‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 156 sur 425 · DE LA MATURITE ET DE LA CUEILLETTE DES FRUITS · texte numérisé non relu

DE LA MATURITE ET DE LA CUEILLETTE DES FRUITS

La maturité des fruits d'été est facile à connaître, celle des fruits rouges à la couleur, et les autres lorsqu’ils se détachent de l’arbre. Il n’est pas nécessaire, pour savoir si une pêche ou un abricot est mûr, de le tâter ni d’y appuyer fortement le pouce; on en juge d’abord à l’œil, et, si en enveloppant ensuite le fruit de tous ses doigts, il quitte aisément en tirant un peu à soi, il est mûr.

On ne doit point cueillir un fruit d’été qu'il ne soit mûr,

bien coloré, et odorant suivant son espèce, excepte les poires qui sont sujettes à être cotonneuses, qu'il faut cueillir quel ques jours avant leur maturité pour qu’elles soient bonnes. On doit éviter cependant que les fruits d’été ne soient trop mûrs, parce qu’alors ils deviennent mous et perdent de leur qualité.

Il faut cueillir les pêches quatre jours avant de les manger ; elles en ont plus de goût. On les pose sur des tablettes ou sur de la mousse, la base en dessous.

Les prunes et les abricots sont meilleurs aussi lorsqu’ils ont passé un jour ou deux dans la fruiterie. On les y porte dans la corbeille même où on les a cueillis. Pour conserver les prunes avec leur fleur, il faut couvrir le fond et le dessus de la corbeille avec des feuilles d’orties.

Malgré ce que nous venons de dire des fruits d’été, et notamment des pêches , on doit cependant laisser mûrir sur l’arbre la pavie de Pomponne, le brugnon violet, la pêche violette hâtive et tardive, et les poires d’été, soit fondantes, soit cassantes, mais non cotonneuses, jusqu’à ce que ces fruits se détachent d’eux-mêmes.

Il est utile de faire remarquer que les fruits les plus avancés sont ceux du bas et du milieu de l’arbre, et que? ceux du haut sont toujours les plus tardifs, parce que la f;ève afflue beaucoup plus dans les parties supérieures d’un arbre que dans les inférieures. Il est donc nécessaire de faire » la récolte en plusieurs fois , et de terminer par les fruits, du haut de l’arbre.

L’époque de la maturité des fruits n’est pu s moins importante à saisir que celle de la cueillette, car i I y a des espèces de première qualité qui paraîtraient de deuxième, et quelquefois de troisième, si on les mangeait trop tôt ou trop avancés.

Quant aux fruits d’automne et d’hiv er, si l’année a été chaude et sèche, on cueillera les poires ' d’automne vers la miseptembre, et les poires d’hiver et les pommes à la mi-octobre, excepté le bon-chrétien d’hiver et la pomme d’api, qui doivent être cueillis huit jours plus tard. On attend les premières gelées pour cueillir les coir ,gS et les nèfles.

Si, «au contraire, l’année ou tout au moins le printemps a été humide, il faut cueillir les poires plus tard , c’est-à-dire celles d’automne à la fin de septembre, et celles d’hiver à la fin d’octobre.

Dans les terres chaudes et légères, les fruits mûrissent huit jours plus tût que dans celles qui sont froides et humides.

Les fruits cueillis trop tût se rident et mûrissent très-difficilement; ceux qui le sont à une époque trop avancée ne se gardent pas.

On ne cueille les fruits d’automne et d’hiver que par un temps sec et beau.

Les poires et les pommes doivent être cueillies avec leur queue.

Les poires d’automne ne sont bonnes à manger que lorsqu’elles ont acquis dans la fruiterie une parfaite maturité, dont le toucher donne connaissance en les tâtant près de la queue.

])!-: LA FRUITEIUE.

On d oit observer trois conditions essentielles pour faire une

bonne fruiterie.

I) faut i l’abord qu’elle soit impénétrable à la gelée, puisqu’un frui t gelé n’est plus bon qu’à jeter, si l’on excepte les pommes qui reviennent en leur premier état en n'y touchant pas. Pour cOi effet, la fruiterie doit être exposée au midi ou au levant, avofr des murs d’un mètre d’épaisseur, une double porte d’entrée, et, aux fenêtres, de doubles châssis de papier, bien calh ‘utrés, en sorte qu’il n’y ait pas la moindre ouverture pour l’t mtrée du froid. On met dans la fruiterie un petit vaisseau plat plein d’eau ; s’il gèle tant soit peu , il faut

aussitôt recourir ai' remède en couvrant les fruits; on ne doit point, du reste, faire de feu dans une fruiterie, parce qu’il gâte le fruit.

Un souterrain sec, oi ' une cave sèche où il entre peu d’air, font la meilleure fruitei ic : c’est là qu’on peut déposer les fruits plus sûrement , pv ">ur qu’ils soient à l’abri des plus

fortes gelées, parce que l’air y est toujours doux et d’une température égale pendant l’hiver. On sent bien qu’une cave humide ne serait pas propre à la conservation des fruits, car elle les ferait pourrir. Si l’on était obligé d’établir la fruiterie dans un grenier, on devrait couvrir les fruits avec de la paille un peu épaisse, par-dessus et par-dessous; et, quand il gèlerait fort, on ajouterait un drap mouillé par-dessus la paille; la gelée s’attacherait au drap et ne passerait pas outre; le fruit se conserverait ainsi par-dessous.

La seconde condition est que la fruiterie n’ait aucune mauvaise odeur. 11 est essentiel pour cela qu’elle soit éloignée du foin, de la paille, du fumier, du fromage, des amas de linge sale, qu’elle soit bien percée et élevée d’environ trois mètres. On ouvre quelquefois les fenêtres pour purifier la fruiterie, mais seulement quand le froid n’est pas à craindre.

La troisième condition est que la fruiterie soit garnie de tablettes espacées de 25 centimètres et une fois plus larges, pour y mettre beaucoup de fruit et en voir aussi beaucoup d’un seul coup d’œil. Les tablettes auront une légère pente en dehors, afin qu’on puisse mieux observer; elles seront bordées d’une petite tringle, pour empêcher le fruit de tomber ; enfin, elles seront garnies de mousse bien sèche, ou de 5 centimètres d’épaisseur de sable fin, pour que chaque fruit, placé sur sa base, y repose sans toucher ses voisins.

On doit visiter les tablettes de deux jours l’un, pour en ôter tous les fruits qui sont gâtés et les nettoyer. On balaie souvent dans la fruiterie; on y tient des souricières, et même on laisse quelque entrée secrète pour les chats.

Pour avoir la facilité de visiter les fruits, on doit les disposer d’une manière commode dans la fruiterie. On met, par exemple, chaque espèce à part, sur différentes tablettes ; on sépare les fruits tombés d’avec ceux qui ont été cueillis. Les fruits qui mûrissent plus tôt doivent être les premiers à portée pour la main et pour la. vue, et ceux qui ne sont que de l’arrière-saison seront logés plus haut, jusqu’à ce qu’ils prennent une autre place en succédant à ceux qui auront disparu On ne doit jamais manier le fruit que le moins qu’on peut

Quelques personnes se contentent de mettre leurs hommes

pêle-mêle, en monceaux ; mais il vaut mieux ranger au moins les plus belles, comme les autres fruits, séparément sur leur base; elles s’en conservent mieux.

Si l’on a des fruits gelés, il ne faut pas les approcher du feu; ils perdraient toute leur saveur, et même se corrompraient; il faut les mettre dans de l’eau bien Iroide, et les y laisser quelque temps : il se fait alors autour du fruit une croûte de glace, qui, se fondant ensuite peu à peu, laisse le fruit aussi bon et aussi entier qu’il était avant d’être gelé. Cette précaution est inutile pour les pommes gelées, qui reviennent d’elles-mèmes, ainsi que nous l’avons dit.

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