‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 134 sur 425 · RÈGLES GÉNÉRALES DE LA TAILLE · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES DE LA TAILLE

La taille des arbres fruitiers a pour objet de leur donner une forme agréable, de les faire fructifier, et de les conserver. Ainsi, elle consiste à retrancher d'un arbre les branches inutiles, soit parce qu’elles sont usées, soit parce qu’elles n’ont aucune bonne qualité, et, quant à celles que l’on conserve, à leur donner une longueur proportionnée à leur force et à celle de l’arbre, en sorte que chacune puisse aisément produire, à son extrémité, autant de bonnes branches qu'on en a besoin pour le fruit ou pour la figure de l’arbre.

On peut tailler les arbres depuis la chute des feuilles jusqu'à ce qu’elles renaissent, c’est-à-dire depuis la fin d’octobre jusqu’en avril. On ne taille en hiver que les fruits à pépins; la taille des fruits à noyau ne se fait qu’en février et en mars.

On commence par les arbres les plus faibles, pour les décharger de bonne heure de ce qui leur est nuisible ou inu-

tile, et pour que la sève serve tout entière aux seules branches que l’on veut conserver ; on Unit par les plus forts, parce qu’ils tirent toujours assez de nourriture, surtout quand le soleil du printemps commence à ranimer la sève.

La taille des pêchers se fait la dernière, lorsqu’ils commencent à pousser et qu’ils sont près de fleurir, parce que leur j( una bois étant très-délicat, il meurt quantité de petites branches que bien souvent ii faudrait tailler une seconde fois.

C’est en automne, c’est-à-dire en novembre et décembre, que l’on taille les arbres qui poussent peu en bois et qui ont peu de vigueur, afin de conserver toute la sève pour le temps auquel elle est en mouvement; au contraire, on taille au mois de mars les arbres gourmands en bois, qui ont beaucoup de vigueur, afin qu’étant châtrés dans l’action de la sève, ils en perdent une partie, et que les branches à fruit se fortifient.

Tout l’art de la taille découle de la connaissance des branches; on en distingue six sortes: branches à bois, branches à fruit, branches d'espérance, branches de faux bois, branches chiffonnes et branches gourmandes.

1° Les branches à bois sont de bonnes grosses branches destinées à former la figure de l’arbre.

2n Les branches à fruit sont plus menues que les précédentes, mais bien nourries dans leur grosseur. On connaît les branches à fruit par les boutons. Les branches abois n’ont réellement pas de boutons; elles n’ont que des yeux, placés les uns loin des autres, et presque plats; tandis que les premières ont des boutons ronds et très-saillants.

Les branches à fruit ont, près de l’endroit d’où elles sortent, une espèce d’anneau et des yeux ou des boutons trèsrapprochés. Cet anneau paraît au commencement de la première pousse, et quelquefois à la fin, c’est-à-dire entre le bois de la première sève et celui de la seconde. Ces sortes de bran • ches deviennent rarement longues. Souvent aussi on reconnaît une branche à fruit en ce qu’elle a un bouton à fleur à son extrémité, présage certain de sa fécondité future. Les branches les plus fécondes sont ordinairement celles qui ont une disposition horizontale, et qui grossissent en quelque endroit qu’elles soient placées.

r>° Les branches d’espérance sont les branches médiocres, qui n’ont pas les yeux plats ni très-éloignés, ou qui ont, à l’endroit de leur insertion sur la tige ou sur la branche mère, une petite élevure d’écorce.

4° Les branches de faux bois naissent ordinairement sur les bonnes branches «à bois, mais elles sont plus longues et plus grosses. Ces branches ont les yeux plats, éloignés les uns des autres; à peine sont-ils formés qu’on les distingue déjà comme stériles. 11 faut retrancher toutes ces branches, à moins qu’elles ne soient nécessaires pour remplir quelque vide.

5° Les branches chiffonnes sont de petites branches trèsdéliées, très-délicates, et cependant d’une certaine longueur, qu’on trouve souvent en confusion, et qui ne peuvent donner ni bois ni fruit : il faut les couper toutes, sans exception.

G° Les branches gourmandes sont des branches ou longs jets, gros comme le doigt, droits comme des cierges, qui ont l’écorce très-unie et très-nette, les yeux plats et éloignés, et qui naissent directement sur les grosses branches, d’où ils attirent la meilleure partie de la sève. On s'en sert quelquefois pour renouveler un arbre, et alors on les taille longs, suivant leur force ; autrement, on les supprime.

Le premier principe de la taille repose sur cette observation, que tout arbre ne travaille d’abord que pour son accroissement et sa conservation, et qu’il ne rapporte de fruit que quand la sève se modère et qu'elle ne produit plus autant de bois.

Le second principe, c’est qu’il faut aider la nature, et, lorsqu’elle est rebelle, la corriger.

On coupera donc comme rebelles et inutiles toutes les branches chiffonnes, toutes celles de faux bois, et même les gourmandes, à moins que ces dernières ne puissent servir, soit à remplir un vide, soit à arrêter la fougue d’un arbre trop vigoureux.

Les branches à bois qui forment la tète de l’arbre doivent être taillées, selon la vigueur du jet, depuis 10 jusqu’eà 50 centimètres.

Les branches à fruit, qui sont les plus précieuses, doivent

être raccourcies quand elles sont trop longues et tiop faibles. On laisse entières celles qui sont d’une longueur convenable ; on en coupe seulement les extrémités, pour que les boutons à fruit profitent mieux, excepté cependant celles qu’on appelle des bourses, qui sont grosses, courtes, et prêtes à fructifier, auxquelles on ne touchera pas.

Les arbres faibles ne donnent de fruit que sur les grosses branches; c’est pourquoi il faut leur laisser peu de bois. On retranche toutes les branches qui ne promettent aucun bouton à fruit, et l’on taille court celles qui restent, c’est-à-dire de la longueur de 12 ou 15 centimètres seulement, ou même au deuxième ou au troisième œil.

Les arbres vigoureux doivent être tailles tort longs, en les laissant bien charges de branches, tant a bois qu a huit, surtout de celles qui forment la figure de 1 ai lue, et qu on doit toujours laisser longues d’environ oO centimètres.

Quand, après cette taille longue, l’arbre vigoureux ne tourne pas encore à fruit, si c’est un jeune aibie, on doit tailler sur le vieux bois ; mais s’il est vieux, il n y a pas d autre moyen que de le laisser aller sans le tailler, ou bien d ecourtcr une ou deux des plus grosses racines. L année suivante, il portera du fruit immanquablement, parce que sa sève sera plus modérée.

En général, il est bon de tailler un arbre couit les deux premières années, pour mieux former ses branches. Quand, dans les années suivantes, il pousse trop en bois et ne se met pas à fruit, il faut le tailler fort long, et quelquefois ne pas le tailler. Lorsque ses longues branches seront enfin chargées de bon bois, on les en déchargera d une partie, selon leur force et leur longueur.

Il faut tailler beaucoup plus courts les arbres qui sont greffés sur coignassier que ceux greffes sur fianc; car le coignassier pousse beaucoup débranchés a fruit, et le fianc, au contraire, beaucoup de bois : donc on taille court sui coignassier, pour qu’il pousse à bois, et 1 on taille long sui li anc, pour qu’il tourne à fruit. Il y a des arbres qui, en poussant leurs branches, s’ouvrent et s’écartent beaucoup ; il faut, lorsqu’on les taille, être attentif à les rapprocher, en rctran-

chant les branches qui s’évasent trop ; on taille sur les branches qui ne s’écartent pas, et l’on fait toujours attention que le dernier des yeux sur lequel on taille regarde le vide, alia de le remplir; autrement ce serait un grand défaut. 11 y a d’autres arbres, au contraire, dont les jets se serrent trop; il est nécessaire alors de les ouvrir, en taillant toujours sur des

branches qui sortent eu dehors.

On aura l’attention de ne pas trop dégarnir les arbres en les taillant, parce qu’il est aussi dangereux de leur ôter trop de bois que de les laisser trop confus. Il faut que chaque branche taillée trouve sa place, et, de plus, la place de celles qui en proviendront, sans faire de confusion.

Quant à la forme de l’arbre, on ne doit pas la négliger, car elle fait son ornement. Ainsi il faut tenir le bas des espaliers garni de plusieurs branches, ne les tailler que d’une longueur médiocre, pour que, suivant le mouvement naturel de fa sève, qui monte toujours, elles poussent d’autres branches qui garniront le bas du mur et (eiont, dans !a suite, le fondement de l’arbre. On doit tailler les espaliers plutôt trop courts que trop longs, surtout les pêchers, qui sont plus difficiles à maintenir, et qui, au lieu de cent ans qu’ils pourraient durer, ne vivent que six ou sept ans, quand le jardinier ne comprend pas leur taille.

Ouant aux buissons, il est nécessaire de les tenir plus ouverts dans une terre forte et humide que dans un terrain sec et chaud. Pour entretenir leur rondeur, on y fait des tailles horizontales bien unies et égales, afin que, tout autour de chaque branche coupée ainsi, il naisse trois ou quatre autres branches bien placées pour la forme du buisson. On retranche toutes les branches qui se jettent trop en dehors ou trop en dedans.

Pour remplir le Aide qui défigure assez souvent un arbre en buisson, on a recours à la taille au crochet; elle se fait à la façon des vignerons, sur une grosse branche à bois à laquelle on ne laisse que 8 ou 10 centimètres de long, afin qu’il en sorte des branches à bois bien placées. On tient ces branches-crochets plus courtes encore dans le haut de l’arbre, et, lorsqu’elles ont été ébourgeonnées en bonne saison, c’est-à-

dire quand la sève est arrêtée, elles se tournent souvent a fruit.

Les arbres en pyramide doivent être tailles d apres les mêmes indications, en ayant toujours en vue les exigences de leur forme. Des nouvelles branches qui naissent, on conserve la plus grosse de celles d’en haut pour le bois, de sorte que l’arbre s’étend toujours d’une année à l’autre. Quelques jardiniers, pour obtenir de petites quenouilles, ravalent la taille sur les branches les plus basses, c’est-à-dire sur celles dont on forme des branches -crochets. Ce procédé est vicieux; il ne produit que des arbres rabougris, qui donnent peu de fruit.

Las arbres à fruits d’hiver veulent être plus ouverts dans le milieu que ceux qui donnent les fruits d’été.

Les pruniers et les cerisiers ne doivent pas être coupés ni arrêtés par le haut, mais seulement nettoyés et déchargés de bois par le dedans ; c’est pourquoi ils ne sont guère propres à être mis en buissons; c’est le plein vent qui leur convient.

Avant que d’ôter une branche, en quelque endroit que ce soit, il est bon de regarder où il en faut une autre, afin de disposer la branche que l’on va couper à garnir le vide par sa pousse, en lui laissant le talon ou l’œil du coté où 1 ou veut avoir la nouvelle branche.

C’est encore une règle générale, qu’on ne doit point couper de branche un peu grosse que le talon ne soit près d un œil, afin que la sève, ayant une sortie, puisse recouvrir la plaie facilement, ce qu’elle ne ferait pas si 1 on coupait, par exemple, la branche entre deux nœuds; dans ce cas, le bout de la branche se sécherait jusqu’au premier œil.

Quant à celles qui sont très-faibles, on ne se donne pas la peine de les couper ainsi, parce que la sève n a pas la force d’en produire une autre au bout; on se borne à les couper entre deux yeux; et si elles ne sont que des branches chiffonnes, on les retranche entièrement afin d’obliger la sève à se porter ailleurs.

On doit couper tout près de la tige les branches qu’on ote entièrement; les plaies se recouvrent plus vile, et il ne s’y fait aucun nœud.

II ne faut laisser ni racines ni branches au collet de 1 arbre , c’est-à-dire à la partie du tronc qui touche à la terre

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