DE LA. PURETÉ DE L’AIR
La pureté de l’air est d’une grande importance à connaître. L’air, avons-nous dit, est composé d’oxygène et d’azote, dans des proportions déterminées. L’oxygène, qui est la portion vitale de l’air, est absorbée par l’homme dans l’acte de la respiration. Le réservoir immense de ce gaz, qui est contenu dans l’atmosphère, aurait été probablement dévoré par les générations qui se sont succédé depuis la création, s’il n’était pas constamment alimenté par une source qui ne tarira qu’à la fin des temps. Cette source vient du règne végétal. Voici, en effet, ce qui se passe, d’une part, entre l’homme et les êtres à sang rouge, et, d’autre part, la grande famille des plantes. L’homme respire de l’oxygène et expire de l’acide carbonique; les végétaux, au contraire, respirent l’acide carbonique et expirent l’oxygène. Ils prennent ce qui ne nous sert pas, et nous donnent ce dont nous avons besoin. L’atmosphère et les poumons humains ne manqueront jamais d’oxygène. L’abondance de l’oxygène, c’est la richesse de l’air ; la pureté de l’air, c’est l’absence des éléments étrangers, des émanations hétérogènes qui s’y mêlent.
On comprend que la richesse de l’air ne peut se trouver que dans les lieux où la végétation est abondante. Les conditions favorables de la pureté de l’air sont les lieux élevés, parce que les vents y régnent et chassent devant eux toute émanation mauvaise. Ce sont les lieux qui ne sont pas dominés par des enceintes de collines ou de montagnes, et où par conséquent l’air ne peut pas être stagnant; ce sont ceux qui sont ouverts du nord au midi , et offrent aux vents un accès facile ; enfin, les lieux qui ont des rivières et non pas des eaux, stagnailfbs dans leur voisinage, et ceux qui ne sont pas couverts d’une végétation trop abondante qui, en entretenant l’humidité de la terre, ne favorise pas l’action directe du soleil. Les villes coupées par une rivière, dont le cours se dirige du nord au midi, offrent une condition
favorable à la purification de l’atmosphère, par l’agitation constante, que le mouvement de l’eau communique aux masses d’air. Celles qui ont des rues rectilignes ouvertes à leur extrémité dans la campagne, et dans la direction des vents réguliers, offrent en général, si des influences contraires ne l’empêchent, d’excellentes conditions de salubrité. Pour que les appartements des maisons renferment un air pur, il est nécessaire que la circulation du fluide y soit libre, et par conséquent que les ouvertures soient bien ménagées, que les plafonds aient une certaine élévation , enfin, que l’exposition soit au midi. La chaleur, outre ses qualités diverses, dilate la couche de l'air et en favorise le déplacement. C’est, comme on sait, un moyen de purification, sous un certain point de vue,
DK S CAUSKS D’INSALUBRITÉ.
L’air devient impur par la présence de corps qui ne font pas. partie de sa composition. Ces corps sont des émanations de tout ce qui vit et de tout ce qui existe. On peut se faire une idée juste de la quantité infinie de particules matérielles qui nagent dans l'atmosphère, en regardant un rayon de soleil qui traverse la masse d’air d’une chambre. Tout le monde a pu observer ce fait ; mais toutes les émanations ne sont pas visibles sous un rayon de lumière; toutes même ne sont pas constatables par les moyens d’investigation de la chimie.
Voici d’ailleurs les principales. II y a d’abord les poussières terreuses; ce sont les moins malfaisantes; ce sont celles qui se produisent dans les chantiers des carriers, dans les ateliers des sculpteurs, etc. Elles agissent en irritant matériellement les voies respiratoires. Le moyen de neutraliser leur influence, qui peut déterminer à la longue des maladies de poitrine . c’est de se couvrir la bouchent le nez d’un voile humide à travers lequel l’air se tamise, et se purge des matériaux étrangers dont il est chargé. Les molécules minérales qui sont dans l’air, comme les vapeurs de plomb, de mercure, cl qui forment 1 atmosphère ordinaire de certains ouvriers qui travaillent sur ces substances, sont extrêmement dangereuses
a respirer; l'aération de l’atelier est indispensable : la précaution du voile à l’ouverture des voies respiratoires est très-utile ; mais cela n’empéche pas, le plus souvent, la funeste influence de ces émanations. On donne avec un grand avantagé la limonade minérale pour guérir les accidents causés par le plomb. -Il faut espértîr que la science trouvera à remplacer, dans l’industrie, les substances nuisibles par des substances innocentes.
Les émanations* de nature végétale et animale agissent d’une manière plus grave, et peuvent produire des -effets très-dangereux. Lorsqu’elles sont à l’état de fluide et que la peau peut les absorber, elles donnent lieu à dos maladies qui peuvent devenir épidémiques et contagieuses. Les lieux marécageux produisent la fièvre intermittente sur ceux qui s’exposent à leur influence. Certaines maladies se communiquent par les émanations que la transpiration lance dans l’air. Quand les malades sont entassés dans des lieux
clos, la masse des émanations détermine, dans l’atmosphère, des modifications telles que des affections bénignes prennent bientôt un caractère mortel.
Pour se mettre à l’abri de ces diverses émanations, il y a plusieurs précautions à prendre : il faut éviter de rester longtemps dans un lieu marécageux, il ne faut pas s’y endormir en plein air. Dans le sommeil, la vie semble se retirer de la circonférence au centre, et la peau se refuse moins que pendant la veille à l’absorption des matériaux qui flottent dans l’atmosphère. Les habitants des pays marécageux doivent mener une vie active, se nourrir substantiellement, faire usage de toniques, se couvrir d’habits qui mettent le moins possible l’épiderme en rapport immédiat avec l’air. L’usage des toniques est au$si très-utile pour éviter l’influence épidémique des maladies; il faut qu'il soit accompagné d’une nourriture saine et fortifiante, et d’un exercice modéré des forces du corps et des facultés de l’esprit.
11 y a, de plus, des précautions de salubrité dont on peut s’entourer : les aspersions de vinaigre sur le plancher de l’appartement qu'on habite, l’entretien du feu dans les cheminées, surtout dans les chambres humides, et par les journées de
froid on d’humidité; enfin les aspersions chlorurées*qui produisent, comme on sait, le meilleur effet, puisqu’elles détruisent môme le méphitisme putride des cadavres en décomposition.
Nous n’avons pas besoin de recommander l’aération des appartements où plusieurs enfants malades, dune môme famille, «sont renfermés : il pourrait s’y produire, en petit, ce qui se passe dans les salles d’hôpitaux et dans les infirmeries des bagnes, où le typhus se développe dans certaines circonstances. Un tel événement ne pourrait pas arriver dans une famille qui aurait rassemblé deux ou trois malades dans une môme pièce; mais les maladies pourraient y prendre un mauvais caractère, et ajouter une difficulté de plus .à la guérison.
Les appartements portent avec eux des causes d’insalubrité de l’air : les préparations culinaires, les lavages qu'on y fait, le nombre des habitants, qui est souvent hors de proportion avec la grandeur des pièces, surtout dans les grandes villes, enfin le méphitisme des plombs, et surtout celui des cabinets d’aisance saturent l’air d’une masse d’émanations toujours nuisibles et souvent dangereuses pour la santé.
11 faut avouer que l’industrie moderne a beaucoup fait pour faire disparaître ces inconvénients. Les cheminées à la prussienne exercent un tirage d’air si considérable, que l’atmosphère d’une pièce, chauffée par ce système, est constamment purgée; les conduits des plombs sont bouchés hermétiquement dans les cuisines; enfin les cabinets d'aisance à soupape s’opposent, d’une manière à peu près complète, aux émanations qui auraient ces meubles nécessaires pour foyer d origine; on a d’ailleurs pour ressource les qspersions chlorurées dont on peut faire usage toutes les fois qu’une odeur mauvaise décèle l'altération de l'air.
Les appartements sont encore le foyer d’autres émanations qu’y placent les mœurs et les habitudes du monde. 11 y a des maisons où on aime extrêmement les parfums : tel boudoir de femme est parfumé de musc; tel autre exhale l’odeur du. jasmin et de la tubéreuse. U y a des salons, il y a des chambres à coucher où des masses de fleurs remplis-
sent de vastes jardinières ; sans doute, ces odeurs agréables donnent de douces sensations à l’organe de l’odorat; mais ces sensations créent souvent des maux de tète, et ont développé bien des fois des accidents d’une certaine gravité ; la nuit surtout, les odeurs qui ne sont pas perçues, car l’organe olfactif est endormi, semblent jouer un rôle différent que pendant la veille ; elles agissent sur le système nerveux pris dans l’acception générale, en déterminant ces spasmes qui révolutionnent tout le corps, et qui sont connus vulgairement sous le nom d’attaques de nerfs.
Le goût exagéré des parfums, de quelque nature qu’ils soient, est un goût pernicieux; il conduit d’ailleurs à énerver le sens de l’odorat et à lui ôter l’énergie nécessaire pour remplir convenablement sa fonction. Il ne faut donc pas multiplier les odeurs autour de soi , surtout dans les endroits où l’on se tient de préférence.
Si l’on a gardé des fleurs dans sa chambre pendant tout le jour, il ne faut pas manquer d’en renouveler l’air avant de se coucher ; il est aussi de la prudence la plus commune de ne pas s’endormir avec des fleurs autour de soi ; il est absolument nécessaire de prendre la précaution de les passer dans une pièce voisine.