‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 13 sur 425 · DES ÉTAMINES · texte numérisé non relu

DES ÉTAMINES

Les étamines sont formées, comme nous Lavons déjà vu, d’un filament et d’une anthère.

Le filament est une espèce de support sur lequel l’anthère est portée; son existence n’est pas d’une nécessité absolue, puisque dans plusieurs Heurs on n’en trouve aucune trace. Lorsqu’il existe, on observe sa forme, c’est-à-dire s’il est capillaire, plan , en spirale , cylindrique, etc. ; sa surface, c’est-à-dire s’il est pubescent, velu, membraneux ; sa direction, c’est-à-dire s’il est droit, ouvert, courbé en dedans ou en dehors de la fleur; sa proportion, c’est-à-dire s’il est plus long, aussi long, ou plus court que la corolle. Dans toutes les espèces de sauges, les filaments des étamines sont portés transversalement sur un pivot. Parmi ces différences , les unes ont été déjà développées, et les autres n’ont pas besoin de l’être.

L’anthère est une petite bourse qui renferme une poudre fine, colorée, de nature résineuse, qu’on nomme pollen ou poussière fécondante. On ne trouve ordinairement qu’une seule anthère sur un filet, alors on l’appelle simple. Si cette anthère simple est formée de deux globes rapprochés l’un Poutre l’autre , comme dans la mercuriale, le bouleau, le buis, on l’appelle didyme. Il arrive néanmoins quelquefois que chaque filament porte deux anthères, comme dans le dianthères; trois, comme dans les fumeterres. On trouve dans la bryonne et ses congénères cinq anthères portées sur trois filaments.

Si l’on considère les anthères quant à leur structure extérieure ou leur forme, on remarque qu’elles sont oblongues, comme celles des lis, des graminées ; arrondies ou globuleuses, comme celles des asperges^ des sureaux ; en cœur, comme celles du chionante ; en fer de flèche, comme celles des safrans ; fourchues ou à deux cornes , comme celles des bruyères; en forme de brosses (strigiliformes), comme celles des acanthes. Quant à leur structure intérieure, elles sont à une’ou deux loges, etc., et on les appelle uniloculaires, biloculaires, etc. Quant à leur insertion, elles sont appelées

droites, si leur barre s’élève sur le sommet du filament ; peltées, si elles sont portées dans leur milieu par le sommet du filament; mobiles ou vacillantes, si, étant petites, elles fouinent sur le sommet du filament comme sur un pivot, et si elles s’y balancent facilement, comme dans les plantains, les graminées ; adnées ou latérales, lorsqu’elles sont attachées sur le côté ou sur la partie moyenne des filaments, et qu elles y adhèrent dans toute leur longueur , comme dans la parisette.

Quant à la proportion , on observe si elles sont moins , plus, ou aussi longues que les filaments ou que la corolle. On examine encore 1a manière dont les anthères s’ouvrent pour lancer la poussière fécondante ; par exemple, dans l’oignon, elles s’ouvrent de bas en haut; latéralement dans la violette, et simplement par leur sommet dans les morelles.

La nature n’a pas donné aux fleurs de tous les végétaux le môme nombre d’étamines. Celles de la blette n’en ont qu’une ; on en trouve deux dans celles du jasmin, trois dans le froment, quatre dans le cornouiller, cinq dans la bourrache, six dans la tulipe, sept dans le marronnier, huit dans la bruyère, neuf dans la capucine, dix dans l’œillet, douze dans l’aigremoine. Lorsque le nombre des étamines ne s’élève pas au delà de douze, on dit que le nombre est déterminé* on l’appelle indéterminé s’il s’élève au delà de douze, comme dans la rose, la pivoine.

Si, en analysant des fleurs, on veut observer sur quel point reposent les étamines, ou, ce qui revient au même, quelle est leur insertion, on verra qu’elle se fait de quatre manières.

Tantôt les étamines sont portées sur la corolle, qui, dans ce cas, est ordinairement monopétale : abattez le calice d’une fleur de flox, ouvrez la corolle après l’avoir fendue longitudinalement, vous trouverez que les étamines sont insérées dans le tube.

Tantôt les étamines sont portées sur le calice : enlevez tous les pétales d’une rose ou d’une fleur de fraisier, et vous reconnaîtrez que l’insertion des étamines se fait sur le calice.

Tantôt l’insertion se fait sous le germe, ou sur un* anneau glanduleux qui entoure le germe à sa base : c’est ainsi

que, dans la fleur de pavot, toutes les étamines sont insérées sous le germe, tandis que dans la fleur de la giroflée elles sont portées sur un disque ou anneau glanduleux, qui est situé à la base du germe.

Tantôt, enfin, les étamines sont portées ou sur le germe, comme dans l’aristoloche, ou sur le limbe d’un corps glanduleux qui recouvre le germe, comme dans la carotte, le cerfeuil.

Nous avons dit que les étamines sont composées de deux parties, savoir : d’un filament et d’une anthère. Assez ordinairement les filaments sont distincts, ainsi que les anthères; quelquefois, cependant, il arrive à ces parties d’être réunies ou adhérentes entre elles. Si ce sont les anthères, elles forment le plus souvent un tube cylindrique, traversé par le style, comme dans le chardon, la laitue.

C’est cette même réunion des anthères, dans chaque fleuron ou dans chaque demi-fleuron , qui fournit un moyen de distinguer les fleurs composées de celles qui sont agrégées, dans lesquelles les étamines, loin d’être adhérentes par leurs anthères, sont très-distinctes, comme on peut le voir dans un fleuron de scabieuse.

Il faut néanmoins ajouter à ce caractère, tiré de la réunion des anthères, d’avoir pour fruit les semences nues; autrement le jasione, dont les fleurs sont agrégées et dont les anthères sont adhérentes, pourrait être confondu avec les composées, dont il n’est distinct que par ses semences renfermées dans une capsule.

11 ne faut pas non plus confondre les anthères conniventes avec les anthères adhérentes; par exemple, dans la primevère, dans la morelle , les anthères sont simplement conniventes, et elles ne sont point adhérentes. Il est cependant quelques fleurs simples qui ont les étamines réunies ou adhérentes par leurs anthères, comme la lobèle, dans les monopétales, comme les violettes dans les polypetales. Si ce sont les filaments qui sont adhérents, ils sont ou réunis en un seul corps dans une plus ou moins grande partie de leur étendue, et alors ils imitent, dans le point de leur réunion , un anneau, un tube, un cylindre, etc,, comme dans les géra-

niums, les mauves, ou bien ils forment deux corps, comme dans le pois, le haricot, qui ont dix étamines, dont neuf sont réunies par leurs filaments et une seule est libre, ou bien ils forment plusieurs corps, comme dans le millepertuis, l’oranger.

Les botanistes ne se bornent pas à compter les étamines, à reconnaître leur insertion et leur réunion, ils examinent aussi leur proportion réciproque. On a observé que souvent, parmi les ileurs «à quatre étamines, il y en avait deux grandes et deux petites, comme dans la scrofulaire, la digitale, le marube, la lavande, et que, parmi les fleurs à six étamines, il y en avait souvent quatre grandes et deux petites, comme dans le chou, la julienne, la giroflée.

Les différences qui résultent du nombre, de l’insertion, de la réunion ou de la proportion des étamines, sont exprimées par des noms dérivés du grec.

Les fleurs qui n’ont qu’une étamine sont appelées monandres (un seul mari). On appelle diandres, celles qui en ont deux; triandres, celles qui en ont trois ; tétrandres, celles qui en ont quatre ; pentandreS, celles qui en ont cinq ; hcxandres, celles qui en ont six ; heptandres, celles qui en ont sept ; oetandres, celles qui en ont huit ; ennéandres, celles qui en ont neuf; décandrcs, celles qui en ont dix; dodéeandres, celles qui en ont douze. On désigne sous le nom de polyandres (plusieurs maris), toutes les fleurs dont le nombre des étamines est indéterminé, c’est-à-dire qui s’élève à plus de douze. Mais comme parmi ces fleurs les unes ont leurs étamines insérées sur le calice, et les autres sous l’ovaire, les fleurs polyandres doivent se distinguer en polyandres périgyncs, et en polyandres hypogynes. Linné a employé le nom d’icosandrie (vingt maris), pour désigner les fleurs dont les étamines, en nombre indéterminé, sont insérées sur le calice; mais comme parmi ces fleurs il y en a qui ont plus de vingt étamines, par exemple, la rose, la pivoine, nous croyons pouvoir retrancher l’expression d’icosandre, qui, fixant l'attention sur le nombre des étamines plutôt que sur leur insertion, peut induire en erreur, et nous lui substituons la dénomination de fleurs polyandres périgynes.

Lorsque les étamines sont insérées sur la corolle , on les appelle épipétales ; on les nomme périgynes si elles sont insérées sur le calice, et par conséquent autour de l’ovaire; hypogynes , si elles sont insérées sous l’ovaire ; épigynes, si elles sont insérées dessus.

Les fleurs dont les étamines sont réunies par les anthères sont appelées syngénèses (génération ensemble) ; celles dont les étamines sont réunies par les filaments en un corps, sont appelées monadelplies (un seul frère); celles dont les étamines forment deux corps par leur réunion, sont nommées diadelplies (deux frères). On donne le nom de polyadelphes (plusieurs frères), à celles dont les étamines forment plusieurs corps.

Les fleurs qui ont quatre étamines, deux grandes et deux petites, sont appelées didynames (deux puissances); celles qui en ont six, quatre grandes et deux petites, sont nommées tétradynames (quatre puissances).

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