ARBRES NAINS
C’est avec des arbres greffés près de terre, que l’on rabat, après un an ou deux, à 15 ou 20 centimètres de la grelle, que l’on forme les arbres nains, soit pour buissons, soit pour es-
paliers ou pal mettes.
On choisit, pour former des poiriers nains, des espèces qui donnent peu de bois, et l’on greffe sur coignassier. Le pommier nain se greffe sur paradis. Les pruniers, cerisiers, abricotiers et pêchers nains se greffent sur le prunellier, qui est, à l’égard des fruits à noyau, ce que le coignassier est pour le poirier. On obtient ainsi de jolis petits buissons qui ne tiennent pas plus de place que des groseilliers, et que l’on peut élever dans des pots, pour les placer sur la table, au dessert, lorsqu’ils sont chargés de fruits.
Les arbres nains produisent en général peu de fruit, et ils sont d’un an ou deux en retard sur les autres formes d’arbres fruitiers.
Pour obtenir des arbres nains, les jardiniers de la Chine placent les boutures d’un arbre quelconque dans un très-petit pot rempli d’argile. Ils n’arrosent que par absolue nécessité. Quand la bouture est enracinée, ils font à l'écorce une incision annulaire de la largeur du diamètre de l’arbre ; ils couvrent la plaie d’argile,, et ils empaquettent le tronc et les grosses branches dans de la paille ou des étoffes. Ils coupent le haut des branches sitôt qu’elles poussent; ils suppriment les feuilles à mesure qu’elles paraissent, et ils attirent les fourmis sur l’arbre, en enduisant de sucre ou de miel les plaies des branches, qu’ils tiennent courbées avec des lils d’archal.
Les arbres fruitiers ainsi
traités donnent des fruits petits et
peu savoureux, mais en très-grande abondance.
arbres a haute tige ou en plein vent.
Les hautes tiges servent pour les vergers et pour les champs, et peu pour les jardins, si ce n’est dans ceux qui
sont grands, où l’on met quelques arbres de tige au milieu des carrés ou sur le bord des grandes allées.
Les fruits qui réussissent en plein vent sont en général tous les pommiers , les poires de médiocre grosseur, surtout celles qui ont de la disposition à être pâteuses et insipides; les coignassiers, les mûriers, les néfliers et les amandiers. Généralement, les pruniers, les abricotiers et les cerisiers réussissent bien aussi en tige, parce qu’ils aiment le grand air.
Les arbres de tige ne demandent qu’à être un peu soignés pendant leurs premières années, seulement pour leur former une belle tête; car, au surplus, ils ne s’accommodent pas de
la discipline austère des jardins.
Les fruits qui viennent en plein vent ont, en général, plus de goût que ceux des espaliers et des buissons, mais ils sont ordinairement plus petits.
Nous avons déjà dit, en parlant de la transplantation des arbres, que l’année où l’on plante un arbre-tige, on ne lui laisse à la tête que trois ou quatre branches des plus belles et des mieux placées, pour former les membres de la nouvelle tête. On taille ces branches sur un bon œil, à la longueur de 8 à 15 centimètres, et on supprime toutes les autres. Nous ferons observer seulement que les arbres en plein vent ne se taillent que les deux ou trois premières années, après lesquelles on les abandonne à eux-mêmes, si toutefois on en excepte les branches intérieures mal placées ou faisant confusion, qu’un jardinier intelligent aura toujours la prévoyance de supprimer.
PARTICULARITÉS RKLATIVES A LA TAILLE DKS FRI'ITS a noyai.
Indépendamment des règles qui viennent d’être établies, et qui sont communes à la taille de toutes sortes d’arbres fruitiers, nous devons ajouter quelques remarques particulières sur la taille des fruits à noyau.
Les pêchers ne donnent de fruit que sur les branches de l’année; ces branches sont bien nourries et chargées de boutons à fleur; mais les branches d’un an en sont toujours dépourvues.
La taille des pêchers se fait à la fin de l’hiver, ordinairement vers la mi-février, lorsque les boutons sont gros; et, si Ton a beaucoup d’arbres à tailler, on peiit continuer ce travail jusqu’à ce qu’on voie les boutons prêts à éclore; mais c’est une mauvaise méthode que d’attendre que les pêchers soient déjà fleuris, car on les manie alors maladroitement, et l’on abat quelquefois les meilleures fleurs.
Pour tailler un pêcher, de même que tout autre arbre en espalier, on doit d’abord le dépalisser; le travail s’en fait plus aisément. On retranche tout le bois mort et les branches chiffonnes ; on ne laisse que les branches mères, les branches à bois et les branches à fruit. Lorsqu’un pêcher est dégarni de branches à bois d’un côté, et qu’il n’y a que des branches à fruit, il faut tailler court les plus grosses branches à fruit, afin qu’elles donnent un demi-bois , ce qui ne les empêche pas de fructifier ; c’est le moyen d’éviter le vide , qui est le grand défaut des espaliers.
Quand les pêchers prennent vigueur et commencent à pousser des gourmands, si ces branches peuvent servir à garnir l’endroit où elles poussent, on les taille depuis 50 centimètres jusqu’à un mètre, selon leur force, sinon il faut les couper à 5 ou 6 millimètres du tronc, pour qu’elles repoussent de petites branches à fruit l’année d’après. Si on les coupait ras de la tige, il s’y formerait de la gomme qui endommagerait le pêcher. Quand les gourmands viennent au bout de l’arbre, on doit les employer à remplacer celles des branches mères qui sont plus faibles qu’eux.
Pour empêcher les gourmands, on supprime toutes les fortes branches à bois, on ne conserve que les branches moyennes et les jeunes branches où l’on voit des boutons à fruits. Si ces dernières sont fortes, on les taille de 25 à 50 centimètres de long; mais si elles sont faibles, on les coupe à deux ou trois boutons à fruit. A l’égard des petites branches à bois, on les ôte tout à fait, parce qu’elles ne donnent rien de bon et qu’elles font tort au reste.
Entaillant les pêchers, on a quelquefois laissé trop longues des branches à fruit qui demandent qu’on les retaille, ou parce qu’elles sont trop faibles, par rapporté leur longueur,
pour porter le fruit (ju’elles ont produit, ou parce que le fruit qu’on y attendait a manqué. Dans le premier cas, on raccourcit ces branches dans une proportion convenable ; dans le second cas, on les taille très-courtes pour leur faire pousser des branches nouvelles. Cette seconde taille se lait ors de rébourgeonnement, opération qui sera l’objet d’un chapitre spécial. On ne doit pas manquer, dans cette seconde taille, de retrancher le bois sec et languissant, et celui qui est attaqué de la gomme.
Si un pécher est chargé de beaucoup de branches cà fruit, et qu’il ait trop peu de branches à bois, on retaille les plus grosses branches à fruit comme branches à bois, pour leur faire jeter des rameaux qui tiennent l’arbre toujours garni.
Les branches à fruit du pêcher ne portent pas plusieurs fois, comme celles des poiriers ; elles périssent ordinairement après avoir donné leur fruit.
Les abricotiers se taillent à peu près comme les pêchers : on coupe toutes les fortes branches à fruit à 25 ou 30 centimètres de longueur, et les petites à trois ou quatre boutons à fruit.
On doit éplucher avec soin tout le bois mort, sans quoi les arbres se sèchent, et tout le petit bois se dépouille. On a le soin de laisser toujours une quantité de bonnes jeunes branches coupées à 15 ou 18 centimètres de long , pour les faire pousser et rajeunir l’arbre.
Il faut tailler les abricotiers dans le mois de février, comme les pêchers , afin de pouvoir les palisser en même temps, sans crainte de gâter les boutons à fruit, car alors ils ne sont pas encore ouverts.
On met des paillassons au-dessus des pêchers et des abricotiers, aussitôt qu'ils sont taillés; ceux qui ont soin de les y placer en décembre, avant le fort de l’hiver, pour les garantir des neiges et du verglas, font encore mieux ; on n'ôle les paillassons qu’au printemps, après que le fruit est noué et que tous les mauvais temps sont passés.
On est souvent embarrassé pour tailler un prunier, parce qu’il jette ordinairement avec vigueur. Il faut raccourcir les branches à fruit, tailler longues les branches à bois, ôter les
branches inutiles, surtout les gourmands, et éviter la confusion.
La bonne manière de tailler un prunier est de lui laisser beaucoup de vieux bois , surtout à l’égard des branches à fruit.
Le prunier donne beaucoup de fruit lorsqu’on le dispose en haute tige, pourvu qu’on ait soin de le dégager de la confusion des branches qui y croissent. Pour cela, on doit le tailler six ou sept années de suite, après l’avoir replanté, afin qu’il fasse bon pied et bonne tète; et, lorsqu’il aura beaucoup de branches, il faudra le laisser aller à sa volonté sans le tailler : un seul donnera alors plus de fruit que six qu’on continuerait à tailler tous les ans.
On ne plante plus de pruniers nains , à cause du caprice de cet arbre, qui hait la contrainte et ne se plaît qu’en plein vent.