PALISSAGE DES ARBRES FRUITIERS
Tout le monde sait que l’art du palissage consiste à fixer à un treillage les branches des arbres plantés en espalier, et à les attacher à droite et à gauche, de manière que le mur en soit couvert entièrement et également.
Avant que de commencer à faire celte opération, on doit laisser pousser les arbres en toute liberté pendant leur première année, comme nous l’avons dit, sans les ébourgeonner ni les arrêter, et attendre, pour palisser, les mois de février ou mars de la seconde année. Autrement, leurs premiers jets sont si petits et si tendres, qu’on ne pourrait les palisser sans les contraindre et les altérer beaucoup. Il en résulterait même un autre inconvénient, c’est que ces jeunes arbres, en s’abaissant avec la terre dans laquelle ils ont été plantés, resteraient suspendus au mur ou au treillage auquel on les aurait attachés.
Pour bien palisser les jeunes arbres, après qu’on en a ôté le bois inutile et les branches qui ne peuvent se coucher contre le mur, il faut commencer par les branches-mères. On doit ensuite arranger des deux côtés toutes les autres branches, et maintenir les branches inférieures jusqu’à 45 ou 4 8 centimètres près de terre, s’il se peut, pour couvrir le bas du mur.
En palissant, on doit conduire toutes les branches suivant les exigences de la forme que l’on veut donner à l’arbre, et, en même temps, prendre garde de ne pas les contraindre, ni les courber en dos de chat, car, lorsqu’elles sont ainsi forcées, elles s’arrêtent et ne poussent plus avec la même vivacité; nous avons même déjà dit que c’est là le moyen d’arrêter les branches d’un arbre qui pousse trop d’un côté et s’arrête de l’autre. Par cette raison, il ne faut jamais que le bout des branches soit attaché plus bas que le lieu d’où elles sortent; mais il doit être conduit en montant un peu. On laisse les branches faibles en liberté, sans les attacher ni les gêner, jusqu’à ce qu’elles rattrapent les plus fortes.
11 est nécessaire encore d’observer de ne pas croiser les branches, ni de les passer les unes sur les autres, ni de les attacher deux ensemble; mais il faut les séparer et les espacer entre elles selon leur nombre et la force de l’arbre.
On est pourtant quelquefois obligé , quand les arbres sont vieux et qu’ils se dégarnissent du milieu, de rapprocher quelques petites branches et de les faire retourner vers le vide, pour conserver la forme des espaliers et cacher les places dégarnies. Ce manque de branches arrive ordinairement aux arbres par l’ignorance du jardinier à savoir les conduire dans le commencement, ou par sa négligence à les tailler, à les ébourgeonner et à les palisser dans les saisons qui leur sont propres.
On palisse les arbres, non-seulement lors de la taille d’hiver, mais encore quand on les ébourgeonne, opération qui pourrait prendre le nom de seconde taille ou taille d’été. Ce sont alors les nouveaux jets qu’on attache au treillage pour rendre l’espalier plus agréable, et pour que les fruits soient plus exposés au soleil. On continue de palisser, jus-
qu’au mois de septembre, toutes les nouvelles branches qui ne font pas confusion.
Nous recommandons l’emploi des fils de plomb, qui sont mous et extensibles, pour palisser les branches d’arbres en espalier, et surtout pour attacher les jeunes pousses, qui subissent presque toujours un étranglement fâcheux lorsqu’on se sert des liens ordinaires.
On peut préparer soi-même ces fils : pour cela, il faut prendre une feuille de plomb épaisse de 3 à 4 millimètres, la couper en lanières proportionnées à l’épaisseur, et, après avoir aminci l’une des extrémités de ces bandes, les passer successivement à travers les trous d’une petite filière en acier.