DES MALADIES INTERNES
Les maladies dues à des causes internes sont les suivantes.
La carie est une espèce de moisissure du bois, qui le rend mou, et d’une consistance peu différente de la moelle ordinaire des arbres; néanmoins, elle ne change point la disposition des fibres du bois ; elle vient surtout de la pourriture des racines, laquelle pourriture est causée par le séjour de l’eau, ou par l’écorchemeut.
Les plantes dont les racines sont pivotantes, et celles qu’on élève dans des pots qui ne sont pas percés, y sont les plus sujettes. La carie est bien différente de la pourriture; l’une attaque l’arbre au sommet, et l’autre à la racine! l’our provenir la carie, il faut semer les plantes dont la racine est pivotante dans ocs terrains ou le pivot ne puisse être endommagé. A l’égard des autres, il suffît de les mettre dans des caisses, ou en pleine terre. Cette carie est très-dis-
tincte d’une autre maladie connue sous le nom de tarie des blés , dont nous avons parlé.
On guérit la carie des arbres en découvrant les racines, en automne, pour couper jusqu’au vif tout ce qui est gâté; il laut en outre couper aux branches, ou au tronc, les parties cariées, et y appliquer de l’onguent de saint Fiacre. Lorsque cette maladie attaque les orangers, mais qu’elle n’est ni étendue ni profonde, on peut essayer le lait de chaux vive un peu épais; on en met à plusieurs reprises.
La cessation subite de sève est un accident qui survient aux jeunes arbres vigoureux pendant les grandes chaleurs de l’été. Alors on voit les feuilles , les jeunes branches et les fruits se dessécher tout à coup en un même jour, quoique les racines soient en bon état et ne manquent point d’humidité. On y remédie en s’empressant d’arroser l’arbre par-dessus les branches. Cette opération doit être répétée plusieurs fois dans la soirée. Le lendemain, l’arbre aura repris sou aspect de santé. Lorsque les fruits seulement sont fanés sur l’arbre , on se contente d’arroser au pied et de couvrir avec de la paille.
Les chancres oti ulcères coulants sont des ouvertures plus ou moins grandes, répandues çà et là sur les arbres, desquelles suinte la sève, sous la forme d’une eau roussâtre, corrompue et très-âcre. Cette sanie corrosive endommage les parties voisines , et fait que le mal se communique de proche en proche.
Les phancres sont produits par un engorgement de vaisseaux, qui rend les sucs stagnants, âcres et corrosifs. Ces sucs détruisent l’organisation de l’écorce, qui se gerce et se dessèche; le mal s’étend, l’arbre souffre, et on ne peut le sauver que par l’amputation de la partie malade.
Les poiriers de bon chrétien sont surtout sujets à cette maladie, dans les terrains humides.
Scion quelques auteurs, les chancres peuvent être attribués à l’eau putride et infecte des terrains marécageux, ou à des fumiers trop abondants. Il arrive à des arbres d’en être attaqués, quoiqu’on n’aperçoive aucun ulcère, mais, quand on les coupe, on voit que l’écorce est entièrement séparée du bois par une sève âcre et corrompue
h.*s chancres ne doivent pas être confondus avec les abreuvoirs, dont nous parlerons à l’article pourriture, et desquels il ne s’écoule que de l'eau de pluie.
La coulure habituelle des arbres qui fleurissent toujours bien, mais qui ne rapportent pas de fruit, a pour cause, ou la sécheresse de la terre, ou l’abondance de la sève. Dans le premier cas, il faut répandre cinq ou six arrosoirs d’eau au pied de l'arbre, lorsqu’il est en pleine fleur, et couvrir la terre a\ec de la paille; dans le second cas, on coupe des racines pour diminuer la sève, ou bien on fait une saignée dans le tronc, en le perçant jusqu’à la moelle avec une tarière.
Le dépôt occasionne la mort des branches où il se fait ; c’est un amas de sucs propres en parlant des sucs propres nous avons observé qu'ils peuvent être gommeux ou résineux). Lorsqu’un suc de cette nature s’extravase dans le tissu utriculaird, ou dans les vaisseaux séveux, il y occasionne des obstructions. Pour remédier à ce mal, on peut employer plusieurs moyens. Un des plus efficaces consiste à faire une incision longitudinale dans l’écorce; alors il se fait une éruption, et il s’établit une évacuation du suc surabondant : telle est la gomme du cerisier, du prunier; telle est la résine du pin et du sapin.
L 'exostose est une excroissance locale, qui occasionne, dans le bois des végétaux, des loupes ou tumeurs, qui ont quelquefois plus d'un mètre d’étendue. On donne différents noms à ces exostoses : on les appelle bois tranche , bois à rebours, bois noueux. Les fibres n’y sont pas dans une direction longitudinale, comme dans le bois ordinaire; elles se croisent, et c'est la raison pour laquelle le bois est dur et très-difficile à fendre. La cause de cette maladie n’est pas difficile à reconnaître : elle est due à un développement de la partie ligneuse, plus abondante dans les exostoses qu’ailleurs. Ce développement est produit tantôt par un coup de soleil vif, tantôt par une forte gelée, tantôt par la piqûre des insectes; mais plus souvent par l'introduction d'une pointe, qui, traversant l’écorce et pénétrant dans le bois, en altère les couvhes nouvellement formées, etdérange l'organisat ion des fibres.
La gomme est la maladie ordinaire des pêchers et des au-
très fruits à noyau. Pour les en guérir, on doit ôter la gomm* jusqu’au vif de l’arbre , et mettre sur la plaie de la terre sèche en poudre. Lorsqu’une jeune branche est attaquée de la gomme, elle jaunit et meurt. Pour prévenir cet accident , il faut la couper au-dessous de la partie malade.
La jaunisse des feuilles est une maladie qui a les mêmes causes que la langueur , dont nous allons parler. Voyez ce dernier mot.
La langueur des arbres est due à l’état de la terre, à moins qu'elle n’ait pour cause la carie des racines, contre laquelle nous avons indiqué le remède. Si l’arbre languissant a les racines bonnes, il ne s’agit que de remplacer la terre usée par de la terre neuve , ou la terre trop humide par de la terre plus sèche, que l'on mêlera avec de la cendre et du terreau. Si l’arbre est languissant d’un côté et vigoureux de l’autre, on le déchaussera tout autour, jusqu’aux racines, pour ôter du côté faible ce qu’il pourra y avoir de gâté, et on coupera de l’autre côté quelque grosse racine pour rendre la circulation de la sève plus uniforme.
Les loupes. Voyez Exostose.
Le miel est une maladie produite par un excès de sève, principalement dans les années de sécheresse; elle attaque particulièrement le houblon, et se manifeste par la couleur foncée que prennent les feuilles, et le toucher lisse et gluant du dessous des mêmes feuilles. Il suffit, pour guérir celte maladie, de faire sur la tige deux ou trois saignées, en l’incisant en travers avec un couteau. 11 convient de répéter journellement cette opération, jusqu’à ce que les feuilles aient repris leur vert naturel. C’est le matin que ces incisions doivent être pratiquées.
La moisissure des plantes bulbeuses et tuberculeuses, qui s'attache à leurs racines et les fait périr, se reconnaît à la couleur jaune des feuilles. La cause en est due, le plus souvent, à l’humidité du sol. Parmi les plantes d’agrément, cette maladie affecte particulièrement les Iis, les anémones et les renoncules, et, parmi les plantes potagères, les oignons et les échalotes. On y remédie, en découvrant le pied de chaque plante, pour y jeter une petite quantité de charbon en poudre.
Lorsque la pourriture a attaqué les racines, il faut en outre extirper la partie malade, ainsi que le pratiquent les jardiniers à l’égard des échalotes. On prévient cette maladie en répandant sur la couche, avant d’y déposer les graines, les caïeux ou les griffes, deux centimètres d’épaisseur de poussier de charbon, ou en chaulant le terrain.
La morve est un ramollissement des feuilles, qui les fait tomber en pourriture. Cet accident est ordinaire aux laitues d’été et aux chicorées, qui ont été repiquées dans un sol trop froid ou trop humide. Dans l’un et l'autre cas, il faut corriger la terre avec du fumier de mouton.
La phyllomanie est une prolongation excessive de l’existence des feuilles, causée par une trop grande affluence de sucs ; la plante qui en est attaquée ne donne ni fleurs ni fruits. On y remédie par le moyen de la taille, qui occasionne l’éruption de branches plus menues et moins vigoureuses, dans lesquelles la sève, circulant en moindre quantité, s’élabore avec plus de facilité et acquiert plus de perfection; aussi, l’expérience démontre-t-elle que ce sont les branches qui produisent les fleurs et les fruits.
La pourriture est cette dissolution qui , dans les végétaux ligneux, attaque le bois du tronc, et qui le creuse en commençant par le sommet et descendant insensiblement jusqu’aux racines. Cette maladie survient principalement aux arbres qui ont eu quelques grosses branches cassées ou coupées. Les saules, qu’on étête annuellement, à la hauteur d’environ deux mètres, y sont très-sujets. Les chicots qui restent des branches cassées ou coupées forment, en se pourrissant, des trous appelés abreuvoirs ou gouttières , parce qu'ils retiennent l’eau des pluies.
Il ne faut pas laisser de chicots aux branches coupées ou cassées , parce que le chicot ne se recouvrant jamais d’écorce, donnerait lieu à l’eau de pourrir le bois ; mais il faut couper les branches au niveau du tronc, alors l’écorce recouvrira facilement la plaie. Lorsqu’on a des branches à couper, il faut choisir celles qui n’ont tout au plus que cinq ou six centimètres de circonférence, parce que l'écorce du tronc recouvrira plus aisément et plus vite la plaie avant que les
pluies aient pu endommager le bois. Quand on a de grosses branches ou un tronc tà couper, il faut que la coupe soit faite obliquement à l’horizon. Alors l’eau coulera plus aisément : le vieux bois sera moins exposé à pourrir , et les bords se couvriront plus promptement d’écorce. Voyez Chancres .
La pourriture des plantes bulbeuses et tuberculeuses se tiaite comme nous 1 avons dit a l’article Moisissure.
La stérilité est ordinairement produite par un allongement excessif des racines. Pour y remédier, on ouvre la terre au pied de 1 arbre, on coupe l’extrémité des grandes racines, on retranche toutes celles qui sont trop longues ou trop éloignées, et toutes les radicules qui sont auprès de la tige, puis on jette de bonne terre neuve sur les racines qui restent.
Les tumeurs. Voyez Exostoses.
Les ulcères. Voyez Chancres.
Les verrues sont une maladie de l’écorce, et se distinguent des loupes ou exostoses en ce que ces dernières présentent un volume beaucoup plus considérable, et qu’elles attaquent les tissus ligneux. Les causes et le remède sont les mêmes en même temps.