TREILLAGES ET AUTRES PALISSADES D’ESPALIERS
Les plus jolis treillages d’espaliers se fabriquent avec des lattes ; on les peint en vert pour qu’ils soient plus agréables à la vue, et ils durent longtemps ; mais ils ont l’inconvénient de coûter cher. Les mailles ont 25 centimètres de long sur 20 centimètres de large. Celles qui sont disposées en losanges ont plus de grâce que celles en carrés à angles droits. On établit aussi de ces treillages en haies d’appui, autour des carrés du potager, pour les arbres de palissade ou contre-espalier.
Le treillage en fil de fer est d’un aspect moins agréable, mais il coûte les deux tiers moins cher et dure davantage. L’expérience apprend qu’on ne doit pas tant craindre que le fer écorche les branches que de les rouiller. Les mailles d’un treillage en fil de fer doivent avoir les mêmes dimensions que celles d’un treillage en lattes.
On laisse 5 centimètres d’espace entre le mur et le treillage, soit en bois, soit en fer, pour que l'on puisse palisser facilement.
La manière de palisser sur des perches ou treillages de bois rond n’est pas aussi propre ni aussi agréable que les deux précédentes, et, en outre', elle coûte plus cher; mais elle offre l’avantage que les fruits y mûrissent encore mieux que sur les autres sortes de treillages; car, n’étant ja-
niais appliqués contre le mur, à cause de l’épaisseur des perches, ils jouissent mieux de la chaleur et de l’air qui passent aisément derrière les branches.
Enfin, la palissade qui se fait avec des clous et de petits morceaux de lisière de drap qui entourent la branche, est la plus ancienne et la plus naturelle, et n’est pas la plus longue quand on en a l’habitude. On ne peut guère la pratiquer que sur les murs récrépis de plâtre, parce que le clou ne tient pas sur les autres, à moins qu’on ne mette des chevilles en bois dans les joints des pierres pour y ficher de petits clous; mais ce procédé serait trop long.
Les lanières de drap sont meilleures que celles de cuir, car la pluie ne les fait pas resserrer. En palissant de cette sorte, il faut bien prendre garde de ne pas serrer la branche avec la lisière, et d’attacher le clou au-dessous; car, comme la branche s’élève naturellement et tire toujours en haut, elle se meurtrit lorsqu’elle rencontre le clou au-dessus d’elle. Les arbres qui sont palissés ainsi, avec clous et lanières, sont mieux étendus, leurs branches couchées plus proprement, et ils forment une tapisserie de verdure fort agréable.
On doit toujours crépir les murs des espaliers, de plâtre, de mortier ou de pisé, afin d’emjpêcher que les rats, les mulots, les limaçons et les autres insectes ne se nichent dans les trous, où ils seraient trop à portée du fruit.
Lorsqu’on veut palisser des treilles, indépendamment des treillages, soit en fer, soit en bois, qu’on établira à la hauteur nécessaire pour recevoir les jeunes branches, on devra fixer dans le mur des crochets en fer pour supporter les tiges ou les branches-mères. Ces crochets seront placés à un mètre de distance les uns des autres, et sortiront du mur de 5 centimètres.
ne LA CULTURE DES ARBRES A FRUITS DÉLICATS.
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On met des treilles le long des espaliers, soit en plein, soit seulement en cordon, sur les berceaux, en haie d’appui, au pied des arbres, et partout où il y a du terrain â remplir,
car le beau d’un jardin est qu’il n’y reste aucun espace vide. On met les verjus et autres raisins tardifs au couchant et au nord, et les chasselas et les muscats à l’exposition du midi ou du levant, afin qu’ils puissent mûrir.
Il n’importe pas précisément où le pied de la vigne soit placé, pourvu que le fruit soit bien frappé du soleil.
Pour multiplier les vignes, on choisit, sur les pieds du plus beau rapport, des crossettes ou marcottes qu'on couche en terre, dans des rigoles ou des trous d environ un demi-mètre de profondeur. On les met en place la seconde année, a 7Û centimètres de distance les unes des autres, pour qu on soit toujours assuré d’en avoir, quoique certains pieds viendraient à manquer, et afin que les treillages soient plus tût garnis. Il ne faut laisser que trois yeux à chaque marcotte, et en ratraîchirla racine en la replantant; puis on répand dessus un peu de fumier; quelques jadiniers n’en mettent qu’à la troisième
année.
On doit donner à la vigne trois labours par an, apres une petite pluie ; le premier au mois de mars, le second vers la mi-mai, le troisième au commencement de juillet, et quelquefois un quatrième vers la mi-aout, afin que la teire soit toujours meuble et nette. Mais on évitera de labourer pendant que la vigne est en fleur, car on la ferait couler.
On taille la vigne, dans les jardins, au mois de mars. On ote d’abord tout le bois mort, on ôte aussi tout le bois chiffon, les menues branches et tout le superflu ; on ne garde que les plus belles branches, qu’on taille au quatrième œil. Quant aux branches du dessous, qu’on appelle coursons, on les taille
à deux yeux.
Lorsqu’on fait cette opération, il faut avoir la précaution de laisser un bon doigt de bois au-dessus de l'œil du haut de la branche taillée; et il est essentiel que la taille soit faite en talus, de l’autre coté de l’œil, pour ne pas l’endommager ; car la vigne venant à être en sève, et pleurant beaucoup, si la coupe était du côté de l’œil, il serait noyé par l’abondance de l’eau qui en sortirait.
Le courson est taillé à deux yeux, dans l’espérance qu'il donnera deux bonnes branches qui seront les sujets sur les-
quels on taillera l’année suivante, afin qu’alors on puisse retrancher la branche qui avait été taillée à quatre yeux l’année précédente. Des deux branches que le courson aura données, la plus haute devra être taillée à quatre yeux, et la plus basse à deux yeux, pour servir encore de courson. Ce système a pour motif d’empêcher la treille de s’étendre indéfiniment par l’addition successive du vieux bois.
Si le courson n’a donné qu’une branche, il faut la tailler elle-même en courson, c’est-à-dire à deux yeux, et tailler à quatre yeux la branche la plus basse de celles qui seront venues de la taille de l’année précédente, en retranchant toutes les autres.
Lorsque le courson dont on espérait deux branches n’en a donné aucune, on doit dans ce cas avoir recours à la branche taillée à quatre yeux l’année précédente, qui peut en avoir donné quatre; on s’attachera aux deux qui sont les plus basses; on taillera la plus haute des deux à quatre yeux, et, de la plus basse, on fera un courson.
On ébourgeonne la vigne en mai et en juin, ce qui se fait en abattant, avec la main, celles des nouvelles branches qu’on juge mal placées ou surnuméraires : cela rend le fruit plus beau et le fait mûrir plus vite.
On lie la vigne, à mesure qu’elle monte, soit à Péchalas, soit au treillage. Dans^ ce dernier cas, on lui donne, ou la forme d'une palissade, ou celle d’un simple cordon.
Pour faire prendre de la couleur au muscat, on le découvre en ôtant des feuilles; mais on ne doit pratiquer cette opération que quinze jours avant la maturité du fruit, car, plus tôt, le soleil le brûlerait ; on peut aussi arroser le fruit, au soleil, par-dessus les feuilles, afin de l’attendrir et de le colorer. On suit la même règle pour le chasselas.
Comme le muscat mûrit difficilement, à cause de l’épaisseur des grappes, il faut, pour l’aider, ôter avec de petits ciseaux la moitié des grains de chaque grappe : ce qui reste, ayant plus de jour, mûrit bien mieux. Les raisins serrés sont les plus mauvais pour la table, et même pour faire le vin.
Des amateurs font entrer de bonne heure, dans des bouteilles de verre, de jeunes raisins et autres fruits, afin qu’ils
soient à l’abri des mauvais temps et des animaux. Ces fruits ne perdent pas pour cela les rayons du soleil, et ils se perfectionnent au travers du verre.
On peut greffer la vigne, soit pour rajeunir les pieds trop vieux, soit pour remplacer les mauvaises espèces, et l’on obtient déjà beaucoup de fruit dès la deuxième année. La durée des nouveaux ceps est à peu près égale à celle des plants cultivés d’après la méthode ordinaire.
Voici en quoi consiste le procédé : on déchausse le pied de la vigne jusqu’à ce qu’on ait mis les racines à découvert, et on le coupe à 15 centimètres de profondeur, environ, avec la scie de jardinier, puis on polit la section avec la serpette. On opère alors comme pour la greffe en fente, en transportant sur le sujet un sarment de l'espèce que l’on veut multiplier. On fait la ligature avec de l’osier, on enveloppe la greffe de mousse, et l’on recouvre de terre.
Cette opération doit s’effectuer au moment où les bourgeons de la vigne se transforment en petites feuilles. Les sarments sont meilleurs lorsqu’ils ont été enfouis dans la terre fraîche immédiatement après la taille de la vigne.
FIGDKBS.
Le figuier, au contraire des autres arbres, commence par produire son fruit, sans donner de fleurs; et ce fruit, qui est des plus estimés, il le donne deux fois par an, au printemps et en automne.
Cet arbre vient naturellement dans le midi de la France, mais il réussit peu dans les climats plus froids que celui de Paris; encore, dans ce dernier, lui faut-il la meilleure exposition, c’est-à-dire celle du midi.
Les figuiers aiment cependant la terre grasse et fraîche, mais elle doit être légère.
Dans les lieux qui sont bien à couvert, ou peut en mettre quelques-uns en pleine terre, à l’exposition du midi, soit en buissons, soit en espaliers non palissés. On en met aussi en caisse et en pots, mais ils exigent beaucoup de soins, tant pour les arrosements que pour la taille et les rencaissements à me-
sure qu’ils grossissent. L'avantage île ce dernier mode de culture, c’est qu’étant transportés ou l’on veut, aux expositions les plus chaudes, le fruit en mûrit mieux et plus vite. On les rentre dans la serre, en hiver. Comme le figuier jette
naturellement quantité de racines qui, à la différence de tous les autres arbres fruitiers, sont molles, flexibles, et ordinairement menues, elles se rangent dans le petit terrain de la caisse et y trouvent suffisamment de nourriture, pourvu que l’humidité n’y manque pas.
On multiplie le figuier de plants enracinés, de marcottes et de boutures.
Quand les rejetons enracinés, qui viennent au pied des vieux figuiers, ont l’écorce grise et trois à quatre centimètres de circonférence, ils sont les meilleurs «à transplanter, au printemps.
Les marcottes se font des branches les plus basses du figuier, que l’on couche dans terre, en avril, pour leur faire prendre racine; on les replante à l’abri, sur la fin de l’automne ou au printemps suivant.
Si l’on a coupé au pied de quelque figuier plusieurs boutures auxquelles on veuille faire prendre racine, on fait une rigole profonde de 30 centimètres, et large d’autant ; on la remplit de bon fumier gras, bien pourri; on y plante les boutures un peu courbées, comme on fait de la vigne; on arrose dans les temps secs, et on couvre, l’hiver, avec de la paille. Les boutures prendront racine, et pourront être levées dans quelques années. Mais des branches ou boutures coupées en bec de tlûte, de la longueur de 50 à 40 centimètres et de 5 à 4 centimètres de circonférence, étant fichées, par le gros bout, de 20 centimètres dans la terre, et un peu à l’ombre, en avril, reprennent ordinairement, sans tant de laçons. Les petites branches encore vertes et moins grosses, qui poussent au pied de l’arbre, seraient trop tendres et ne vaudraient rien
pour des boutures.
Dès le mois de novembre, on met dans la serre les figuiers qui sont en caisse, et on ne doit les retirer qu’à la mi-mai, comme les orangers. Dès qu’ils sont hors de la serre, on les arrose une bonne fois ; et quand il n’y a plus rien a craindre
du temps, on les expose à demeure en plein air et en plein soleil. On les arrose d’abord deux fois la semaine, puis, en juin, juillet et août, de deux jours l’un, et même tous les jours * pendant les grandes chaleurs; les figues en deviennent plus grosses.
On laisse un figuier deux ans dans sa première caisse. Au bout de ce temps, on le met dans une autre plus grande, et on le change ensuite tous les quatre ans. On lui coupe une partie des racines chaque fois qu’on le change de caisse.
x\ux approches de la gelée, pour garantir ceux qui sont en pleine terre et en buisson, on lie toutes les branches ensemble avec de l’osier, et on les emmaillotte tout autour avec de la paille, ou bien on couche toutes les branches dans des tranchées; on les entoure de paille et on les recouvre de terre.
On ne palisse pas les figuiers en espalier comme les autres arbres fruitiers, car les figuiers ne veulent pas être si contraints, ni attachés si près du mur; il faut leur laisser la tête libre pendant le printemps et Tété. Ce n'est qu’à la chute des feuilles qu’on les palisse, avec de l'osier, à des perches posées sur de longs crochets, puis on les couvre de paillassons pour les préserver de la gelée.
Si, malgré ces précautions, les figuiers viennent à geler, on recèpera les branches mortes, tout près de la souche, au commencement d’avril.
On taille les figuiers en coupant les branches trop longues qui s’emportent, afin qu’elles donnent des branches à fruit, et (pie les figues deviennent plus grosses. On doit ôter le bois mort et toutes les branches de faux bois, que l’on connaît à leurs yeux plats.
Il faut aussi, en avril de chaque année, ôter tous les rejetons qui sont au pied des figuiers, parce qu'ils affament l’arbre; et, si on veut leur faire prendre racine, il n’y a qu’à suivre l’indication que nous venons de donner.
Au mois de juin, on pince les grosses branches qui ont poussé depuis le printemps, pour qu’elles donnent plus de jets pendant l’été, et pour que les secondes figues mûrissent mieux. Cette opération a aussi pour objet de faire produire,
l'année suivante, figues.
une plus grande quantité de premières
MURIERS.
Le mûrier hait surtout le froid .* on l’appelle arbre sage, parce qu’il bourgeonne le dernier de tous, après que tous les froids sont passés.
Comme il y a trois sortes de mures, les noires ou rouges, les blanches et les mûres sans pépins, il y a aussi trois sortes de mûriers. Celui qui porte des mûres sans pépins est plus rare et plus curieux qu’utile.
Le mûrier blanc ne sert, pour ainsi dire, qu’à la nourriture des vers à soie, à cause de la qualité de ses feuilles. Cette espèce jette plus de bois et est plus hâtive que le noir; mais aussi le noir a le fruit plus gros, plus agréable et plus beau, le tronc plus puissant, la feuille plus grande et le bois plus ferme.
Les terres noires , douces et légères sont les meilleures pour les mûriers. Quoique, de leur naturel , ils aiment l’air chaud, ils viennent cependant assez bien partout, même exposés au nord, pourvu qu’ils soient à l’abri du vent. Ils se plaisent mieux dans les basses-cours que dans les jardins, et ils viennent sans autres soins que d’être tenus nets de bois mort; mais ordinairement il s’en trouve peu, à moins qu’ils ne soient très-vieux.
On multiplie le mûrier par graines, par boutures, par marcottes et par rejetons.
On greffe le mûrier, ou de sa propre espèce, quand on veut l’améliorer, ou sur le mûrier blanc, qui est réputé le sauvageon du mûrier. La greffe se fait ordinairement en écusson, au mois de mai.
La voie du pépin est fort longue, quoique ce soit peut-être la plus sûre. Dans les pays chauds, on fait des pépinières entières de semences. Pour avoir de la graine de mûrier, on choisit des mûres qui soient en parfaite maturité, c’est-à-dire de celles qui tombent en secouant l’arbre. Pour en extraire la graine, on fait fermenter les fruits pendant quelques jours
dans un baquet, ou y jette de l’eau, et on les presse ensuite avec les mains ; la bonne graine tombe au fond, et la mau-
vaise surnage.
Il est nécessaire que la terre où l’on sème la graine de mûrier soit douce par elle-même; il est bon aussi qu’elle ait été préparée quatre mois avant cette opération, avec du terreau bien consommé qu’on y aura mêlé, en observant de la bêcher plusieurs fois dans cet espace de temps. C’est ordinairement au printemps qu’on sème la graine de mûriers , et l’on prend les précautions nécessaires pour la garantir, lors qu’elle est levée, des grands froids et des grandes chaleurs.
On ne doit commencer à émonder le jeune plant qu’à l’Age de trois ans, après quoi on en coupe tous les ans, au mois de mars, les fausses branches et tout ce qu'il y a de petits rejetons, et on ne laisse que les branches qui sont nécessaires pour la forme de l’arbre. Les plants qui ne viennent pas bien doivent être coupés au pied dès l'àgc de trois ans, avant la sève, et, s’ils ne repoussent pas vigoureusement , il faut les
arracher.
Lorsque les mûriers ont acquis une grosseur raisonnable, et environ deux mètres de hauteur, on les transplante à demeure, après en avoir taillé les racines un peu longues, et avoir coupé les branches de la tète à la longueur de 10 à à 12 centimètres ; on les arrose de temps en temps pendant la première année de la transplantation ; on leur donne trois labours par an ; puis, de trois en trois ans, on les lume pour en avoir plus tût du fruit, car le mûrier aime beaucoup le
fumier. Cet arbre ne porte pas de fruits quand on lui ùte ses feuilles; il redoute beaucoup aussi l’agitation des branches causée par l'action des vents. Ses fruits mûrissent en août et septembre.
On ne taille pas le mûrier que l’on destine pour le fruit; on se contente d’ébrancher le bois sec et mort, et de couper les branches éclatées, mal faites et endommagées, afin qu'il
en repousse déplus belles.
Quant aux mûriers que l’on cultive pour leurs feuilles, on doit les tailler tous les trois ans, au mois de mars. On fait ainsi, à la vérité, le sacrifice d’une récolte sur trois,
mais on est amplement dédommagé par l’abondance des feuilles et la longévité de l’arbre. La taille est necessaire surtout dans les terrains maigres et sur tous les sujets languissants. On taille sur le jeune bois, et en sifflet, pour que la pluie n’endommage pas le bout des branches. Lorsque les mûriers ont gelé, on recèpe les extrémités gelées : l’activité de la végétation s’en accroît immédiatement.