient dans la terre, elles poussent des racines, et font que ces arbres tiennent du franc, ce qui nuit à la qualité de leur fruit.
Après qu’on a planté les arbres avec tous les soins que nous venons d’indiquer, si les tiges des hauts plants sont un peu faibles, on doit mettre à chaque pied un pieu qui soit fort, et haut d’un mètre et demi hors de terre, pour que les vents ne puissent ébranler les arbres ; mais il faut que ce tuteur soit plus court que la tige, afin qu’il ne gène pas les branches. A défaut de tuteurs, on butte le pied des arbres à un mètre de haut.
Les arbres qui sont levés dans une pépinière, ayant toujours été à l’ombre et à couvert du soleil, ont l’écorce tendre et délicate. Si, lorsqu’on les transplante, ils sont tout à coup exposés aux fortes gelées et aux grandes ardeurs du soleil, principalement dans les terres arides et brûlantes, l’écorce se sèche, devient blanchâtre et moussue; c’est pourquoi, pour la conserver toujours nette et belle, il faut la couvrir de paille pendant les premières années, jusqu’à ce que les arbres aient pris de la force et se soient accoutumés au grand air.
Quand on plante des arbres dont la greffe n’est pas bien recouverte, on doit avoir l’attention de tourner le dos de la greffe au midi, et la coupe vers le nord, parce qu’ainsi la plaie se cicatrise plus aisément. Si l’on plante des espèces d’arbres délicats et difficiles à reprendre, comme des pins et des sapins et autres arbres toujours verts, on doit observer de leur donner la même situation et la même exposition qu’ils avaient avant d’être arrachés. On comprend que, de cette sorte, ces arbres, recevant les mêmes impressions qu’auparavant, ne se ressentent presque pas du changement produit
par la transplantation. Pour cet effet, lorsqu’on les arrache,
11 faut marquer à la tige le coté qui est exposé au nord, ou celui du midi.
La greffe des arbres à basse tige doit toujours être de 10 à
12 centimètres au-dessus du niveau de la terre. Au mois de février, il faut couper, à 50 ou 35 centimètres de la greffe, tous les arbres de cette sorte qu’on a plantés pendant Phi ver.
Comme toutes les terres et toutes les expositions ne sont pas également propres à toutes sortes de fruits, il est nécessaire, pour bien ordonner la plantation des arbres fruitiers, de les séparer, c’est-à-dire de faire des plants particuliers de poiriers, de pommiers, de fruits rouges, de pruniers, etc., afin de mettre chacune de ces espèces dans la terre et dans la situation qui lui sont les plus favorables; un autre motif commande cette précaution, c’est que les arbres venant plus grands les uns que les autres, ils ne pourraient être mêlés sans se nuire.
Ainsi, pour bien faire, on mettra dans chaque plant, ou dans chaque rang particulier, tous les arbres d’une même espèce: on fera, par exemple, un espalier entièrement de poiriers, ou de pêchers, ou d’abricotiers; on fera des allées de poiriers, soit en quenouilles, soit en contre-espaliers, dans le contour et dans les parties du jardin qui sont le plus en vue ; on fera de même des plants tout de pommiers, ou de pruniers, ou de cerisiers, etc., dans les bouts ou dans les parties dérobées du jardin, parce que ces arbres sont d’un aspect moins agréable. Cet ordre rend le jardin plus beau.
Quand on fait un grand plant, il est convenable de séparer encore les espèces de poires qui sont bonnes à manger
crues d’avec celles qui sont bonnes à cuire, les fruits d’été d’avec ceux d’hiver, enfin de planter chaque espèce séparé-
ment. * •
Ceux qui ne se piquent pas d'une si grande régularité mêlent et confondent les espèces suivant leur goût, et aussi quelquefois suivant les dimensions et les exigences du terrain.
Celui qui plante doit être très-soigneux de bien espacer les
arbres, selon leur espèce et leur forme, et de ne pas trop les presser ni trop les éloigner.
Pour cet effet, on doit d’abord considérer la qualité de la terre, car les arbres deviennent plus grands et s’étendent davantage dans les terres fortes que dans les terres légères. Ou doit ensuite remarquer la direction des vents, parce que, selon que les plants y sont exposés, il faut les presser plus ou moins pour qu’ils se protègent mutuellement. Dans les plants d’arbres à haute tige, on met aux premiers rangs, du côté des vents dominants, les espèces qui s’élèvent le plus, pour qu’elles servent d’abri aux autres.
Dans les bonnes terres de verger, où l’on veut semer sous les arbres, la distance ordinaire entre les poiriers ou les pommiers doit être de 15 à 20 mètres. Si on laisse la terre en pâture pour les bestiaux, il suffit de planter à 8 ou 10 mètres. Mais dans les lieux exposés aux grands vents, il ne faut jamais espacer à plus de G à 8 mètres; et, dans les terres sablonneuses et pierreuses, il est bon de garder la même distance.
Pour les fruits à noyau, comme pruniers, abricotiers et cerisiers greffés sur merisier, qu’ils soient à haute tige ou autrement, il faut les planter cà G mètres les uns des autres; mais si les cerisiers sont greffés sur d'autres cerisiers de racine, ne devant pas pousser autant de bois, il suffit de les espacer à 4 ou 5 mètres, selon la qualité de la terre.
A l’égard des poiriers sur coignassier, plantés en buissons, ou en quenouilles, dans des carrés, et disposés en quinconces, l’habitude est de les mettre de 4 en 4 mètres , si ce n’est dans les terres aquatiques, qu’il faut les espacer de 5 en b mètres, afin qu’étant plus éloignés les uns des autres, ils aient plus d’air et de soleil. De môme, la distance des poiriers et des pommiers entés sur le franc doit être de G mètres, dans les terres légères et sablonneuses, et de 8 mètres dans les meilleures.
Mais lorsqu’on ne plante qu’une seule rangée d’arbres, on peut les approcher à 5 ou 4 mètres, parce que, se joignant plus tôt, ils forment mieux la palissade, et ils ne peuvent ainsi s’entre-nuire, attendu qu'ils ont assez d’air des deux côtés.
Si Ton doit palisser sur des treillages ou contre-espaliers, on doit planter les arbres à 4 mètres les uns des autres.
Comme les pommiers entés sur paradis jettent fort peu de bois, lorsque l’on en fait une rangée la règle ordinaire est de les éloigner de 2 mètres les uns des autres.
Pour les espaliers, il faut mettre les pêchers, les abricotiers et les pruniers à 5 mètres les uns des autres, dans les terres légères, et à G mètres dans les terres fortes. Quant aux poiriers, on les plante à 4 ou 5 mètres, selon la qualité de la terre’.
Si l’on tient à ce que le mur soit plus tôt garni, on peut mettre une tige entre deux nains ; et, quand le mur est trop couvert, on enlève les tiges. On mêle ainsi ordinairement les poiriers et les pêchers.
Ceci ne détruit pas la règle que nous avons établie pour les espaliers, à savoir qu’il est toujours mieux, comme nous l’avons dit, de planter tous les poiriers de suife, et tous les pêchers et les abricotiers ensemble, sans les entremêler, parce que les murs étant couverts d’arbres égaux et d’une même espèce, se palissent plus également, et que les espaliers en sont plus agréables à la vue et plus aisés à entretenir.
Ceux qui seront impatients de voir leurs murs couverts, pourront encore planter les poiriers de 2 mètres en 2 mètres; mais aussi ils auront soin, après cinq ou six ans, et lorsque ces arbres commenceront à se nuire, d’en ôter un entre deux. Cette manière d’espacer les arbres procure en outre l’avantage de recueillir, dans les premières années, beaucoup plus de fruit. Mais on doit observer, dans ce cas, de planter deux arbres d’une même espèce de fruit à la suite l’un de l’autre, afin que, quand il en faudra lever un, il en reste un second toujours en place et dans son ordre.
Si l’on veut se donner le plaisir de voir les espaliers constamment garnis de fruits, on peut entremêler les espèces différentes de poires, et planter celles d’hiver parmi celles d’été, les hâtives avec les tardives. On observera le même ordre parmi les espaliers de pêchers et d’abricotiers.
On peut encore planter en espalier des muscats et du chasselas, que 1 on conduira par cordons allongés au-dessus des
pêchers, pourvu toutefois que les murs soient très- élevés, car s’ils n’étaient que de 2 à 3 mètres, les treilles nuiraient aux pêchers, qui s’étendent beaucoup et en peu de temps.