‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 12 sur 425 · E L’INFLORESCENCE · texte numérisé non relu

E L’INFLORESCENCE

On appelle inflorescence la disposition générale ou l’arrangement des fleurs sur la tige ou les organes qui les supportent.

Il est des végétaux dont les fleurs sont solitaires, c’est-àdire, isolées dans le lieu de leur insertion, comme dans l’anagalis; il en est d’autres qui sont deux à deux, trois à trois, comme dans l'herbe à Robert, le daphné mezereum ; quelquefois elles sont rapprochées en petits paquets, comme dans le cornouiller mâle, le daphné cneorum; quelquefois ramassées en tète, comme dans la psorale bitumineuse ; quelquefois redressées et réunies en manière de faisceaux, comme celles de l’œillet barbu, et ces dernières se nomment fasciculées.

La manthe, la sauge, le marube ont les fleurs disposées en vcrticillc ou en anneaux autour des tiges ou des branches; on les nomme vertieillées.

Dans la carotte, le panais, les péduncules des Heurs partent tous d’un même point, d’où ils divergent ensuite comme les rayons d un parasol ; l’ensemble de toutes ces fleurs porte le nom d ombelle y crierai e ; on appelle ombelles partielles ou ombelluies 1 assemblage des petits rayons qui partent de 1 extrémité d un rayon de l’ombelle générale. Cette ombelle générale est plane, convexe, ou concave; on trouve souvent à sa base plus ou moins de petites feuilles qu’on appelle influer es, et lorsqu’elles se trouvent à la base des ombelluies on les nomme involucelles .

Dans une espece de bieracium appelé cymosuin, les fleurs sont portées sur des péduncules fastigiés, les inférieurs partent du même centre, mais les supérieurs ou les péduncules partiels divergent ; ces sortes de fleurs sont appelées fleurs en cyme.

Dans le sureau, dans le mille-feuilles, les fleurs imitent un corymbe, c’est-à-dire, que les péduncules, placés comme au hasard le long de l’extrémité de la tige ou des rameaux, arrivent néanmoins à la même hauteur; on les appelle fleurs

en corymbe.

Dans le lilas, dans les marronniers, les fleurs forment une pyramide ovale, appelée tyrse; les péduncules inférieurs s’é tendent horizontalement et sont les plus longs, tandis que les supérieurs sont plus courts et presque droits.

11 arrive souvent que les péduncules divisés plusieurs fois, et de différentes manières, s’élèvent inégalement. Cette disposition des fleurs est appel ée particule. La panicule est tantôt lâche, ouverte, comme dans la folle avoine, tantôt serrée, comme dans le roseau.

Les fleurs appelées en épi, sont éparses sur un axe ou filet commun, sessiles ou presque sessilcs. Cet épi change de nom dans deux circonstances; la première, lorsque les fleurs portées sur un filet commun ont un péduncule, et alors on lui donne le nom de grappe (la grappe est simple ou composée; la simple porte des fleurs dont les péduncules ne sont nullement divisés, comme dans la luzerne; la composée porte des fleurs dont les péduncules sont divisés, comme dans le raisin); la seconde circonstance, c’est lorsque l’épi est mou, pliant ,

en forme de queue de chat, et que les fleurs sont toutes mâles ou toutes femelles, comme dans le noyer, le saule ; alors on lui donne le nom de chaton, et on nomme les Heurs, Heurs en chaton ou amentacées.

Enfin, on appelle Heurs spadicées ou en spadix, celles qui sont portées sur un péduncule simple, ou rameux, renfermé dans une spalhe ou membrane quelquefois colorée, tantôt entière, tantôt divisée. Ce péduncule porte le nom de spadii . Les aroïdes, les palmiers en fournissent des exemples.

Les botanistes donnent aussi le nom de spathe à la membrane qui recouvre les Heurs du narcisse, de l’ail, et à celles de plusieurs liliacées, quoique néanmoins les fleurs ne soient pas portées sur un spadix.

Les fleurs dont nous a\ons examiné la disposition sont simples, c’est-à-dire solitaires ou seules dans leur enveloppe; mais il en est qui sont réunies, entourées d’une enveloppe commune, et plus ou moins nombreuses; par exemple, si l’on ouvre l’enveloppe florale extérieure d’une laitue, d’un chardon, d’une scabieuse, on verra qu'elle renferme plusieurs Heurs. Ces dernières sont tantôt agrégées, tantôt composées. Ces deux sortes de fieuis, dont nous indiquerons la différence en parlant des étamines, sont susceptibles des mêmes dispositions que les fleurs simples.

M illiCKi’iACI.K.

La base sur laquelle repose immédiatement la lleur, s’appelle réceptacle. Le réceptacle se divise en réceptacle propre et en réceptacle commun. Le réceptacle propre est celui qui i e porte qu’une lleur simple ou une seule Heur, comme la rose, l'œillet. Le réceptacle commun est celui qui porte plusieurs Heurs tient l’assemblage forme une fleur agrégée ou une lleur composée. Ce réceptacle est ou plan, ou convexe, ou conique, c’est-à-dire cylindrique et s’amincissant insensiblement jusqu'au sommet; tantôt i! est chargé de poils comme dans les chardons, les centaurées, alors on l’appelle velu ; tantôt il porte des paillettes ou des espèces de lames aplaties et disposées entre les Heurs, comme dans les soleils, et on

l’appelle alors lamelle ; tantôt il est dépourvu de poils et de paillettes, comme dans la laitue, et on l’appelle nu. Si, étant nu, il e^t creusé de cellules ou alvéoles, comme dans l’inopordum, on lui donne le nom d’alvéolé.

ni calice.

Le calice ou l’enveloppe extérieure de la fleur est une continuité de l’écorce du péduricuie. Comme cet organe est destiné par sa nature à protéger les organes sexuels, il existe presque toujours. On distingue sept espèces de calice, savoir :

La bourre , enveloppe épaisse dans laquelle sont contenus certains champignons avant leur développement, et qui se déchire ensuite par le haut pour leur livrer passage, comme dans l'agaric oronge et leclathre, espèce de

morille.

La coiffe , enveloppe simple et membraneuse qui recouvre d’abord la fructification des mousses, et qui, se détachant à mesure que l’urne se développe, ne recouvre plus que le sommet de cette meme urne.

L g chaton, espèce d’épi dont nous avons parié en traitant des dispositions des fleurs, ainsi que des deux suivants. Il porte ce nom parce qu'il ressemble à une queue de chat; ses fleurs sont môles ou femelles, et entourées ordinairement de quelques écailles.

La spalhe, membrane adhérente à la tige, ouverte de bas en haut, d'un seul côté, et qui est ordinairement d’une seule pièce.

l' invol ucrc, qui est quelquefois formé de feuilles simples, comme dans l'angélique (les folioles qui sont à la base des cinq rayons, forment l'involucre), et quelquefois rameux, comme dans la carotte.

La (jlumc ou belle , enveloppe extérieure des fleurs dans les graminées, qui est ordinairement composée de deux valves terminées le plus souvent par un filet pointu qu’on appelle barbe.

Le périmuhe, enveloppe ordinairement verdâtre qui re-

couvre presque toujours l’enveloppe colorée, te calice est lt plus commun.

Tantôt le calice est d’une seule pièce, ou monophylle, comme dans le pommier; tantôt de deux, ou diphvlle, comme dans le pavot; tantôt de plusieurs, ou polyphylle. Loisqu il est d’une seule pièce, il peut, dans differentes fleurs, avoii une forme différente : s’il imite une cloche, il estcampaniforme; un tube, il est tubulé ; une toupie, turbiné, etc. Son limbe, c’est-à-dire le contour de son sommet est entier, ou crénelé, ou lobé, ou denté, ou plus ou moins divisé. Si ses divisions s’arrêtent au milieu du calice, on l’appelle fendu, et selon le nombre de ses divisions, on l’appelle bifide, trifide, quadrifide, etc. Si les divisions se prolongent jusqu’à la base, on dit que le calice est découpé, et alors on compte les decoupures.

On distingue le calice propre et le calice commun : le calice propre ne renferme qu’une seule fleur, comme celui de la rose; le calice commun renferme une fleur agrégée ou une fleur composée, c’est-à-dire plusieurs fleurs réunies dans une même enveloppe. Le calice commun est tantôt d'une seule pièce, comme dans le souci, et on l'appelle simple; tantôt ii est composé d’écailles ou de folioles qui se recouvrent par gradation comme les tuiles d’un toit, alors on le nomme calice imbriqué; l’artichaut nous en offre un exemple. Tantôt, étant simple, il est muni à sa base de petites écailles qui représentent fin second calice, comme dans la lampsane, et on le nomme calice caliculé.

Les botanistes observent avec soin la position du calice par rapport au germe. Lorsque le calice fait corps avec le germe, en tout ou en partie, on dit que le calice est supérieur comme dans le pommier; on l’appelle inférieur, lorsqu’il ne fait pas corps avec le germe, comme dans le prunier, le cerisier.

Nous ne parlerons pas de la surface du calice, parce que les différences que fournit la surface ont déjà été expliquées lorsque nous avons traité des feuilles.

Le calice, considéré quant à sa durée, est appelé caduc si sa chute précède celle des pétales, comme dans le pavot;

tombant, si sa chute ne précède pas celle des pétales, et si elle a lieu en même temps, comme dans la fraxinelle ; persistant, lorsqu’il survit à la fleur et qu’il enveloppe le Iruit en tout ou en partie, comme dans la véronique, la verveine.

DK LA COHOLLE.

La corolle est la plus intérieure des deux enveloppes florales ; son éclat brillant, ses formes gracieuses, l’ont fait considérer par le vulgaire comme la véritable fleur.

On désigne sous le nom de pétales les pièces tout à fait distinctes qui composent la corolle des fleurs. La corolle peut être formée d’un seul pétale ou de plusieurs.

On nomme monopétale toute corolle formée d une pièce unique, c’est-à-dire dont les divisions, s'il en existe, ne sont pas prolongées jusqu’à la base, et qu’on peut enlever en entier du lieu de son insertion : telle est la corolle du liseron. La partie inférieure d’une corolle monopétale porte le nom de tube ; on donne le nom de limbe au bord supérieur de la corolle, et on désigne par ces mots évasement, orifice , l’entrée ou la gorge de la corolle. Le tube est plus ou moins long, plus ou moins renflé ; l’évasement est libre ou très-ouvert dans le liseron , il est fermé dans plusieurs boraginées. Le limbe de la corolle est susceptible des mêmes différences

que celui du calice monophylle; ainsi, dans le lilas, la coiolie est monopétale, le tube est cylindrique, le limbe est à quatre découpures, l’évasement ou l’orifice est ouvert.

On donne le nom de polypétale à la corolle composée de

plusieurs pièces faciles à détacher les unes après les autres, du lieu de leur insertion, sans déchirer la corolle. Celle composée de deux pétales est appelée dipetale; on nomme tripetale celle qui est composée de trois pétales; tetrapetale, celle qui en a quatre, etc. La partie qui termine inférieurement chaque pièce d’une corolle polypétale s’appelle onglet , et la partie supérieure s’appelle lame. La lame est presque toujours entière , néanmoins elle est quelquefois dentée , comme dan l’œillet; fendue en deux , comme dans le pied de lion.

Les fleurs qui n’ont point de corolles, comme celles du

saule, du noisetier, du froment, sont appelées apétales, c est à-dire sans pétales.

Les corolles monopétales et polypétales sont régulières ou irrégulières. On entend par corolles régulières celles dont toutes les parties correspondantes sont conformes et également distantes du centre; on appelle irrégulières celles dont les parties, d'une structure différente, ne présentent qu’un ensemble irrégulier.

On donne une idée de la forme des corolles monopetales régulières, en les comparant à des choses généralement connues; ainsi on appelle en cloche, ou campani formes, celles qui approchent de la forme d’une cloche, comme la corolle du liseron ; en grelot, celles dont le pétale se rétrécit vers son limbe, comme la corolle de l’arbousier; infundibuliformes, celles qui ont la forme d’un entonnoir, comme dans les primevères, les lilas; hypocratériformes, celles qui imitent une soucoupe, comme dans l’héliotrope; en roue, celles dont le tube est fort court et dont le limbe est évasé, très-ouvert, comme dans la bourrache.

Dans les corolles monopétales irrégulières, le limbe est tantôt partagé en divisions inégales, tantôt fendu transversalement en deux parties, l’une supérieure et l’autre inférieure, qui imitent en quelque sorte une gueule plus ou moins ouverte. On donne à ces parties le nom de 1>'vrcs, et la corolle est appelée labiée ou ringente. La lèvre supérieure représente quelquefois un casque, alors on lui donne ce nom. On trouve quelquefois, presque sur le sommet de la lèvre inférieure, une éminence convexe qu'on appelle palais. La corolle labiée ou ringente est quelquefois munie cà sa base d’un éperon ou d'une protubérance obtuse, et on l’appelle alors éperonnéc, comme dans les mufliers, l'utriculairc et la grassette. Les plantes dont les fleurs ont la corolle labiée ou ringente sont divisées pour les botanistes en labiées proprement dites et en personnées (du mot latin persona , masque). La principale distinction qui existe entre les labiées et les personnées se tire du fruit, qui, dans les personnées, est un péricarpe, tandis que dans les labiées il consiste en quatre semences nues attachées au fond du calice.

Les polypétales régulières sont appelées crucifères, quand les pétales, au nombre de quatre, imitent la disposition des branches d'une croix, comme dans le chou, la moutarde; on les nomme rosacées, quand les pétales, égaux, sont insères sur le calice et disposes symétriquement, comme ceux de la rose, du prunier.

On donne aux polypétales irrégulières le nom de papillonacées, et celui d’anomales, c’est-à-dire d’une forme bizarre. Pour avoir une idée claire des papil+onacées, il faut cueillir une feuille de genet et l’analyser. On trouvera quatre pétales, un supérieur, appelé étendard , deux latéraux appelés ailes, et un inférieur, opposé à l’étendard, tantôt d’une seule pièce, tantôt divisé en deux, auquel on a donné le nom de carène, parce que sa forme a quelque ressemblance avec la carène d’un vaisseau. On donne le nom d’anomales à toutes les fleurs polypétales irrégulières qui ne sont pas papillonacées. On remarque souvent dans ces tleurs des productions étrangères à la corolle, comme des glandes, des sillons, des éperons ; Linné donnait à toutes ces parties le nom vague de nectaire, mais les botanistes modernes les distinguent chacune par un nom conforme à la chose qu’elles représentent.

Si, après avoir cueilli une fleur de pivoine et une fleur de chardon, on abat le calice de l’une et de l’autre, on verra qu’il n’y avait qu'une seule fleur dans l’enveloppe de la pivoine, tandis qu’on en trouve un grand nombre dans celle du chardon , de môme que dans les autres fleurs qui sont agrégées ou composées. Les corolles de fleurs composées n’ont pas toutes la meme forme; on en distingue de deux espèces auxquelles on a donné le nom de fleurons et de demi- fleurons. Le fleuron est une petite corolle monopétale régulière, infundibuliforme, dont le limbe est à quatre ou cinq divisions, comme dans le chardon, l’artichaut. Le demi-fleuron est une petite corolle monopélale, formée à sa base d’un tube court et qui se termine en une lame longue, étroite, ordinairement dentée à son sommet; cette lame est appelée lanrjuclle, parce qu’elle a la forme d’une petite langue. Les fleurons et les demi-fleurons, existant dans une

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même fleur, tantôt séparés, tantôt reunis, ont donne lieu aux trois divisions suivantes.

Fleurs llosculeuses , ou toutes composées de fleurons, comme dans les artichauts, le chardon.

Fleurs demi-llosculeuses , ou toutes composées de demifleurons, comme dans le pissenlit, la chicorée.

Fleurs radiées, ou celles qui ont des fleurons dans le centre et des demi-fleurons à la circonférence, comme dans les soleils.

Après avoir examiné la présence ou l’absence de la corolle, le nombre de ses pièces, sa forme, sa régularité ou son irrégularité, on observe son insertion, de trois manières. On nomme la corolle épigyne si elle s’insère sur le germe ou ovaire, comme dans la garance, le chèvre- feuille ; hypogvne, si elle s’insère sous l’ovaire, comme dans la sauge, la I inaire , la digitale, la bourrache ; périgyne, si elle s’insère autour de l’ovaire; dans ce dernier cas la corolle est portée sur le calice, et elle est presque toujours polypétale, comme dans la rose, le fraisier, le poirier, le pommier; cependant elle est quelquefois monopétale, comme dans la campanule.

Les expériences des chimistes sur la végétation donnent lieu de croire que la lumière se combine avec quelques parties des plantes, et que c’est à cette combinaison que la couleur verte des feuilles et la diversité des couleurs des fleurs sont dues. La couleur des fleurs n’est pas aussi variable qu’on a cherché à le faire croire : elle est très-constante dans les anets, les férules, les inules, et, lorsqu’elle offre des variations, elle a toujours des limites bien décidées; par exemple, dans la pâquerette ordinaire, la couleur peut bien se nuancer du blanc au rouge, mais jamais on ne la verra dégénérer en jaune; jamais la fleur d’un pommier, d’un pêcher, d’un cerisier, ne se colorera en bleu, d’où nous concluons que la couleur des fleurs doit être citée dans toute description botanique, et que, même dans certains cas, on peut l’employer comme un bon caractère distinctif.

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