ESCALIERS ET CONTRE-ESPALIERS , ÉVENTAILS , PALMETTES
Les espaliers, les éventails et les palmettes sont des arbres de demi-tige, qu’on étend en palissade contre les murs, ou sur le bord des carrés.
Les murs d’espaliers doivent avoir au moins trois mètres de hauteur.
Il faut (j ne les espaliers soient garnis dès le pied, qu’ils aient les branches partagées également des deux côtés, sans se croiser; qu’ils soient bien ouverts, et qu’il y ait, s’il se peut, une branche à bois entre deux branches à fruit. Pour réunir toutes ces conditions, il est bon de tailler ces arbres à propos dès leur première jeunesse.
C’est aux espaliers que nous sommes redevables de la quantité et de la bonne qualité des fruits que nous obtenons dans les jardins, parce que les fruits y jouissent doublement de la chaleur du soleil, qui s’v réfléchit, et qu’ils sont «à l’abri de presque toutes les injures de l’air : ils y mûrissent plus tôt, et ont plus de saveur. Les espaliers viennent bien plus vite que les hautes tiges; et, s’ils se ruinent en peu d’années, c’est parce qu’ils sont mal entretenus, et surtout mal taillés.
La bergamote, le bon-chrétien, quantité d’autres poiriers, et meme quelques pommiers, les pèches, les abricots, les figues, la prune de reine-Claude, l’impératrice, et quelques autres prunes qui sont sujettes à tomber au moindre vent, le petit muscat et le chasselas, sont des fruits dont on garnit les espaliers.
Les contre-espaliers ont cessé d’ètre de mode pendant quelque temps, et ils n’étaient plus en usage que dans les jardins de ceux qui voulaient former des palissades et des allées de verdure. Mais on y revient aujourd’hui, car l’on remarque, eu effet, que les contre-espaliers sont plus propres et plus commodes que les buissons, qu’ils rapportent beaucoup plus de fruit ([lie les quenouilles, et qu'ils laissent libres les plates-bandes du jardin.
L’espalier proprement dit et le contre-espalier sont formés primitivement d’une quenouille, de laquelle on retranche les branches du devant et du derrière, pour ne laisser que celles qui sortent par les côtés. L’éventail, au contraire, est formé de deux ou quatre tiges ou branches mères, et quelquefois d’un plus grand nombre, tandis que l’espalier et le contre-espalier n’en ont qu’une seule. Cette distinction explique suffisamment que l’éventail ne convient qu’aux espèces ou
variétés qui jettent beaucoup cle bois, et dont la sève a besoin d’être absorbée pour que l’arbre donne du fruit. L’espalier et le contre-espalier, n’ayant qu’une tige à nourrir, conviennent de préférence aux espèces ou variétés dont la végétation est pauvre.
Si la quenouille dont on veut former un éventail n’est pas assez garnie de branches latérales par le bas, on la rabat à 40 ou 50 centimètres, pour l’obliger à se garnir de rameaux dont on formera les branches mères.
La palmette tient le milieu, pour la forme, entre l’espalier proprement dit et l’éventail, c’est-à-dire, qu’indépendamment des branches mères qui sortent latéralement de la souche, comme dans l’éventail, on laisse, en outre, comme dans l’espalier, une flèche ou branche mère qui occupe le milieu de la palmette.
Si l’on veut destiner un arbre à former une palmette, il faut, avant la transplantation, suivre avec beaucoup de soin, dans la pépinière, le développement de la greffe sur le sujet. Aussitôt que l’on apercevra quatre yeux sur la greffe, on pincera l’ceil supérieur, et les trois autres restant formeront, savoir : les deux du bas, les branches latérales ; et l’œil supérieur, la flèche ou axe central. En continuant cette opération, c’est-à-dire en pinçant une seconde fois la flèche, on peut obtenir quatre branches latérales dès la première année, mais il est plus sage de se borner à n’en former que deux chaque année. Les branches sous-mères, qui doivent compléter la charpente de la palmette, s’obtiennent de la même manière, en pinçant, la "seconde année, chacune des branches mères au-dessus du troisième œil.
Il serait avantageux que l’on adoptât cette manière de conduire les «arbres fruitiers, quelle que lut la forme qu’on voulut leur donner; ils auraient ainsi deux années d’avance sur ceux traités dans les pépinières par la taille de formation que nous avons fait connaître. On aurait en outre l’avantage d’éviter le ravalement, et, avec lui, la mutilation des arbres, les chancres et la gomme , qui sont presque toujours la conséquence d’une section opérée au milieu ou au tiers de la hauteur de la greffe. On se bornerait donc, après la transplan-
tation, à tailler seulement sur la pousse de l'année précédente du jeune arbre; et, comme il est nouvellement transplanté, cette taille se tiendrait plus courte que si l’arbre avait été greffé sur place.
La palmette a un avantage réel qui doit engager à adopter cette forme de préférence aux deux autres formes de palissade. La sève est mieux répartie, plus égale que dans l’espalier; le mur est mieux garni et il ne reste pas de ^ ides comme dans la forme en éventail. En conséquence, on récolte des fruits en plus grande quantité ; mais alors la greffe sur coignassier est préférable, nous dirons même de rigueur.
Les branches étant presque horizontales, et ces arbres développant peu de bois, on peut les rapprocher à environ b mètres, dans un bon terrain, et à 5 mètres et demi à A mètres, dans un terrain de qualité inférieure. Nous insistons sur la forme en palmette, surtout pour le poirier.
A mesure que les tiges des espaliers, des éventails ou palmettes augmentent en hauteur et en largeur, on taille les branches sur les côtés et dans le haut, et on les arrange toutes comme les doigts de la main, sans se croiser, afin que l’arbre prenne bien la forme qu’on veut lui donner.
On ne conserve, des branches qui poussent par derrière et par devant, que celles qui peuvent être palissées. On coupe à deux ou trois yeux celles qui piquent sur le gros de l’arbre, afin que les yeux se tournent à fruit.
Les jardiniers tiennent les arbres des contre-espaliers trop bas, en leur rasant la tète, tous les ans, à la hauteur du treillage d’appui , ce qui leur donne la figure hideuse de tètes de saules qu’on a tondus. Il vaut mieux les tailler comme à l’ordinaire, jusqu’à ce qu'ils aient 2 mètres de haut , pour les arrêter à cette hauteur, en les ravalant chaque année sur les branches les plus basses de la dernière pousse. Si on les laissait monter plus haut, ils prendraient trop de vent, et leur balancement ferait tomber les fruits.
Le treillage est coûteux, et dès-lors il est mieux de s’en passer, au moins pour le contre-espalier; car l’arbre conserve ainsi deux envers, et rapporte également des deux côtés, ce qui en fait le mérite cl la beauté.
Nous ferons observer que les tailles en éventail et en palmette ruinent plus vite les abricotiers et les pêchers que la taille en espalier, parce qu'elles absorbent une plus grande quantité de sève.